rue de la Charité, derrière la halle aux grains
comme les ordres mascidins, sont des ordres actifs, pratiquant la prédication, l'assistance et la charité, on dirigeant des écoles de divers degrés.
Une telle quantité de couvents ou de maisons religieuses Intensité de la vie a de quoi surprendre. Bien plus qu'au xvi^ siècle et qu'au religieuse. mo3^en âge, Toulouse apparaît comme une ville de moines et de nonnes. En 1636, le rapport de l'intendant Miron attribue aux maisons religieuses le quart de la superficie urbaine. En i6g8, Bâville pouvait écrire, dans son mémoire pour l'instruction du duc de Bourgogne : « Ees couvents des religieux et religieuses occupent la moitié de la ville. » En 1666- 1667, le Parlement se plaint de leur nombre excessif, il leur défend d'acquérir de nouveaux immeubles (arrêt du 2 août 1623). Peine perdue. Sous Eouis XIII surtout, les fondations pieuses se multiplient. Nombreux sont les riches laïques qui, après avoir abandonné leurs biens à Dieu, lui consacrent encore leur corps en renonçant au monde. Tel cet Arnaud de Bouret, conseiller au Parlement, fils d'un capitoul, qui dota les Doctrinaires, les Catherinettes et les Ursulines, et qui abandonna sa charge pour entrer, en 1614, au noviciat des Jésuites. Tel son collègue de Garibal, qui se fait Chartreux et dont la femme entre aux Catherinettes; tel ce conseiller de Costa, qui entre aux Jésuites, tandis que sa femme se retire au couvent des Dominicaines de la rue Villeneuve établi par elle. lycs solennités religieuses gardent sur les âmes un pouvoir singulier. Le roi Louis XIII suit la procession des Pénitents; Condé attend devant Saint-Etienne la châsse d'argent contenant les reliques de saint Thomas d'Aquin (18 juin 1628). Lors de la peste de 1629-1632, le Conseil de ville promet de mettre en un reliquaire d'argent les reliques de saint Edmond, roi d'Angleterre, enfermées depuis sept cents ans dans une grotte, à l'église Saint-Sernin. L'élévation en est faite, le 20 novembre 1644, au milieu d'une affluence extraordinaire; toute la ville illumine, tandis que les Corps saints demeurent exposés devant le porche de la basilique.
Un peu plus tard, les fidèles sont admis à vénérer une vieille image, représentant Notre-Dame du Rosaire, qu'une visitandine avait jetée dans le feu et qu'un miracle avait préservée des flammes. Tout le monde croit en l'intervention
Confréries.
La confrérie
du
Saint - Sacrement .
Vanini.
Le Jansénisme.
divine, qui se plaît à bouleverser l'ordre naturel des choses. Pour faire cesser les inondations, on porte devant les eaux irritées la Vierge noire de la Daurade.
Confréries et associations pieuses abondent, attirant la bourgeoisie et la noblesse; les pénitents tiennent dans la cité une place toujours éminente. On dit : noblesse de Bleus, richesse de Noirs, antiquité de Gris, pauvreté de Blancs, lya confrérie du Corpus Christi est assez riche pour décorer et meubler Saint-Etienne. La plus célèbre de ces compagnies fut assurément celle du Saint-Sacrement de l'Autel, fondée à Paris par l'ancien lieutenant du gouverneur du lyanguedoc, le duc de Ventadour, et réunissant des catholiques fervents, désireux de se consacrer à toutes les œuvres religieuses ou charitables. A Toulouse, cette confrérie (1641) eut pour initiateur Gaspard de Simiane, chevalier de La Coste, qui établit les groupements d'Aix, de Marseille, d'Arles et de Toulon, et qui mourut de la peste en soignant des galériens. La Compagnie se donnait des allures de société secrète et l'on ignorait le nom de ses membres ainsi que le lieu et l'objet de leurs réunions; mais elle recrutait, à coup sûr, bien des adeptes dans le milieu parlementaire toulousain.
Dans une ville si profondément imprégnée de croyances catholiques, l'impiété paraît une monstruosité. Vanini, qui écrivit deux ouvrages philosophiques dans lesquels il niait l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme et la distinction du bien et du mal, est traduit, pour ses détestables opinions, devant le Parlement (novembre-décembre 161 8)'; il est condamné à l'arrachement de la langue et au bûcher et meurt « joj^eusement en philosophe )>; ses cendres sont jetées au vent devant la foule horrifiée. Un peu plus tard, un chevalier de Roquelaure blasphème la Mère de Dieu. Il ne dut qu'à sa fuite et à ses hautes protections d'être seulement décapité en effigie, place du Salin.
La profondeur de la foi explique la naissance et le développement de la secte des Jansénistes (^). Dès le début, ceux-ci
I. Du nom de Jansénius, évêque d'Ypres (1585-1638. Dans son livre VAugustinus, paru en 1640, après la mort de son auteur, Jansénius développa ce qu'il croyait être la doctrine de saint Augustin sur les questions de la grâce et du libre arbitre.
trouvèrent à Toulouse des défenseurs et des adeptes. ly' archevêque Monchal fut un des seize prélats qui approuvèrent le traité de la Fréquente communion, dn Grand Arnauld (1643) et qui signèrent une lettre au pape en sa faveur. Lorsque Nicolas Cornet dénonça à la Sorbonne les cinq fameuses propositions «hérétiques» extraites deVAugustinus,M.onch.al refusa sa signature au dénonciateur; il mourut, il est vrai, avant que le pape les ait formellement condamnées (1653). Mais, avant sa mort, il avait eu à intervenir dans les querelles qui mettaient aux prises les Jésuites et les Jansénistes à Toulouse. Le recteur du collège des Jésuites était, en 1644, le père Annat, auquel Pascal adressa les dix-septième et dix-huitième Provinciales; ennemi déclaré de la nouvelle doctrine, il devait être nommé, peu après, confesseur du roi. Il avait comme adversaire le prieur des Dominicains, professeur de théologie à l'Université, le père Antoine Ravaille, d'Albi, connu sous le nom de père Réginald; celui-ci fit censurer, par la Faculté de théologie, un livre du père Annat {Scientia média) et, soutenu par les autres Universités, fit placarder partout la condamnation, tandis que les Jésuites en appelaient au Conseil du roi. Par l'intervention de Monchal et avec le temps, la querelle s'apaisa, le père Annat étant parti pour Paris et le fougueux jacobin, accusé d'avoir attaqué le dogme de l'Immaculée conception dans un libelle anonyme, s' étant retiré au monastère de Prouilles.
Mais le Jansénisme disposait à Toulouse de protections et jouissait déjà d'une grande influence. S'il n'est pas certain que le premier président de Fieubet ait considéré avec sympathie la doctrine nouvelle, il est sûr que l'épiscopat languedocien se laissait gagner par elle {^). A défaut de Marca, qui lui était hostile, l'évêque de Rieux, Bertier, la regardait sans défaveur; l'évêque de Pamiers, Caulet, de famille par-
J anséiiistes
et
s}Tnpatliisants.
I. Parmi les salons jansénistes ouverts à Toulouse, le premier président Fieubet tenait le sien dans son hôtel de la rue Ninau; les Bertier, les Cathelan, les d'Aguesseau le fréquentaient avec quantité de magistrats. L,a contagion gagna bientôt tout le Parlement, et de fervents disciples des Solitaires distribuaient aux pauvres le produit de leurs charges, employaient les loisirs de leurs professions à visiter les prisonniers et les malades et ne vivaient que pour la justice, la prière et la charité. I,a fille d'un conseiller au Parlement, Jeanne de Juliard, mariée à de Mondonville, veuve à vingt et un ans, fonda à Toulouse l'institution des Petites Ecoles, sur le modèle de celle de Port-Roval.
lementaire toulousaine, et celui d'Alet, Nicolas de Pavillon, connu pour son inépuisable charité et son caractère intraitable, lui étaient entièrement acquis. A Toulouse même, l'ordre des Oratoriens de la Dalbade comptait beaucoup d'adeptes, notamment le père I^ejeune, aveugle et prédicateur en renom. Ils étaient soutenus par les Dominicains, tandis que les chanoines de Saint-Etienne, et surtout les Capucins, appuyaient les Jésuites. Querelles de moines, joutes de sermonnaires qui auraient pu, comme, un siècle auparavant, en Allemagne, tourner au schisme. Mais le plus remarquable des jansénistes toulousains fut assurément Gabriel de Ciron, né en 1621, chanoine de Saint-Etienne et chancelier de l'Université depuis 1648 (^). Il faisait partie de la Compagnie du Saint-Sacrement, formée des plus austères dévots. Intendant de Saint-Etienne en 1652, il avait, à l'étonnement général, tenu à exercer personnellement son ministère et groupé autour de lui une douzaine de prêtres pour ressaisir les fidèles, les discipliner dans une dévotion commune à la paroisse. Pendant la peste de 1652, il fut admirable de dévouement, soignant et administrant les contagieux; s'il accepta la condamnation de 1653, il fut un ennemi acharné de la casuistique et un théologien rigoriste. L,e prince de Conti et sa femme le chargèrent de leur direction de conscience. Tous deux protégeaient les jansénistes, dont ils approuvaient les doctrines. Ciron fonda au moins deux séminaires : l'un d'eux, celui des Hautes-Sciences, eut comme directeur un janséniste notoire, le père Vignaux. Il interdit comme prédicateurs les pères capucins Simplicien et Vincent qui argumentaient pour Molina contre Jansénius. Ciron apparaît, enfin, à l'origine de la congrégation des Filles de l'Enfance.
Affaire lyC Jansénisme, doctrine de pureté morale qui anéantit
des Maltaises. l'homme devant Dieu, pénétra profondément dans le monde
I. De Ciron, qui avait fait la connaissance, dans sa jeunesse, de Jeanne de Juliard, s'était épris pour elle de l'inclination la plus vive; il la demanda en mariage; mais sa famille et celle de Jeanne de Juliard s'opposèrent à cette union. De cette déception naquirent les mélancolies et les tristesses qui déterminèrent de Ciron à entrer dans les ordres. Plus tard, M"" de Mondonville et de Ciron, unis par des liens mystiques, collaborèrent longuement ensemble à la fondation de l'hôpital Saint- Joseph-de-la- Grave et surtout, ainsi qu'il va être dit, à V Institut de l'Enfance, fortement animé d'un esprit janséniste, installé dans ime maison de la rue Valade, et poursuivi par les attaques virulentes des Jésuites. (Voir Henri Jaudon, Port- Royal à Toulouse, discours de rentrée à la Cour de Toulouse, le i6 octobre 1900.)
des religieuses et des dévotes. Les Maltaises du couvent Saint-Jean, à Saint-Cyprien, s'y laissèrent gagner sans doute par leurs confesseurs, le père Le Blanc, oratorien, et le père Vignaux. La vie d'une de leurs religieuses, Sainte-Fleur, par le père Le Blanc, parut contenir quelques-unes des doctrines condamnées. Marca ordonna alors la visite du monastère (mai 1659-mars 1661). On y trouva les Heures de Port-Royal, la Théologie familière de vSaint-Cyran, le Catéchisme de la grâce; on saisit des lettres où Port-Ro3^al était défendu contre ses ennemis. Malgré la résistance de la grande prieure, on parvint à persuader les religieuses de se rallier à la bonne doctrine. Des formulaires (^) furent signés dans le diocèse; aucun document n'atteste qu'il y ait eu des refus de signature; l'Université tout entière (quinze professeurs) adhéra à la condamnation de la doctrine de Jansénius (1665).
Plus grave est l'affaire des Filles de l'Enfance, qui évoque le souvenir des violences commises à l'égard des religieuses de Port-Royal. Cette congrégation fut créée, en 1661, à Toulouse, par Jeanne de Juliard de Mondonville, fille d'un conseiller au Parlement réputé pour sa fortune et sa charité. Jeanne hérita de l'une et de l'autre, se consacra à l'instruction des filles et au soulagement des pauvres, fondant des cours gratuits et payant les frais de l'assistance médicale aux malheureux. C'est pour mieux assurer et organiser ce service qu'elle fonda les « Filles de l'Enfance », dont l'abbé de Ciron dressa les statuts. L'archevêque de Toulouse, Marca, les approuva (1662); le pape Alexandre VII confirma, par un bref, son approbation. Les Filles de l'Enfance s'installèrent, rue Valade, dans une maison achetée, au nom de Mme (jg Mondonville, par le conseiller Jean de Garibal (21 mars 1661). Mais la congrégation nouvelle différait des ordres anciens; elle n'était pas cloîtrée; les congréganistes ne vivaient pas en commun; elles n'avaient pas de costume spécial; elles ne changeaient pas de nom. Ce mépris de la forme et des rites extérieurs sentait le Jansénisme et parut une critique des mœurs régulières. Les Jésuites tentèrent de ruiner l'œuvre naissante. Heureusement, Louis XIV donna son assentiment au nouvel Institut et l'évêque de
L'Institut
de l'Enfance
ou
les Filles de l'Enfance.