Quatre-viagts parlementaires, quatre-vingt-dix nobles
rétablissement de l'ordre. On voit se multiplier et augmenter de violence les manifestations de catholiques (avril 1790), de légionnaires aristocrates (mai 1790), de parlementaires surtout (septembre 1790).
Contre le parti rétrograde, si puissant à Toulouse, les Fondation patriotes se défendent et s'organisent. A la variété des clubs ^^^ jacobins (i) de quartiers, qui caractérise l'année 1789, ils substituent ou superposent une société dont l'histoire va s'identifier avec celle de la révolution toulousaine. Le 6 mai 1790 se réunissent seize citoyens actifs de plusieurs districts de la ville chez le sieur Faulin, cordonnier, rue Neuve-des- Jacobins. C'étaient à peu près tous des artisans assez modestes : quatre cordonniers, deux négociants, un menuisier, un maître de pension (prieur du Collège Saint-Martial) {^). L,a raison qui les a conduits à se grouper vient des » circonstances présentes, où les ennemis de la Constitution nouvelle font les plus grands efforts, dans cette ville, pour renverser les décrets de l'Assemblée nationale sanctionnés par le roi, jusqu'à se servir du voile de la religion pour détourner les bons citoyens de rendre à la nation l'hommage de leur amour et de leur patriotisme en faveur de la liberté qu'ils nous ont si heureusement rendue, de concert avec le meilleur et le plus auguste de tous les rois ». Ces petites gens, si respectueux du monarque et de l'Assemblée, décident de constituer une société littéraire, sous le titre de Club des Cent (^), « qui aura pour objet de correspondre avec les bons citoyens de toutes les villes principales du dehors et du dedans du royaume», pour être
1. I<e club des Jacobins de Paris se rassemblait rue Saint-Honoré, dans le couvent des Dominicains qui portaient le nom de Jacobins (hospice Saint-Jacques, en latin SancUis Jacobus). Ce nom de Jacobins resta aux afifiliés du club. En 1790, il comprenait des monarchistes constitutionnels, tels les députés de Noailles, Mirabeau, duc d'Orléans, J. Chénier, Laharpe, Lacépède. Après la fuite de Louis XVI, la pétition du Champ de Mars réclamant la déchéance du roi fut désavouée par eux. Une scission en résulta, qui aboutit, en 1791, à la création du club des Feuillants. Avec la proclamation de la République, les Jacobins comptèrent parmi les plus exaltés des républicains, subissant l'influence de Robespierre, Couthon, Billaud-Varenne, Saint-Just; et, pendant la Terreur, ils jouirent d'une puissance sans limites. Ils furent dissous en 1796.
2. Archives départementales; L, registre 1452. Ce sont : Vireben, bourgeois; Géraud aîné, cordonnier; Dortail, négociant; Gilibert, boutonnier; Trinqueneaux, tapissier; Géraud cadet, cordonnier; Toulza, potier d'étain; Bemit, tourneur; Carbonel, maître de pension; Lacan cadet, négociant; Dufaur, toimieur; Guillener>', cordonnier; Gardet, serrurier; Bajan, tailleur pour femmes; Bellin, menuisier; Faulin, cordonnier.
3. Sans que ce nombre pmsse jamais « être excédé sous aucim prétexte ».
au courant des nouvelles et pour fixer notre patriotisme vers l'objet qui doit mener à l'accomplissement parfait de l'heureuse régénération française, qui fait une des plus tendres sollicitudes de notre auguste monarque et des membres chéris qui composent l'Assemblée nationale ». Bn conséquence, les seize fondateurs jurent, « la main droite levée à Dieu, d'être fidèles à la nation, à la loi et au roi; de maintenir de tout leur pouvoir, au péril même de leur vie, la nouvelle constitution acceptée ou sanctionnée par le roi; de ne jamais démentir leur patriotisme et de se conformer aux délibérations et arrêtés de la présente société; de défendre ouvertement leurs opinions et les membres dont cette société est et pourra être composée; d'envoyer à la société les démarches, desseins ou projets des ennemis de la nouvelle Constitution qui viendront à notre connaissance pour pouvoir les repousser, mêmes les faire avorter s'il est possible, et de ne jamais révéler les résolutions secrètes de cette société sous aucun prétexte ». Le règlement du Club (9 mai), en cinquantecinq articles, stipule qu'il ne pourra être parlé de la religion, de la nation, de la loi et du roi qu'avec respect et vénération (article III). Comme à Paris, le Club des amis de la Constitution de Toulouse est royaliste à ses débuts, à tout le moins, déiste et respectueux des croyances tradionneUes (^).
Fonctionnement Présidé par le doyen d'âge ou « père patriote », pourvu et influence. ^ç^ deux secrétaires, qui tiennent procès-verbal de ses délibérations, le Club a son comité de correspondance pour les relations avec les autres sociétés similaires, ainsi que ses quatre « éphores » chargés de l'enquête sur les postulants, sur le civisme de ses membres, avec la signature de tous arrêtés, délibérations ou brevets de réception, concurremment avec le président, et chargés aussi de l'organisation des cérémonies ou fêtes patriotiques. I^e droit d'entrée est fixé à 3 livres et la cotisation mensuelle à 24 sols. Les conditions d'admission, assez sévères, sont rigoureusement déterminées. Les associés, « frères et amis », dira-t-on couramment, se reconnaissent
I. lyC c'.ub des Jacobins a été dénommé successivement, ainsi que nous le verrons au cours des chapitres qui suivent : Club littéraire et patriotique de Toulouse; Société des Amis de la I^iberté et de l'Egalité; Société des Amis de la République. I,e « Club littéraire et patriotique » prit le nom de Société populaire le 7 avril I793- I,e club des Jacobins s'est affilié à celui de Paris le x" septembre 1793.
à quatre signes S3ntnboliques qui ont quelques rapports avec les signes maçonniques. La Société demande, dès la fin de mai, à s'affilier avec celle des Amis de la Constitution de Paris. L'avocat Theule, futur député à la Législative, rédige la lettre; le ii juillet, on reçoit l'acte d'affiliation, signé du président Alexandre de Lameth, et Mailhe, le futur conventionnel, est chargé d'adresser les remerciements du Club toulousain.
Carie if entrée deô ineinhrcô du Club t)cô Jacobuiô (revers)
Musée Paul Dupuj-