‹ Histoire de ToulouseChapitre 201 sur 317 · C|UI · texte numérisé non relu

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Affiche du TKéâtre de Toulouse, salle de l'Hôtel de Ville, à côté de la rue du Petit- Versailles (rue Lafa)'ette) - {1786)

(Musi. Paul-Dupuv. i Touloult)

çons : Barère, Dartigoeyte, Mailhe, Delmas, Larrey, l'oncle du grand chirurgien, Bonnecarrère, collaborateur de Dumouriez aux Affaires extérieures.

lyCS classes moyennes et le peuple goûtaient moins de tels Les

plaisirs. Mais, par ailleurs, les distractions ne leur manquaient classes populaires. ^ -^ ^ Le théâtre.

pas.

Au XVIII® siècle, le théâtre commença à avoir, même pour

les petites gens, l'attrait qu'il a longtemps gardé, jusqu'à nos

jours, dans notre ville. Il y avait la Comédie, dans la vieille salle

du logis de l'Bcu, reconstruite en 1736 ; l'Opéra, dans l'ancienne salle du Jeu de paume de la rue des Pénitents-Bleus {n^^, rue Duranti), reconstruite au début du xviii^ siècle, abandonnée pour la nouvelle salle du Capitole, détruite par un incendie que provoqua l'imprudence d'un montreur de marionnettes (1748), rebâtie et devenue la salle des Concerts, lycs tarifs étaient à la portée des bourses les plus modestes : en 1780, un imprésario offrait pour 12 sous aux premières les « amusements comiques de Polichinelle, du bon Rémouleur et de Ramponneau », « figure nouvelle qui vient au théâtre avec une bouteille et un verre à la main et boit à la santé de la compagnie », sans compter des vues d'Amsterdam, du cap de Bonne-Espérance et de la Havane, avec imitation, « au naturel du bruit du canon, tempêtes et éclairs ». On ne s'en tenait pas à ces spectacles de café-concert et l'on jouait, à Toulouse, les pièces ou opéras-comiques en vogue à Paris. A la veille de la Révolution, il n'existait plus que le théâtre du Capitole, où l'on jouait la tragédie, l'opéra bouffon, la comédie, quelquefois le grand opéra; il comptait trente et un acteurs ou actrices en tous genres, quatre premiers danseurs ou danseuses, quatre figurants et quatre figurantes, vingt musiciens ou s^anphonistes. On donnait parfois de fort bonnes représentations. Ainsi, en 1785, M^a Craddock y put admirer M™^ Dugazon dans les Trois Sultanes de Favart et la Serva padrona de Pergolèse.

Plaisirs de la rue. Le populaire badaudait aux plaisirs de la rue; les entrées de personnages importants, gouverneurs, premiers présidents, conservaient pour la foule leur éternelle nouveauté, particulièrement quand il s'agissait d'un Turc authentique comme Méhéinet-Effendi (1720), qui loge chez le président d'Aguin sous la garde de trente soldats du guet et reçoit des capitouls un gâteau de 50 livres avec des corbeilles de confitures et de fruits. lyC peuple s'ébahit devant les illuminations ou les feux d'artifices capitulaires, il se presse aux Te Deum, autour des fontaines de vin ou des distributions de pain, lors des grandes fêtes officielles, célébration de la naissance d'un dauphin, du rétablissement de la santé du roi (1744), des victoires de Fontenoy, Raucoux et Lawfelt, de la paix d'Aix-la-Chapelle (1748) ou même de la désas-

treuse paix de Paris (1763), qui est tout de même la paix. Si les rois ont épargné à Toulouse le coûteux honneur de leur visite, Monsieur, frère de lyouis XVI, laisse aux Toulousains, en 1777, le souvenir de son passage, de sa jeunesse, de son amabilité et de son départ sur le canal en une galère richement ornée, au milieu des salves de mousqueterie et du concours des gardes bourgeoises; la même année, l'empereur Joseph II, incognito, sous le nom de comte de Falkenstein, descend au Grand-Soleil, rue des Augustins, comme il était descendu, à Paris, chez Foyot. Bien entendu, les grandes solennités religieuses, les processions, avec leur cortège habituel de soldats en armes et des corps de la ville, gardent toujours leur prestige et leur habituel succès.

D'autres divertissements fort variés s'offraient aux simples : les charlatans, comédiens ambulants, funambules, qui s'installaient pour l'ordinaire place du Salin; marionnettes, singes dansants, place Royale; les cérémonies parodiques du couronnement du roi de la Basoche, les danses des jours de fête, les charivaris donnés aux veufs remariés, les jeux divers comme la fronde ou campe, sport dangereux que les capitouls interdisent. La loterie passionne aussi le peuple; il y a celle de l'école militaire, créée le 15 octobre 1757, tirée le i^r et le 10 de chaque mois : on peut avoir des billets depuis trois sous; il y a la loterie de piété, en faveur des enfants abandonnés, comme celle des enfants trouvés, dont les tirages ont lieu le 24 et le 8 de chaque mois, le prix du billet étant de 25 sous. Enfin, le populaire se plaît aux spectacles cruels des exécutions si nombreuses, si barbares encore au xviii^ siècle, et que le bourgeois Barthès nous raconte par le menu sans nous faire grâce d'un détail affreux ni d'un supplice; il prend une joie bruyante au spectacle, trop rare à son gré, des appareilleuses trempées dans la Garonne, enfermées dans la fameuse cage de bois construite spécialement pour cet usage. Indifférence, ou même plaisir pris aux souffrances d'autrui, qui contraste avec la « sensibilité » des hautes classes et qui nous renseigne sur les mœurs de la population pauvre. Ces mœurs, pas plus que celles du grand monde, n'ont guère été flattées par les chroniqueurs. Barthès, comme l'abbé Chambon, gémit sur la corruption générale; ces diatribes

Divertissements.

Jeux divers.

Loteries.

Exécutions.

pourraient nous sembler le fait d'esprits chagrins; mais le P. Nicolas de la Boissière, oratorien, sacristain de la Dalbade, confirme, malheureusement, le jugement de l'abbé et du bourgeois : sur les registres des baptêmes de la paroisse, il a relevé, de 1650 à 1660, les noms de huit bâtards, dont le nombre s'est élevé à cent quatre-vingt-huit de 1730 à 1740 {^) ; il constate la progression constante des naissances illégitimes. Et, si nous en croyons Baour, qui, dans son almanach, fait de la propagande pour les « bains de santé » {^), la malpropreté physique n'était pas moins généralisée que le relâchement des mœurs. Par contre, M^^ Craddock, en 1785, rend hommage à l'élégance du costume de nos ancêtres, à leur galanterie à l'égard des dames, aux prévenances des marchands, au bon marché de l'existence et à la bonne chère, « spécialité toulousaine », ainsi qu'au bel appétit qu'elle a pu admirer chez ses convives d'occasion.

Transformations

de la ville.

Place Royale.

Le xviii^ siècle fut pour Toulouse la grande époque des transformations et des embellissements. Pour la première fois des plans s'établissent, une politique d'urbanisme se définit et s'applique, sinon avec beaucoup de méthode, du moins avec une certaine ampleur.

I^a première œuvre fut la création de la place Royale, devant l'Hôtel de ville, décidée en 1676, effectuée entre 1730 et 1750; elle ne s'étendait que jusqu'à la rue de la Porterie, et ses dimensions étaient inférieures de moitié à celles de l'actuelle place du Capitole; de plus, on ne songea pas à imposer un plan commun aux maisons qui la bordaient, ainsi qu'on l'avait fait à Paris pour la place des Victoires et la place Vendôme. L'achèvement en est prévu par le plan de Mondran et de l'ingénieur Garipuy P), ainsi que dans le

1. V. Galabert, Un statisticien au XVIII^ siècle (Revue des Pyrénées, 1907).

2. lyC premier établissement de bains date de 1769; il se trouvait au pied des coteaux de Guilheméry, à la fontaine de la Baraquette, et appartenait à un sieur Debruc.

3. Garipuy était uni par parenté au Directeur de l'Observatoire de Toulouse, rue des Fleurs; leurs trois descendants occupent actuellement des emplois élevés : l'un est préfet de Seine-et-Marne, l'autre professeur à la Faculté de Médecine de Toulouse, le troisième receveur trésorier de la ville de Toulouse.

programme municipal de 1784, mais il ne fut réalisé que sous l'Empire.

Entre 1785 et 1789, la porte de l'Isle ayant été démolie, les capitouls achetèrent les maisons pour créer une grande place quadrangulaire à l'aboutissement de la grande rue du faubourg. C'est la place Intérieure-Saint-Cyprien, que l'on clôtura, du côté de la route de la Patte-d'Oie, par une grille monumentale, analogue à celle qui terminait le cours Dillon, et dont l'auteur est le ferronnier Champagne. Mais la délibération du 31 août 1776, relative à un plan du sieur Glaizes, n'eut pas de suite, au moins à cette époque. Il ne s'agissait de rien moins que de percer deux grandes voies, l'une du Pont -Neuf à la porte Saint-Etienne, l'autre de la porte des Minimes à la porte du Château.

En 1748, un nombre considérable de plans avaient été présentés aux capitouls pour l'embellissement de la ville et l'aménagement de promenades publiques; ce fut le plan de de Mondran et de l'ingénieur Garipuy qui fut adopté (1748). I^a ville acquit un jardin appartenant aux Carmes déchaussés, à la porte Montgaillard, et leur donna en échange le terrain situé en dehors de l'alignement projeté (^). Sous la direction de Garipuy, directeur des travaux de la sénéchaussée, de Saget et d'autres ingénieurs, une armée de miséreux et de chômeurs traça l'Esplanade en bordure des fortifications et sur l'emplacement des fossés {^). Cette promenade fut continuée jusqu'à la porte Saint-Etienne P) et plantée d'ormes de Hollande, qui périrent et qu'on remplaça par des ormes du pays (1763). A mi-chemin de la porte Saint-Michel et de la porte Saint-Etienne, fut aménagé le « Grand-Rond de la promenade » (^), étoile de routes menant au canal, au Busca, à Saint-Michel, à Saint-Etienne, à la porte Montoulieu; on le baptisa, sous Ivouis XVI, le Boulingrin, pour sacrifier à l'anglomanie, alors toute- puissante; ce fut l'emplacement des jeux d'abord, des fêtes populaires ensuite. Guillaume de Mondran établit entre les portes Montgaillard et

Place de la Porte Saint-Cyprien.

Promenades publiques.

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