Soixante en
2. Cinquante-deux régiments de milice recrutée par le tirage au sort.
tout au plus, Colbert exige-t-il partie du bois flotté sur la Garonne pour la marine et met-il à la charge exclusive de la ville la réparation des dommages causés par les incendies, sous prétexte qu'elle est exempte des impôts ordinaires. Mais, dans la seconde partie du règne, Toulouse est accablée de charges : taxes sur les nouveaux anoblis (juin 1691) dont les capitouls se firent décharger à prix d'argent; capitation (janvier 1695) ou impôt sur la fortune (80.000 livres pour Toulouse), que Bâville tint à établir lui-même avec ses quatre bureaux, logés à l'archevêché, et que levaient ses commis, à l'Hôtel de ville, dans la salle des Jeux floraux; enregistrement de toutes les armoiries du royaume, moyennant un droit d'argent, entre les mains de nouveaux officiers (à Toulouse, un maître particulier et neuf fonctionnaires) : le Parlement, les trésoriers, les capitouls, les corporations, les communautés ecclésiastiques ou civiles durent ainsi faire immatriculer leurs blasons (^) ; création d'offices d'inspecteurs aux boucheries (1704), qui grevaient la viande d'un troisième impôt après l'équivalent et les taxes destinées à l'amortissement des dettes; enfin, impôt du dixième (1710), que la province racheta 300.000 livres pour éviter la déclaration des revenus, mais dont Toulouse paya sa part. Les misères qui accompagnèrent la guerre de succession d'Espagne, les calamités de l'hiver (1709-1710) — pertes de la moitié des récoltes par le froid, la grêle, les inondations, arrêt du travail et chômage — diminuent les facultés contributives; les impôts rentrent mal; ils sont en retard d'un ou deux ans, malgré l'extrême rigueur de la perception.
La guerre finie, le roi maintient les impôts et les augmente même, taxant la farine pour remplacer la taille d'industrie. Théoriquement exempte des impôts indirects auxquels elle est abonnée, Toulouse n'en est pas moins accablée, en un temps où la décadence du commerce la met le moins en état de supporter ces charges.
Pendant le premier quart du xvii^ siècle, Toulouse demeura L'Eglise,
sans archevêque. Le cardinal François de Joueuse, intronisé ^^^ archevêques.
I. lyC blason de Toulouse a été inexactement représenté par l'héraldiste de 1695.
le 7 janvier 1590, fut nommé au siège de Rouen (1605) tout en conservant celui de Toulouse jusqu'en 1614; il avait résigné ce dernier en faveur de I^ouis de Nogaret de I^a Valette, fils de Jean-Louis, duc d'Epernon, né en 1593, et qui ne prit possession qu'à l'âge de vingt et un ans. Ce grand seigneur, comblé de prébendes et d'abbayes (^), servit Richelieu dans la politique et la guerre et, pour se consacrer aux armes, se démit de ses fonctions archiépiscopales dès 1628, en faveur de Charles de Monchal. Durant ces trente années, le diocèse de Toulouse fut administré par des intérimaires et des grands vicaires, dont le plus remarquable est Jean de Rudelle. Avec Monchal (1628-1651) commence une période nouvelle de l'histoire de l'épiscopat toulousain. Originaire du Vivaiais, Monchal était un esprit remarquable, un administrateur et un caractère; il sut défendre, contre la fiscalité de Richelieu, les immunités de l'Eglise de France, travailla à 1 instruction de son clergé par la fondation de séminaires et regarda d'un œil S3mipathique les débuts du jansénisme. Son successeur, Pierre de Marca (1651-1662), ancien magistrat devenu prêtre, est le savant historien du Béarn, le commissaire délégué par Louis XIV en Catalogne, le diplomate chargé de délimiter la frontière franco-espagnole en vertu de la paix de 1659. Cet érudit, négociateur souple et avisé, ne vint à Toulouse qu'en 1655; peu après, il fut appelé par le roi au siège de Paris et mourut en 1664 sans l'avoir effectivement occupé. Charles-François d'Anglure de Bourlemont (1664- 1669) fut de moindre envergure; le Florentin Pierre de Bonzi, qui le remplaça après sa mort, ancien évêque de Béziers, grand aumônier de la reine (1671), cardinal (1672), ne fit que passer à Toulouse, où il n'arriva qu'en 1672, pour devenir archevêque de Narbonne et primat à la mort de Fouquet (1674); c'était un diplomate et un prélat fort mondain, que rendirent célèbre ses galanteries et, plus tard, sa liaison avec M.^^ de Ganges, belle-sœur du subdélégué Mariotte. Ces deux derniers archevêques ont beaucoup contribué à établir l'autorité du roi sur les Etats du Languedoc, qu'ils présidaient en fait ou en droit {^).