ly'archevêque de Toulouse se trouvait alors à Paris
les seize vicaires de l'église métropolitaine établis par la loi. Le 19 janvier, la municipalité connaissait son refus de prêter le serment. Une polémique s'engage, pleine d'âpreté, qui durera une grande partie de l'année 1791. Le 22 décembre 1790, l'abbé Barthe, grand défenseur de la constitution civile, avait pris pour sujet de son cours de théologie la réfutation de l'Exposition des principes. Peu de temps après, l'abbé Bernadet, ayant rétracté son serment public en janvier 1791 et ses principes de la Doctrine catholique sur la puissance spirituelle, s'attire, pour sa versatilité, une Lettre à M. Bernadet par un de ses paroissiens. Au même moment, paraît un pamphlet violent contre le célibat des prêtres. Cependant, Barthe fait des conférences sur la Constitution et, le 6 mars, le procureur-syndic Malpel lit au Club une adresse aux curés, en donne l'explication et la justifie. L'abbé Laroque réplique à Barthe par l'Exposition de la doctrine constamment enseignée dans la Faculté de Théologie de Toulouse, tandis que deux fonctionnaires de l'archevêché font paraître une Répo^tse catholique à Malpel et que le serment est attaqué par deux brochures : les Instrtictions d'un curé à ses paroissiens, les Lettres d'un ecclésiastique de Paris à un ecclésiastique de Toulouse.
Le 16 janvier, l'archevêque Fontange avait rendu public son refus de serment par une lettre à tous les prêtres du diocèse; cette lettre, affichée avec un mandement pour le Carême, valut une amende au secrétaire qui l'avait signée pour avoir donné au prélat les noms de Monseigneur et de Sa Grandeur. Cet « ouvrage incendiaire » fut notamment dénoncé aux Jacobins. Le 18 février, Malpel convoque le corps électoral, qui se réunit le 27 février, à Saint-Etienne. Le jour même paraissait une lettre de Fontange défendant de procéder à l'élection. Elle eut lieu cependant, après un cérémonial assez imposant. Loménie de Brienne fut élu évêque métropolitain du Sud (^). Un Te Deum, les volées du carillon de l'Hôtel de ville célébraient, le lendemain, cette nomination. Un émissaire partit pour Sens, porteur de six lettres des autorités diverses. Mais Brienne refusa la dignité offerte et s'excusa un peu plus tard auprès de ses électeurs.
Formation
de la
nouvelle Eglise.
I. n avait prêté le serment. Rappelons qu'il était ardievêque de Sens.
Le 28 mars, on le remplaçait par Pascal-Hyacinthe Sermet, que son adhésion aux principes révolutionnaires et son inscription aux Jacobins avaient rendu très populaire parmi les patriotes. Ses talents et sa culture le rendaient digne de son nouvel office (^). Le 29 mars, accompagné des autorités, il célébrait un Te Deum à Saint-Etienne, était reçu le soir au club des Amis de la Constitution, où des femmes mirent une couronne civique sur sa tête et où le maire lui donna la fraternelle accolade. Il se rendit ensuite à Paris, où il fut institué, par Gobel, évêque de L^^dda. Dès son retour le 7 mai, les corps constitués, ainsi que le Club, vinrent à sa rencontre aux Minimes, comme pour les hauts personnages d'autrefois. Il fut installé le 8 mai à Saint- Etienne et consacra les évêques de Narbonne et de Pamiers.
Les curés. A cette date, il n'avait pas encore été possible de pourv^oir
Le serment. ^ toutes les cures. Beaucoup de prêtres et de réguliers, au moment de poser devant leur conscience le redoutable problème de l'obéissance à la loi ou de la soumission à Rome, se trouvèrent cruellement perplexes; tel Bernadet, qui avait d'abord juré et promis d'être premier vicaire et qui se rétracte devant notaire (26 juin 1790). Les chapitres Saint-Etienne et Saint- Sernin refusèrent en masse le serment et suspendirent les offices. Il fallut que la commune sommât les curés d'assurer le service divin et que Mailhe menaçât de suspendre les traitements de cette « incivique engeance ». Le procureur général syndic différait, du reste, d'appliquer la loi du 27 novembre, qui avait fixé la prestation au dernier dimanche de février. Cette cérémonie eut lieu le 6 mars, à Saint-Etienne, en présence des autorités et de la garde nationale. Le nombre des . jureurs fut assez restreint : une cinquantaine, soit trois grands augustins, trois grands carmes, un dominicain, deux minimes, quatre carmes déchaussés, tous les doctrinaires, sauf le P. Rouaix, recteur de l'Esquile, et le P. Théron, recteur de la Maison de Saint-Rome; tous les professeurs
I. Sermet était né à Toulouse, le 8 avril 1732; professeur de théologie et de philosophie au couvent des Carmes déchaux, membre de l'Académie des sciences de Toulouse, où l'avaient appelé d'irnportants travaux composés à la suite de ses voj'ages en Espagne et en Italie; aumônier de la Garde nationale de Saint-Geniés ; mais, malgré tous ses titres, les fidèles ne lui donnèrent ni leur faveur ni leur confiance, et il ne put paralyser les discussions qui se manifestaient dans toutes ses paroisses.
du Collège Royal, sauf le principal; l'abbé Suruge, l'abbé Barthe, seul des maîtres de l'Université; une dizaine de prêtres des paroisses. Il n'y eut aucun jureur aux Petits- Augustins, ni aux Chartreux, ni aux Bénédictins de la Daurade, ni aux Cordeliers, ni aux Capucins, ni parmi les vicaires généraux, les chanoines ou le personnel des séminaires, ni parmi les curés des anciennes paroisses. Les prestations de serment continuèrent à l'Hôtel de ville, les jours suivants, après la messe (8, 9 et 14 mars). Mais, deux mois après (24 mai), Mailhe écrivait qu' « il n'était pas encore possible de remplacer tous les non-conformistes », qu'il y avait « pénurie de prêtrescitoyens >K Deux jours auparavant avait eu lieu l'élection des curés des paroisses de Toulouse (^). Le Conseil épiscopal put se former; le premier vicaire fut l'abbé Saurines, un assidu de la Société des Amis de la Constitution. Beaucoup de réguliers furent pourvus de cures, comme Drulhe, ancien doctrinaire, nommé curé du Taur; Hubert, ancien minime, nommé curé de Saint-Sernin. Mais ce n'est que le 30 octobre qu'on put pourvoir aux deux dernières cures, les Carmes et les Augustins. Et l'on eut grand'peine à trouver des vicaires. En novembre 1791, Sermet avouait « le petit nombre des curés constitutionnels » (^). A la campagne, ce fut pire : les municipalités se contentaient de serments avec réser\^es, du reste illégales. Malgré les difficultés de tout ordre, un tableau, dressé le 31 janvier 1792 (^), nous apprend que le département comptait deux cent dix-huit curés et vingt-neuf vicaires jureurs, cent treize curés et cent soixante-huit vicaires insermentés.
Toute conciliation entre le catholicisme et la loi apparut La
impossible après la Lettre aux Evêqiies du 10 mars et le g^e^^^^ religieuse, bref Chantas (13 avril 1791) (*) qui interdisaient le serment, suspendaient les constitutionnels a divini s, ira-p-paieiit les élec-
1. Procès-verbal, /Irc/î/ws départementales,!^, liasse 4002, l'installation du 29 mai,
2. V. Salvan, p. 515. Voici la liste des curés des paroisses, en 1792, d'après YAlmanach de Baour : Saint-Augustin, Rouaix, curé, pas de vicaire; — Saint- Exupère, Candelou, un vicaire; — • I^a Dairrade, Taverne, ex- vicaire du Taur; — La Dalbade, IManaut, un vicaire; — Saint-Semin, Hubert, deux vicaires; — Le Taur, Drulhe, im vicaire; — Saint-Pierre, Dufaur, deux vicaires; — Saint-Nicolas, Garrigues, trois vicaires; — - Saint-Michel, Dauriol, iin vicaire.