‹ Histoire de ToulouseChapitre 271 sur 317 · Le devis fut de 271.254 livres · texte numérisé non relu

Le devis fut de 271.254 livres

ou même parfois plus simplement. Le 30 frimaire an II, le président de la Société populaire, en guise de baptême, donna l'accolade à l'enfant d'un grenadier du bataillon de Saint- Semin; le sel est remplacé par l'allocution de Desbarreaux; le 30 pluviôse, au Temple de la Raison, la Société est marraine de l'enfant d'un canonnier, qu'on baptise Iviberté-]\Iontagne- Marat. Les prénoms de cette époque évoquent pour les filles les vertus ou les entités révolutionnaires, pour les garçons, les héros de l'antiquité, Brutus, Léonidas, Aristide, etc. On institue même, sur la suggestion du Père Duchêne, des carêmes civiques. La manie du baptême civique s'étend aux choses et aux lieux. Le faubourg Saint-Cyprien devient le quartier de la Montagne; la place Saint -Michel, la place de la Montagne-des-Pyrénées. Les sans-culottes d' Arnaud-Bernard demandent que le faubourg prenne le nom de faubourg Antoine; les Jacobins, que la section des Pénitents-noirs s'appelle la Montagne. Les villages, même les villes de quelque importance se débaptisent : Saint-Gaudens devient Mont- Unité.

La même fureur de bouleverser les habitudes d'un peuple, Nouveau baptême d'abolir le passé, inspira la confection de ce tableau fâcheux ^^^ ^^^^

du 6 floréal an II (25 avril 1794) réclamé par la Société régénérée et par le Conseil de district et approuvé par le maire Groussac. Toutes les rues de Toulouse reçurent de nouveaux noms, soit de personnages révolutionnaires, soit de héros anciens, soit de vertus morales. La rue des Couteliers devint la rue I^epeletier; la rue Joutx- Aiguës, la rue Décius; la place Rouaix, place Marat; la rue Cujas, rue Rousseau; la rue des Marchands, rue Chaliei; la rue du Fourbastard, rue Lycurgue; le quai de Brienne, quai Voltaire; la rue Montoulieu-Vélane, rue des Thermopyles; la rue Boulbonne, rue Calas; la rue des Balances, rue Nationale; la rue Sainte-Ursule, rue Continence; la rue Saint-Rome, rue de la Liberté; la rue Croix-Baragnon, rue Démocratique; la rue Vélane, rue Code Pénal; la rue Jean Suau, rue Fraternité; la rue de la Bourse, rue Régénération; rue d'Aussargue, rue Conjecture; rue du Vieux- Raisin, rue Droiture; Place du Salin, place Carmagnole; rue Saint- Remésy, rue Raisonnable; rue de la Pomme, rue Ça-va, etc. Les portes de la ville reçurent

L'Assistance

publique

sous la Terreur.

aussi des noms nouveaux. C'est ainsi que la porte Saint-Michel devint la porte du Triomphe. I^a place Saint-Georges devient la place Calas, sur la proposition des Jacobins, et l'on projeta un monument au condamné, qu'on ne put exécuter faute d'argent. Mais cette onomastique nouvelle, et, du reste, souvent obscure, resta lettre morte pour les Toulousains, en dépit des plaques du sieur Vergues, peintre vitrier, et dura à peine plus longtemps que le régime révolutionnaire.

Plus durable fut la laïcisation de l'assistance publique. Jusqu'en 1793, rien n'avait été changé par la Révolution à la situation des hôpitaux, hospices ou institutions de bienfaisance, si nombreux à Toulouse; les propriétés dont ils vivaient en partie n'avaient pas été vendues; les nouvelles autorités avaient pris la place des anciennes dans les bureaux d'administration. Un progrès dans le sens de la simplification avait même été réalisé. Deux directeurs de semaine (de décade plus tard) étaient chargés de tout surveiller. A l' Hôtel-Dieu vSaint-Jacques, le personnel médical est resté à peu près stable; en décembre 1790, le chirurgien lyarrey remplace Viguerie, I^amarque et Pérole, l'officier de santé Grimard, apothicaire, y entrent également. A cette époque, le personnel comprend deux médecins, un chirurgien-major, deux aides-majors, deux applicateurs, douze élèves, cinq prêtres chapelains, vingt-cinq sœurs grises, un contrôleur, un commis de bureau, un commis à la porte, un portier et 23 valets ou servantes. L'Hôtel-Dieu abritait quatre à cinq cents malades, parfois huit cents en temps d'épidémie, et disposait de quarante et une places pour les incurables. L'hospice de la Grave, dépôt de mendicité, entretenait, la même année, mille huit cent quatre vingt-dix-sept enfants assistés. Mais une bonne partie des ressources des établissements d'assistance avait disparu du fait de la suppression des droits féodaux, sans rachat ni indemnité, après le 10 août 1792. Les biens qui leur appartenaient, et que la loi de 1789 avait épargnés, ont été sécularisés seulement à la même époque; mais ce n'est qu'en 1794, par la loi du 23 messidor an II (11 juillet 1794), que la vente en fut ordonnée. Ce fut l'origine de difficultés financières incessantes pour les deux grands établissements hospitah'ers de Toulouse.

A la fin de 1792, Carnot réorganise l'Hôpital vSaint-Jacqnes Laïcisation, et l'Hospice de la Grave, à la tête desquels il place un conseil de vingt-quatre administrateurs. En avril-mai 1793, les sœurs grises et l'aumônier Souléry sont dénoncés aux Jacobins. L'aumônier fut destitué. Les sœurs furent exjDulsées; la supérieure et sœur Louise, plus particulièrement visées pour leur intolérance, étaient à l'Hôpital depuis 58 ans et 30 ans. On les remplaça par des infirmières laïques, <( onze commères bonnes patriotes >k Les malades, d'après d'Aldéguier, n'en furent pas plus mal servis. Des membres des nouvelles administrations entrèrent dans celle de l'Hôpital ; le médecin Dubernard démissionna; le docteur Dubor, l'économe Dufour furent destitués. On changea le nom des salles. L'Hôtel-Dieu lui-même prit le nom de Grand Hospice d'Humanité, tandis que la Grave se baptisait Hospice de Bienfaisance. Le 20 avril an II, devant la porte d'entrée du premier, était planté solennellement un arbre de la Liberté. Ce sont désormais les subventions du district, au reste fort larges, qui permettent aux deux hôpitaux de subsister. L'hôpital des vénériens, établi chez les ci-devant Ursulines en 1793, reçoit un règlement et une organisation nouvelle en juillet 1794; il est administré par un Conseil composé de quatre municipaux et de douze membres de la vSociété populaire : il devint Hospice pour rétablir les mœurs. Les Bouillons des pauvres survivent, legs de l'ancien régime, prototype de nos Bureaux de bienfaisance, subventionnés par le district. Pour distribuer les secours aux indigents s'est formé, le 9 février 1792, un Comité de bienfaisance émané de la Société populaire, distinct de la Commission des Hôpitaux. De même, la Terreur a conservé et soutenu la Maison ou Hospice des Orphelines, ainsi que l'œuvre de la Miséricorde ou secours aux prisonniers, dirigée, en juin 1792, par un bureau de vingt-quatre citoyens, réduits à huit en novembre 1795- A ces diverses formes d'assistance, la République a ajouté l'assistance patriotique, sorte de subvention aux familles des volontaires ou des citoyens soldats vivant de leur travail, en vertu de divers décrets de la Convention, dont le premier est du 26 novembre 1792. En janvier 1794, la Commune de Toulouse distribue, de ce fait, pour un trimestre, la somme de 35-165 livres i sou 5 deniers (^). Tous ces services, sauf le dernier,

I. V. Adher, V assistance publique à Toulouse pendant la Révolution.

étroitement contrôlés jadis par l'Eglise, assurés soit par les séculiers, soit par les réguliers, incombent maintenant aux autorités civiles, comme l'enregistrement des naissances, mariages et décès.

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