TRIOMPHE DE LA MONTAGNE
Il n'avait plus de raison d'être depuis le vote (24 juin) de la Constitution de l'an I, qui instituait la République démocratique, le gouvernement direct par le peuple, grâce au système du référendum et qui, par suite, rassurait les départements sur la dictature de Paris. L'acte constitutionnel fut publié à Toulouse le 12 juillet (^), au milieu des salves d'artillerie, et lu dans tous les quartiers par le secrétaire-greffier du district, escorté de toutes les autorités, des dragons républicains et du 27® régiment de cavalerie ; il fut accepté, le 21 juillet, de la presque unanimité des citoyens, un sur trois en mo^^enne ayant voté. Mais la véritable apothéose de la IMontagne victorieuse fut la fête du 10 août 1793, célébrée à Toulouse avec non moins d'éclat qu'à Paris. Le cortège de tous les corps constitués et de la Société populaire se forma place de la Liberté; il était accompagné de chœurs de jeunes filles, d'enfants et de vieillards chantant des hymnes patrio-
Promulgation
de la Constitution
et fête du 10 août 1793.
I. V. M. Albert, pp. 131-132. — V., aux Archives municipales, les procès-verbaux du vote des Assemblées primaires des quinze sections, sans compter ime section des t cy-devant IMalthaises, canton forain de Toulouse », et d'im autre canton forain de Toulouse (banlieue nord-ouest, sans doute), mais non compris la 7" section, qui manque. Il y a eu 4209 oui. Quelques citoyens ont quitté la salle avant l'appel nominal. Rappelons que ce sont tous les citoyens, actifs ou passifs, qui ont dû voter, et qu'en 1792 Baour compte, pour Toulouse et les seize communes de son canton, 6.695 citoyens actifs (payant une contribution égale à la valeur de trois journées de travail ou environ 4 fr. 50). I<a proportion des votants paraît forte, si l'on songe que l'on compte en moyenne deux citoyens actifs sur trois.
tiques, puis d'un char rempli de blé et d'une charrue attelée d'un joug de bœufs que menait Dispan, le vice-président du Directoire départemental. Ce cortège se rendit au Boulingrin ; là s'élevait une Montagne-volcan qui foudroya les statues du Royalisme, du Fédéralisme, du Fanatisme et de l'Aristocratie. Un bûcher avait été préparé sur la place du Capitole. On rehaussa l'éclat de la fête en y brûlant les portraits et armoiries des Capitouls et toutes les « effigies des grands et
I ruihtpo'-l au Granà lionà à\m arhrc àe la Liberté
Sur l'original ont signé :
Mortreuil. Zimnicrmann, Juéris, Bezombes, Couderc, Brandela, Vaineg«rdette
Musce Paul Dupuj
petits despotes ». C'est là qu'en vertu d'un décret indigne rendu par la Convention, les peintures des Annales, arrachées de leur livre, furent solennellement détruites, comme signes de la royauté et de la féodalité. Cependant, une quarantaine de ces miniatures furent heureusement sauvées par quelques pieux iconolâtres (^). I^e lendemain de cet autodafé, la Convention suspendait jusqu'à la paix l'application de la Constitution et organisait le gouvernement révolutionnaire.
Les dix chefs du mouvement fédéraliste visés par le décret Le procès du 24 juin 1793 et interrogés à Paris, en juillet et août suivant, ^^^ Fédéralistes furent incarcérés à l'Abbaye ou au Luxembourg. Voici le sort de ces notables toulousains :
Un fut guillotiné à Paris le 24 germinal an II (13 avril 1794) : Baras (arrêté le 29 juin 1793);
Cinq furent guillotinés à Paris le 11 messidor an II (29 juin 1794) : Loubet (arrêté le 29 juin 1793), Douziech (arrêté en novembre 1793), Derrey (arrêté le 29 juin 93), Ruffat (arrêté vers la fin de 93), Sevène (arrêté en juillet 93);
Deux furent condamnés à mort par contumace le 11 messidor an II, mais échappèrent jusqu'au bout à l'arrestation : Arbanère (mort émigré à Tortose, Espagne, le 7 avril 1795), Janole (mort à Eaunes [Haute-Garonne], le 7 juin 1839);
Deux furent rendus à la liberté définitive le 16 août 1793 : Arthaud et Dardignac (arrêtés l'un et l'autre le 29 juin 1793).
Garnault, arrêté en octobre 1793, fut condamné et exécuté le i^r floréal an II. Un autre. Causse, dit de Bordeaux, président de la septième section (la Fraternité Saint-Pierre), qui signa l'adresse de protestation contre le 2 juin, arrêté en septembre, s'évada (février 1794) et fut condamné à mort par contumace. Jean-Joseph Virebent, capitaine de la garde soldée et chef de l'artillerie, démissionne en août 1793, accusé par ses canonniers d'avoir ordonné de charger à mitraille pour tirer sur les patriotes, est arrêté le 28 septembre et guillotiné à Toulouse. Biaise Dario, député suppléant de la Haute-Garonne, également impliqué dans le fédéralisme, condamné à mort, fut exécuté à Paris (29 Juin 1794). D'Aldéguier, emprisonné, échappa à la mort. Mais David de Beaudrigue d'Escalone, arrêté le 22 août, paya de sa vie son intervention dans la crise fédéraliste (7 ventôse an II, 25 février 1794). Royalistes et modérés se terrent désormais. Le terrain est largement déblayé pour la Terreur (^).