V. d'Aldéguier, vol. IV
Goût
pour les lettres
et l'histoire.
Jovirnaux et livres.
de l'homme sur la nature. Et cependant, si la science se galvanise, Toulouse ne produit, au xviii^ siècle, aucun savant de haute valeur, digne d'être mis en parallèle avec Fermât. Tout au plus peut-on mentionner l'astronome Antoine Darquier (1718-1802) (^), le mathématicien Roger Martin (1741- 1811), secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences, et l'abbé Pourret, botaniste, auteur de mémoires couronnés par la même Académie.
Il en est de même dans le domaine littéraire; la culture générale abonde dans la haute et moyenne sociétés. Il existe à Toulouse nombre de bibliothèques privées, dont deux au moins étaient d'une extrême richesse : celle du comte de Mac- Carthy, 3, rue Mage, connue dans toute l'Europe et qui fut vendue, en 1811, 500.000 francs {^); celle de l'abbé d'Héliot, qui comprenait huit mille volumes. On citait encore celles du marquis de Gardouch-Bélesta, membre de toutes les Académies toulousaines, de l'ingénieur Garipuy, du présidentpoète Lefranc de Pompignan. Des bibliothèques publiques sont accessibles aux curieux ou aux chercheurs : celle des P. Doctrinaires de Saint-Rome, ouverte le jeudi ; celle des Cordeliers, surtout celle du clergé, fondée en 1772 par l'abbé d'Héliot, la plus riche, ouvertes toutes deux trois fois la semaine. En 1786, lyoménie de Brienne organisa la bibliothèque de la ville, dont le noyau fut constitué par les livres du Collège royal et qui, par des apports successifs, est devenue l'une des plus riches de France.
IvC journalisme n'est pas encore, à vrai dire, né à Toulouse; on n'y lit, au xviii^ siècle, que la reproduction de la Gazette de France, imprimée, jusqu'en 1761, en huit pages petit in-40 avec suppléments; c'est une feuille littéraire qui donne les nouvelles de la cour et de la ville. En 1759 paraissent les Affiches de Toulouse, chez l'imprimeur Nicolas Caranove, qui cessent leur publication en 1764. Enfin, le i^r janvier 1775, l'imprimeur Nicolas-Florent Baour réalise le projet d'un journal toulousain en créant les Affiches, qui paraîtront jusqu'à la Révolution. Mais, par contre, l'impression et la
1. liaison n" 8, rue Darquitr; plusieurs ouvrages sur l'astronomie.
2. I,a Nationale possède, aujourd'hui, le Psautier de Maj'ence, venu de cette collection.
vente des livres restaient un des commerces les plus prospères de la ville; la chambre syndicale et royale de l'Imprimerie comptait huit officiers comprenant deux censeurs; il y avait dix maisons d'imprimerie, dont les plus connues, sous IvOuis XVI, sont celles des Baour et des Douladoure; dixsept libraires, chiffre respectable pour une ville de 60.000 habitants, assuraient le débit des ouvrages imprimés.
Rien ne montre mieux la diffusion des goûts intellectuels que la fondation (1784), par l'archevêque lyoniénie de Brienne, du Musée, imité de celui de Paris. Des réunions, analogues à celles du «Lycée» de Lyon, furent instituées pour initier le grand public à la science et aux lettres. A Toulouse, elles eurent lieu dans la salle de concert de la rue Montardy et furent placées sous l'invocation des neuf Muses, dont Marc Arcis avait sculpté les groupes autour d'Apollon, sur le mur du fond (^) . Ces cours et conférences publiques duraient jusqu'à la Révolution (1790). Le président de la première séance (17 juillet 1784) fut Jean Castilhon (2). Parmi les habitués de cette tribune dé littératuie et d'art figurent : le futur constituant Cazalès; le futur terroriste Barère de Vieuzac, lauréat des Jeux floraux pour un éloge de Rousseau, mainteneur, en 1787, homme « spirituel et aimable, selon d'Aldéguier, et de mœurs fort douces » p) ; le carme déchaussé Sermet, futur évêque constitutionnel de la Haute-Garonne; l'abbé Sicard, le bienfaiteur des sourds-muets; Poitevin-Peitavi, l'historien des Jeux Floraux; le comte Potocki, un opulent Polonais; le marquis d'Escouloubre, etc. L'illustre Chaptal fit au Musée des conférences et des expériences de chimie.
Mais c'est en vain que nous chercherions à Toulouse de grands penseurs ou de grands écrivains. S'il en eût existé, Paris eût exercé sur eux son attraction désormais irrésis-
Le Musée.
Carence
des
grands écrivains»
1. Ces groupes existent encore, rue Montardy, n° 24 (American Cosmograph);
2. Jean Castilhon, l'ami de Palissot, l'aîné de deux frères, le collaborateur du Journal encyclopédique et du Journal de Trévoux, est l'auteur de nombreux ouvrages littéraires, outre ses très nombreux articles au supplément in-folio de l'Encyclopédie. Il semble être un des meilleurs représentants, à Toulouse, du genre « troubadour », qui triomphe sous Louis XVI (Histoire de Jean de Calais, 1776; Histoire de Pierre de Provence et de la belle Maguelone, i77(>; Histoire de Robert le Diable, 1783; Les quatre fils Aymon, 1783). Sous la Révolution, il a sauvé la bibliothèque du collège royal qu'il dirigeait (v. chap. suivant).
3. Barère (Bertrand Barère de Vieuzac) a publié un Eloge de J.-B. Furgole (Toulouse, 1783), im Eloge de Louis XII, Père du peuple (Toulouse, 1782, couronné par les Jeux Floraux), un Eloge de Pierre Séguicr (Toulouse, 1784).
tible. Nous y découvrirons seulement beaucoup d'hommes très cultivés, parlementaires, avocats, ecclésiastiques, qui peuplent les deux Académies de la ville et dont quelques-uns, Castilhon, Pegueyrolles, Rességuier, Foriot, le chevalier d'Aufréry, ont formé cette Académie des « galetas » dont Marmontel fit partie pendant son séjour à Toulouse, des hommes de valeur certaine, mais secondaire, parfois d'esprit caustique et délié, dont quelques-uns ont rendu à l'histoire toulousaine de grands services, quoiqu'ils ne soient en rien comparables aux grands érudits du siècle précédent, si l'on excepte le bénédictin Dom Vaissète (1685-1756), leur digne continuateur et l'auteur, avec D. Devic, de la monumentale Histoire de Languedoc. Nous devons citer le conseiller de Montégut (1726-1794), numismate collectionneur, archéologue et historien, et l'abbé Audibert, qui furent les premiers rédacteurs des mémoires de l'Académie des Sciences, à dater de 1792, et qui ont travaillé à élucider le problème des antiquités de Toulouse en appliquant les méthodes critiques; Raynal (^), du Rozoi i^), Abel de Froidefond p), qui, avec moins de profondeur et de compétence, ont écrit des ouvrages utiles sur notre cité. Castilhon (1718-1799), avocat au Parlement, bibliothécaire du Collège royal, ami de Palissot, dont il a publié les lettres, a collaboré au Journal encyclopédique, au Journal de Trévoux, et laissé des ouvrages estimables. Mais il vécut surtout à Paris, comme ses compatriotes Pierre Rousseau (i 720-1 785) et Jean-François Cailhava, (1731-1813), auteurs de médiocres comédies. ly'abbé Magi d'Aurillac (1721-1801) appartint à deux Académies et s'y est fait un nom honorable par ses travaux d'archéologie, ly'énumération serait abondante des hommes d'esprit orné et délicat, capables de composer des vers piquants, des discours aimables ou même éloquents, de se parer du prestige de vastes connaissances, apportant même, à l'occasion, une contribution utile aux œuvres de l'esprit, depuis le comte de Fumel (1683-1742) jusqu'au chevalier de Rességuier, poète satirique; au baron de Puymaurin (1710-1791), érudit et archéologue; au marquis de Pegueyrolles (1721-1794), un
2. Annales de la ville de Toulouse, 1 771-1776, 4 vol. et i supp*.