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Rue Tolosane

3. Reçu pourtant à l'Académie en 1701. Son frère I^uis Campistron (1660-1737). Toulousain, Jésuite, aumônier dans l'armée du duc de Vendôme, prononça les oraisons fimébres de I^oms XIV et des deux dauphins. Il composa, quelques poésies médiocres, conservées dans le Recueil de l'Académie des Jeiix Floraux.

Catel

Dom Bernard

de Montfaucon,

Laf aille,

par contre, quelque notoriété grâce à sa comédie de l'Avocat Patelin, seule œuvre survivante d'un ensemble important de pièces, qui ne manquent ni de verve ni de gaîté (^).

La postérité s'est montrée plus favorable à Guillaume Catel, conseiller au Parlement (1588), d'une famille de marchands élevés à la dignité parlementaire, mort en 1626, en son hôtel de la rue Peyras (^). Il occupe une place honorable Dadin dans cette génération d'érudits à laquelle nous devons de si dHauteserre remarquables travaux d'exégèse ou d'histoire, les Bénédictins de Saint-Maur, les Bollandistes, Marca et tant d'autres, notamment Baluze, qui passa huit ans au collège vSaint- Martial et lui garda un si fidèle souvenir. Les Mémoires de l'Histoire du Languedoc, de Catel, surtout son Histoire des comtes de Toulouse, constituent, pour les fastes de la ville et de la province, une source de premier ordre.

L'histoire et l'érudition furent encore représentées, à Toulouse, par Chabanel {Les antiquités de Notre-Dame de la Daurade, 1621), Daydé {Histoire de Saint-Sernin, 1661), le père Percin {Monumenta conventus Tolosani ordinis, 1693), l'évêque de Pamiers Henri de Sponde, abréviateur des Annales de Baronius, dont le monument funéraire est placé derrière le chœur de Saint-Etienne. Dom Bernard de Montfaucon, un des plus remarquables des bénédictins, l'ami de du Cange et de Bigot, passa douze ans au couvent de la Daurade, où il acquit la plupart de ses vastes connaissances (1675-1687).

Enfin, le syndic et historiographe Laf aille (163 7-1 701) rédigea les Annales de Toulouse avec un talent et une conscience qui en font une œuvre vraiment historique.

Le xvii^ siècle a produit, à Toulouse, un émrde de Cujas, Dadin d'Hauteserre (1602-1682), professeur de droit à l'Université, grand jurisconsulte et grand historien {Histoire d'Aquitaine, en latin), qui jouit en son temps d'une réputation européenne et fut l'ami de Baluze et du chancelier Séguier.

I. En collaboration avec l'abbé Brueys, qu'il avait rencontré à Rome, il donna de nombreuses pièces de théâtre, y compris Maître Patelin, chef-d'œuvre qui suffit à sauver de l'oubli les noms de Palaprat et de Brueys. Bazin en a fait encore im opéra-comique en 1856-

i. 2, rue du Musée.

Quant à Pierre Fermât (1601-1665), de Beaumont-delyomagne, conseiller au Parlement (janvier 1631), d'une sévère intégrité, ce fut un très grand mathématicien, le pre- 7nier du monde, selon Pascal. En même temps que ce dernier, il inventa le calcul des probabilités; en même temps que Descartes, avec lequel il eut de retentissantes controverses.

Fermât (Alusée des Toulousains)

il appliqua l'algèbre à la géométrie. Pascal a reconnu qu'il lui était supérieur dans ses recherches. Laplace et I^agrange donnent une place d'honneur à son profond savoir. D'Alembert écrit, à son sujet : «On doit à Fermât la première application du calcul aux quantités différentielles pour trouver des tangentes. » (^) Cette gloire authentique de

I. Brassine a donné les parties les plus importantes des œuvres de Fermât dans le Précis des œuvres mathématiques de Pierre Fermât (1853).

Toulouse a pourtant attendu son admission dans la salle des Illustres jusqu'en 1783 et sa statue jusqu'en 1889 (^).

Les noms, déjà nombreux, de savants et d'érudits que La société nous venons de signaler ne disent pas tout, si l'on considère cultivée,

l'activité intellectuelle de Toulouse, dans la première moitié du XVII® siècle, A cette époque, notre ville conserve encore la tradition de culture léguée par le siècle de la Renaissance, que les troubles religieux semblent avoir interrompue, mais qu'ils n'ont pa abolir. C'est dans le monde parlementaire que cette tradition demeure en honneur. Beaucoup d' œuvres mineures, mais intéressantes, émanent de ses membres ou de ceux du barreau. Catel était conseiller, comme Larocbeflavin, auteur des Parlements de France; le président de Grammont a écrit une suite à l'Histoire de de Thou et des Annales de Louis XIII. L'avocat Jean Doujat, un des plus savants de son temps, ami de Chapelain, qui vante son immense érudition, élu, dit-on à l'Académie française sans qu'il soit resté trace de son élection, a professé le droit à Toulouse et fait imprimer vingt-cinq volumes, dont un lexique de Goudelin. Les avocats Puymisson et d'Olive ont cru leurs plaidoiries dignes d'être publiées, comme les sermons d'Etienne Molinier et les oraisons funèbres de Philippe de Bertier, évêque de Montauban. Parlementaires, ecclésiastiques, nobles et bourgeois même sont latinistes et poètes. Le président de Bertier édite deux volumes en latin; Adrien de Montluc, comte de Carmaing, compose des pièces de théâtre; Guyon Guérin de Bouscal, des tragicomédies; François Filhol, prêtre et hebdomadier de Saint- Etienne, des vers. De belles bibliothèques sont l'honneur des logis des conseillers Jacques de Maussac, de Ciron, de Grammont. Les hôtels des grands parlementaires s'ouvrent aux beaux esprits. Comme autrefois Dolet, Vanini y fut cordialement accueilli. Nicolas de Verdun, premier président, fait figure, sous Henri IV, de véritable mécène. Toulouse garda par là ce caractère de métropole qu'elle possédait au XVI® siècle et que signalent, au début du xvii® siècle, le cardinal de Joyeuse et, au milieu de ce siècle, les Mémoires

I. Du sculpteur I^oubens, façade de la Faculté des sciences. Buste de Barrau dans la nouvelle salle des Illustres. Statue de Falguière à Beaumont-de-I<omagne.

L'Académie

des Jeux floraux.

de la Grande Mademoiselle (^). Sans doute, il y a bien du pédantisme et du mauvais goût dans la littérature de ces amateurs et comme un reflet des emphases ou des afféteries de la société des Précieuses parisiennes. Il n'en reste pas moins que la culture de l'esprit conserve toujours, à Toulouse, de nombreux adeptes. Le surnom de Palladienne peut toujours, sans injustice, lui être attribué.

Depuis que le « Gay Saber » avait perdu son caractère primitif en devenant, au xvi^ siècle, une compagnie de poètes français, il avait changé jusqu'à son nom pour celui de Collège de rhétorique et de poésie française, tout en gardant sa dénomination de Jeux floraux. Les Jeux floraux, imitant la Pléiade et abandonnant les vieux genres du moyen âge, avaient puisé dans le commerce de l'antiquité un certain renouveau. Mais, au xvii® siècle, l'activité poétique décroît ou somnole dans la monotonie des sujets traditionnels et la médiocrité ou l'indigence de l'inspiration. Avec son chancelier, ses sept mainteneurs, ses secrétaires et réviseurs, ses trois censeurs, son dispensateur et ses trois économes, la Compagnie était devienne un corps officiel, où la vénalité, comme partout, avait fini par s'introduire; on payait 200 pistoles une place de Mainteneur. La fête du 3 mai continuait à dérouler ses pompes et son double cortège, du collège Saint-Martial à l'Hôtel de \'ille, de l'Hôtel de ville à la Daurade et retour, pour rapporter les fleurs d'or ou d'argent. Les capitouls avaient même construit, à l'usage des Jeux floraux, une salle à l'extrémité de la nouvelle galerie des Illustres (1629). La plus importante des cérémonies, à coup sûr, était le « rastel » ou banquet pantagruélique offert aux capitouls, aux membres de la Compagnie et aux lauréats. En 1656, on distribuait 900 livres de casse- museaux, pommes, biscuits, pain et vin; 250 livres de gâteaux, 195 livres pour les veaux de lait destinés à IVEM. les Chancelier, mainteneurs et juges, capitouls et autres officiers; 213 seulement pour les fleurs d'orfèvrerie. Il ne manquait pas de personnes pour traiter de a jeux puérils y ces exercices et ces cérémonies,

I. Voir Roschach, Toulouse capitale (Revue des Pj^rénées, 1896, p. 201). Abbé Degert (Revue hist. de Toulouse, 1914, p. 385). Voir également I,aliondès, Une poétesse épique toulousaine (Marie de Calages, auteur de Judith ou la délivrance de Béthulie, poème présenté au roi lors de son mariage, (Revue des P5T-énées, 1903).

ou pour juger sévèrement ces prodigalités culinaires. Tant pour infuser à la Compagnie un sang nouveau que pour la placer sous le patronage et la tutelle de l'Etat, Louis XIV l'érigea en Académie royale des Belles-IyCttres, sur l'intervention du président de Maniban, des conseillers Daspe et Laloubère (lettres patentes de septembre 1694). Le chancelier de France devenait le protecteur de la nouvelle Académie, qui comprenait un chancelier, deux censeurs, un dispensateur (trésorier), un secrétaire perpétuel et trentecinq mainteneurs. Le personnage le plus important était le secrétaire perpétuel, dont le premier nommé fut Lafaille. L'éloge de Clémence Isaure continue à relier le présent au passé; mais celui du prince envahit tout. En somme, cette transformation eut d'heureux résultats en redorant le prestige un peu terni de la Compagnie. Le xviii® siècle devait être pour les Jeux floraux une époque de renaissance.

Bien plus vivant apparaît le groupe des Lanternistes, Les Lanternistes. foimé vers 1640, dont on suit l'histoire jusqu'en 1704, lointaine origine de l'Académie des Sciences. Leur nom et leur devise, Liicerna in nocte, ont probablement un sens symbolique (^). Ce qui fit l'originalité de leurs réunions, ce fut l'éclectisme de leur ordre du jour; on y parlait lettres et sciences, poésie latine ou française; on y entendait des conférences, des tournois d'éloquence, des controverses auxquelles un moment le public participa; on y organisa même des concerts. Les assemblées se tenaient au domicile d'un des membres : en 1640, à l'hôtel de Gabriel Vendages de Malapeire, sous-doyen du Présidial {^), ou au logis d'un des conseillers du même siège, Garreja; en 1667, chez le président à mortier Jean-Georges de Garaud-Duranti, sire de Donne ville (^) ; en 1670, chez le trésorier de France de Nolet (*) ; en 1688, chez les frères de Carrière, près du collège de Péiigoid. Un moment, les Lanternistes se réunirent dans

1. Ils se rendaient à leurs réunions avec une lanterne, a-t-on dit. Mais, à cette époque, tous ceux qui sortaient le soir étaient obligés de cheminer avec une lanterne, en l'absence d'éclairage public. M. Chalande veut que le mot vienne de la rue I<antemière, où la maison de l'abbé Maury avait sa porte de sortie.

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