V. Histoire de Languedoc, vol XIV, à la date
enfin, pour Toulouse, le droit d'avoir sa députation particulière (').
Au reste, le règlement royal du 24 janvier 1789 abrégea les discussions. L'élection devait avoir lieu par bailliage et sénéchaussée, chaque ordre élisant ses députés, avec doublement pour le Tiers. Etait électeur tout Français âgé de vingt et un ans, inscrit au registre des impôts et non domestique. La sénéchaussée de Toulouse, première de la province, devait nommer seize députés, dont huit pour le Tiers (2). Paris, seul, a^^ant sa députation particulière, Toulouse se trouva frustrée de l'avantage qu'elle espérait. Le suffrage, presque universel, allait mettre en mouvement les masses profondes de la population, que la cour espérait peut-être opposer à la noblesse réformatrice, à la bourgeoisie avide d'égalité.
Le 2 mars, le comte de Portes, dernier sénéchal de Toulouse, convoqua pour le 19 l'assemblée des trois ordres de la sénéchaussée; la réunion, faute pour les huissiers d'avoir pu toucher à temps tous les intéressés, n'eut lieu que le 26, dans la vaste nef des Cordeliers. Elle comprenait tous les nobles, fieffés ou non, personnellement convoqués; les ecclésiastiques tenant un fief, venus eux-mêmes ou représentés par leurs procureurs. Les clercs non fieffés avaient désigné un délégué par vingt, les chanoines un par dix, les curés et desservants un par vingt, tous les corps et communautés chacun un fondé de pouvoirs. Pour le Tiers, la ville de Toulouse avait envoyé cinquante électeurs, à raison d'un délégué des métiers pour cent membre?, de deux pour cent des arts libéraux, de deux pour cent des habitants non incorporés. Une assemblée préparatoire du Tiers s'était réunie à la maison commune afin de désigner ces délégués et rédi-
Le règlement royal.
Assemblée
de la
Sénéchaussée.
Composition.
1. Comme l'Université de Paris, celle de Toulouse, avec Eigaud comme recteur, devenu plus tard maire de Toulouse, demande d'être admise à l'assemblée des Etats généraux. Ce n'était là, d'ailleurs, que la conservation d'un droit dont l'histoire atteste qu'elle a toujours joui; elle était intervenue dans de nombreuses circonstances : dans la querelle de Philippe le Bel et de Boniface VIII; dans la lutte des Armagnacs et des Bourguignons; au grand Schisme d'Occident; aux questions gallicanes; à propos du Catharisme, etc. Mais les Universités n'obtinrent pas de représentation particidière aux Etats généraux (V. Donat, La représentation de l'Université de Toulouse pour la représentation des Etats généraux. Mémoires de l'Académie des sciences, 1934).
2. Quatre-vingt-quatre députés pour l'ensemble de la province.
Rivalités.
ger le cahier des doléances. Pour le plat pays, les assemblées de paroisses et de communautés avaient deux électeurs par deux cents feux. De Portes, président, fit procéder à la vérification des pouvoirs, prêter serment aux électeurs, qui votèrent les cahiers et nommèrent leurs députés par ordre, au scrutin secret.
Toutes les séances de l'assemblée furent assez houleuses; on dut organiser un contrôle sévère pour en écarter les personnes sans mandat. Les Toulousains, qui prétendaient y
Condeil Général Oed Etatô du Languedoc
Musée Saint-Raymond
exercer une influence prédominante, furent relégués au dernier rang par l'appel alphabétique; ils se trouvèrent devant un parti pris de réduire à néant la supériorité de la capitale au profit des campagnes et des villes secondaires. Un délégué se plaignit aux capitouls des intrigues et des « horreurs » commises à l'égaid de la députation toulousaine, et nos municipaux dénoncèrent au roi la menace d'exclusion qui se dessinait contre la seconde ville du royaume. Ainsi, un des privilèges moraux dont Toulouse se targuait était battu en brèche par l'esprit niveleur des masses populaires.
Cependant, sur les seize députés de la sénéchaussée, Toulouse en fournit plus de la moitié : l'archevêque de Fontanges ; ^^^ le curé de Saint-Michel, de Chabanettes; les marquis de députés. Panât (') et d'Escouloubre, ce dernier commandant le régiment de Marine-Infanterie; le président à mortier des Innocens de Maurens; deux avocats au Parlement, Monssinat et Viguié; le lieutenant général de la sénéchaussée de lyartigue; un négociant, Roussilhou {^). Aucun de ces députés ne s'était signalé avant 1789 par ses talents ou sa notoriété. Les deux marquis, reçus en même temps à l'Académie des Jeux Floraux (11 avril 1787), avaient manifesté, dans leurs discours de réception, des tendances libérales. Le président de Maurens passait pour un esprit cultivé. Le Tiers état, même les paysans, avait désigné des représentants exerçant des professions libérales, surtout des légistes; Roussilhou fut un des rares commerçants de l'Assemblée nationale. Aucun de ces hommes ne se fit un nom dans l'histoire; il en est de même de la députation du Languedoc, dans l'ensemble assez médiocre. Seul, Cazalès, député de Rivière- Verdun, défenseur éloquent de la couronne, émerge au milieu de cette foule de gens honnêtes et sans éclat, ainsi que les protestants Rabaut de Saint-Etienne (Nîmes) et Boissy d'Anglas (Annonay) (^).