En l'espèce, entre le sénéchal et l'Université
2. Taxe payée par tous les officiers pour la confirmation de la propriété de leurs charges, étendue à tous ceux qui possédaient des biens relevant de la couronne.
Gaston d'Orléans
gouverneur du Languedoc.
La Fronde.
naient des passages continuels de troupes, véritable calamité, si l'on songe aux bandits qu'étaient alors les soldats. Toulouse s'efforçait d'échapper aux étapes; mais les Etats de Narbonne (janvier 1645) la forcent d'en acquitter sa quotepart. Les blessés, les prisonniers espagnols étaient évacués à l'hôpital Saint-Jacques ou à Saint-Sébastien de la Grave, soignés et nourris aux frais de la province. L'insécurité s'ajoutait à la détresse économique; les capitouls défendent, en 1644, l'entrée au théâtre des gens armés; en 1643, un jeune noble, arrêté pour viol par les capitouls, est délivré par deux cents jeunes gens de la ville. Les souffrances s'exaspéraient au spectacle du luxe insolent qu'étalaient les fermiers des impôts ou traitants, au reste brutaux et inhumains. Dès avant la mort du roi, les capitouls avaient, dans les Cahiers des Etats, fait insérer leurs plaintes, contre l'indicipline des troupes, contre les gratifications aux gouverneurs et lieutenants, contre les subsides extraordinaires; ils y réclamaient enfin un meilleur emploi des fonds publics. Mais Mazarin, qui avait besoin de beaucoup d'argent poiir la France et pour lui-même, n'en tint aucun compte.
Par surcroît, il nomma Monsieur au gouvernement du Languedoc. Ce prince, avide et agité, s'était entouré de conseillers qui considéraient la province comme une vache à lait; il fallut que les Etats gratifiassent abondamment le gouverneur et sa séquelle. En 1648, ^Monsieur eut même l'idée de revendiquer la ferme de l'équivalent, et se fit paj-er 300.000 livres sa renonciation. Gaston d'Orléans était également autoritaire; en 1644, il nomma les capitouls de l'année et les maintint malgré une émeute d'étudiants et la protestation des Etats. Il est vrai qu'il ne parut guère dans la province, ce qui obligeait ses administrés à de coûteux voyages pour lui porter leurs réclamations.
On sait que le mécontentement qui grondait partout éclata à Paris; c'est la révolte du Parlement et du peuple parisien contre le signor Mazarin et la régente Anne d'Autriche, contre la fiscalité oppressive du gouvernement. Le Midi ne bougea point ; cependant, la régente ayant convoqué des Etats généraux, il y eut assemblée diocésaine à Gaillac
pour nommer des députés (^); la réunion n'eut pas lieu. Le 1^^ août 1648, le Parlement de Toulouse ayait enregistré avec satisfaction la déclaration royale du 13 juillet supprimant les intendants; il fit même, à plusieurs reprises (5 et 7 mai, 23 décembre 1650, 2 octobre 165 1), défense à ces derniers de continuer leurs fonctions, allant jusqu'à décréter de prise de corps ceux de Languedoc et de Montauban; il est vrai que l'intendant du Languedoc, Le Tonnelier de Breteuil, ne s'émut pas autrement de ces délibérations et de ces arrêts. Le Parlement put croire un moment qu'il allait assumer, comme aux heures troubles du siècle précédent, le gouvernement de la province. Il défend de lever les tailles « avec violence extraordinaire, à main armée », rend des arrêts contre les propagateurs de fausses nouvelles (1648-1649), interdit le recrutement des gens de guerre, nomme des commissaires pour enquêter sur les hostilités. Les Etats s'adressent à lui comme à leur protecteur naturel, après lui avoir longtemps contesté le privilège du contrôle financier qu'il réclamait. De l'action commune du Parlement et des Etats résulta l'abolition de l'édit de Béziers (octobre 1649). ^^ province recouvra la perception des impôts et l'administration de ses finances. Toulouse se vit restituer, par l'édit de Compiègne (28 juin 1650), le privilège de l'abonnement à la taille et au taillon {^). Ce fut là, pour le Languedoc et sa capitale, la meilleure conséquence de la Fronde. Il est vrai qu'il fallut pa3-er ces avantages d'un don gratuit et d'un cadeau pour Monsieur et son premier conseiller, l'abbé de • La Rivière.
Dans la mêlée confuse qui suit le raccommodement de la cour La guerre civile avec le Parlement de Paris (paix de Rueil, mars 1649), Tou- (1650-1652). louse a gardé une attitude parfois contradictoire, mais au total assez prudente. Après l'arrestation des princes (^) (i^r janvier 1650), le Parlement de Toulouse décida de faire des remontrances au roi; mais ce fut un an après, au moment même où Mazarin, devant la quasi-unanimité de l'opposition, venait de libérer Condé et Longue ville et décidait de s'exiler
1. IVIars 1649 I^es députés nommés furent Bertier, évêque de Rieux; Corausson, sénéchal; de Caulet, juge-mage; L,amamye, syndic de la province.