I. Arch. dép. I,, liasse
Coutume du jour de Van. — En décembre 1791, fut abolie la coutume du jour de l'an. Un des membres de la Convention, Bletterie, déclarait à la tribune que « le jour de l'an était im jour de fausses démonstrations, de frivoles cliquetis de joues, de fatigantes et avilissantes courbettes ». Et, renchérissant sur ces déclarations, Audoin, rédacteur du Journal universel, ajoutait : « Ce jour-là, il ne faut pas baiser la main d'une femme parce que, en se corubant, on perdrait cette attitude mâle et fière que doit avoir tout bon patriote. » Ees délinquants étaient punis de peines sévères. Cette coutume fut rétablie en 1797.
du roi de la formule du serment; le 14, ils créent leur Comité de surveillance et invitent les sociétés affiliées à les imiter. Les orateurs les plus écoutés sont maintenant : Desbarreaux, l'orateur attitré des solennités, grand faiseur de discours grandiloquents, du style qui plaît aux foules; Loubct, cidevant avocat au Parlement, « patriote enragé », selon d'Aldéguier; Arbanère, son collègue, ancien bâtonnier et futur président du tribunal criminel, souvent mentionné comme président de séance. Les dénonciations commencent à se multiplier : le nouveau procureur général syndic, Malpel, remplaçant Mailhe, est dénoncé pour avoir toléré l'ouverture d'une chapelle privée. Les idées républicaines et démocratiques font de rapides progrès. Le 7 janvier 1792, le sociétaire Dorfeuil, renouvelant et amplifiant une requête de Mailhe (24 juillet 1791), demande la confiscation des biens d'émigrés en faveur des nécessiteux. Le 31 octobre 1791, le Club s'oppose à la réouverture des églises non paroissiales fermées à la suite d'rme pétition (18 juillet). Il assiste en corps à la représentation de Brutus (28 novembre 1791). En même temps, il met à l'ordre du jour les questions les plus diverses : les subsistances, l'agiotage sur l'assignat, le maintien de l'ordre, l'organisation de la poste, un plan d'instruction publique à Toulouse, et notamment la création d'un « lycée ». Le Club devient de plus en plus le centre vivant de la Révolution à Toulouse.
Il collabore avec les pouvoirs publics pour faire face à la Les subsistances, crise économique renaissante. La récolte de 1791 fut médiocre dans le Centre et le Midi. L'été et l'automne sont remplis, dans les campagnes, de mouvements dont les causes, fort complexes, sont dues partie au rachat des droits féodaux, partie à la crainte de la disette. En septembre, le populaire tente d'empêcher la circulation des céréales sur le canal, tandis que les autorités s'efforçaient de la maintenir par des convois de troupes, dans leur souci de protéger la liberté du commerce. Le blé renchérit en novembre ; la municipalité taxe alors le pain et, pour combattre les accapareurs, constitue des magasins d'approvisionnement. Le 10 novembre, elle établit une Commission des subsistances et approvisionnements qui fait appel à la collaboration et aux
avis de négociants patriotes. Le 31 décembre, cédant à la pression des faits, la Législative prohibe l'exportation des grains. Mais, en janvier, le mal empire : c'est la « misère extrême ». La ville demande alors à l'Etat un prêt de 2.000 setiers de blé sur les subsistances militaires. Le ministre de l'Intérieur ouvre au département un crédit de 200.000 livres pour son ravitaillement, crédit dont l'emploi provoque des conflits entre le département et la commune. A la fête patriotique du 14 janvier (i), Loubet fait adopter par les Jacobins la création d'un Comité philanthropique. Ces difficultés s'aggravaient de la dépréciation de l'assignat, que la municipalité légalisait, en quelque sorte, en établissant pour le pain une double taxe, l'une en papier, l'autre en argent. La diminution de la valeur d'achat des salaires, le chômage résultant de l'émigration ou de l'arrêt des affaires affectaient particulièrement les ouvriers et artisans. La commune ouvrit des ateliers de charité (12 janvier 1792), qui achevèrent le canal d'écoulement des eaux de Saint- Agne dans la Garonne par les Récollets, le comblement du fossé de la rue des Trente-Six-Ponts et la construction d'un aqueduc avoisinant la Porte Villeneuve. Mais des troubles se produisent dans les environs, à Rieux, Portet, Cugnaux (22 janvier), à Bourg-Saint-Bernard (février), à Montjoire, Lalande, Grenade (8 mars). La garde nationale rétablit l'ordre, les proclamations des autorités ramenèrent le calme, qu'assura la certitude d'avoir plusieurs semaines devant soi (^).
Affaires religieuses
Les prêtres Aux troubles économiques s'ajoutent les agissements des
réfractaires. prêtres réfractaires. Partout, dans les campagnes surtout, les conflits se multiplient entre eux et les constitutionnels. Les décrets de mai et août 1791 avaient interdit les églises des couvents aux insermentés, mais leur laissaient libre accès aux églises paroissiales, en communauté avec les « intrus «. Les deux Eglises- se disputaient les fidèles, combat-
1. Banquet au réfectoire des Jacobins (deux cent vingt-huit convives de la Société) .
2. Pour tous ces faits, voir Adher, Le Comité des subsistances (introduction).
taient autour des berceaux et des lits d'agonie. L,' agitation passe rapidement sur le plan politique; les non-jureurs excitent le peuple contre la Révolution. Emue par les premiers troubles religieux de l'Ouest, la I^égislative rendit le décret du 29 novembre, qui imposait un serment plus général et qu'elle croyait plus acceptable, déclarait ceux qui ne le prêteraient pas suspects, supprimait, en cas de refus, leur pension, et punissait, en cas de rébellion, de l'expulsion du diocèse ou de deux ans de prison; enfin, le décret interdisait le sùnultaneum. Or, les non-conformistes refusèrent presque tous de se soumettre au nouveau serment, qu'un factum intitulé Lettre d'un ecclésiastique de Paris, assimilait entièrement à l'ancien. Le procureur Malpel exhorta les rebelles à la soumission, arguant que le serment n' « était pas contraire aux obligations d'un catholique )>. A sa proclamation, l'Eglise insermentée répondit par plusieurs libelles; de toute évidence, elle ne voulait pas désarmer.
Elle venait, au début de 1792, de se donner une véritable organisation de combat. Un conseil de conscience s'était formé pour diriger et éclairer pasteurs ou fidèles et dont les membres les plus marquants étaient l'abbé Pijon et l'abbé Mac-Carthy, ex-supérieur du Séminaire des Irlandais. Monseigneur de Fontange nomma des vicaires généraux pour les divers diocèses de sa province; celui de Toulouse fut M. J.-Ph. du Bourg, chanoine de Saint-Etienne, prêtre savant et énergique, futur évêque de Limoges. L'abandon des églises paroissiales fut, pour les insermentés, l'occasion d'entraîner à leur suite la grande majorité des fidèles dans des chapelles ou oratoires privés. Alors la municipalité de Toulouse dénonça à l'Assemblée la « horde fanatique » et prit un arrêté interdisant aux religieux d'admettre aucun étranger dans leurs églises en défendant tout rassemblement dans des locaux privés. Un assez grand nombre de nonjureurs s'étaient réfugiés aux Carmélites; les officiers municipaux s'y rendirent (février 1792), dispersèrent les occupants et en firent emprisonner quelques-uns. C'est vers cette époque que les derniers religieux ou religieuses quittent leurs monastères. En avril, l'Assemblée abolit le costume ecclésiastique en dehors des fonctions; le i^^ mai, la municipalité
Organisation de l'Eglise réfractaire et riposte.
supprima la procession de la Délivrance, « apothéose du fanatisme, monument d'ignorance et de superstition honteux pour la ville de Toulouse ». Le décret du 27 mai permit de déporter les insermentés si vingt citoyens actifs le demandaient et si la requête était agréée par le district et le département. Le directoire départemental de Toulouse appliqua ce décret, bien que le roi ne l'eût pas sanctionné. Le 21 juin, il fit défense aux religieux et aux séculiers de s'assembler plus de cinq, à peine d'être internés aux Carmélites. Mais les rigueurs ne décourageaient pas l'Eglise réfractaire. où se développait le goût « des persécutions et du martyre », Les pamphlets continuaient à cribler Sermet; pamphlets satiriques, même orduriers. Et le pape, par son bref du 19 mars, tentait de désorganiser l'Eglise constitutionnelle en menaçant les prêtres jureurs d'excommunication (^).
Affaires militaires
La guerre.
La Nation contre
le roi
(avril-juin 1792).
La déclaration de guerre contre l'Autriche (20 avril 1792) rendit inévitable le conflit suprême entre la nation et le roi. Cette guerre était désirée par la Cour, qui se flattait que l'intervention victorieuse des armées étrangères lui rendrait son autorité perdue ou que des succès militaires faciliteraient la contre-révolution. Elle était voulue par la majorité de l'Assemblée, surtout par les Jacobins, par haine traditionnelle pour l'Autriche, par souci de mettre le roi au pied du mur, de révéler ses secrètes tractations avec les émigrés et les cours européennes. A Toulouse, dès le 19 avril, le club des Jacobins exhorte l'Assemblée à déclarer la guerre et ouvre une souscription dès qu'il apprend que la Législative avait devancé ses vœux. La guerre débuta mal, par des échecs diplomatiques et militaires : en juin 1792, la France est menacée d'invasion au nord et à l'est. Tandis que les aristocrates se réjouissent, les patriotes et le peuple rendent le roi et les ennemis de la Révolution responsables de nos échecs. L'Assemblée ayant voté les trois décrets de mai et juin sur la déportation des réfractaires, la dispersion de la