‹ Histoire de ToulouseChapitre 234 sur 317 · Arch. dép. I<, 2041, p. 141, n · texte numérisé non relu

Arch. dép. I<, 2041, p. 141, n

roi a été enlevé; le voilà cet événement que l'on annonçait depuis quelques jours avec tant de mystère. On vous dira qu'il a donné son assentiment à cet abominable régicide. Ne le croyez pas... » Serait-ce au moment où le roi vient d'écrire une lettre si loyale au prince de Condé et d'accepter la Constitution qu'il songerait à tromper la nation? Non. Ce sont les « noirs complots » des ennemis de la Constitution « qui l'ont porté sur la terre étrangère; ceux-ci veulent leur communiquer par là une apparence de légitimité. Les Français devront donc désobéir à leurs sommations, même si elles se couvrent d'un nom auguste. » La proclamation fait allusion aux dangers de guerre étrangère, aux orages de la liberté. «La chose publique est dans une crise violente», mais « le salut de l'empire n'a jamais exigé plus impérieusement le bon ordre et la tranquillité publique... ». « Empêchez donc qu'on égare le peuple; apprenez-lui à ne pas confondre la licence avec la liberté; instruisez-le dans le grand art d'allier le courage qui brave tous les dangers avec cet esprit de modération qui ne lui permet jamais de s'écarter des sentiers de la justice et de l'honneur. » Ces exliortations furent envoyées à tous les districts et affichées le 26 dans la ville.

La Société des Amis de la Constitution adopte une atti- Attitude

tude analogue à celle des autorités. Siégeant en permanence, des Jacobins, sous la présidence de Magi, elle renouvelle le serment de vivre libre ou de mourir et vote une adresse de remerciements à l'Assemblée pour sa fermeté dans ces circonstances difficiles. Elle envoie aux autres sociétés du département et aux gardes nationales des exhortations au calme et au respect de la loi. Elle accepte la fiction de l'enlèvement, sans y croire, par esprit politique, et paraît surtout frappée du danger financier et des menaces extérieures. Le peuple est plus spontané. Dès le 25, on dresse des potences dans les faubourgs, pour les « ennemis de la chose publique «. Mailhe forme dans les districts une troupe de gardes nationaux patriotes éprouvés poui contenir les excès de zèle patriotique, maintenir l'ordre et assurer le respect dû aux propriétés.

Le 27 juin, on apprend l'arrestation du roi à Varennes Le retour du roi. (nuit du 21 au 22 juin). La joie est générale; l'impression

de tous est qu'on vient d'éviter la guerre civile et étrangère, et l'on respire. Toutes les mesures de précaution prises sont rapportées. I^a tranquillité la jdIus parfaite règne partout. 1/6 28 juin, le décret du 24, qui suspendait les élections des députés à la Législative, étant parvenu à Toulouse, les électeurs déjà rassemblés se dispersent sans aucun signe de mécontentement. L-e 23 juillet, les autorités écrivent à l'Assemblée pour la féliciter des sages décrets des 15 et 16 précédents qui écartaient la déchéance et rétablissaient le roi sans conditions. Cette solution satisfaisait, à n'en pas douter, l'immense majorité des Toulousains, restés attachés au régime traditionnel. Mais l'âme des patriotes n'a plus l'énergie de se suspendre par l'espérance aux fils dorés de l'illusion; le voile qui ombrageait leurs yeux se dissipe. Mailhe ne cache pas sa désaffection, et ses préférences pour le régime républicain. Sans doute n'y eut-il pas, aux Jacobins de Toulouse, de pétition pour la déchéance de Louis XVI, mais il existait chez eux maints partisans de l'abolition de la monarchie.

La scission On sait que, dès le 16 juillet, le conflit entre adversaires

entre les Jacobins ^^ partisans de la déchéance amena une scission chez les et les Feuillants (^). Jacobins de Paris, dont une partie forma le club monarchiste des Feuillants. Le lendemain 17 avait lieu l'affaire du Champ de Mars. Une pétition demandant la déchéance du roi, partie des Cordeliers, approuvée d'une fraction des Jacobins, ayant été déposée sur l'autel de la Patrie, les républicains et démocrates, fort nombreux à Paris, y viennent apposer leurs signatures. Pour mettre fin aux manifestations qui s'y produisaient, la municipalité de Paris proclama la loi martiale, et la garde nationale tira sur les attroupements, faisant de nombreuses victimes. Le Club des Jacobins n'avait pris aucune part dans l'affaire; il avait, du reste, désavoué la pétition, devenue inutile et illégale après le vote de l'Assemblée qui suspendait provisoirement le

I. I<e club des Feuillants, fondé à Paris, en 1791, était établi, rue Saint-Honoré, dans le monastère des Feuillants, religieux de l'ordre de Citeaux. Ce sont Barère et Sieyès qui installèrent luxueusement le club dans mie des salles de ce monastère. I<es Feuillants s'aliénèrent tous les partis par leur modération. Les royalistes ne leur pardonnèrent pas de s'être ralliés à la Révolution. I<es Jacobins les accusaient de trahison. L,e club disparut après le 10 août 1792. Parmi ses membres figuraient Coffinhal, Prudhomme, André Chénier, La Fayette.

roi jusqu'à l'achèvement et à l'acceptation de la Constitution. La Société de Toulouse paraît avoir été fortement troublée par ces événements. Le 27 juillet, elle prie le député Roussilhou de « faire ses efforts pour opérer la réunion des Jacobins et des Feuillants ) (^). Pareilles exhortations venaient des sociétés de la région, qui demandent à celle de Toulouse des avis et des conseils sur la matière {^). Dans sa séance du 10 août encore, le Comité réuni pour cette importante affaire conclut à l'affiliation avec les Jacobins, mais à la continuation de la correspondance avec les Feuillants {^) « jusqu'après la révision des décrets ». Ainsi en est-il décidé; la .Société fait connaître sa résolution à toutes les autres sociétés en rapport avec elle. Les Jacobins de Paris éclairèrent enfin la religion des Jacobins de Toulouse en leur expliquant tous les détails de la malheureuse affaire du Champ de Mars (séance du 20 août) et en leur envoyant l'adresse de Robespierre aux Français, qui justifie le club du reproche d'être factieux (séance du 27 août). Il fut décidé que cette adresse serait divisée et lue dans deux séances publiques. Mais ce n'est que le 10 septembre que fut consommée la rupture entre la vSociété toulousaine et les Feuillantf^ (*}. Après une discussion, elle chargea Desbarreaux et Lignac de la rédaction de deux lettres, l'une aux Feuillants (11 septembre), dans laquelle on leur renverrait leurs statuts, l'autre aux Jacobins (14 septembre), pour affirmer sa volonté de demeurer en leur communion. Copies de ces adresses devaient être communiquées aux sociétés correspondantes et au Moniteur; on devait les lire en séance publique. A cette résolution s'associent les « jeunes amis de la Constitution », gioupement de jeunes gens patriotes (^). Le rôle joué dans ces événements par le député Roussilhou, le seul constituant du parti populaire, lui valut des attaques très vives de la part de l'agent de change Toussaint-Sevènes, dans la séance du 12 octobre suivant. Roussilhou avait opté pour les Feuillants. L'esprit public, à Toulouse, évoluait plus lentement

1. Arch. dép., registre de délibération du Club littéraire et patriotique de Toulouse, L. 4343.

2. Ex. : Saint-Martory, Saint- Affrique, Saint-Marcelin [ibid.].

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