SOUS LA CONSTITUANTE
La députation ne joua aucun rôle actif aux Etats généraux. Effets
Tous les députés nobles et ceux du clergé, y compris le curé ^^ }^ Révolution Chabanettes, s'opposèrent, dans les deux premiers mois (5 mai-27 juin), conformément à leur mandat, au vote par tête et à la réunion des trois ordres; ceux du Tiers suivirent leurs collègues dans leur résistance au roi et aux privilégiés {^). A Toulouse, toute la classe moyenne ainsi que le bas clergé saluaient avec enthousiasme la proclamation de l'Assemblée nationale (17 juin), le serment du Jeu de Paume (20 juin), surtout après le renvoi de Necker (11 juillet) et la tentative du coup d'Etat militaire de la cour, la triomphe du peuple et la prise de la Bastille, suivie de la capitulation du roi (14 juillet). Tout le monde, à Toulouse, prend la cocarde tricolore. Une bande de jeunes gens court l'offrir aux membres du Parlement, qui l'acceptent. On publie que tous aient
1. Ce vœu remonte à 1787. En 1788, la Cliambre de commerce le formule de nouveau.
2. Il faut signaler cependant que le seul qui ait refusé de s'associer au serment du Jeu de Paume est le député de Castelnaudary, Martin Dauch.
à l'arborer, sous peine d'amende ou de prison; on l'impose aux moines, aux mendiants même, aux paysans, qu'on arrête aux portes et qu'on ne libère que munis de l'insigne révolutionnaire (^). C'est un entraînement général.
La Grande Peur. A l'exemple des Parisiens, les Toulousains s'arment spontanément pour la sauvegarde de la liberté et aussi pour maintenir l'ordre. C'est que la Révolution peut tourner en anarchie. Propagée dans les campagnes, elle s'y manifeste par des désordres divers : incendies d'archives, de chartriers et terriers, même de châteaux; violences contre les personnes, pillage de convois de grains. Dès le 27 juillet, à Toulouse, une troupe armée s'empare, au grenier des Augustins, de 160 setiers de blé; on le met en vente à 15 livres le setier, et le prix est versé aux caisses de la ville. Mais le populaire veut pendre un « monopoleur » que des citoyens armés sauvent en l'incarcérant. Le bruit se répand que des brigands pillent les propriétés privées. C'est la Grande Peur, période d'alarmes continuelles, de nervosité générale {^), qui s'expliquent par l'appréhension de l'anarchie, de la disette et de la guerre étrangère. Les gardes bourgeoises de Toulouse, organisées le 27 juillet, sont mises sous le commandement du chevalier de Cambon, maréchal de camp. Tout le monde monte la garde et patrouille, même le premier président. Le Parlement décrète contre les accapareurs (^). La population frémit à l'explosion d'un des moulins à poudre (29-30 juillet). Le i^'' août, on annonce que les brigands sont à Montauban, puis à Villemur, et qu'ils se dirigent sur Toulouse en brûlant tout sur leur passage. Cambon marche contre eux avec mille soldats, des dragons, des gendarmes, des gardes bourgeoises, le bourreau et son valet. Le tocsin sonnait partout, répandant l'épouvante. Vaine crainte; c'était une peur sans sujet. On ne découvre ni dessein secret ni trace de pillage ou d'incendie. A Capens, à Muret, à Buzet, à Fronton, à Rabastens, à Villemur, à Montastruc, à Blagnac, à Lévignac-sur-Save, dans tout le pays de Cadours, même afïolement du i^^ au 5 août; partout se constituent des gardes d'habitants pour
1. Journal d'un bourgeois de Toulouse, publié par F. Pasquier, pp. 26-27 (r,ettre du 30 juillet).