Journal d'un bourgeois, pp
L'affaire
de la légion
de
Saiiit-B arthélemy .
fauteur de complot contre la nation; il était député, et la procédure fut envo^^ée à l'Assemblée, qui vota le décret du 26 juin sur l'inviolabilité parlementaire. Le i^'" février 1791, elle expulsa de la ville de Chaunac, chevalier de Saint-Louis, demeurant rue Nazareth, impliqué dans les troubles de Montauban. Elle interdit les réunions de la garde nationale pour autre objet que pour délibérer sur la discipline. En même temps, elle prohibe les maisons de jeux et fait vider la ville aux nombreux vagabonds qui, de tout lieu, se réfugiaient à Toulouse. Partout, cependant, des mouvements se produisent dans la Haute-Garonne, à Grisolles, Muret, Cazères (janvier 1791). A la fin de décembre 1790, le château de Sapte, à Canals, entre Grisolles et Montauban, est mis à sac, et le ci-devant président du Parlement a grand'peine à se sauver. Dans la nuit du 8 au 9 janvier, le château de Buzet, un des plus beaux des environs, est incendié par les habitants. Ces troubles viennent de l'universelle défiance à l'égard des aristocrates. Le propriétaire du château de Buzet, le comte de Clarac, hospitalisait son parent le comte d'Escayrac, colonel des grenadiers de Guyenne, émigré, et avait fait feu sur le maire, qui le sommait de livrer son hôte. Mais certains mouvements sont dus à des excitations religieuses ou royalistes. Le 16 janvier, Mailhe écrit au ministre de l'Intérieur et répond de l'ordre : (( Les aristocrates affectent de représenter Toulouse comme un milieu propre à devenir le foyer de leurs complots et le point de leur réunion; mais j'ose assurer que cela ne se réalisera jamais. Le patriotisme est en forces plus que suffisantes pour déjouer toutes les manœuvres. »
Le parti de la contre-révolution s'appuyait sur la 2*^ légion de Saint-Barthélem}^, « à qui, dit l'avocat Fauré, nous sommes redevables de l'ordre ». Les jeunes nobles parlementaires qui la composaient étaient eux-mêmes soutenus par les porteurs de chaises, les hommes de peine, les domestiques ou les ouvriers des métiers de luxe en chômage depuis la ruine ou le départ des plus riches familles. Cette troupe était en continuel conflit avec la garde soldée, recrutée parmi les meilleurs patriotes et que les royalistes appelaient la bande noire. Dès le 16 mars, Daspe avait prévenu la municipalité
qu'il ne pourrait empêcher ses légionnaires de tirer sur ceux que Fauré appelle les « scélérats soldés ». Il est vrai que, selon l'avocat, un des légionnaires avait été tué par un de ces « scélérats ». Quoi qu'il en soit, on trouva, le 17, devant la porte Saint-Barthélémy, un homme mort et deux blessés, dont l'un, gravement atteint, décéda : c'étaient des gardes de la légion Saint-Nicolas, qui, aussitôt, décide de s'assembler, résolue à venger ses morts. La municipalité apaisa la colère des gens de Saint-C^'prien. Mais, le 19 avril, un ?rrêté du département dissolvait la 2^ légion de Saint- Barthélémy, dont les hommes sûrs furent versés dans les autres légions. On lui enlève son drapeau avec cinquantedeux fusils; le diapeau fut lacéré et brûlé place de la Liberté (du Capitole). Deux légionnaires, frères du colonel, furent emprisonnés avec d'autres. Le parti royaliste était, du fait de cette opération, réduit à l'impuissance; les patriotes triomphaient. L'avocat Fauré trace de Toulouse ce tableau, sans doute poussé au noir (27 mars) : « Il y règne la licence la plus effrénée; la troupe de scélérats soldés fond journellement dans les maisons des honnêtes citoyens; les portes sont enfoncées sans aucun égard; on traîne en prison les personnes après qu'elles ont été dépouillées de ce qui fait plaisir aux assassins. Notre ville va être déserte ou, du moins, privée de ce qu'il y avait d'honnêtes gens. La crainte en a fait déjà déserter sans passeports; d'autres en ont demandé et sont prêts à partir (}). »
C'est juste ce moment que choisit la commune pour faire exécuter les arrêtés du 15 décembre 1790 et du 18 janvier 1791 et détruire toutes les armoiries placées aux portes et balcons des hôtels ou lieux publics, aux frais des intéressés. On conçoit que le mouvement d'émigration, commencé dès la fin de 1790 par le départ d'une partie des parlementaires P), se soit amplifié : les jeunes nobles de la légion dissoute s'expatrient. Le comte de Clarac, incarcéré, puis relâché, quitte la France pour servir dans les armées de l'empereur. En août, surtout à l'automne de 1791, les départs se multiplient. « Ici, toute la noblesse, les anciens militaires, beaucoup de
L'émigration.
Destruction
des armoiries.