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ÉCHEC DU PARTI GIRONDIN A TOULOUSE

L'évolution Les administrations publiques, en très grande majorité,

politique. Iq ç.\^}^ (jgg Jacobins, pour moitié, sont encore, au début de 1793, d'opinions prudentes et modérées. Le sens de ces fiévreuses journées de mars, où la Convention enfante les premiers organes du gouvernement révolutionnaire, semble au début leur échapper. Les premiers représentants envoyés en mission à Toulouse, Mailhe et Lombard-Lachaux, centristes

ou girondins, s'occupent surtout de la levée des 300.000 hommes. Lorsque passent à Toulouse les représentants Bô, de l'Aveyron, et François Chabot, ancien novice du couvent des Capucins de la ville, Montagnards ardents, envo^^és en mission dans le Tarn et l'Aveyron, et que, le 22 mars, Chabot accuse Dumouriez à la Société populaire (^) , celle-ci refuse de suivre dans les accusations qu'il dressait. Mais il y avait chez les Amis de la République des éléments déjà très avancés, des démocrates : Capelle, accusateur public au tribunal criminel, ancien député suppléant à la I^égislative, Mouquet, apothicaire, Tarbès, chirurgien, Lignac, ex-abbé. Dès le 14 mars, la nouvelle de la création du tribunal révolutionnaire est reçue à la Société « comme elle devait l'être par de vrais patriotes ». Lorsque IMailhe lui annonce (7 avril) la trahison de Dumouriez, elle adopte une requête de Mouquet (8 avril) pour l'établissement à Toulouse d'un tribunal de même sorte. «Il faut, y est-il exposé, pour que nous allions détruire les ennemis qui sont en Espagne, que nous soyons assurés du salut de nos femmes et de nos enfants. » Le 9 avril, le Club décide de prendre le nom de « Société Populaire ».

Le ton de ses délibérations, comme ses décisions s'inspirent La

de sentiments démocratiques de plus en j^lus violents. Il Société popiilaire réclame la taxation des marchandises, et, lorsque le décret entièrement de mise hors la loi des rebelles est connu, des membres deman- montagnarde, dent qu'on puisse tuer impunément les personnes désignées. Il demande que tous les pensionnaires de l'Etat soient pourvus de certificats de civisme, qu'il soit interdit d'avoir des domestiques mâles (24-27 mars) ; il réclame une force départementale payée par un impôt sur les riches; il décide de brûler les journaux modérés, le Courrier de Corsas, le Journal de la Haute- Caronne. Il étend son influence sur les clubs de bourgs ou de villages du département, dont il a souvent provoqué la formation ; il en est peu qui échappent à son action et qui demeurent aristocrates. (^). Par son rayonnement, il assurera l'efficacité et l'unité de l'action révolutionnaire. Mais les modérés s'effraient de l'évolution tous les jours plus marquée de la Société,

1. Elle prendra définitivement ce nom le 9 avril, c'est encore le Club.

2. Ex. : Fourquevaux, Merville et Pinsaguel (M. Albert, p. 19, d'après les Arch. dép. 1,, 483-493; — V. note 2, les brochures de propagande répandues dans les campagnes par le cliiS).

sous l'influence des députés en mission ou des violents.' I^es séances deviennent houleuses. Le 3 mai, un membre demande la suspension de la Municipalité; la motion est rejetée, grâce à Arbanère; mais c'est le dernier succès des Girondins. Dès le II avril, vingt-quatre d'entre eux quittent le club, treize en sont exclus. A la fin de mai, la Société se renouvelle presque entièrement et admet en quelques jours deux cent cinquante nouveaux membres, exonéranc les indigents de toute cotisation. Désormais, les Jacobins de Toulouse sont entièrement Montagnards; ils se trouveront en opposition et même en conflit avec les autorités municipales et départementales, qui restent girondines,

Premièies mesures Cependant, les troubles suscités par la levée de 300.000 hom- (le rigueur. mes, et qui furent particulièrement graves dans l'Ardèche et la Lozère, obligent le Département, le District et la Commune à suivre l'impulsion énergique de la Convention et des Jacobins. En mars, des attroupements de domestiques excités par leurs maîtres provoquent un arrêté qui rend ces derniers responsables. Le 20 mars, la municipalité forme un Comité de Sûreté générale de onze membres (^), chargé de la police politique. Le lendemain arrivait Mailhe en mission; le 27 mars, conformément au décret de l'Assemblée, les trois corps constituent un Comité de surveillance, composé de trois membres du département, du Président et du procureur, de trois membres du District, de la Municipalité et de la Société des Amis de la République. Les résistances à la loi de recrutement, qui déterminent le décret conventionnel du 27 mars, (2) sont suivies d'un arrêté réglant l'application de ce même décret; le Département explique à la population le sens du mot hors la loi, et se refuse à admettre l'interprétation des violents qui veulent courir sus aux rebelles et les détruire. Les arrestations, commencées le 5 avril, se multiplient les jours suivants : seize suspects sont incarcérés le 10 avril, dix-huit le 15, et plus de deux cents le 25, j^arents d'émigrés, réfractaires, insoumis, etc. Ceux qui sont pris les armes à la main sont exécutés dans les vingt-quatre

1. Ferrand, Mandement, Pouzaux, Gamault, Zimmermann, Janole, Arbanère, Martin, Delibes, Dupuy, Auriol, officiers municipaux (Registre des délibérations du Conseil général de la commune).

2. lyOi qui mettait hors la loi les aristocrates et ennemis de la République.

heures; les rebelles sans armes sont envoyés à la prison criminelle (Hôtel de ville, Sénéchal ou Hauts Murats) sur un simple procès-verbal signé de deux personnes. S'ils sont convaincus de rébellion armée, c'est la mort. Les simples complices devront attendre en prison la volonté de la Convention, lycs parents d'émigrés, les parlementaires, d'anciens capitouls sont enfermés à la Visitation; les prêtres et religieux au couvent Sainte-Catherine, les femmes aux Carmélites. La circulation, même dans le département, est étroitement surveillée; il faut, pour voyager, des passeports qu'un arrêté du 25 avril prescrit de ne délivrer qu'à de bons patriotes. Mais Malpel, procureur général syndic, demande qu'en agissant avec vigueur on ne s'écarte pas des formes légales : « qu'on juge les suspects, qu'on les punisse s'ils le méritent; sinon qu'on les élargisse. » Ce langage modéré irrite les Jacobins, mécontents de trop fréquentes indulgences et de trop nombreux élargissements (^).

Le conflit devient aigu en mai 1793, en même temps que se joue à Paris le dernier acte du drame entre Girondins et Montagnards (5 avril-31 mai-2 juin), terminé par l'arrestation de vingt- neuf Girondins, y compris les ministres Roland et Clavières. Ce fut d'abord une réaction locale contre les Conventionnels en mission, dont les pouvoirs discrétionnaires se superposent et souvent s'opposent à ceux des administrateurs. Depuis le mois de mars, Toulouse a été le quartier général d'une foule de représentants aux armées des Pyrénées ou dans les départements du Midi; d'abord Mailhe et Lombard-Lachaux (21 mars), qui font partie de la grande mission du 9 mars, destinée à organiser et accélérer la levée des 300.000 hommes; puis Projean et Chaudron- Roussau, arrivés le 21 avril; en mai, successivement. Chabot, Baudot, Leyris, Ysabeau, Garrau, Jean Bon Saint-André. Ces personnages considérables, la plupart montagnards convaincus, sont reçus par les patriotes avec enthousiasme, « comme des divinités », dit d'Aldéguier, qui les a approchés. Ils prennent immédiatement contact avec les administrations, mais surtout avec la Société Populaire et son Comité de surveillance, qui les ren-

Missions

des

représentants.

I. I,e 30 avril, le Club demande la destitution de la municipalité pour avoir élargi cinq détenus.

seigne. Ils sont chargés d'échauffer le zèle, de veiller à l'orthodoxie des mandataires départementaux ou municipaux, d'unifier l'application des décrets de la Convention. Leur arrivée se signale par des manifestations propres à frapper l'imagination populaire : le 26 avril, ils font brûler solennellement, sur la place de la Liberté, les titres de noblesse enlevés des archives de Malte et du bureau des Trésoriers de France.

Rôle de Chabot. Le plus entreprenant fut l'ancien capucin de Peyes-en- Lauraguais, l'ex-vicaire de l'évêque Grégoire à Blois, le représentant du Loir-et-Cher, Chabot. {^) Ce personnage instruit, beau phraseur, assez trouble, montagnard compromis plus tard dans la conspiration de l'étranger, au surplus jouisseur sans scrupules, se trouvait à Toulouse le 12 mai. Bien qu'il n'eût pas de mission dans le département, il signait avec Mailhe et Lombard-Lachaux le décret de levée de 6.664 liommes et celui de l'emprunt forcé. Le 14 mai, on le voit au club des Jacobins; il y parle des discordes de la Convention, y dénonce Toulouse comme un foyer de contre-révolution. Il fit décider, pour veiller au salut de la chose publique, la convocation des représentants en mission dans le Midi, ainsi qu'un

I. François Chabot, ex-capucin du couvent de Rodez, gardien du couvent do Peyes (Lauraguais), en religion Père Augustin, quitta le couvent le i*'' juin 1790; au début de février 1791, il prêta le serment constitutionnel, s'affilia à la loge la Parfaite-Union, de Rodez. Elu député à la législative, le 2 septembre 1791. par l'AvejTon, il abandonna le Rouergue en juin 1791, et, appelé dans le I^oir-et-Cher par l'évêque Grégoire, qui en fit son vicaire épiscopal, après un séjour d'un mois environ près de lui, il fut élu député de ce département, le 2 septembre 1791- Chabot n'eut pas de conduite. Ses passions devinrent une occasion de scandale avec M'i«a Ducoings et Julie Berger. H épousa Léopoldine Frey, une Autridiitnne (l'Autrichienne de Chabot, disait Hébert), bravant ainsi l'opinion publique au moment où la nation était à son maximum d'exécration pour les étrangers.. Ses dispositions de dernières volontés sont consignées dans deux testaments, l'un, du 20 février 1791, déposé aux minutes de M« Rouquayrol, notaire à Saint-Geniès (AvejTon), l'autre, du 17 mars 1794, écrit quelques jours avant sa mort. Dans le premier testament, il s'exprime notamment ainsi : « Je veux vivre et mourir dans le sein de l'Eglise catholique et apostolique, dont toute la rage des prélats aristocrates et de leurs suppôts ne saurait ternir la gloire. Je suis rentré dans l'état religieux sans vocation. Je rétracte toutes les signatures données à l'infâme formulaire inventé par les Jésuites pour faire triompher leurs erreurs... J'espère que Dieu voudra bien oublier mes écarts... » Dans le dernier testament. Chabot se fait son apologiste et proteste de son innocence. Sa figure, écrit de Bonald, nous apparaît repoussante; en lui se trouvaient réunis tous les vices qui peuvent déshonorer à la fois l'homme public et l'homme privé. Chabot, condamné à mort par les révolutionnaires, fut exécuté avec les dantonistes, le 5 avril 1794. (De Bonald, François Chabot [i 756-1 794] ; — Abbé 1,. Roques et H. Brunet, Bull. Soc. des lettres de VAveyron, 1932, pp. 5 et 18; — V. M. Albert, Le Fédéralisme à Toulouse, pp. 51 et suiv.).

congrès des Sociétés Populaires du Département et des départements voisins. Séance tenante, sans consulter ses collègues, il fait expédier les lettres de convocation. Excité par lui, le Club prend l'offensive contre les administrations modérées. Les trois Girondins les plus particulièrement visés étaient lyacuée, chef d'état-major, Douziech, chef de la garde soldée, et surtout le Procureur généial syndic Malpel, dont le passé révolutionnaire, l'intelligence et l'autorité avaient fait le vrai chef du parti Girondin à Toulouse (^). Le 15 rnai, Lacan, au nom du Comité de surveillance, dénonce Malpel pour accointances avec les émigrés, complaisances à l'égard des prêtres, à l'égard des religieuses (^) et des fournisseurs de grains. Le 16, Malpel tente d'en appeler aux sections et réclame leur permanence; les représentants s'3' opposent. Le 17, malgré les efforts de Mailhe, ami du Procureur général syndic, Chabot réclame et obtient la destitution de Malpel, remplacé par le procureur syndic de Castelsarrasin, Descombels. Le même jour, la Société Populaire demande une nouvelle épuration des corps constitués, dont certains membres ont « perdu la confiance publique ». Douziech, visé, s'emporta, parla d'emplo^'er la force armée contre les « désorganisateurs »: Chabot le fit arrêter. Mais le vieux soldat était si populaire qu'il fallut le relâcher; le 21 mai, tout le monde se réconcilia; les représentants, les membres des administrations et de la Société se donnèrent le baiser de paix devant le peuple attendri.

Ce fut un baiser Lamourette, qui ne termina rien. Chabot Conciliation continuait sa propagande montagnarde : le 19 mai, à Saint- impossible. Etienne, il attaque les prêtres, vante la loi du divorce, engage les clercs à se marier, il se montre « enragé pour ne pas être mordu par les enragés ». Ce jour-là, les Jacobins proposent de réduire les traitements ecclésiastiques et de supprimer les vicaires épiscopaux. Un administrateur du district, Bébian, est dénoncé par les représentants; le 21 mai, Mailhe ordonne l'expulsion des Dames-Noires et obtient du Département de nouvelles séquestrations de biens d'émigrés. Enfin, Chabot,

1. J. Gros, Histoire du club des Jacobins, chap. VI; — Albert Mathiez, François Chabot, représentant du peuple, à ses concitoyens, juges de sa vie politique (Arch. nat., document Fx 4637).

2. lya fille de Malpel était élevée aux Dames Noires de Lévignac, que l'on n'avait pas encore expulsées. Le réquisitoire de L,acan comprend douze chefs d'accusation.

Réaction

des autorités

[girondines.

Un Comité de Salut Public.

non content d'avoir lancé des mandats d'arrêt contre les généraux Servan et Lacuée, ce dernier très aimé à Toulouse, fait élargir des volontaires et des canonniers emprisonnés pour pillage et indiscipline, mais bons Montagnards.

Le Département, le District et la Commune étaient dominés par les modérés ou Girondins, que menaçait cette brusque attaque. Ils réagirent : deux notables du Conseil général, visés dans les demandes d'épuration, démissionnèrent pour en appeler aux électeurs. Un pamphlet violent, intitulé Le Despotisme ressuscité, s'en prit aux représentants, à Chabot, à son ami Mouquet, apothicaire, membre du Club; celui-ci fut arrêté, puis libéré, à la demande de Chabot. Cependant arrivaient à Toulouse les députés des vSociétés Populaires convoqués par lui. Le 26 mai, ils constituent un Comité -central après une harangue de Mouquet. Celui-ci fut de nouveau arrêté avec son collègue Martin et, le 27 mai, le Directoire, pour des raisons d'ordre public, interdit le congrès, dissout le Comité central, invitant les délégués à quitter Toulouse dans les vingt-quatre heures. Le 28, une députation des Jacobins proteste contre l'expulsion et dénonce le maire; un arrêté de Mailhe et Lombard accorde un délai, mais approuve la décision du Département; les Sociétés s'obstinèrent, décidèrent de s'assembler le 29. Il est vrai que le club de Toulouse n'avait pas rencontré une adhésion unanime : Carcassonne, surtout Montpellier dénoncent le plan de Chabot « comme tendant à élever une nouvelle Convention et à déchirer la République ». Les Girondins de Toulouse pouvaient donc se croire soutenus et autorisés à agir.

Le 2 juin, les trois corps constitués établissent un Comité de Salut Public, formé de quatre administrateurs de chacun des corps, et d'un membre de chaque tribunal; ils invitent les citoyens à s'adresser à lui exclusivement pour tout objet concernant les intérêts de la patrie : attaque directe contre la Société populaire et son comité de surveillance. Le 5, après de vives attaques menées par Janole et Arthaud contre Chabot, le Comité prend un arrêté contre ce représentant, qu'il accuse d'avoir poussé le peuple à l'insurrection et tenté d'avilir la Convention et les autorités, d'avoir outragé la morale et toutes les convenances sociales. L'arrêté sera porté

à la Convention par Jacques Garnault, officier municipal, et Corail jeune, substitut du procureur syndic. Enfin, dans une adresse à la population, le Comité dénonçait la « horde de scélérats » qui soufflait la discorde, le mépris des lois et des « autorités tutélaires » : coup droit aux J acobins et même aux représentants Montagnards, qui paraissait aussi une vigoureuse protestation contre la commune parisienne. Les Toulousains estimaient sans doute qu'ils restaient dans la légalité : il est bien vrai, en effet, que la Constitution de 1791, non abrogée sur ce point, avait laissé aux autorités locales la plus large autonomie. En même temps la municipalité faisait élargir vingt détenus politiques.

C'est au milieu de cette atmosphère déjà surchauffée qu'on Effet des journées

apprend, à Toulouse, le Set le g juin, les événements du si mai ^", ^^ ^^^

fi ■ ■ A ^, , 1 ^ , . . , -, et du 2 lum.

et du 2 jum. Au Club des Jacobins, averti par une lettre de

Eoubers, la « Sainte Insurrection » fut approuvée unanimement; la Société envoie une adresse d'adhésion à la Convention. Ee 13 arrivent les représentants Baudot et Chaudron- Roussau; le Club les reçoit avec enthousiasme, applaudit Baudot stigmatisant « les menées atroces des départements qui veulent le fédéralisme ». Par contre, les autorités girondines, la population même, s'indignent, de la proscription des vingt-neuf députés, de la violence faite par Paris à la Convention; on avait envoyé aux nouvelles le municipal Baras. Avant son retour, arrive à Toulouse la protestation des Nantais contre le coup d'Etat (6 juin) ; on en décide l'impression et l'envoi aux communes. Le 13, Baras, de retour, fait un tableau de la tyrannie parisienne : la Convention n'est plus libre. Ee 15, les corps constitués prennent connaissance du manifeste des Bordelais, qui réclament le jugement des Conventionnels arrêtés et se déclarent prêts à marcher sur Paris pour se faire justice. Ees autorités de Toulouse adhèrent avec enthousiasme. Elles reçoivent le manifeste de Marseille (12 juin), qui propose de réunir une force armée pour le même objet. Ees deux grandes villes, Bordeaux et Marseille, font appel à Toulouse; il ne s'agit de rien moins que de constituer une grande fédération des départements du Midi, soulevés contre la tyrannie de Paris. Pour la réalisation de ce grand dessein, l'appui sans réserve de Toulouse était indispensable.

Hésitations

et incertitudes

des

Fédéralistes.

J,a révolte.

Mais il eût fallu des hommes énergiques et sans scrupules. L,es Girondins de Toulouse, hommxs de bonne bourgeoisie, la plupart fortunés, dont beaucoup sont des légistes, avaient trop à perdre et étaient aussi trop respectueux de la légalité pour courir l'aventure. Le maire de Toulouse, Derrey de Belbèze, le député Rouzet, Baras, administrateur du district, Janole, du Tribunal criminel, Douziecli, même le plus hardi l'agent de change Toussaint Sevène, ne sont ni des héros ni des hommes d'action; leurs audaces sont verbales et les discours qui abondent en formules justes leur tiennent lieu d'actes. Quelqu'un proposa d'arrêter les représentants (i) et de dissoudre la vSociété populaire. Mais on n'osa pas; on arrêta seulement trois Jacobins, Cayre, Saurines et Benabent, qu'un décret de la Convention (13 juin) libéra. Cependant, le 15 juin, on décida d'envoyer Fages et Ruffat à Bordeaux pour jeter les bases d'tme entente entre les deux villes. Le 16. les coips constitués administratifs et judiciaires, qui se réunissaient en permanence à l'Hôtel de Ville, convoquèrent les sections; ils cherchaient à s'appuyer sur les forces populaires. Pour être logique, il eût fallu faire appel aux « feuillants », aux royalistes; un certain nombre d'entre eux, en effet, emprisonnés, furent élargis dans la première quinzaine de juin {^). Mais les Girondins de Toulouse sont républicains; un seul d'entre eux, Ruffat, eut le courage de dire ce que les Lyonnais et les Toulonnais osèrent faire : « Il faut armer les aristocrates, se réunir aux honnêtes gens et marcher contre les Parisiens. » (^) L'inimense majorité des meneurs, s'ils ne veulent pas des Jacobins, ne veulent pas davantage des ro3'alistes; rédtiits à eux-mêmes, ils étaient impuissants.

Jusque-là, les représentants Batidot et Chaudron-Roussau, Montagnards convaincus, s'étaient bornés à observer la marche des événements; le procureur général Descombels, l'homme des Jacobins, manœuvrait avec prudence, tentait d'éviter une rupture. Cependant, le 16 juin, les deux Conventionnels appelèrent l'attention des administrations sur l'illégalité de

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