Journal d'un bourgeois
2. I<ettre pastorale de M. Drulhe, doctrinaire, ctiré constitutionnel de N.-D. du Taur, aux fidèles de sa paroisse. Toulouse, chez Desclassan, 1791, in-4°, p. 15
alentours (^). Des libelles protestent contre ces mesures : Réflexions aux auteurs de l'arrêté, Adresse au départetncnt de la Haute- Garonne sur les persécutions qu' éprouvent les prêtres catholiques.
Premières lyC premier effet de ces conflits passionnés fut de forcer
conséquences. jgg patriotes à réagir, à se grouper autour de leur Eglise pour la défendre. Partout où la population refuse de recevoir le curé légal, ils l'installent manu militari, comme le fait Douziech, avec quatre cents gardes nationaux, à Auterive. Les aristocrates soutenant, plus par calcul politique que par conviction, la révolte de l'Eglise contre la loi, la cause de la religion catholique ne tardera pas à se confondre avec celle de la contre-révolution; en conséquence, bientôt se développeront les passions anticléricales. Déjà aussi les prêtres patriotes, qui ont cru à la possibilité de concilier la foi et la loi, commencent à se décourager. Dès 1791, à Venerque, l'un d'eux abandonne son troupeau, renonce au sacerdoce, se marie; prélude des abdications qui seront si nombreuses au temps de la Terreur. Drulhe, curé du Taur, abandonne la prêtrise en 1792; il deviendra député à la Convention.
Religion civique. Une autre conséquence est le développement, à côté des cultes religieux, d'une autre mystique dont la première manifestation fut la Fédération. Cette religion civique, qui tend à éliminer l'ancienne pour les patriotes, a ses dogmes, ses rites, ses pompes extérieures qui se déroulent en des fêtes de plus en plus nombreuses : c'est la cérémonie de l'inauguration du portrait gravé de lyouis XVI, « restaurateur de la liberté », à l'Hôtel de ville, avec une pierre de la Bastille et ' un plan de la fameuse forteresse, le tout provenant de l'entrepreneur Palloy; le 24 mai 1791, c'est la fête funèbre de Mirabeau, avec un service solennel célébré à Saint-Etienne et dans toutes les paroisses; la ville prend le deuil huit jours; le buste du Démosthène français est placé au Grand-Consistoire. Le 14 juillet 1791, la Société des Amis de la Constitution inaugure un autre buste, commandé à Paris, de ce grand orateur. Toutes ces cérémonies comportent des cor-
I . A Noé surtout ; c'est le 6 août que les Frères de la Doctrine clirétieime, établis au faubourg Saint-Etienne, ferment leurs classes.
tèges patriotiques évoquant les processions d'autrefois, des banquets fraternels, où se satisfait le goût des ToLilousains pour les festivités gastronomiques, des discours, qu'exalte le patriotisme et dont la grandiloquence est souvent faite des souvenirs de collège. Des motions y sont proposées, où chacun rivalise de zèle. Que courent des bruits de guerre, comme à la fin de l'an 1790, et l'on entendra la compagnie des grenadiers de la légion de Saint-Etienne demander qu'on lève douze cents volontaires, équipés avec le produit d'un impôt sur les « riches célibataires et égoïstes ». C'est déjà le style de 93.
La religion civique a même son influence sur la géographie urbaine de Toulouse. La municipalité, chargée d'établir l'assiette des nouvelles contributions et de dresser l'état des sections de Toulouse en les délimitant avec exactitude, leur donne, par sa délibération du 16 février 1791, des noms civiques au lieu de celui de l'édifice généralement religieux qui servait jusque-là à les désigner. Ces sections, au nombre de quatorze en 1791, furent élevées à quinze en 1792, par l'addition de la section du Jeu-de-Paume. On les nomma la Nation, la Loi, le Roi, la Constitution, les Droits-del'Homme, la Liberté, la Fraternité, la Justice, l'Honneur, le Jeu-de-Paume, la Fédération, l' Alliance-Bordelaise, le Département, le District et la Municipalité. Leurs limites ont varié de 1791 à 1792 pour demeurer ensuite invariables, à ce qu'il semble (^).
Les sections
de Toulouse
à noms
civiques.
I. Voir l'arrêté du i6 février 1791 (Braud, pp. 308-312), avec la délimitation des quatorze sections; il existe encore quatorze sections le 13 février 1792 (délib. munie, registres 91-92, p. 18). Mais, le i»' décembre 1792 {ibid.), la délibération, pour nomination des commissaires chargés de dresser les états de population, en donne quinze. D'autre part, ÏAlmanach de Baour, pour l'année 1792, donne également la liste des quinze sections avec leur répartition entre les six justices de paix, les lieux de réimion désignés pour les citoyens actifs. Or, la géographie donnée par Baour diffère absolmnent dans certains cas, et assez sensiblement dans la plupart, de celle que donne la délibération du 13 février 1791. Il y a eu certainement im remaniement dans l'intervalle. Voici les limites des quinze sections d'après Baour. On retrouvera les mêmes divisions dans VAlmanach de 1793 :
1° La Nation. — De la porte Matabiau, la route d'Albi jusqu'aux limites du gardiage, la Garonne, le Bazacle, les murs jusqu'à la porte Arnaud-Bernard, la rue des Tiercerettes, la place Saint-Raj-mond, la rue Périgord jusqu'à la place de la Visitation, la porte Matabiau.
2° La Loi. — Place Royale, rue du Petit- Versailles, Porte-Neuve, les murs jusqu'à la porte Matabiau, la place de la Visitation, la rue Périgord, Saint-Semin, la rue des Trois-Banquets, la place Saint-Raymond, la rue des Tiercerettes jusqu'à
La crise économique
Trouble économique.
D'autres causes accrurent le trouble causé par toutes ces nouveautés. La Révolution a supprimé les corps de métiers par la loi du i6 février 1791, qui établit la liberté de la fabri-
a porte Arnaud-Bernard, de là jusqu'aux grilles du Bazacle, la rue Pargatninières, de r Orme-Sec et la place Royale.
3° he Roi. ■ — ■ Port Saint-Pierre, le quai jusqu'à la Daurade, rues de la Daurade, ' Peyrolières, Sainte-Ursule par la rue des Gestes, rue Temponières jusqu'à la Grande-Rue, de là à la place Royale, rue de l'Omie-Sec.
Ces trois sections forment le !''<' arrondissement de justice de paix.
4" La Constitution. ■ — • De l'angle de la Daurade sur le quai jusqu'à la place du Pont, place d'Assézat, place Rouaix, rue des Tourneurs, rues PejTas, Temponières, Sainte-Ursule et de là en droite ligne jusqu'à la Daurade.
50 La Fraternité. — Place du Pont côté droit, place d'Assézat et en droite ligne jusqu'à la Maison professe (rue des Marchands), Grande-Rue, rue des Polinaires, derrière la Dalbade et tout droit jusqu'à Tounis, y compris toute l'île.
6" L'Alliance-Bordelaise. — Place Saint-Etiemie, place Rouaix, de la Trinité, Grande-Rue jusqu'au Salin, rues Nazareth, Perchepinte, Saintes-Scarbes et place Saint-Etienne.
Ces trois sections forment le 2* arrondissement de justice de paix.
7° Les Droits-de-V Homme. — Le faubourg Saint-Cyprien, à droite de la Grande- Rue, gardiage de ce côté.
8° La Liberté. ■ — ■ L,e faubourg Saint-Cj^^rien, à gauche de la Grande-Rue, avec le gardiage.
Ces deux sections forment le 3* arrondissement de justice de paix.
9° La Justice. — Rue des Polinaires, Grande-Rue jusqu'au Salin, Petite- Garonne.
10° U Honneur. — Faubourg Saint-Michel, de la rue Saint-Michel à la Garonne.
11° Le Jeu-de-Paume. — • Faubourg Saint-Michel, de la rue Saint-lVIichcl à la grande Allée du Canal.
Ces trois secUons forment le 4* arrondissement de justice de paix.
12" La Fédération. ■ — • Porte Extérieure-Saint-Etienne, rue Riguepels, place Saint-Etienne, Saint-Charles, rue Perchepinte, le Salin jusqu'à la porte Saint- Michel, les murs jusqu'à la porte Saint-Etienne.
13° Le Département. — Faubourg Saint-Etienne, de la porte Montoulieu jusqu'à la porte Matabiau; le gardiage à droite de la route d'Albi jusqu'au canal, au-dessous de Madison et le canal jusqu'à la Grande-Allée (allée perpendiculaire à la porte Montoulieu).
Ces deux sections forment le 5« arrondissement de justice de paix.
14° Le District. — Place Royale, collège Saint-Martial, Grande-Rue jusqu'à la rue Peyras, rue des Tourneurs, place Rouaix, place Saint-Etienne, rue Riguepels, rue d'Astorg, place Saint-Georges, rue de la Pomme, place Royale.
15° La Municipalité. — Porte Saint-Etienne, rues Riguepels, d'Astorg, place Saint- Georges, rue de la Pomme, place Royale, rue du Petit- Versailles et, de là, jusqu'à la porte Saint-Etienne, en suivant les murs.
Ces deux sections forment le 6® et dernier arrondissement de justice de paix.
Les lieux de rémiion des assemblées primaires sont : l'église des Minimes (i);
— le réfectoire des Cordeliers (2) ; — les Jacobins (3) ; — l'église de la Madeleine (4); — • réfectoire des Grands-Carmes (5) ; — Saint-Antoine-du-Salin (6) ; — le couvent des Dames de la Porte (7); — les Feuillants (8); — les Oratoriens (9); l'église Saint-Michel (10); — les Carmes déchaussés (11); • — la Sénéchaussée (12);
— le cloître Saint-Etienne (13); — le réfectoire des Grands-Augustins (14); ■ — le couvent de Saint- An toine-du-T. (15).
cation, protégée, il est vrai, par les dispositions sur les brevets d'invention (31 décembre 1790, 14 mai 1791). Ainsi se réalisaient les vœux des économistes, apôtres convaincus des bienfaits de la concurrence. Ces mesures eurent pour effet de libérer les ouvriers des entraves de la corporation, mais aussi, en les livrant à eux-mêmes, de les priver de la garantie de stabilité et des secours divers qu'elle leur procurait. D'ailleurs, l'Assemblée, soucieuse de protéger l'individu et la liberté du travail, interdit les associations ouvrières par le décret du 14 juin 1791. La stagnation des affaires, la décadence des métiers de luxe par l'appauvrissement ou l'émigration des riches, augmentèrent beaucoup le chômage et la misère. Les autorités municipales eurent recours aux vieux palliatifs : elles ouvrirent de nouveaux ateliers de charité, fin 1790 et début 1791. En quatre mois (avril- juillet), elles dépensent, pour des travaux publics destinés à occuper les chômeurs, 79.504 livres 13 s. 10 d. Elles s'efforcent aussi de ranimer le commerce et l'industrie afin de remplacer les ressources que Toulouse perdait avec la suppression du Parlement et des maisons religieuses. Ainsi, elles subventionnent un négociant d'Agen, Guitard, qui transporte à Toulouse sa fabrique de toiles peintes; elles accueillent favorablement les propositions de plusieurs drapiers et teintuliers de Montauban, désireux de s'établir dans notre vâlle; elles accordent à Lorié, fabricant de papier, victime de la terrible inondation du 26 juin 1790, un secours annuel de 4.000 livres pour rétablir ses bâtiments. Politique intelligente reprise plus tard, pour des motifs divers, par les municipalités montagnardes de l'époque conventionnelle ou directoriale; les pauvres peuvent, de ce fait, trouver un peu d'ouvrage. C'est ainsi qu'en 1790 le manufacturier Cazals procure du travail aux miséreux que recueillent les hospices ou les ateliers de charité. La Société des Jacobins seconde les efforts des autorités; elle crée, en janvier 1791, un Comité de commerce et d'industrie et soutient, en avril, Boyer Fonfrède, venu à Toulouse pour fonder une manufacture d'étoffes dites anglaises.
Ce qui contribue à aggraver la souffrance des basses classes Crise monétaire. de la ville, à dater du début de 1791, c'est la crise monétaire.
Dès janvier, les assignats commencèrent à se déprécier. Comme ils ne circulent que par grosses coupures (i.ooo ou 500 livres), que l'or et l'argent se cachent tous les jours davantage, que la monnaie divisionnaire elle-même se raréfie, le directoire départemental fait imprimer des bons patriotiques ou billets de confiance de 3 francs et de i franc. Le décret du 7 mai, qui autorisa l'émission de 100 millions d'assignats de 5 livres, l'organisation de la frappe de la monnaie de cuivre que mirent en circulation les ateliers de Toulouse, un instant menacés de disparaître, mais sauvés par l'intervention de la Chambre de commerce et du Club des Jacobins, ne résolurent pas le problème monétaire d'une manière satisfaisante et l'on en revint, un peu plus tard, aux billets de confiance; en août 1791, le département en émettait de cinq sous. L'avocat Fauré écrit, le 21 avril : « On ne voit plus de numéraire; il n'y a plus que du papier, dont on ne se défait ensuite qu'en y perdant considérablement (^). » Déjà apparaissent les difficultés qui devaient s'aggraver les années suivantes : augmentation du prix des marchandises, insuffisance des salaires, circulation du papier-monnaie entravée par sa dépréciation, thésaurisation des valeurs réelles, crise de confiance.
Finances La situation financière n'est pas plus séduisante. Les
et impôts. années 178g, 1790 et 1791 forment transition entre deux ordres de choses différents. Les anciens impôts ou cessèrent d'être payés parce qu'ils étaient impopulaires, ou furent abolis par l'Assemblée. Aides et gabelles ne sont plus perçues à dater de juillet 1789; les paysans se refusent à les payer. On pille les caisses et les greniers à sel. Les impôts indirects ayant été supprimés, la Constituante établit trois contributions nouvelles : la contribution foncière, la contribution mobilière ou personnelle, les patentes. Les municipalités furent chargées (décrets des 20, 22 et 23 novembre 1790) de dresser les rôles de ces différentes contributions. C'est alors que fut établie la liste, avec leurs limites, des sections de Toulouse. La commune devait aussi se charger de les lever, méthode de perception pleine d'inconvénients. Les rôles de Toulouse, pour la première contribution foncière,