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L'ANTI-CATHOLICISME RÉVOLUTIONNAIRE

Déchristianisation. Ce ne fut pas un des aspects les moins singuliers de la vie toulousaine pendant la Terreur que l'abolition à peu près complète du culte religieux, après la disparition des ordres monastiques; nulle part la « déchristianisation » (^) ne dut frapper plus vivement les esprits que dans cette ville presque espagnole par sa dévotion au catholicisme et par le nombre de ses établissements réguliers. Les prêtres réfractaires ont certainement à peu près tous disparu de la ville, pourchassés, eux et ceux qui leur donnaient asile, par une législation impitoyable (décrets du 22 avril et surtout du 20 octobre 1793,

I. Il manque, malheureusement, aux Archives départementales, le registre de délibération de la Société Populaire du 20 août au 6 décembre 1793, période qui correspond au mouvement de déchristianisation.

du II avril 1794). I^es constitutionnels, restés en grande partie royalistes ou girondins, finissent par devenir aussi suspects aux Montagnards ; le décret du 20 octobre permet de les traiter comme les non-jureurs, c'est-à-dire de les livrer à une commission militaire et de les faire exécuter dans les 24 heures sur le témoignage écrit ou oral de dix citoyens, prouvant leur complicité avec les ennemis intérieurs ou extérieurs. De fait, pour les autorités et la Société populaire, prêtres jureurs ou non sont tout un, « calotins » ou « prétraille ». IvC culte devient une manifestation de « fanatisme ». Les prêtres constitutionnels se trouvent dans une situation délicate, méprisés des catholiques, soupçonnés et bafoués par les patriotes. Beaucoup abandonnent leurs fonctions; c'est ce qu'on nomme les abdications et qu'on appelait alors les déprétrisations; elles se multiplient à partir de l'automne de 1793. Il en est qui vont plus loin et qui jettent leur habit ecclésiastique pour se marier. Tel l'abbé Magi, dont les noces eurent pour témoins Hugueny et Blanchard, à Grenade, où le cidevant académicien était administrateur du district Tel le représentant Paganel, ex-curé, qui épousa, à Toulouse, la fille d'un jardinier « n'ayant pour dot que la vertu républicaine >, dit le texte des félicitations de la Société populaire (floréal an II) (1). Abdications et sécularisations sont encouragées par la Convention, qui, par son décret du 11 juillet 1793, autorise les abdicataires à se retirer en conservant leur traitement et défend aux évêques, sous peine de déportation, de s'opposer à leur mariage. I,e 13 novembre, la Convention permet aux autorités d'enregistrer les abdications. Du reste, un des premiers effets de la détresse du Trésor sera de diminuer les salaires ecclésiastiques (décret du 18 septembre) ; le 25 septembre, on cesse de payer d'avance à l'évêque Sermet des appointements réduits; on supprime les vicaires épiscopaux et les supérieurs de séminaires. Il est vrai que la Convention refuse d'abolir les traitements ecclésiastiques (11 novembre). Néanmoins, l'église officielle se désagrège. Un à un, les édifices

I. Paganel était né à Villeneuve-d'Agen, le 31 juillet 1745 ; ancien vicaire général, il avait été ensuite curé de Pardaillan et de Noaillac. Député du I<ot-et-Garonne à la l,égislative et à la Convention, il vota la mort du roi. Après avoir été chef de division à la Grande Chancellerie de la I,égion d'honneur sous l'Empire, Paganel fut exilé en 1816, comme régicide, et se réfugia à Bruxelles, où il mourut en 1826.

Spoliation des églises.

du culte se ferment ou sont abandonnés {^), à Toulouse et dans bon nombre de villages des environs {^).

D'ailleurs, les églises avaient été dépouillées de leurs richesses les plus précieuses. A Toulouse, la survivance de longs siècles de- vénération a sauvé beaucoup de reliques, du reste souvent cachées par des fidèles, comme le respect de l'art sauvait quelques admirables pièces d'orfèvrerie. I^a Vierge Noire de la Daurade, enlevée de l'église provisoire, ne sera brûlée, dans le poêle de l'Hôtel de Ville, qu'en 1799 (^), lorsque se déchaînera une dernière vague de terrorisme anticlérical. L'arrêté du 9 février 1794 ordonne la démolition des clochers jusqu'aux combles des bâtiments; c'est ainsi que furent abattues la flèche et lagalerie supérieure du campanile de la Dalbade. Déjà, le 12 novembre 1793, les cloches, sauf une, avaient été envoN'ées à la fonderie. A la même époque est descendue la Cardailhac, la grosse cloche de Saint-Etienne. Le 12 germinal an II est supprimée la vieille chapelle de l'Hôtel de Ville, où l'on installe le bureau de police. Toutes les croix placées aux clochers ou sur les églises sont détruites; l'ouvrier qui a fait ce travail a touché 300 livres. Mais la flèche des Jacobins, la plus haute de la ville, ne sera abattue qu'à la veille de la séparation de la Convention, le 22 octobre 1795. Au début de ventôse, sur la proposition de Romme, les Jacobins font transporter à la monnaie plus de 800 marcs d'argent provenant des églises de Toulouse (*); on y porte aussi les ornements sacerdotaux « dont se revêtaient les ministres de l'erreur ».

La reUgioii Si le catholicisme semble s'écrouler, à sa place se forme

révolutionnaire. ^^^^^ sorte de religion nouvelle qui lui emprunte une partie de

1. Saint-Semin est fermé le dimanche i6 mars i794; la Dalbade, le 12 mars i794- D'août à décembre 1794, il n'y a aux archives de Saint-Semin que huit actes de baptême conféré par le vicaire orthodoxe. 1,'église Saint-]VIichel est démolie et l'on construit avec ses matériaux une boulangerie municipale (21 août I794)- (Registre de délibérations municipales, 4 fructidor an II). — V. abbé Toumier, Les baptêmes à Toulouse pendant la Révolution (Revue hist. de Toulouse, 1920).

2. Le 12 pluviôse, la Société des Jacobins félicite la Société populaire de Nailloux d'avoir triomphé des préjugés et converti l'église en temple de la Raison. I^e 25 ventôse, elle apprend avec satisfaction que « partout, dans les environs, les églises sont transformées en temples de la Raison et « qu'on y célèbre les fêtes civiques » (Gros, op. cit., chap. VII).

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