Claude de Rébé
galiote azurée aux fleurs de lis, Par Nérac, où il coucha dans le château d'Henri IV, I^ectoure, Mauvezin et ly'Isle- Jourdain, il arriva à Toulouse le 14 octobre et y entra par la porte de risle, à Saint-Cyprien. I^e jeune roi, pour qui ce voyage avait été une fête continuelle entremêlée de galanteries et du roman de ses amours contrariées avec Marie Mancini, refusa les ambassades, les réceptions solennelles avec déploiements de milices bourgeoises; il n'admit que les capitouls aux portes pour lui offrir les clés de la ville. Venu de I^ardenne, le carrosse royal s'arrêta entre la porte de l'Isle et celle du Pont-Neuf. Louis XIV, alors âgé de vingt et un ans, dans tout l'éclat d'une jeunesse vigoureuse et ardente, « traînait tous les cœurs après lui », en même temps qu'il s'imposait déjà par sa dignité souveraine. Avec lui se trouvaient sa mère, Anne d'Autriche, la princesse Palatine, M^^^ de Montpensier (^). Il fut reçu par les capitouls à genoux et harangué par Anne de Ferrières, chef du Consistoire; puis il se dirigea vers l'archevêché par le Pont-Neuf, la Dalbade, la place du Salin, les rues Nazareth et Saintes-Scarbes, tapissées d'étoffes et jonchées de feuillage. ly' archevêque l'attendait devant Saint-Etienne, avec tout son chapitre.
Séjour du roi. I^e roi demeura à Toulouse deux mois et quatorze jours;
il tint son « Louvre» à l'archevêché. Sa suite, fort nombreuse, occupa des baraquements élevés dans la cour ou aux environs; il y avait tant de monde et de chevaux, tant de boue aussi, que ce « Louvre » toulousain était devenu inabordable. L'afïiuence des gens des alentours, venus pour voir le jeune souverain, donnait à Toulouse une animation si extraordinaire que Mademoiselle y croyait retrouver son Paris, Mais les vivres renchérissaient; surtout les soldats de la maison du roi ou de l'escorte se distrayaient en molestant les habitants ou en volant; ils assassinèrent le bourreau; ils arrachèrent les mûriers d'Arnaud-Bernard, plantés par la ville pour l'élevage des vers à soie. Le guet ni les capitouls n'osaient intervenir; il fallut en passer quelques-uns par les armes. Ces violences s'expliquaient en partie par le retard apporté à pa3^er les soldes. Le roi jouait gros jeu, perdait beaucoup,
I. Anne de Gonzague, femme de l'Electeur palatin. M"" de Montpensier ou la Grande Mademoiselle, fille de Gaston d'Orléans.
empruntait; le trésor était vide, le surintendant Fouquet vivait d'expédients.
Louis XIV reçut la délégation des Etats le i6 octobre; cette année-là, l'assemblée se tint à Toulouse, au réfectoire des Augustins, et clôtura ses travaux par l'octroi d'un don gratuit (27 décembre 1659) ' ^^ ^^ octobre, les capitouls furent admis en audience. Le 25 novembre, par lettre de cachet, Louis nomma les nouveaux capitouls, soi-disant pour éviter les compétitions; l'un des huit fut Lafaille, l'historiographe et syndic de la ville; le sieur de Castet devint chef du Consistoire. Toutes ces nominations se firent par l'influence du premier président Fieubet et de son frère de Caumont, secrétaire des commandements de la reine mère. L'acte du roi blessa le Conseil de bourgeoisie; il fallut pourtant bien se résigner à installer pompeusement les nouveaux magistrats; ceux-ci apportèrent à la ville un singulier cadeau de joyeux avènement. Le 26, tout en remerciant le corps municipal de ses compliments, le roi révoqua l'abonnement aux tailles et taillon et interdit à la ville de lever des impôts sans son aveu (1). Ce fut la consternation dans tout le monde capitulaire; la ville avait deux millions de dettes; en l'occurrence, le roi défendait l'intérêt des petits contribuables, sur lesquels les hautes classes comptaient se décharger du soin de les payer. Tout ce qu'on obtint fut que les dettes de la ville seraient vérifiées.
Le 22 novembre, Mazarin, ayant conclu, à l'île des Faisans, Mazarin
sur la Bidassoa, les articles du traité des Pyrénées, vint ^ Toulouse, rejoindre le roi à Toulouse; le 25 novembre, il reçut les capitouls et écouta le compliment d'Anne de Ferrières « avec attention, tenant toujours le chapeau à la main ». Humble dans l'attitude, le cardinal restait ferme dans le gouvernement. Toulouse n'obtint rien de lui, non plus que du roi. Quant à celui-ci, après avoir visité la chapelle des Pénitents- Bleus, à laquelle il devait un tribut de gratitude {^), il partit le 28 décembre pour la Provence, par Carcassonne. Il repassa