Comme à Bordeaux
2. Notamment le jeune d'Escalone, dont la mort devait être si tragique. {V. plus loin.)
3. V. M. Albert, p. 73, note 2 : c'est à Auch que l'envoyé de Toulouse prononça ces imprudentes paroles.
leurs assemblées générales et les interdirent. Toussaint-Sevène protesta avec éloquence : « Paris, s'écria-t-il, aurait donc acquis le droit exclusif de la souveraineté? » I^es corps constitués passèrent outre à la défense et décidèrent de dénoncer les deux représentants à la Convention. Le même jour, les sections assemblées approuvèrent l'attitude des administrateurs, réclamèrent la dissolution de la Société populaire et déclarèrent nuls et non avenus les décrets de la Convention depuis le 31 mai. Le 18, les corps administratifs adressaient à la population un appel enflammé, expliquant les raisons d'une rupture avec Paris, que les sections seront appelées à sanctionner. Le 19, une réunion générale vota une adresse à la Convention, rédigée par Janole, sorte d'ultimatum qui invitait l'Assemblée à révoquer le décret d'arrestation des Girondins, à reviser tous les décrets rendus depuis le 31 mai, à châtier les violateurs de la représentation nationale, à hâter enfin les rapports sur les dénonces, particulièrement sur le cas Chabot. C'est presque une déclaration de guerre. Le département suit Toulouse : seul, le district de Rieux se refuse à s'engager dans la voie du schisme, ainsi que quelques communes isolées, comme Saint-Martory et Fronton.
Mais il eut fallu passer aux actes. Or, sur ces entrefaites, Sou échec, arriva l'arrêté de la Commission de vSalut Public de Bordeaux, qui décidait la réunion à Bourges de deux délégués des départements fédérés, délégués accompagnés d'une garde de 100 à 200 hommes. Adhérer à cette résolution, c'était faire, de la révolte fédéraliste du Midi, une immense Vendée allant de Bordeaux à Marseille, séparant de la tête du gouvernement les armées qui combattaient alors sur les Alpes et les Pyrénées, avec plus de courage que de succès. C'était surtout la guerre civile du Midi contre le Nord, la France scindée en deux au moment du plus grand danger extérieur et au plus fort de la cri.se des subsistances. Ce sera, devant l'histoire, l'honneur des Toulousains de s'y être opposé et de l'avoir dit clairement (26 juin 1793) : « Le département suppliait les Bordelais de renoncer à leur projet, qui paraît vraiment désastreux, et de demeurer inébranlablement attachés à la Convention Nationale comme le point central de tous les vrais républicains profondément pénétrés de la situa-
tion actuelle de la France (^) ». Mais, par cette décision, le mouvement fédéraliste était frappé à mort.
Riposte De leur côté, les membres de la Société populaire n'étaient
de la Convention, p^g demeurés inactifs et travaillaient le département par les sociétés affiliées. Le i8 juin, les Jacobins proposent aux autorités une réconciliation, qu'acceptent, seuls, le District et la Municipalité; après le récit fait par Loubers de la « Sainte Insurrection », tous prêtent le serment d'obéir à la Convention. Pendant que se jouait cette comédie, Baudot, le 21 juin {^) s'était rendu à Paris, jugeant le moment venu d'agir. Sur l'exposé qu'il fit de la situation à Toulouse, il obtint le décret du 24 juin, en vertu duquel la Convention destituait et mandait à sa barre le président de l'Administration départementale Dardignac, le président du tribunal criminel Arbanère, le maire Derrey, le général Douziech, le juge Janole, l'administrateur du district Ruffat, Baras, municipal, Loubet, directeur de la Monnaie, Arthaud, directeur des Postes, l'agent de change Toussaint-Sevène. Le 29 juin, dès l'arrivée du décret, cinq fédéralistes furent arrêtés sans résistance et dirigés sur Paris (^). Les sections esquissèrent bien une protestation : le 28, leurs délégués s'assemblaient, sur convocation du département, dans l'église des Pénitents bleus; la majorité semble avoir été pour la résistance. Après l'arrestation, les Assemblées se réunissent encore. Le 30, dans l'une d'entre elles, un jeune noble, d'Escalone, appuyé par d'Aldéguier, proposa de marcher sur l'hôtel de ville, de se saisir des armes, d'arrêter les représentants, d'Aldéguier s'était chargé de faire adopter la même motion à la section Sainte-Claire, le
i. Cité dans]^M. Albert, p.'^gi.
2. lyC 21 juin semble une date tardive pour le départ de Baudot, qm était à la barre de la Convention le 24 juin; trois jours n'auraient pas suflS poiu^ le déplacement. Damien Garrigues indique dans Janole (p. 51) que Baudot quitta Toulouse le 18 juin.
3. Cinq Fédéralistes seulement fturent arrêtés le 29 juin, à Toulouse. Ruiïat, qtii était à Auch, ne fut appréhendé que plus tard. Toussaint-Sevènes qui avait d'abord échappé à l'arrestation et qui se cachait sous le nom de « M. Dubois », ne fut incarcéré qu'à la fin de juillet et Douziecg en novembre. Arbanère et Janole, en
• commission vers l'armée des Pyrénées-Orientales, ne furent jamais arrêtés (Cf.
Janole, p. 54). D'Aldéguier (t. IV, p. 509) se trompe quand il dit que les « dix citoyens fiurent arrêtés simultanément ». I,e baron de Bouglon (Les reclus de Toulouse, 3*fasc., p. 160), se trompe de la même façon. Damien Garrigues, dans Janole, est le premier a avoir exprimé la réalité des faits, à propos de la manière dont fut exécuté le décret du 24 juin.
citoyen Lacan, enjambant la barrière, saute dans le chœur de la chapelle, s'empare du projet de résolution et menace les sectionn aires, qui s'enfuient. I^e i^^" juillet, l'Administration du département, conseillée par Descombels, décida de désavouer tout ce qui s'était fait, et aussi d'intervenir en faveur des dix accusés, en rejetant la responsabilité des événements sur Chabot et en réclamant le jugement des Girondins ainsi que la promulgation de la Constitution. Mais adresse et manifestations tombèrent dans le vide : les sections se dispersèrent le i^i" juillet. Le fédéralisme, à Toulouse, était définitivement terrassé.