Successeur de Pierre du Faur de Saint- Jory
à lui qu'il confie l'inspection des forteresses, aux premiers bruits d'un conflit avec l'Espagne. Mais il n'hésite pas à le suspendre, ainsi que l'avocat général de Caumels, pour avoir interdit la sortie des blés du Languedoc au moment d'une mauvaise récolte. Il est vrai qu'il fait amende honorable et, peu après, rend hommage à la sagesse de la Cour. A Montmorency-Damville, devenu connétable en 1593, il laisse le gouvernement de la province et lui accorde même la survivance pour son fils Henri. Mais il se méfie des trop grands seigneurs et diminue leurs pouvoirs. Les gouverneurs, surtout celui-ci, n'avaient que trop tendance à considérer leurs fonctions comme un fief de famille où ils se faisaient représenter par un proche parent — en Languedoc, le lieutenant général était son beau-fils, le duc de Ventadour — et qu'ils transmettaient à leurs enfants. Il est vrai que l'ancien chef des Politiques réside maintenant surtout à la cour; on ne le voit qu'en 1601 à Toulouse, où il séjourne quatre jours, et en 1606 pour présenter aux Toulousains son fils Henri, alors âgé de douze ans, au milieu du faste d'une entrée officielle, toujours onéreuse pour les finances municipales. Il semble bien que les anciennes préventions de la ville à l'égard de l'ami des hérétiques aient à peu près disparu pour faire place à une sympathie qui ne fera que grandir pour son jeune héritier.
Le crime de Ravaillac, par l'horreur unanime qu'il inspira. Mort d'Henri IV montra la profondeur des sympathies qu'avait suscitées par- (^4 ^^^ 1610). tout le bon roi. A Toulouse, comme à Paris, on prit des mesures pour prévenir les atteintes à la paix intérieure et à la concorde rétablies par lui. Ventadour prescrivit de garder les places murées et d'observer les édits de pacification; le Parlement et les capitouls rendirent des ordonnances analogues (29 mai) et les bourgeois s'armèrent pour assurer la garde des portes. Le 4 juin, le corps capitulaire écrivait à Montmorency pour l'assurer de la fidélité de Toulouse. L^n capitoul fut chargé, le 8 novembre, de représenter la ville au service solennel célébré dans la collégiale de Pézenas et de porter, avec quatre nobles et un consul de Carcassonne, le drap mortuaire de satin bleu à lis d'or et à croix blanche, parsemé et fourré d'hermine. Mais il n'y eut pas de catafalque à Toulouse. Sans doute, dans la vieille cité religieuse, crai-
Régence
de
Marie de Médicis.
Etats généraux (1614).
gnait-on quelques troubles et le réveil des passions mal éteintes.
La régence de Marie de Médicis fut signalée par des révoltes nobiliaires que dirigeaient quelques princes du sang, Condé, Soissons, Longueville, Mayenne, révoltes dont les prétextes étaient l'abandon de la politique extérieure du feu roi, le projet de mariage de Louis XIII avec une infante et de sa sœur avec l'héritier d'Espagne, et, surtout, la puissance grandissante de la camarilla italienne qui entourait la reine, en particulier de Concini, le « signor Concliine ». Ces troubles n'eurent guère d'écho à Toulouse. En septembre 1617, Condé, qui allait à Bordeaux s'installer dans son gouvernement de Guyenne, fit à Toulouse une entrée solennelle. Ventadour vint au devant de lui à Saint- Jory. Aux Récollets, le président de Paulo et vingt-quatre conseillers le reçurent, l'accompagnant jusqu'à la cathédrale, sous un dais porté par les capitouls. Mais ce voyage, qui inquiéta la cour, n'eut aucun résultat pratique. Toulouse était lasse des vaines agitations. Quand le Parlement reçut le manifeste du prince rebelle (21 février 1614), il le renvoya à la régente sans l'avoir ouvert.
Marie de Médicis convoqua les Etats généraux, moins pour faire droit aux réclamations des grands que pour avoir des subsides et s'appu3'er, au besoin, contre eux, sur l'opinion publique. Cette assemblée, la dernière a\^ant la Révolution, était remarquable par sa composition; la noblesse de robe, issue de l'hérédité des offices, formait la presque totalité du tiers état; riche et instruite, elle avait conscience de sa force et prétendait jouer un rôle. Parmi les membres du clergé et de la noblesse, on comptait nombre d'hommes de valeur. Mais la jalousie et les querelles des trois ordres rendirent impuissants tous les efforts d'union et inopérant tout contrôle sérieux des finances et des affaires publiques. L'assemblée électorale de la sénéchaussée de Toulouse avait eu lieu à Auterive, le 26 août; elle désigna comme députés l'archevêque de Toulouse, Louis de Nogaret de la Valette; l'évêque de Béziers, Jean, cardinal de Bonzi; l'évêque de Rieux, Jean de Bertier; l'évêque d'Albi, Alphonse d'Elbène; le sénéchal Jean de la Valette-Cornusson ; le juge criminel
Jean Loupes ; les avocats capitouls François de Bories et Pierre de Marmiesse. Ce dernier eut l'honneur d'être choisi comme orateur du tiers dans l'affaire si grave de l'article i^^ des Cahiers de Paris, adopté dans le Cahier général de l'ordre. Cet article, d'inspiration gallicane, proclamait que « nulle puissance en terre, quelle qu'elle soit, spirituelle ou temporelle, n'avait aucun droit sur le royaume pour en priver la personne sacrée de nos rois »; il soulevait le problème, épineux entre tous, des rapports des papes et des rois et, en particulier, la question de la déposition par Rome d'un souverain hérétique. Chargé d'exposer la théorie du tiers devant le clergé, Marmiesse paraît s'être conduit avec assez de maladresse, dépassant ses instructions qui lui enjoignaient de ne pas « entrer en discours ». Il eut affaire à un rude adversaire dans le personne du cardinal du Perron. On sait que cette polémique entre le tiers et le clergé absorba une bonne partie de l'activité des Etats et que le roi y mit fin en acceptant l'article purement et simplement. De l'assemblée de 1614, il ne reste guère que les Cahiers, recueil de vœux où Richelieu et Colbert puisèrent, plus tard, quelques idées. C'est ainsi que le Cahier de la noblesse toulousaine réclamait le canal des Deux-Mers, déjà projeté au xvi^ siècle, sous François I^*", réalisé seulement sous Louis XIV.
La clôture des Etats fut le signal du recommencement des Henri
,11 1 -IV . 1 1 . de Montmorency
troubles, auxquels se mêlèrent quelques grands seigneurs succède
protestants. à son père comme
Après l'assassinat de Concini et la disgrâce de la reine gouverneur
mère, le duc de Luynes, favori de Louis XIII et premier
ministre, convoqua une assemblée de notables à Rouen (1617) ;
les députés de Toulouse turent le premier président Gilles
le Mazuyer et le procureur général François de Saint-Félix;
cette réunion n'eut aucun résultat. Sur ces entrefaites, le
vieux Montmorency étant mort (1613), son fils exerça, en
fait, le gouvernement du Languedoc. En janvier 1619, il
fit son entrée à Toulouse avec sa femme Marie-Félicie
Orsini ou des Ursins, fille du duc de Bracciano et nièce de la
reine Marie de Médicis. Des fêtes magnifiques furent données
à cette occasion, carrousels, quintaines, courses de bagues;
le clou de ces réjouissances fut, à coup sûr, le bûcher de
Vanini, place du Salin, le 19 février 1619.
Révolte des protestants.
Louis XIII à Toulouse.
I/a guerre avec les protestants, amenée par le rétablissement du culte catholique et des biens de l'Eglise dans le Béarn, fit de nouveau de Toulouse le centre d'opérations militaires. Les réformés, maîtres de Montauban, s'emparèrent de Cazères, Saverdun, Pamiers et de nombre de places dans l'Albigeois et le Lauraguais (1620). Le roi, accompagné de Luîmes, devenu connétable après une campagne victorieuse sur la Loire et la Charente, arriva dans le Midi pour réduire Montauban (18 août 1621). Toulouse contribua au siège de la place de ses canons (la ville en fournit quinze), de ses munitions, de son argent et de ses volontaires. Elle leva un régiment de i.ooo hommes de pied, 100 chevaux; trois cents volontaires commandés par Pierre de Rabastens, sire de Colomiers, se signalèrent pendant le siège et leur chef y perdit la vie. Investie le 18 août, Montauban, défendue par La Force et le pasteur Chamier, résista victorieusement. La dysenterie ravagea le camp des assiégeants. Les malades, transportés à Toulouse, y apportèrent le germe morbide. L'épidémie fit dix mille victimes. Le roi leva le siège le 12 novembre 1621.
Il continua sa route par Toulouse, où il arriva sans cérémonie le 14 novembre; il logea à l'archevêché et, pendant une semaine, visita la ville. L'entrée officielle, qu'on avait retardée pour pouvoir la préparer, eut lieu le 21. On revit la maison de charpente de Saint- Roch (Minimes), où le roi reçut les compliments du président de Bertier. Escortée de cent parlementaires, la chevauchée du jeune souverain se fit sous un dais porté par les huit capitouls à pied, à travers les voies jonchées de feuillage et ornées de sept arcs de triomphe sommés d'inscriptions latines. Louis XIII était suivi de son frère Gaston d'Orléans, du connétable, du grand chambellan, prince de Joinville, du premier écuyer Liancourt, des ducs d'Elbeuf, de Luxembourg et d'Halwin, du cardinal de Retz, de Schomberg, surintendant des finances, du maréchal de Praslin. Rarement plus brillante compagnie avait composé un cortège royal. Louis XIII partit le surlendemain de cette belle apothéose, qui cadrait mal, il faut l'avouer, avec le cuisant échec qu'il venait d'essuyer.
Après la mort de Luynes (décembre 162 1), la guerre reprit, l'année suivante. Tandis que Montmorency tenait en échec Rohan dans le Bas Languedoc, le roi reparut dans le Midi, contourna Montauban, prit Négrepelisse (11 juin), Saint- Antonin (22 juin), coucha à Saint-Sulpice de la Pointe le 26 juin et entra à Toulouse le 27; il y demeura quelques jours. C'est pendant ce second séjour que ce prince dévot s'affilia à la confrérie des Pénitents bleus, dont faisaient déjà partie Condé, le duc de Vendôme, le grand prieur de France, le prince de Joinville et son frère d'Elbeuf, le comte d'Harcourt et nombre de nobles; il assista, le 3 juillet, à leur procession solennelle et posa la première pierre de leur chapelle, devenue depuis l'église Saint-Jérôme. Puis il partit par le Lauraguais, où son armée prit, pilla ou brûla Caraman, Cuq, Mas-Saintes- Puelles et Castelnaudary. Par Alzonne, Carcassonne et Narbonne, il parvint devant Montpellier (31 août), qu'il assiégea avec aussi peu de succès que Montauban. L'entremise du duc de Lesdiguières, protestant converti et connétable de France, permit de signer la paix de Montpellier (9 octobre 1922), qui réduisait les protestants à deux places de sûreté et interdisait les assemblées politiques. La paix rétablissait la Chambre mi-partie ou de l'édit, qiie le roi transféra peu après de Castres à l'Itle d'Albi, puis à Béziers, malgré l'opposition obstinée du Parlement de Toulouse, zélé catholique, qu'offusquait l'existence même de magistrats huguenots. La paix de Montpellier n'en fut pas moins célébrée à Toulouse par de grandes fêtes.
Dès l'arrivée de Richelieu au Conseil, les protestants se soulevèrent de nouveau. Dans le Languedoc, ils étaient commandés par le duc de Rohan; l'armée du maréchal de Thémines, envoyée contre lui, comprenait un contingent de Toulousains sous les ordres du sénéchal Cornusson et du duc de Ventadour; l'administration et la juridiction de cette armée étaient confiées au président du Parlement Faure et au conseiller Calmels. Les hostilités, que signalèrent la prise de Saint-Paul-sur-Agout (diocèse de Lavaur) et le siège infructueux du Mas-d'Azil par les royaux, se terminèrent par la paix de La Rochelle, qui renouvelait la paix de Montpellier (1626). Mais les troubles ne cessèrent pas. En 1627,
Campagne
de 1622.
Paix
de Montpellier.
Richelieu
Montmorency et Rohan se livrent un combat à Souilhesur-Fresquel, entre Revel et Castelnaudary. En 1628, le prince de Condé vint prendre le commandement des forces royales; le 15 janvier, il entrait à Toulouse, suivi de son beau-frère Montmorency (^), de Ventadour et d'un grand concours de seigneurs. Il fit juger par le Parlement de Toulouse le duc de Rohan; celui-ci, déclaré coupable de lèsemajesté, fut écartelé en effigie, place du Salin (15 février) et sa tête mise à prix. Le 2 mars, le prince présida la séance d'ouverture des Etats du Languedoc dans le réfectoire des Augustins, en obtint des subsides pour la guerre, des gratifications pour divers grands personnages; le 3 mars, Montmorency offrit à son beau-frère le divertissement d'un superbe ballet; le 11 avril, « le général des armées du roy en Guyenne, Dauphiné et L3^onnais » prit congé des Etats et de Toulouse; il s'empara de Pamiers, puis de quelques places protestantes du Haut-Languedoc, notamment Réalmont, qu'on mit à sac, tandis que d'Epernon ravageait les entours de Montauban. Les protestants de Montauban ripostèrent en ravageant la banlieue de Toulouse, brûlèrent La Bastide, Orgueil-sur- Tarn, La Pénière, Montbequin, La Villedieu P), battirent des forces catholiques à Dieupentale, cependant que la peste faisait sa réapparition à Totdouse. La chute de La Rochelle (28 octobre 1628), le désir universel de paix, surtout l'arrivée du roi dans le Languedoc, où Rohan, seul, combattait encore, amenèrent la soumission définitive des protestants (la grâce d'Alais, 27 juin 1629). Le 20 août, Richelieu faisait son entrée à Montauban où venaient le saluer et le haranguef, en latin, tout le Parlement de Toulouse, puis le sénéchal et l'Université. La guerre civile était finie; mais la peste n'avait pas désarmé : elle dura jusqu'à 1631. A Toulouse, en 1630-1631, plus de cinquante mille personnes périrent; la plus illustre victime du fléau fut le premier président Le Mazuyer(^).
La révolte I^e grand événement du ministère de Richelieu fut, pour
on morency 'pQ^jQ^gg j^ révolte du gouverneur du Languedoc, Mont-
morency. Marie de Médicis et Gaston d'Orléans avaient
1. Condé avait épousé Charlotte, sœur d'Henri de Montmorency.
2. Ils incendièrent le château et l'église, où se trouvait le tombeau de Beaudouin, frère de Raimon VI.
3. Ce chiffre de 50.000 morts que donne ÏHistoire de Languedoc (XI-1048) et qu'adopte Dubédat {II-153) semble bien élevé pour être vraisemblable, étant donné surtout la population de Toulouse au xvii« siècle.
pensé obtenir le renvoi du cardinal et n'avaient réussi qu'à rendre son crédit plus solide; la reine mère et le frère du roi s'étaient, à travers diverses péripéties, sauvés aux Pays-Bas. Gaston y réunissait une armée et projetait d'envahir la France; c'était une tentative de guerre civile, pour laquelle il comptait sur l'appui d'un certain nombre de seigneurs, « le parti des reines ». Parmi ces derniers se trouvait Henri de Montmorency. Celui-ci avait des griefs contre Richelieu, qui lui avait refusé le titre de maréchal général des camps, titre mérité, croyait -il, par sa brillante conduite en Savoie et en Italie (1630) ; il avait espéré, pareillement, la charge de grand chambellan, que le roi ne lui avait pas donnée; il se plaignait, enfin, d'être regardé avec une sorte de défiance, non sans vraisemblance, car Richelieu n'aimait pas ces espèces de vice- rois des provinces qu'étaient les gouverneurs. Sa femme, Marie-Félicie des Ursins, parente de Marie de Médicis, avait épousé la querelle de la reine mère et manifesté son indignation de sa disgrâce.
I,es circonstances parurent favorables à Montmorency pour répondre à l'appel de Gaston. Richelieu, toujours à court d'argent, avait imaginé (1629) d'établir des élus dans le lyanguedoc, province dont les Etats, de tous temps, avaient assuré la répartition et la levée des impôts. Les Etats de Pézenas (163 1), le Parlement de Toulouse s'opposèrent à la création des élections (i). L'agitation qui fut la suite de cette tentative persuada Montmorency que le Languedoc le suivrait dans sa révolte contre un ministre détesté que ses adversaires séparaient toujours du roi. Secondé par l'évêque d'Albi, Alphonse d'Elbène, un compatriote et une créature de la reine mère, il put engager les Etats de Languedoc à se déclarer pour Gaston d'Orléans et pour lui-même (22 juillet 1632), et fit arrêter l'archevêque de Narbonne, qui s'y opposait, ainsi que les deux commissaires de Richelieu, Miron etd'Hemeri. Il s'assura de quelques villes, Albi, Lodève, Saint-Pons, Uzès, Béziers; il ne put gagner Nîmes, ni Carcassonne, ni Narbonne. Toulouse se réserva prudemment, malgré
r. Rappelons qu'en France il y avait deux sortes de provinces : les paj'S d'élections, où les impôts étaient répartis par les élus, officiers à charge vénale, et les pays d'Etat, qui traitaient à forfait avec le roi et se chargeaient de la perception des sommes votées par les Etats.
Mécontentement
du
Languedoc.
les sympathies qu'il y comptait. I,e Parlement montra un loyalisme parfait et une fermeté clairvoyante, qui maintint la ville et tout le Haut-I,anguedoc dans l'obédience royale. Monsieur, a3'ant, le 13 juin, lancé un manifeste à Andelot en Bassigny, se dirigea vers le Bas-Iyanguedoc par Riom, Millau, Lodève, Béziers et Mauguio, lieu du rendez-vous; il était suivi par une armée royale que commandait le maréchal de Schomberg; mais il avait de l'avance sur Montmorency, qui n'eut pas le temps de s'entendre avec les protestants. Tandis que Schomberg arrivait dans le Haut-Languedoc à la mi-août et que le maréchal de I^a Force descendait avec une seconde armée la vallée du Rhône, Louis XIII quittait Paris, le 6 août, avec un troisième corps; le 23 août, à Cosne, il faisait publier une déclaration condamnant le gouverneur du Languedoc, coupable de lèse-majesté, à la perte de ses titres, charges et biens, cassant les délibérations des Etats et ordonnant aux députés de les désavouer sous peine de haute trahison.
Combat Menacés d'être encerclés. Monsieur et Montmorency ma^-
de Castelnaudary chèrent contre Schomberg, qui était le plus proche. Le maré- 16^2) ^^^^ était occupé au siège du château de Saint-Félix, en Lau-
ragais, surpris par des partisans de Gaston d'Orléans; pour cette opération, l'arsenal de Toulouse avait fourni des canons, qui furent inutiles, car les défenseurs livrèrent la forteresse pour 10.000 livres. Ayant appris l'arrivée des rebelles, il se mit en bataille à un kilomètre de Castelnaudary, avec 2.500 hommes environ, tant à pied qu'à cheval. Monsieui vint l'attaquer avec 5.000 hommes, le i^r septembre au matin; ce fut une échauffourée d'une demi-heure. Tandis que Monsieur se tenait prudemment à l'arrière. Montmorency chargea les troupes royales, rompit six rangs, tua des hommes dans le septième, reçut dix-sept blessures et resta prisonnier. Après cette capture, Schomberg fit sonner la retraite. Au reste, l'un des chefs de l'armée orléaniste, le comte de Moret, bâtard d'Henri IV, avait été tué, et, le lendemain du combat, l'armée rebelle se débanda.
Montmorency à Toulouse.
Montmorency, pansé et porté à Castelnaudary sur une civière faite d'une échelle, fut ensuite conduit par Schomberg au château de Lectoure, où le comte de Roquelaure le sur-
veilla très étroitement pendant près de deux mois; il fut transféré à Toulouse le 27 octobre, conduit à l'Hôtel de vdlle les yeux bandés, enfermé dans une chambre dont les fenêtres furent murées, la cheminée griUée et la porte garnie de grosses barres de fer. Quatre gardes veillaient tour à tour dans sa chambre; on lui servait des viandes hachées pour ne lui laisser ni couteau ni fourchette. Ces précautions n'étaient pas inutiles, car des Toulousains avaient tenté de l'enlever de Lectoure et, dans la ville, le malheureux sort du gouverneur suscitait une profonde émotion et d'universelles sympathies.
Quelques jours auparavant (22 octobre), Louis XIII était Le roi
arrivé à Toulouse, sans entrée officielle, accompagné du ^î Richelieu
. , . . . . ,r „. , a Toulouse,
cardinal et de la reme, qui 1 avaient rejoint a Montpelher le
22 septembre. Il conduisait une armée nombreuse (8.000 hommes) qui occupa Toulouse comme une ville conquise. L'Hôtel de ville reçut une garnison de gardes suisses pour punir les capitouls d'avoir décliné le périlleux honneur de garder le duc. Le Parlement de Toulouse, dès le mois d'août, avait reçu l'ordre de procéder contre les révoltés; il avait pourtant attendu Caste] naudary pour rendre son arrêt (15 septembre), confisquant les biens du gouverneur et de quelques grands seigneurs orléanistes tués ou prisonniers. Ce n'était pas assez. Dès son arrivée, Louis XIII manda le premier président en lui enjoignant de juger Montmorency; le magistrat objecta la qualité de l'accusé, pair de France et justiciable du Parlement de Paris; le roi ne voulut rien entendre et donna, pour juger cette cause, la présidence du Parlement au garde des sceaux, malgré une vive protestation de la Cour. Il fallut boire le calice jusqu'à la lie. Deux commissaires interrogèrent le duc, le 27 et le 28 octobre. L'accusé prit tout sur lui, avoua sa rébellion, couvrant tous ses compagnons. Le 30, le Parlement s'assembla pour juger le duc, qui fut conduit au Palais par des rues bondées de troupes ; il entendit les aveux et l'acte de repentir; les conseillers couvraient de leurs mains leurs visages où ruisselaient les larmes; ils condamnèrent le rebelle à la mort et à la confiscation. Le roi et Richelieu, qui craignaient l'émotion populaire, substituèrent, comme lieu d'exécution, la cour de l'Hôtel de ville à
la place du Salin. Tous les efforts pour obtenir la grâce avaient échoué (^) devant le ferme propos qu'avaient le roi et Richelieu de faire un terrible exemple. Quant à Monsieur, il avait fait sa paix avec son frère le 29 septembre, à Béziers, obtenant pardon pour les gens de sa maison et pour le duc d'Hlbeuf, abandonnant son chevaleresque second à la vengeance royale.
Exécution Montmorenc}^ fut exécuté le 30 octobre, à 2 heures de
de Montmorencyj'g^pj-^g.j^^çjj^ dans la première cour de l'Hôtel de ville, en présence des capitouls et du Conseil général, par ordre. Ivongtemps, dit-on, l'empreinte de son sang demeura sur les murs où il avait rejailli (-). Quand justice fut faite, les portes de la Maison commune s'ouvrirent et le peuple vint recueillir son sang comme une relique. Ce même jour, son corps fut porté à Saint-Sernin, chapelle Sainte-Thérèse (^), son cœur à la maison professe des Jésuites, rue de Secourieu (ou des Marchands); en 1766, on le transféra à la Daurade. Quant à ses restes, la duchesse de Montmorency les fit transporter, en 1645, à la Visitation de Moulins (*) ; elle y éleva (1652) un superbe mausolée, auquel travaillèrent les meilleurs sculpteurs du temps, notamment ]\Iichel Anguier et Girardon; elle prit le voile au même couvent. Le roi et Richelieu quittèrent Toulouse le 31 octobre; la reine et le cardinal prirent par la Garonne jusqu'à Bordeaux, où Richelieu tomba malade à mourir.
Conséquences
de
la révolte.
Schomberg remplaça Montmorency au gouvernement de la province et, après sa mort (17 novembre 1632), ce fut son fils le duc d'Halwin. Au reste, le Languedoc fut partagé en trois lieutenances générales : Cévennes, Haut et Bas-Languedoc. Ainsi, Richelieu prenait ses sûretés contre une résurrection de ces dangereuses vice-royautés qu'il surveillait par
1. La reine avait supplié le roi sans succès; Richelieu empêcha la sœur de Montmorency, la princesse de Condé, de pénétrer à Toulouse; le maréchal de Châtillon, un protestant, implora en vain la pitié du roi.
2. On a fait justice, voilà longtemps, de la légende du couteau conservé à Saint- Raymond et qui aurait servi à la décapitation. Cet instrument date du xvui*^ siècle et a été forgé, en 1760, par le coutelier François Cellar, domicilié rue Gambetta (des Balances), n° 25.
3. Angle est du transept nord. Chapelle restaurée, en 1634, par la duchesse et dont il ne reste rien.