‹ Histoire de ToulouseChapitre 248 sur 317 · Kellermann commandait l'année des Alpes · texte numérisé non relu

Kellermann commandait l'année des Alpes

rent un hôpital militaire clans le couvent des religieuses du Sac, un magasin d'habillement au couvent des Salenques, un autre de fourrages à l'Ecole de droit (^); l'artillerie, cent soixante canons et leurs approvisionnements (bien loin encore d'être réunis) devaient s'installer aux Chartreux; le monastère de vSaint-Antoine-du-vSalin fut converti en caserne pour une compagnie de chasseurs. L'administration du département seconde les représentants, forme un comité militaire et intervient même dans les opérations, pressant Serran de mettre en défense les débouchés du val d'Aran et de garnir lyt^.chon de troupes et d'artillerie; elle se plaint de la lenteur de l'organisation et accuse le ministre, dans une adresse à la Convention, de laisser le Midi dans l'abandon. Le club des Jacobins intervient lui-même pour rappeler les volontaires au respect de la discipline et obtenir de la municipalité des mesures contre les déserteurs. Il reçoit les généraux et les officiers; les volontaires, avant de partir, défilent à sa barre. Dès les débuts de cette défense des Pyrénées, les tiraillements entre autorités civiles et militaires, entre les administrations et les représentants, et, pour tout dire, l'absence d'unité de direction, engendrent le désordre et l'anarchie.

La ville restant un centre d'approvisionnement militaire, Les subsistances.

la question des subsistances demeure le gros souci des pou Le Comité

ripe sii'bsistâ.iiccs voirs publics. Dès le moij d'août 1792, l'agitation populaire

avait recommencé, bien que la récolte fût bonne et que les greniers fussent remplis. Le département, le 14 août, rassurait la population : le blé ne sera ni rare ni cher; il ne sera pas taxé et le commerce en restera libre; les accapareurs seront traqués et mis hors d'état d'affamer le peuple; mais tout trouble devra être sévèrement réprimé, comme le fait de « traîtres )^ et de « factieux 0. Le lendemain, 15 août, le Directoire créait un comité des subsistances composé de quatre membres, qui devait veiller à l'approvisionnement des armées et de la population civile, et qui collabora avec le Comité des subsistances de la vSociété populaire, créé quelques semaines après. Mais les troubles très graves qui se produisirent autour de Toulouse (dans l'Aude et dans le Lot), le pillage des barques de grains sur la Garonne en septembre et

I. 1,'Ecole de droit fut transférée dans la ci-devant Faculté de théologie.

Première coalition.

Vendée.

octobre, amenèrent les autorités à abandonner la doctrine du laissez-passer et à intervenir activement; on oblige les détenteurs de grains à les vendre, on décrète le cours forcé des billets de confiance en circulation à cause de la rareté du numéraire ; on interdit l'exportation, on encourage les transactions sur les céréales en créant de nombreux marchés. Cependant, en novembre, la situation est critique, les commissaires de la Convention écrivent que « le pays est déjà près de la disette... et menacé de la phis affreuse détresse par l'organisation des bataillons de volontaires nationaux ». Le 18 janvier 1793, le département, obligé de garnir le marché de Toulouse, achète pour 17.500 livres de blé; le 7 mars, département, district, commune se groupent afin d'emprunter 729.999 francs sous la garantie personnelle des administrateurs; cet emprunt servit à de nouveaux achats et fut négocié par le banquier Vallée; ainsi Toulouse put être approvisionnée pour quelques semaines. Malheureusement, la défiance était générale dans les campagnes, par suite de la guerre, de la dépréciation constante des assignats et aussi des menées sourdes des contre-révolutionnaires; les denrées thésaurisées se raréfiaient, des mesures dictatoriales de salut public s'imposaient de plus en plus aux esprits même les plus attachés à la liberté (^). Dès le 7 mars, la Société des Jacobins demandait à la Convention l'établissement du 'inaxiinum ou taxation des marchandises.

Avec les mois de février, mars et avril 1793, commencent les jours tragiques. C'est, après la mort de lyouis XVI (21 janvier 1793), la formation de la première coalition, qui réunit, contre la France, Angleterre, Hollande, Espagne, Piémont, Prusse, Autriche et princes allemands ou italiens (févriermars) ; c'est ensuite l'insurrection de l'ouest, qui commence le 10 mars; c'est enfin la perte de la Belgique par la défaite de Neerwinden (18 mars), de lyouvain (21 mars) et la trahison de Dumouriez (25 mars-5 avril). La Convention, poussée par les sections parisiennes, fait face à la situation, prend des mesures énergiques, la 'levée de 300.000 hommes (24 fé-

I. La rareté et la cherté des vivres étaient telles que l'évêque Sermet autorisa l'usage des aliments gras durant le carême pendant trois jours de chaque semaine (Arch. dép. L 370).

vrier), l'organisation du tribunal révolutionnaire (9 mars), les décrets des 18-21 mars votés à l'unanimité, contre-offensive répondant aux révoltes de l'intérieur qui créent un Comité de vSalut Public, des comités de surveillance dans les communes, prononcent la mise hors la loi et la peine de mort pour les rebelles, des pénalités aggravées contre les réfractaires et les émigrés, établissent un impôt progressif sur les riches, le partage des communaux et le morcellement des biens nobles confisqués; puis, le décret du 6 avril fixe définitivement la composition et les attributions du Comité de Salut Public; enfin, après une assez longue résistance, le vote (4 mai) du Maximum établit une taxation du prix des denrées de première nécessité.

La déclaration de guerre à l'Espagne, votée le 7 mars, sur La guerre la proposition de Barère, donna lieu, à Toulouse, à une fête contre l'Espagne, patriotique sur l'Esplanade. Le Conseil de dépar- ^ç.

tement y baptise civiquement le fils du député Julien, que son 300.000 hommes, père dépose sur l'autel de la patrie et offre à la République. On lit le décret de la Convention; on jure de défendre la France; on exécute la « partition » des Marseillais. lya levée de 300.000 hommes est accueillie avec enthousiasme. Pour hâter le recrutement, la Municipalité adjoint à son Comité militaire quinze Jacobins énergiques, parmi lesquels Groussac, Certaines communes (Lavernoze, Buzet) fournissent plus que leur contingent. Un jeune citoyen de treize ans se présente pour servir la patrie comme tambour; admis aux Jacobins, il y reçoit l'accolade du président et des représentants; mention honorable est faite de son acte patriotique (^). Mais les engagements volontaires, au total, ne suffisent pas pour compléter le contingent du département (5.063 hommes) P). Au reste, il fallait compter avec les royalistes, qui font distribuer, le 16 mars, des factums pour encouiager l'abstention ou la résistance. Le mode de recrutement ayant été laissé au choix des communes, beaucoup désignaient les recrues par un vote; ainsi, en beaucoup d'endroits, les contre-révolutionnaires, s'entendant entre eux, avaient fait désigner des patrio-

1. V. dans M. Albert, Le Fédéralisme, p. 29, note 2, le récit d'une autre scène d'enthousiasme patriotique aux Jacobins. I^a scène mentionnée est du 19 mai 1793.

Page 1