M. Albert, pp
La Terreur, fait d'une minorité.
qu'à la guerre. Le 3 floréaL elle engage par circulaire les vSociétés affiliées à « tenir d'une main le soc de la charrue qui prépare la terre à produire des moissons fécondes, de l'autre le glaive destiné à frapper les ennemis de la liberté >\ La loi du 14 frimaire a légalisé cette activité en intégrant les Sociétés populaires dans le gouvernement. Mais en faisant de leurs membres des manières de fonctionnaires, peut-être a-t-elle diminué leur force vivante. Entre les mains des tout-puissants représentants, ces Sociétés deviennent un simple instrument de centralisation et de despotisme, dans la période terrible qui va de germinal à thermidor an II. Dartigoeyte fera plier la Société de Toulouse sous son autorité, la forcera à réduire de moitié ses séances, à s'épurer une dernière fois (5 germinal) pour chasser de son sein ceux qui n'auront pas lutté contre le fédéralisme. Les Jacobins s'inclineront de mauvaise grâce, rétablissante après son départ les séances quotidiennes. Mais eux-mêmes sont aussi asservis à la dure discipline que la Terreur impose à la France entière.
A Toulouse comme ailleurs, plus qu'ailleurs, le despotisme terroriste a été le fait d'une minorité : la population demeurait en grande majorité passive. « Sans la rage qui caractérisait une poignée de patriotes, écrit Descombels aux représentants à l'armée du Roussillon (octobre 1793), non seulement Toulouse ne pourrait pas envo^-er de missionnaires dans les villes du Midi, mais elle serait déchirée, comme l'avait été Lyon, par les fureurs de l'aristocratie. » Ces « enragés » l'étaient parfois par peur, comme ce commandant d'armes de Toulouse, l'adjudant général Resnier, dont d'Aldéguier vante l'humanité, les manières qui sentaient « la galanterie et l'urbanité de l'ancienne société » et qui s'était dévoué, par crainte, à la « faction )>. Mais, pour beaucoup, même pour la foule obscurément consciente des inéluctables fatalités d'heures aussi tragiques, l'amour de la patrie une et indivisible justifiait le régime et en excusait les excès.