I. Un milliard
l'autonomie budgétaire des départements, districts et communes, telle que l'avait voulue la Constituante.
La taxe sur les riches n'a fait que liquider le passé et dégager l'avenir pour une application plus rigoureuse encore de la politique d'intervention. Le décret des 29-30 septembre avait généralisé le Maximum. Le district fait imprimer une brochure de trente pages portant les prix fixés, pour un an, de toutes denrées. Le Maire de Toulouse taxe les salaires, les gages des ser\àteurs, la journée de travail, les prix des transports. C'est toute l'activité qui est étroitement réglementée, plus qu'elle ne le fut jamais au temps des corporations. La fin de l'année 1793 et le début de 1794 ont été plus particulièrement pénibles. La récolte n'ayant pas, été dans le reste de la France, aussi boime que dans nos régions, Toulouse devait fournir aux besoins de régions voisines, Bordeaux en octobre, Montauban en novembre. Dès le 28 octobre, après sa nomination, le maire Groussac, un spécialiste des questions des subsistances, jette le cri d'alarme devant Paganel : les réquisitions civiles et militaires s'entre- croisent et se contrarient; les besoins de l'armée épuisent le département. En novembre, un commissaire est chargé de ramasser le bois de chauffage pour Tou louse, et trois autres de régler la distribution du charbon à la place du Pont-Neuf, en faisant escorter de soldats les charrettes qui le transportent. En décembre, les greniers de Toulouse sont vides; tous les citoyens sont tenus de déclarer, sur un registre à l'Hôtel de Ville, la quantité de grains qu'ils possèdent. Pendant l'hiver de 1794, on voit les queues s'allonger devant les boutiques de bouchers et de boulangers; il n'y a plus de savon ni d'huile d'éclairage; on éteint les réverbères municipaux à une heure du matin comme à Paris. En prairial, Dartigoeyte prescrit, par trois arrêtés, le recensement des grains et le rationnement; on distribua i livre 1/4 de blé par jour et par personne. En messidor, c'est la disette. Toulouse implore les communes des départements voisins; la viande est rare; une boucherie municipale, cependant, distribue une livre de mouton par jour et par malade. Et pour comble, on redoute la peste.
Sans doute, la mobilisation d'un nombre jusqu'alors inouï de soldats, comme aussi la médiocrité de la récolte et l'énor-
Accentuation de la politique d'intervention.
La dépréciation des assignats.
mité des réquisitions de fourrage, de bêtes, de matériel ou d'ouvriers, expliquent la crise aiguë de 1793-1794. « I^e commerce, l'industrie, tout chôme, dit d'Aldéguier; ce que l'on consommait, n'étant pas remplacé, manquait totalement au bout de peu de temps. » Mais aussi la population des villes et surtout des campagnes supportait mal une réglementation si rigide, accompagnée d'une aussi terrible discipline. La peine de mort frappait qui se soustrayait au Maximum ou gardait par devers lui son blé, son bois, son fourrage ou ses bestiaux; mais on préférait parfois périr que de révéler le secret de ses cachettes. Et, d'autre part, on ne voulait pas accepter une monnaie qui se dépréciait tous les jours avec une vitesse accélérée. En vain les représentants, après tant de perquisitions probablement peu fructueuses, ordonnent-ils (30 septembre) de déposer à la Monnaie toutes les espèces métalliques et lingots, sauf le bronze, en offrant au dénonciateur une prime de la moitié. Du 4 décembre 1793 au 31 février 1794, la Monnaie reçoit, de ce chef, 3 marcs d'or, 180 de vermeil et 5.499 d'argent. Mais, malgré la menace de mort pour les thésauriseurs, la bonne monnaie se cache ou émigré vers l'Espagne. D'autre part, on fabriquait de faux assignats à l'étranger, en France même (^). Et l'on spéculait sur les variations de la valeur du papier monnaie; celui-ci était de 10 % plus cher à Paris qu'à Toulouse; neuf agents de change, des négociants, comme les frères Prévost, marchands drapiers, achetaient des sommes considérables dans le Midi pour les écouler dans le Nord, en un mois quatre millions et demi. I^a spéculation à la baisse utilisait et, au besoin, créait les mauvaises nouvelles. Le gouvernement lui-même, les pouvoirs locaux contribuaient à la chute de la devise nationale en marquant deux prix, l'un en papier, l'autre en espèces; la Convention (8 avril-8 juin) est obligée d'augmenter la solde des troupes et les émoluments des fonctionnaires. Et le prix de toutes choses augmente, en dépit du maximum. « De proche en proche, dit Cailhava, délégué de la Haute-Garonne, la contagion se communique; l'envie de se venger des usuriers fait qu'on le devient soi-même à son tour. » {^) Ceux qui ont « tout à acheter )> sont les plus