‹ Histoire de ToulouseChapitre 180 sur 317 · Caserne de ce nom · texte numérisé non relu

Caserne de ce nom

Décadence

de la

vie monastique.

professeurs sulpiciens. I^e séminaire de Caraman disparaît en 1754, mais, en 1784, Brienne établissait le Petit-Séminaire (^), ce qui portait à cinq le nombre des collèges ecclésiastiques à Toulouse : le séminaire diocésain, Saint-Charles, Saint-I^azare ou de la Mission, les Irlandais, le Petit-Séminaire.

Tandis que le siècle précédent est signalé par la floraison de la vie monastique et la fondation de nombreux ordres, le XVIII ^ nous offre le spectacle d'une évolution inverse. I^a seule maison nouvelle est celle des Filles du Bon-Pasteur, établie par François de Beauvau, vers 1715, pour l'iiospitalisation et la conversion des filles de mauvaise vie. En 1783, deux abbés fondent, au faubourg Saint-Etienne, une maison du même genre, le Bon Jésus, où on employait les repenties à fabriquer de l' eau-de-vie de vin (^). Par contre, les couvents se dépeuplent ou se ferment. Au moment de la Révolution, les Grands- Augustins étaient réduits à vingt-huit, les Grands- Carmes à vingt-sept, les Chartreux à vingt-quatre, les Minimes à quatorze, les Trinitaires à dix, les Cordeliers de Saint- Antoine du Salin à neuf, les Feuillants à deux ! Les monastères de femmes restaient, en général, plus peuplés; cependant, les Visitandines, qui sont quarante-sept au milieu du xviii® siècle, ne sont plus que quarante-quatre en 1790, les Tiercerettes sont quatorze, les religieuses des Salenques neuf seulement. En 1771, les chanoines de Sainte-Croix et de Saint-Orens, au nombre de trois, se sécularisent et sont réunis au chapitre Saint-Sernin ; ils cèdent leur maison de la rue Matabiau aux Filles du Bon-Pasteur, précédemment établies sur le quai à Saint-Cyprien. Les Bernardins sont menacés de disparition, faute de sujets pour se recruter. En 1787, les Pères de la Merci se dispersent, mais leur couvent d'Arnaud-Bernard n'avait pas encore été aliéné en 1790. L'immense richesse des monastères servait à entretenir une population sans cesse diminuée, qui ne dépassait guère les chiffres de quatre cent cinquante religieux ou chanoines et de cinq cents religieuses pour cinquante-sept chapitres ou couvents de tous ordres. La vie monastique devient mondaine. Les religieux de Grandselve donnent la comédie, écrivent

Rue des lyOis.

Cette maison fut incendiée en i'.

l'esprit religieux.

des vers f^). Au reste, le roi et l'Eglise, préoccupés de cet état de choses, réformèrent le clergé régulier, à la suite de l'assemblée de 1785, et accélérèrent la désertion des couvents p).

Dans le clergé séculier, aussi bien que régulier, l'exemple Décadence venu d'en haut et la contagion du siècle agissent comme des ,, ^.^ ^^^ dissolvants. Les concours des Jeux Floraux nous montrent bien des prêtres ou religieux « philosophes ». Le nombre anormal de lettres de cachet, délivrées sous Louis XV ou Louis XVI contre des ecclésiastiques, témoigne du relâchement de la discipline et des mœurs p). Sans doute, la religion garde encore son emprise sur les masses; les cérémonies, les processions, notamment la commémoration de la délivrance de 1562, continuent à dérouler, jusqu'à la Révolution, leurs pompes et leurs cortèges habituels de minimes, capucins, cordeliers et jacobins à travers la ville jonchée de fleurs et décorée aux frais de la municipalité. Quelques années avant la Révolution, les Dominicains envoient une relique de saint Thomas au duc de Parme et le chapitre des Pénitents-Gris en reçoit une de saint Jean-Baptiste. Les protestants qui habitent encore la ville sont tenus en suspicion et presque en quarantaine; ce sentiment généralement répandu à leur égard explique l'affaire Calas. Mais, si les habitudes, si les préjugés demeurent, si l'on porte encore la Vierge Noire devant les eaux irritées de la Garonne pour les apaiser, le prestige de l'Eglise est atteint. Le bourgeois Barthès, dans ses Heures perdues, ne cesse de gémir sur l'impiété grandissante, sur le mépris pour la religion, sur l'impunité dont ce mépris bénéficie le plus souvent. On parle haut, on rit à l'église. En 1760, le Parlement se voit obligé d'intervenir; en 1771, il condamne quelques jeunes blasphémateurs à faire amende honorable et à entendre la messe à la Daurade, entourés de quarante fusiliers. On avait fait pis, à Paris, au chevalier de la Barre, pour un moindre délit.

1. V. Adher, Un noviciat chez les Bernardins au XVI 11^ siècle (Revue des Pyrénées, 1908, p. 207, note 2).

2. V. V. Sicard, L'ancien clergé de France, 2 vol., Paris, 1893-94. I,a commission instituée par les arrêts du Consul de mai-juillet 1766 fonctionna jusqu'en 1789, recula l'âge des vœux monastiques, refondit les statuts, épura le personnel, groupa des monastères et même supprima certains ordres.

3. V. Aug. Puis, Les lettres de cachet à Toulouse au XVIII^ siècle, 1914.

Les officiers. Comme au xvii® siècle et plus encore, Toulouse demeure

une ville de fonctionnaires, de l'ordre judiciaire et financier principalement. I^a chancellerie du Palais se composait de trente-trois conseillers-auditeurs, scelleurs, rapporteurs référendaires, qui avaient tous le titre de secrétaires du roi, sans compter les huissiers. Le suppression (1749) de la viguerie n'a laissé subsister que la sénéchaussée, à laquelle elle s'est réunie. Ce tribunal compte vingt-deux offices en 1788 : juge mage, lieutenant criminel, lieutenant principal, deux lieutenants particuliers, treize conseillers, procureur du roi, deux avocats du roi, un grefiier en chef. Il faut ajouter trente-deux offices de procureurs, sans compter huit huissiers audienciers, quatre sergents royaux et deux huissiers à masse d'armes. La maîtrise des eaux et forêts comprend un maître particulier, un lieutenant, un gardemarteau, un procureur du roi, un greffier. Il ne faut pas oublier les prévôts des maréchaux, juridiction militaire, ou tribunal du point d'honneur (trois officiers). Les officiers de finances étaient ceux du bureau des finances de Toulouse, avec ses deux présidents, ses vingt-six trésoriers, ses deux procureurs du roi, son avocat du roi et ses deux greffiers en chef. La juridiction des Traites comptait quatre officiers et un greffier; celle des gabelles ou du grenier à sel, un nombre pareil; l'hôtel des monnaies comprenait onze officiers. Enfin, le bureau des Domaines occupait quatre fonctionnaires et la direction des Fermes royales cinq fonctionnaires. Rappelons qu'un subdélégué de l'intendant résidait à Toulouse, avec un adjoint, un premier secrétaire et ses sous-ordres; qu'il existait aussi une juridiction consulaire de la Bourse, la plus ancienne de France, une Chambre syndicale royale de librairie et d'imprimerie, une Chambre de commerce.

Le Pailement. Plus exclusivement qu'à aucune autre époque, le Parle-

ment résume en lui-même la vie active de Toulouse. « Les officiers du Parlement, dit Saint-Priest, tiennent presque à toute la ville et donnent le ton au reste. » Cette centaine de

magistrats (^), dont les familles étaient toutes unies par des liens de parenté, constituait la véritable aristocratie de la cité, aristocratie héréditaire dont les origines remontaient au xvi^ siècle, au surplus pourvue de terres nobles, de titres seigneuriaux et souvent de beaux domaines. Elle régnait sur le monde des avocats, des procureurs, des greffiers, classe inférieure, un peu jalouse, mais qui vivait du Parlement et participait de son éclat. Elle dominait les Jeux Floraux, où les parlementaires formaient la masse principale des académiciens. Par l'armée, par la marine, elle hissait ses enfants dans les rangs de la noblesse d'-épée, qu'elle considérait avec des sentiments mêlés d'envie et de dédain. Aussi fermée que l'oligarchie capitulaire, elle prétendait conserver la haute main sur les élections municipales, traitait avec une hautaine condescendance les magistrats municipaux et ne se privait pas de les tourner en ridicule. Les parlementaires étaient fiers de leurs fonctions, de leur richesse, de leur culture; et il est bien vrai qu'ils comptaient dans leurs rangs des hommes qui surent allier au talent du juriste l'éloquence ou tout au moins l'art disert et parfois trop fleuri qui en tenait lieu, les connaissances les plus variées et même de l'esprit tout court. Les Rességuier, les Dumas d'Aiguebère, les Riquet de Bonrepos, les d'Orbessan, les de Pegueyrolles, les Raffin, les Saint-Laurens, les Jongla de Paraza, les Catellan, les de Montégut sont de bons exemplaires de cette classe parlementaire toulousaine au xvin^ siècle. Plusieurs purent se flatter d'illustres amitiés : la duchesse du Maine, Voltaire, Fontenelle, Joly de Fleury, Malesherbes {^).

Le règne de Louis XV fournit au Parlement de Toulouse Rôle actif cent occasions de sortir du silence et de l'effacement auxquels ^^ Parlement l'avait condamné l'absolutisme de Louis XIV. Jaloux des xviiie siècle lauriers du Parlement de Paris, se considérant, au reste, comme chargé de veiller au bien public et de faire respecter ce qu'il appellera les lois fondamentales du royaume, il interviendra, surtout vers la seconde partie du règne, dans la

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