‹ Histoire de ToulouseChapitre 181 sur 317 · Cent seize en · texte numérisé non relu

Cent seize en

2. I,a juridiction du Parlement s'étendait sur les sénéchaussées de Toulouse, Auch, Annonay, Béziers, Cahors, Castres, Carcassonne, Castelnaudary, Figeac, Gourdon, I^'Isle-Jourdain, I^auzerte, I,imoux, I^ectoure, Montpellier, Nîmes, Le Puy, Pamiers, Rodez, Tarbes, Villeneuve-de-Berg, Villefranche-de-Rouergue.

Le Parlement

et le Jansénisme.

religion, la finance et la politique, se dressera contre l'autorité royale pour en limiter l'exercice et acquerra, par son attitude, une grande popularité. Il a, sans le vouloir, encouragé l'esprit d'opposition à l'ancien régime et préparé, pour sa part, la Révolution. I^es seuls événements notables des annales de Toulouse, à cette époque, appartiennent à son histoire.

Dans les longues querelles que la bulle Unigenitus déchaîna en France, le Parlement de Toulouse eut son mot à dire. On sait que cette fameuse bulle ou constitution (1713) avait condamné des propositions contenues dans un livre du P. Quesnel, de l'Oratoire, chef du parti janséniste après la mort du Grand Arnauld. L'opposition qu'elle suscita permet de mesurer la vitalité d'un parti religieux que Louis XIV s'était flatté d'anéantir. La bulle avait comme adversaires non seulement les jansénistes ou sympathisants, mais les gallicans, partisans de l'autonomie de l'Eglise française, adversaires de l'absolutisme pontifical et de l'infaillibilité. Le gallicanisme, même le jansénisme gardaient dans la magistrature d'ardents défenseurs. En interdisant, en 1718, la publication de la bulle et en censurant les mandements des évêques de Vabre, de Saint-Pons et de Lavaur, qui la déclaraient article de foi, le Parlement de Toulouse entendait défendre les privilèges et libertés de l'église gallicane, formulés dans la fameuse déclaration du clergé, de 1682. Mais il garde, plus que le Parlement de Paris, le souci de la stricte orthodoxie catholique. Lorsque l'archevêque de Montpellier, Colbert, janséniste et gallican notoire, interdit la célébration de l'office en l'honneur de Grégoire VII, aux applaudissements des parlementaires de Paris, de Metz et de Rennes, ainsi que de tous les adversaires de Rome (1729), nos magistrats toulousains ne le suivent pas et enregistrent docilement, en 1730, la déclaration royale qui condamne les écrits jansénistes et prescrit l'observation de la bulle. Ils ne se mêlent pas davantage à l'agitation qui se créa sous la Régence pour le rétablissement des Filles de l'Enfance. Cette réserve ne va pas tarder à disparaître. Avec les générations nouvelles de conseillers, imbus de l'esprit du siècle, les manifestations hostiles à l'ultramontanisme se multiplient. En 1753, le

Parlement réprimande un Père jésuite pour avoir professé des doctrines ultramontaines. En 1756, il ordonne qu'on enseigne les quatre articles de 1682 et défend de recevoir les bacheliers et licenciés qui n'auraient pas, dans leurs thèses, soutenu les doctrines gallicanes.

A la même époque, il décrète des curés pour avoir refusé les sacrements lorsque les malades ne pouvaient présenter un billet de confession signé d'un prêtre ayant accepté la bulle Unigenitus. Il fait cause commune avec le Parlement de Paris, le 7 décembre 1753, pour supprimer l'encyclique de Benoît XIV (octobre 1756), qui, tout en interdisant la pratique des billets de confession, faisait de la bulle un article de foi.

Nos magistrats n'allaient pas tarder à signaler leur zèle gallican dans le procès des Jésuites (1762). Cet ordre, ennemi acharné des jansénistes au xvii^ siècle, passait pour le pilier de l'ultramontanisme jalousé des autres ordres religieux; des Oratoriens et Dominicains surtout, il était l'objet des rancunes jansénistes et des hostilités gallicanes. ly' attentat de Damiens (1757), attribué contre toute vraisemblance par le populaire aux Jésuites, réveilla le souvenir de Ravaillac et des théories du régicide, qu'ils passaient pour professer. Dès le 9 septembre, l'avocat général Malaret dénonça la réimpression du traité de théologie du père jésuite Busembaum, fit lacérer et brûler le livre comme contenant « des propositions scandaleuses, détestables, contraires aux lois divines et humaines et tendant à la subversion de l'Etat », et cita les professeurs du collège pour s'entendre défendre l'usage d'un ouvrage aussi pernicieux. Or, dans le même temps avait lieu, devant le Parlement d'Aix, le procès du père Lavalette, dont l'entreprise commerciale, ruinée par les Anglais, avait englouti les fonds de négociants marseillais; ceux-ci réclamaient les sommes avancées à l'ordre, considéré comme responsable et solidaire. I^e litige, porté à Paris sur un appel malencontreux des Jésuites, cessa d'être une simple action en revendication pécuniaire pour devenir le procès de la Compagnie de Jésus elle-même, procès auquel la France entière s'intéressa avec passion.

Le Parlement

et les

Jésuites.

Le procès Comme la plupart des Parlements de France, celui de

des Jésuites Toulouse se solidarisa avec la Cour de Paris et procéda contre la Compagnie de Jésus, de 1761 à 1763. Le 15 septembre 1761, il ordonnait le dépôt au greffe des statuts de l'ordre. Sept commissaires furent désignés pour les examiner; après cinq mois d'études, ils déposèrent leur rapport en mai 1762, déclarant les constitutions « contraires aux lois de la nation et à la sûreté du prince ». I^e 5 juin, toutes chambres réunies, le Parlement arrêtait, conformément au réquisitoire du procureur général Riquet de Bonrepos, que les Jésuites devraient remettre au greffe l'état de leurs propriétés et leurs titres, ainsi que la liste de leurs religieux; défense était faite d'entrer dans leur société, d'enseigner leur théologie et de fréquenter leurs séminaires. Le 16 juin, vingt-six de leurs livres furent condamnés au feu pour leur « doctrine meurtrière et abominable », ainsi qu'avec une bulle de Clément XIII en leur faveur. En septembre, des bureaux d'administration furent établis pour gérer leur collège, que l'on confia aux Doctrinaires. L'ordre appela comme d'abus; mal lui en prit. Le 8 février 1763, Riquet de Bonrepos requit contre eux avec violence : « Qu'attendez- vous encore. Messieurs, pour couper les branches d'un arbre dont la racine et le tronc sont à Rome, dont les rameaux s'étendent à tout l'univers, interceptant la lumière simple et brillante de l'Evangile pour y substituer le faux jour de la politique, des équivoques, des restrictions mentales, de l' amour-propre et de l'orgueil? » Le 26 février parut l'arrêt proscrivant la Compagnie et qualifiant les membres de « perturbateurs du repos public » et d' « ennemis du roi ». Ils étaient exclus du ressort à perpétuité, devaient quitter leurs maisons dans la quinzaine, renoncer à leurs costumes et à l'obéissance prescrite par leurs statuts ; il leur était défendu de prononcer des vœux, d'aspirer à tout héritage, d'acquérir un grade universitaire, d'exercer une fonction quelconque sans avoir prêté le serment d'être fidèle au roi. Six cent quatre-vingtneuf jésuites quittèrent le Languedoc. A Toulouse, le collège dont ils furent dépouillés devint le Collège ro3^al, ancêtre du L3''cée actuel. Leur maison professe, rue des Marchands, fut démolie en 1766. Leur no\'iciat, acheté en 1765, par les Pères de la Mission, devint le séminaire de ce nom (^).

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