I. On en trouva une vingtaine
déplorable politique religieuse. Le chef du Consistoire, d'Ambelot, n'en célébrera pas moins, avec une emphase cruelle, redit de révocation qui ruinait les manufactures du I^anguedoc, qui causa l'émigration ou la révolte de populations entières et n'améliora pas la situation économique de Toulouse, bien que les Réformés n'y fussent plus très nombreux depuis longtemps.
Décadence
de la
vie économique.
La misère.
(( Il est notoire qu'il n'y a point, à Toulouse, de manufacture considérable, ne s'y faisant que quelques couvertures. » Ainsi s'expriment les instructions aux députés de Toulouse aux Etats de 1643. Dans son mémoire de 1698, Bâville signale toujours la stagnation des affaires. « Le génie des habitants " ne les y porte pas; ils ne peuvent, d'ailleurs, souffrir les étrangers..., tous les enfants des gros marchands aiment mieux s'anoblir et entrer en charge que de continuer et soutenir le commerce de leurs pères. » Ce jugement, qui eût été injuste au xvi^ siècle, répondait, au xvii^, à la réalité des choses. La culture du pastel était tombée en décadence depuis l'importation de l'indigo; les guerres d'Espagne avaient porté un coup sérieux au commerce des laines languedociennes; la tentative de Pierre de Lancefoc, capitoul, pour créer à Toulouse, avec l'aide d'ouvriers italiens, l'industrie de la soie, encouragée par un privilège d'Henri II (1552), avait paru réussir brillamment, mais était restée sans lendemain. Des plantations de mûriers, faites sous Henri IV, à Arnaud-Bernard, n'ont pas réussi à créer à Toulouse la sériciculture, qui prospéra dans la vallée du Rhône. Iv' activité économique avait-elle donc été, au xvi^ siècle comme au moyen âge, un accident dans l'histoire de Toulouse? Etait-il dans la destinée de la ville d'être, comme le disait Bâville, une des plus grandes du royaume, mais aussi une des moins riches? On serait tenté de le penser quand on constate l'impuissance d'un Colbert à galvaniser son activité.
LTne des causes de la décadence économique vient, à coup sûr, des calamités qui ont désolé Toulouse pendant presque toute la première partie du xvii® siècle. Rien ne lui fut épargné. Pestes terribles, surtout en 1629-32 et en 1651-52,
inondations, famines, s' ajoutant aux passages des gens de guerre et aux excès de la fiscalité royale. I^' intendant Robert Miron, que Richelieu envoya pour enquêter sur les demandes d'exonération d'impôts formulées par les capitouls, fait un tableau navrant (1636) des « désolations, ruynes et abandonnements » : 984 maisons détruites ou désertées, souvent sans portes ni fenêtres, des métairies vides de paysans, des terres en friches, le Pont-Couvert rompu, les chaussées du Château et du Bazacle anéanties par la Garonne, l'île de Tounis menacée de disparition, plus de 80.000 ouvriers ou artisans disparus, morts ou émigrés; une dette énorme contractée pour nourrir les pauvres; les fours aux trois quarts ruinés, à tel point qu'on doit aller moudre à trois ou quatre lieues de la ville. lya misère est telle que Richelieu, malgré sa dureté, donne quitus des arriérés d'impôts. La situation n'est pas meilleure jusqu'au milieu du xviii^ siècle. Toulouse regorge de mendiants. Les enfants dorment devant les portes, des jeunes filles errent dans les rues la nuit, à la merci de toutes les rencontres. L'admirable charité des particuliers ou des confréries religieuses s'exerce dans l'immense misère. Mais la misère a, pour ainsi dire, tué le commerce et l'industrie.
Une autre cause de leur décadence — et non la moindre Goût
— se trouve dans le goût marqué des Toulousains pour po^^ ^^^ fonctions les charges ou fonctions publiques. On a vu la place consi- ^ ^^ ' dérable tenue par les ordres religieux et l'EgUse séculière. Le capitoulat, la magistrature, avec son Parlement, sa sénéchaussée et sa viguerie; la Trésorerie, bureaux des trésoriers de France; la Chambre des monnaies, général provincial et deux juges gardes, sans compter le procureur du roi et les huissiers, la maîtrise des Eaux et Forêts, avec sa juridiction; la chancellerie des blasons et armoiries : toutes ces carrières, où la condition d'entrée était la fortune, attiraient et retenaient la meilleure partie de la bourgeoisie toulousaine par le prestige d'anoblissement qui s'y attachait le plus souvent. Le Parlement, seul, comptait, sous Louis XIV, 132 officiers, dont 17 présidents, 112 conseillers, 2 avocats généraux, i procureur général ; il avait sa Grand' Chambre, ses trois chambres des Enquêtes, sa Chambre des Requêtes,
sa Chambre criminelle ou Tournelle, sa Table de marbre. Quelle que fût l'étendue du ressort de la seconde Cour du royaume, ressort qui allait jusqu'au Velay, jusqu'aux portes de Lyon et aux Pyrénées, on a peine à s'expliquer un nombre aussi considérable de juges d'appel. Si l'on songe au nombre des avocats et procureurs qui vivaient du Parlement et des deux tribunaux inférieurs, on reste confondu devant le pullulement des officiers de justice sous l'Ancien régime. Cette classe s'alimentait, par en bas, dans la foule des étudiants en droit, seule partie vivante de l'Université au xvii^ siècle. Elle formait une caste de plus en plus fermée; les parlementaires s'alliaient entre eux, si bien que la Cour n'était qu'une vaste famille, dans laquelle on n'entrait pas sans difficultés. Noblesse capitulaire, noblesse parlementaire se jalousaient et se dépréciaient réciproquement (^), sauf à établir parfois des ponts entre les deux classes. L'ancienne noblesse de race avait à peu près disparu. A sa place, la noblesse de robe, les officiers se dressaient orgueilleusement, enviés par la bourgeoisie des marchands, qui ne manquaient aucune occasion de pénétrer dans leurs rangs. Toulouse, jusqu'à la Révolution, demeurera une ville de robins et de fonctionnaires.
Les Corporations. Cette évolution s'explique, en partie, par celle des métiers, qui perdent leur vie ardente du moyen âge. Depuis la fin du xvi^ siècle, la roA-^auté avait mis la main sur les maîtrises, dont elle trafiquait. Par réaction, et pour se défendre contre la concurrence, les maîtres obtiennent des capitouls des règlements plus stricts du travail, une surveillance plus minutieuse qui sauvegarde leurs intérêts, qui garantit la qualité de la marchandise, mais engendre la routine et écarte toujours les innovations. Beaucoup de corporations réforment leurs statuts, et toujours dans un sens plus rigoureux et plus conservateur. Tels sont les tisserands et sergeurs (1604), les serruriers (1659), ^^s espasiers (1647) ^t bien d'autres. Les orfèvres-argentiers, en 1685, limitent à trente le nombre des maîtres, suppriment le compagnonnage, réduisent à deux le nombre des apprentis recrutés alternativement parmi les fils des maîtres et les étrangers. Colbert, en réglementant
I. En 1645, le Parlement, se plaignant à la régente des capitouls, les appelle « ces petits magistrats populaires ».
les métiers, malgré ses préférences pour la liberté, n'a fait que suivre un mouvement déjà commencé et répondre aux vœux unanimes des patrons. I^e xvii^ siècle a vu la disparition de beaucoup de métiers libres, l'incorporation en métiers jurés de la majorité des travailleurs. Seuls, les bouchers ou mazelliers cessent de faire partie d'un corps. Quant aux fustiers ou charpentiers, si puissants au moyen âge, ils ne possèdent plus de jurande.
L'incorporation, ajoutée aux variations du goût, fait Nouveaux apparaître, au xvii^ siècle, de nouveaux métiers. L'art de métiers,
la laine est en décadence, malgré les encouragements spéciaux de Colbert qui envoie, en 1670, son commis Marc Cocagnié visiter la corporation des tisserands et sergeurs. Mais l'art du cuir reste encore actif. Les selliers-bridiers reçoivent, au xvii^ siècle, le privilège de la fabrication des litières, carrosses et calèches avec harnachement. Les gantiers se séparent des boursiers-aiguilletiers pour former un corps spécial. Aux boutonniers-bonnetiers s'ajoutèrent, à la fin du xvii^ siècle, les faiseurs de moules de boutons. Des cordonniers se séparèrent, en 1663, les petitoyers ou fabricants de chaussures pour enfants, dont la confrérie s'assemblait aux Carmes, sous le vocable des Saints-Innocents. Les bambochers, formiers-talonniers, fabriquèrent spécialement des galoches. Les faiseurs de peignes de buis s'incorporent, en 1667, et les ouvriers en corne en 1682. La corporation des horlogers, établie en 1604, sous la protection de saint Eloi, végéta et se rétablit en 1697; elle dut beaucoup aux étrangers. Allemands et vSuisses. Les paulmiers-raquetiers, incorporés en 1610, s'adjoignirent, en 1612, les billardiers, lorsque les capitouls eurent autorisé le billard sur table, « jeu de récréation et non escandaleux ». Les faiseurs de cordes de violons, luths, violes et autres instruments musicaux des Italiens s'organisent en 1690. Les barbiersbaigneurs-perruquiers-étuvistes se séparèrent en 1659 ^^^ chirurgiens, tandis que les friseurs de perruques (1624) se fondirent avec les perruquiers. En 1634 se forme la corporation des gousteurs de vin; à la fin du xvii^ siècle, les repétriers ou vendeurs de pain à la livre se séparèrent des boulangers. Les égorgeurs de pourceaux ou langeyeurs se forment,
EflEorts de Colbert
pour créer
la
grande industrie.
en 1688, sous l'invocation de l'ermite saint Antoine. I,es cofïretiers-bahutiers (1647) sont la première forme des fabricants de meubles. I^es fondeurs de canons ou canonniers se groupent (ils étaient cinq) en 1605; les arquebusiers, en 1649. lycs fondeurs de petite fonte, doreurs et laitoniers (fabricants de laiton) se réorganisent en maîtrise jurée (1680). lycs anciens maîtres d'escrime et de palestre deviennent, en 1667, l^s « maîtres en faict d'armes », corporation dont les règlements étaient très sévères. Quant aux orpailleurs, ils sont en pleine décadence; au xvii^ siècle, le fermier des Domaines ne recevait d'eux que deux pistoles de redevance par an. Toulouse apparaît, au xvii® siècle, pourvue d'un artisanat qui suffit à ses besoins, au reste assez restreints, mais dépourvue de ces grandes entreprises outillées (^) pour l'exportation que Colbert sut créer ou multiplier dans le Nord.
lyC grand ministre n'a pas négligé cependant le Midi et Toulouse particulièrement. Il eût voulu que le lyanguedoc exploitât toutes ses richesses minières et développât ses manufactures, surtout en vue de l'exportation. Riquet fut un des premiers directeurs, avec l'ingénieur Cler ville et le Carcassonnais de Pennautiers, de la Compagnie royale des Mines et Fonderies du lyanguedoc (1666). Colbert a repris, avec un succès momentané, les projets d'Henri IV, encouragé dans le Toulousain la culture du mûrier, qu'une ordonnance capitulaire (9 juin 1671) et un arrêt du Parlement (8 août) rendirent obligatoire, ainsi que l'élève des vers à soie. lycs « veloutiers et faiseurs de soye » se reconstituèrent en juillet 1668. Un certain Pineau établit à Toulouse une fabrique de soie pure ou demi-pure (1665). En 1669, les capitouls établirent à Tounis des ouvriers tourangeaux, qui fabriquèrent des ferrandines et des grisettes, étoffes à bon marché pour le peuple, spécialité de Toulouse jusqu'au xviii® siècle; d'autres établirent une manufacture de bergames et tapisseries de prix modiques. Si la confection des couvertures de laine décline, Colbert crée l'industrie de la bonneterie et des bas à métier, moins florissante toutefois à Toulouse qu'à Nîmes. En 1679, grâce aux subventions
I. Sauf, peut-être, une manufacture de potei-ies et faïences dirigée par les Dumont, employant des peintres-verriers de Nevers.
municipales, la Maison des orphelines fonde une manufacture de dentelles, avec ses quarante filles dirigées par une maîtresse étrangère. Enfin, Toulouse eut ses manufactures royales, investies d'un monopole et de divers privilèges, dont le plus important était de pouvoir vendre partout sans payer de droits ou de fournir exclusivement le roi; c'est la manufacture royale des poudres, dans l'île du Château (1667), qui remplace le moulin à poudre municipal supprimé; c'est la manufacture royale des tabacs (1674), qui utilisait les plantes cultivées à Grisolles, Castelsarrasin et Montech. Ce furent là les seuls établissement solides. L'industrie privée de la soie et de la bonneterie devait rapidement péricliter. Cet effort, si intéressant dans son principe, n'a pu faire de Toulouse le centre de production industrielle qu'elle avait été aux siècles précédents.
En "général, ces corporations toulousaines sont peu prospères; beaucoup sont accablées de dettes; aussi les maîtres Décadence montrent-ils un grand zèle à défendre leurs droits contre les ^^ corporations, marchands forains qui leur enlèvent leur clientèle; ils s'entendent de même pour partager équitablement les matières premières et surtout pour fixer les salaires des ouvriers au taux le plus bas possible. Les compagnons toulousains figurent parmi les plus mal payés de France (^). Surveillés étroitement, — - on leur interdit le travail en chambre, l'accès des cabarets les jours ouvrables, on les loge même chez le maître — ils jouissent d'une liberté fort limitée. Ils n'arrivent plus à la maîtrise que par exception; le compagnonnage devient un état, presque déjà un prolétariat. Les conflits du travail commencent, d'une nature et d'une portée sans doute différentes de celles d'aujourd'hui. Les ouvriers s'organisent en associations particulières, comme les confréries du moyen âge, déjà redoutées des maîtres : ce sont les vSociétés du Devoir, ou des Gavots, qui avaient leurs rites imités des cérémonies chrétiennes (le baptême par le sel, l'eau et le vin), leurs réunions secrètes, où naissait et s'affermissait l'idée d'une solidarité de classe; tels sont les compagnons menuisiers, cordonniers, tailleurs. Des grèves se produisent pour des
I. Chapeliers, 7 sous par jour et 8 sous de nourriture. Tailleurs, 8 sous; cordonniers aux pièces, 13 sous pour une paire de souliers de femme, 14 sous pour des souliers d'homme.
questions de salaires, celle des chapeliers, par exemple, en 1673. lycs maîtres et les compagnons boulangers et menuisiers sont fréquemment en lutte. Mais ces conflits demeurent très limités, comme la production elle-même à peu près ajustée à la consommation. Le sentiment religieux, très vif dans les classes populaires, empêche l'extension des conflits, lycs Associations du Devoir, elles-mêmes, subissent l'influence de l'Eglise, renoncent à leurs pratiques suspectes et purifient leurs statuts (1646); des frères tailleurs, des frères cordonniers se groupent pour mettre en commun leurs prières et leur travail. L'émancipation de la classe ouvrière, dont on distingue quelques présages obscurs, n'est pas encore en voie de réalisation.
Le Commerce. Le commerce subit la même décadence que l'industrie,
et pour les mêmes raisons. Le trafic des lainages, un des rares qui survivent, est gêné par les marchands de Paris, qui empêchent les merciers grossiers (en gros) d'acheter des étoffes languedociennes (1655). Il est gêné aussi par des règlements officiels, qui, en 1669, font une obligation aux marchands de porter leurs étoffes au bureau de marque, établi dans la vieille Bourse, pour y recevoir un plomb apposé à la lin de chaque pièce, sans lequel elle ne pouvait être vendue. L'état des affaires est si pitoyable, en 1665, que les consuls de la Bourse déclinent l'honneur de souscrire pour la fondation de la nouvelle Compagnie des Indes; comme l'invitation du roi était impérative, les commerçants se déchargèrent sur la ville du soin de participer au capital; la souscription fut fixée à 120.000 livres en trois termes, dont le premier, seul, fut pa^-é. A la fin du xvii^ siècle, entraient à Toulouse, par Saint-Béat, quelques laines d'Espagne; il ne sortait plus grand'chose. Les règlements, les taxes à la sortie et à l'entrée, les droits élevés qui frappaient les marchandises ou denrées à Toulouse même (commutation et subvention) n'étaient pas faits pour rendre au négoce quelque activité. Cet état de choses ne fait que s'aggraver à la fin du règne. L'arrêt du 31 août 1701 soumettait le commerce des grains, un des plus importants de Toulouse, à des formalités vexatoires et onéreuses; on interdit même souvent la sortie du blé par peur de la famine, mais au grand dam des
pa^^'sans. L'arrêt du 17 mai 1701 réglemente le trafic des vins du lyanguedoc vers Bordeaux et maintient le privilège des Bordelais, qui prélevaient un impôt sur ces vins (^).
Le Conseil de commerce créé par Colbert, mort avec lui, ressuscité en 1700, fit entendre des plaintes justifiées sur l'abus de l'intervention royale et l'appauvrissement des transactions {^). Aucune ville du Languedoc n'y était, du reste, représentée, sauf par un négociant de Nîmes, puis par le syndic de la province. Mais, en 1703, une Chambre de commerce fut établie à Toulouse pour contrôler et rendre valables les contrats commerciaux et donner son avis dans les questions contentieuses. Elle devait être composée de quatre commerçants établis depuis dix ans ou de députés du commerce élus pour deux ans par le corps des marchands et renouvelés par moitié tous les ans. La Chambre s'assemblait une fois la semaine à la Bourse ; le prieur et les deux consuls en étaient membres-nés; l'intendant assistait de droit à ses réunions; l'ordre de préséance, comme d'habitude, y faisait l'objet d'tm règlement minutieux. Les premiers députés furent désignés par le roi; c'étaient les ex-capitouls Colomès et Charlary, les droguistes Ricard et Loubaissin. La Chambre de commerce dura jusqu'à la Révolution, sans qu'on puisse clairement apercevoir l'influence qu'elle exerça sur le développement des transactions. Elle accrut, à tout prendre, le nombre de ces fonctions officielles dont nos ancêtres paraissent avoir été si friands.
Pourtant, Toulouse continuait à jouir de sa position privilégiée, nœud de voies terrestres et fluviales. Mais les chemins, dans la première partie du siècle, étaient encore en triste condition; après la Fronde, le Parlement arrêta qu'on en fît la réparation. Colbert et ses intendants ont commencé à mettre les routes en état, à en construire de nouvelles. Sur ces routes existe, réorganisé depuis le xvi^ siècle (1588),
La Chambre
de commerce.
Les commmiic ationa
1. Le privilège des Bordelais datait de l'occupation anglaise; les vins du I,anguedoc, expédiés à l'étranger par Bordeaux, étaient astreints à circuler dans un type de futaille spécial pour les distinguer des vins de Bordeaux; ils étaient entreposés dans un quartier particulier, vendus en Angleterre à une époque déterminée, assujettis à la marque et à un droit pécuniaire.
2. Il comprenait un certaiti nombre de membres élus par les principales villes du royaume.
un service de messageries et de poste, assuré par des messagers jurés portant l'écusson de la ville, payant caution et soumis au serment, dont la corporation est à nouveau réglementée en 1629. C'était une entreprise privée, sous le contrôle municipal. Il y avait un départ par semaine (le lundi) pour Paris, un par quinzaine pour Lyon et pour Bordeaux; les messagers voyageaient à cheval, en certains cas à pied. I^e port était, pour Paris, 8 sous l'once; pour Iv3^on, 6 sous. En 1664, un service de carrosse vers Paris, pour voyageurs avec hardes, est établi par un certain Lemercier. Vers 1672, ces services furent réunis au domaine royal, aux postes royales créées par Louis XI et réorganisées en 1621. La nomination des messagers appartint désormais au roi, en l'espèce à Louvois, qui fixa les taxes et fit faire de grosses réparations (1680) au grand chemin de la poste. L'édit de janvier 1692 fit de la poste un monopole d'Etat. Le courrier royal partait deux fois la semaine pour Castres, chaque jour pour Montauban, Castelnaudary, Narbonne.
Les voies d'eau. Des bateaux-postes desservaient également Bordeaux par la Garonne. En octobre 1660, un service régulier, deux fois par semaine (dimanche et jeudi), est assuré par l'entreprise Raffanel et Barbier, six bateaux à six rameurs et un pilote; il en coûtait 3 livres par personne pour aller de Toulouse à Bordeaux avec 10 livres de bagages. La voie fluviale restait fréquentée malgré l'inconstance du régime des rivières, parce qu'elle était moins fatigante et plus pratique, sinon plus rapide, que la voie de terre. Le i^^ octobre 1663, le président Donneville, nommé commissaire général de la navigation dans le ressort du Parlement de Toulouse, publiait les règlements de la batellerie sur la Garonne et ses aiïïuents, base de toute la législation de l'Ancien régime en la matière ; il y était dit notamment que les propriétaires de moulins devaient laisser aux bateaux des chenaux assez larges et assurer le personnel nécessaire pour les descendre ou les monter.
Le canal du Midi. Mais la grande œuvre du règne de Louis XIV et de Colbert
Riquet. f^^ jg canal des Deux-Mers. On sait que l'idée remonte au
XVI *^ siècle; elle fut reprise sous Henri IV et Richelieu;
Montmorency fit piocéder à une enquête et, en 1633, un bail
fut même passé par le Conseil d'Etat avec un entrepreneur. Elle n'aboutit pourtant qu'après 1660, lorsque la fit sienne Pieire-Paul Riquet, de Béziers, traitant de la ferme des gabelles du Languedoc. Cet homme, avide et dur, qui s'était fait dans la province nombre d'ennemis par sa rigueur impitoyable, sa fortune et sa vanité de parvenu (^), garde devant l'histoire le mérite d'avoir été l'animateur et l'organisateur de l'oeuvre. Grâce à l'appui de l'archevêque de Toulouse, de Bourlemont, il put dresser un projet, qu'il soumit à Colbert, et vaincre l'hostilité des Etats qui redoutaient, à bon droit, de nouvelles charges. La réalisation technique n'appartient pas entièrement à Riquet, notamment l'idée des bassins d'alimentation de Lampy et de Saint-Ferréol {^) ;
mais ce qui lui revient en propre, c'est l'énergie et la persévérance, le don entier de sa personne et de ses capitaux, au détriment même de la dot de sa fille, la perfection de l'exécution, qui fait du canal un bel ou\'Tage, supérieur à ceux qu'exécuta le xviii^ siècle. L'adjudication fut annoncée, à Pézenas, le 5 février 1664. L'édit royal (octobre 1666) faisait du canal un fief de la couronne, donnait à l'adj udicataire la haute et basse j ustice du lit et des berges, chaussées, écluses et dépendances, avec faculté d'élever des moulins et un château seigneurial, fixant, enfin, le taux des péages et éclusages : 6 deniers par minot de sel, 12 par charge de blé et le reste ad valorem, 5 sols par passage aux écluses. Riquet fut
1. Il se fit anoblir et rattacha sa famille aux Riquetti de Provence (les Mirabeau). Son château de Bonrepos, près de Verfeil, était un des plus beaux de la région; l'omementation en avait été confiée à un peintre de Florence; ce château appartenait, au début du siècle, aux de Bertier.
2. L'idée est probablement de l'ingénieur Andréossi, un des commissaires chargés des études.
Colbcrt préôcnte a Loiiia XIT'
le plan dti canal
(Musée des Toulousains)
admis comme adjudicataire, le 14 octobre, pour une somme de 3.630.000 livres en huit paiement annuels égaux, reçut le seigneurie du canal et la perception des taxes, ainsi que la noblesse par réhabilitation (sans l'impôt sur les anoblis). En janvier 1667 ent heu l'inauguration solennelle des travaux à Toulouse, puis, au-dessous du Bazacle, la pose de la première pierre des jetées de l'embouchure par le premier président de Fieubet et les capitouls Lafaille et Dume^-nial. Après un service religieux célébré par l'archevêque de Toulouse, des médaiUes de bronze avec inscriptions latines furent enfouies — Tolosa utrinsque maris emporium — . Le creux du canal était teUement rempli de peuple et d'ouvriers avec leurs bannières « qu'il formait une manière d'amphithéâtre et donnait une idée des spectacles des anciens Romains ». En 1673, les bassins d'ahmentation étaient achevés; en 1677, Riquet obtenait l'adjudication des travaux de Sète. ^Mais il mourut, le i^'" octobre 1680, sans avoir vu l'achèvement de son œuvre, « le plus cher de ses enfants ». ly' inauguration du canal eut lieu le 15 mai 1681. Les commissaires du roi et les deux fils de Riquet, après avoir parcouru la tranchée à sec, le 2 mai, descendirent, ce jour-là, de Toulouse à la mer sur un bâtiment richement orné, remorqué par un bateau portant des musiciens et suivi de vingt-trois embarcations chargées de marchandises françaises ou étrangères destinées à la foire de Beaucaire. Le canal contribua, sans aucun doute, à faciliter les relations entre Bordeaux et la Méditerranée; mais, en dépit des glorieuses inscriptions latines, Toulouse n'en retira pas un bénéfice considérable. {^).
I. Canal du Midi ou canal du Languedoc. — Riquet (Pierre-Paul de), né à Béziers, mort à Toulouse (1604-1680), prenant pour son compte l'idée conçue par les Romains, fécondée par Charlemagne et devant laquelle reculèrent Henri IV et François I'^'', a reUé la Méditerranée à l'Atlantique à travers le seuil de Naurouse, sur les plans d'Andréossi, de 1666 à 1681. H commence au bassin de l'Embouchure, à Toulouse. Sa pente est rachetée par cent écluses, sur ime longueur de 241 kilomètres; son bief de partage, à 189 mètres d'alUtude, au seuil de Naurouse, est alimenté par le bassin de Saint-Ferréol, qui reçoit les eaux de la Montagne-Noire. Ce bassin a 1.200 toises de long sur 500 de large, c'est-à-dire deux lieues de tour (la toise mesinre 1^,949). n est emprisonné dans ime chaussée de granit de 36 toises d'épaisseur et de 200 d'élévation. I,e fond lui-même est de granit. H contient 8.950.000 mètres cubes d'eau. Au xix'= siècle, jusqu'en 1898, l'acUon du canal fut paralysée par sa concession à la Compagnie des Chemins de fer du Midi. Riquet, brisé par les efforts héroïques qu'il dut accomplir, mourut six mois avant l'iuaugiuration du canal, laissant à sa famille pour toute fortune
Si la vie économique se révèle moins variée et moins intense qu'au xvi^ siècle, la vie intellectuelle paraît aussi frappée d'une sorte d'atonie. C'est que Paris et la cour deviennent le cerveau de la France, comme ils en sont déjà le centre politique. lycs vieilles originalités provinciales tendent à s'atténuer, à se fondre dans l'unité française, ly' occitan, comme langue littéraire, est en pleine décadence; le peuple le parle; les classes cultivées l'abandonnent pour le français; il devient un patois, le jargon que note Molière à son passage dans nos pays. Et, par contre, la langue du Nord n'a servi chez nous à écrire aucune œuvre vraiment belle et forte.
I^e dernier des poètes languedociens, Pierre Goudelin, ou Goudouli, fils d'un chirurgien, né le 13 juillet 1580 (^), avocat qui ne plaida jamais, fut lauréat des Jeux floraux en 1609, pour un poème français. Son Ramelet moundi (1617) a subi l'influence profonde de la poésie française, de ses r3i:hmes, de ses formes, de ses expressions. Il prit figure de gloire méridionale, puisque les capitouls accordèrent à sa vieillesse indigente une pension de 300 livres et se chargèrent de l'impression de ses œuvres. Ce n'est pourtant pas un grand lyrique, mais un petit poète bourgeois d'inspiration assez menue, et dont l'épicurisme terre à terre « traduit assez bien la nuance de l'esprit local» (Roschach). — François Maynard (1582-1646) naquit à Toulouse et passa sa vieillesse à St- Céré, après avoir présidé la sénéchaussée d' Aurillac ; ce poète, à la physionomie de mousquetaire, fut un joyeux drille, un convive de « haulte gresse » et un amateur de livres et de tableaux. Elève de Malherbe, il continua sa réforme de la poésie et excella dans l'épigramme. Mais il demeure au second plan; Hahet mercedem suam, médius mediam, a écrit Faguet, et ses vers méritent, à tout prendre, l'arrêt sans indulgence
La vie intellectuelle.
Goudouli (1580-1649),
Maynard, Campistron,
Palaprat.
2 millions de dettes, à son pays un de ces travaux qui ont fait de I,ouis XIV Louis le Grand, et à l'histoire une de ces renommées que le plus grand nombre connaît à peine, mais que l'homme qui pense met au-dessus de plus d'im roi.
I. Dans une maison disparue par l'alignement de la rue de Metz, place d'Assézat.
qu'il a rendu lui-même contre eux (i). Pour Jean Galbert de Campistron (1656-1723), né également à Toulouse {^), marié à Mii6 de Manibau-Cazaubon, il passa la plus grande partie de sa vie à Paris, prit aussi sa retraite dans sa patrie, en 1712, pour y mourir dix ans après; ce poète tragique de second ordre (^) , imitateur et ombre de Racine, eut jadis son buste à la
Jean PALAPRAT
Auteur comique et compositeur
Musée Sain'.-Baymond
salle des Illustres; on l'en a retiré et ses œuvres sont tombées dans un juste oubli.— Palaprat( Jean, sieur de Bigot, 1650-1721), ancien capitoul et Chef du consistoire, Lanterniste, lauréat et mainteneur des Jeux Floraux, émigré à Paris, a gardé,
1. V. la vie de Ma3-nard dans Castelnau-de-Bretenoux, H. Ramet.