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TOULOUSE SOUS LE DIRECTOIRE

L'histoire de Toulouse, en cette dernière période de la Révolution, ne .se renferme pas tout entière dans le récit des troubles politiques; ceux-ci s'expliquent souvent par des causes économiques, et ces dernières marquent la vie toulousaine de traits profonds.

Depuis la réaction thermidorienne, l'assignat n'avait cessé Pin de l'assignat

de se déprécier par les émissions successives qu'on en avait Mandats

^ ^ . . . P , . •. 1 territoriaux,

faites. On finissait par les refuser et par traiter toutes les

affaires en espèces sonnantes (^). Les salaires ne pouvaient

suivre la course vertigineuse du papier-monnaie. Le Directoire

I. I,e 25 thermidor an IV {12 août 1796), le département publie le tableau de dépréciation de l'assignat depuis le i^'' janvier 1791 jusqu'au 10 thermidor an IV.

augmente trente fois les appointements des fonctionnaires, mais en vain ; il est obligé de les pa^'er en bois, chandelle, viande, pain et blé; on recevait alors 1.500, 2.000 ou 3.000 myriagrammes de blé d'appointements. En fructidor an IV, on reprend à Toulouse la fabrication de la monnaie de billon, mais le peuple, excité par les royalistes, refusait de la recevoir. La loi du 28 ventôse an IV (18 mars 1796) retira les assignats de la circulation (ils valaient alors 4 sous les 100 livres, l'assignat de 5 livres un tiers de sou) et on les remplaça par les mandats territoriaux, échangés à raison de trente pour un, du 2 au 10 messidor et, passé ce délai, à cent pour un. On employa à Toulouse 3.600.000 livres pour cette opération. Mais quatre jours après leur émission, les mandats perdaient de 90 à 95 % ; les bons au porteur (16 pluviôse an V- 4 février 1797) ne reçurent pas meilleur accueil et tombèrent à 2 % de leur valeur. Les fonctionnaires, qui avaient bien accueilli le paiement en nature, connurent de nouveau la pauvreté, qui engendra l'insubordination, la désertion dans l'armée et les services civils; à la fin de 1797, il fallut se résigner à payer partie du traitement en numéraire.

La misère. La misère fut, sans aucun doute, la cause la plus impor-

I. Assistance tante du brigandage qui sévit si cruellement pendant cette , ■ période. La ville ne peut plus assurer le fonctionnement

normal de son administration, ni l'éclairage ni le nettoyage des rues. Les hospices sont dans « la dernière détresse », dit Martin, député de la Haute-Garonne (vendémiaire an V); leur déficit est effra^-ant en 1798, bien qu'on eût procédé à la reconstitution d'ime partie de leur douaire, le Directoire ayant suspendu l'effet de la loi sur la vente des biens hospitaliers (^). Le 9 ventôse an VI, la municipalité se résout à une réforme qui réalise de substantielles économies, en unifiant l'organisation des deux hôpitaux sous le contrôle et la surveillance de l'agent municipal. La loi du 7 frimaire an V (21 novembre 1796) crée les Bureaux de bienfaisance, qui remplaceront à Toulouse les nombreuses œuvres privées d'assistance {^). Mais tous ces efforts ne sont qu'un palliatif insuffisant a la détresse générale. L'octroi de bienfaisance

I Décrets du 9 fructidor an III, 2 brumaire an IV, 16 vendémiaire an V. 2. I^e bureau de Toulouse fut établi rue Saint- Jérôme, n° 41.

(loi du 2 vendémiaire an VIII), accordé aux hospices par les Conseils dès leur entrée en fonctions (janvier 1800), est impuissant à combler l'arriéré. I^es hôpitaux ont 100.000 francs de dettes et l'Etat leur doit 751.000 francs.

Si la dépréciation du papier-monnaie trouble profondé- La vente

ment la vie matérielle, elle a, par contre, facilité la vente ^^^

j H . , . 1 . • 1 Arv • biens nationaux,

des biens nationaux, ralentie par la Terreur, reprise sur un

système accéléré pendant la réaction thermidorienne et le Directoire. La création des mandats territoriaux donna de nouvelles facilités aux acquéreurs par la substitution aux enchères de la simple soumission. Après la loi du 28 ventôse an IV, qui ordonne l'aliénation des biens de première catégorie, le 12 fructidor an IV (29 août 1796) sont mis en vente les édifices religieux inutiles à l'armée ou à l'administration : la Visitation, les Tierçaires, le couvent de la porte de l'Isle, la jNIerci, le Refuge, les Minimes, l'église et le couvent de Saint-Rome, les Maltaises, l'enclos du Collège de Caraman. Peu auparavant avaient été vendues la Trésorerie et la Sénéchaussée, propriétés de l'Académie des Sciences (^). A dater de la publication du tableau de dépréciation de l'assignat, la plupart des ventes déjà faites, mais non liquidées, de biens d'émigrés, déportés ou condamnés, se terminèrent à l'amiable, devant notaire, par l'addition d'une soulte en argent au paiement en assignats. Des émigrés rentrés et des familles de condamnés ratifient la vente de leurs propriétés, ce qui tranquillise les acheteurs pour l'avenir; c'est ainsi que Cassaigneau de vSaint-Félix, confirme la cession de terres à un commerçant, Massonnier, pour 6.000 livres en argent, et que la famille du condamné Lasborde agit de même pour son hôtel, moyennant 10.000 francs numéraire {^). C'est l'époque où les acquéreurs réalisent de belles affaires sur le prix d'évaluation, qui n'atteint jamais la parité de l'or, et sur le prix d'achat, toujours très inférieur à la valeur réelle; c'est ainsi que l'hôtel Lasbordes est adjugé pour 4.412 francs, l'hôtel de Caumels (') 4.284 francs. Parfois les

1. I<a Sénéchaussée a été achetée par le comte Marcassus de Puyinaurin, l'un des membres de l'Académie, pour 53.500 livres (7 jtiillet 1796).

2. L'hôtel Lasbordes, rue du Vieux-Raisin (aujoiud'hui rue de lyanguedoc).

3. Rue Croix-Baragon. Citons encore l'hôtel de Nupces (15, rue de la Bourse), au conseiller de Sénaux, estimé 98.741 livres, vendu 4.149 au négociant P. Sarrus.

Conséquences sociales.

Conséquences morales.

marelles sont à ce point scandaleux que le Directoire doit les casser. La femme du député Abolin acquiert ainsi, pour 36.000 francs en mandats territoriaux, les biens de d'Espagnac, le fameux munitionnaire, et, pour 11.600 de la même monnaie, l'hôtel de lyévis-IVlirepoix, rue Ninau. La vente est annulée (messidor an IV). Le bénéfice total des acquéreurs sur la valeur réelle a été estimé à 67 % environ. Ce sont surtout des gens des villes, des négociants, qui achètent, au moins pour les lots les plus considérables; les biens des collèges et confréries (loi du 3 mars 1793) ont été, au contraire, très morcelés (ig8 adjudications pour 347 hectares, Toulouse et gardiage), ainsi que les propriétés des émigrés.

La physionomie de Toulouse et de sa banlieue s'est trouvée profondément modifiée par cet immense transfert de propriétés (plus de 35 millions de livres de biens nobles ou ecclésiastiques dans le département) ; sur les ruines de l'Eglise et de l'aristocratie, surtout parlementaire, s'est élevée la moyenne propriété de la petite bourgeoisie des commerçants ou la petite propriété paysanne, déjà nombreuse avant 1789, définitivement triomphante après 1795. Les propriétaires de biens nationaux seront les plus fermes soutiens de la Révolution et ne permettront pas, qu'on revienne sur ces réformes. vSans doute, bien des émigrés ont pu recouvrer leurs terres ou leurs hôtels {^) grâce aux retards, souvent calculés, que d'obscures complicités mettaient aux opérations de vente {^) ; mais ce sont là des exceptions. Dans l'ensemble, la noblesse du Midi toulousain a été ruinée par la Révolution. Quant au clergé, il pourra retrouver son prestige et sa place dans l'Etat; il ne retrouvera jamais sa richesse, définitivement aliénée.

Mais à aucune autre époque la spéculation sur les biens nationaux ne fut plus active. Des fortunes considérables se sont élevées. L'une des accusations les plus ordinaires portées à Toulouse contre les hommes de la Terreur fut de s'être enrichis de cette manière, et pourtant ce ne sont pas leurs

1. Par ex. : l'hôtel de J.-F. de Montégut, conseiller du Parlement, mort à la Visitation, restitué à la famille (25, rue du Vieux-Raisin); l'hôtel de Paucy (16, rue de I,anguedoc), aux d'Escalone.

2. I<a municipalité surtout, le district sous la Convention et le département ensuite, se plaignent constamment de ces retards.

noms qu'on trouve dans la liste des acquéreurs ou dans celle des « nouveaux riches » de l'époque : ce sont surtout des noms de commerçants, de fournisseurs aux armées (^) ; ce sont aussi les pêcheurs en eau trouble, les profiteurs de toutes les grandes crises, qui n'ont pas risqué leur vie, les grands et petits embusqués ou agioteurs que la Convention poursuivit d'une haine si rude, sans en éteindre l'espèce. Cette société, qui n'excluait nullement l'écume de l'ancien régime, remontée à la surface des eaux plus calmes, a valu à la période de la réaction thermidorienne et du Directoire son renom justifié de corruption grossière et d'inélégante immoralité. A Toulouse, les chroniqueurs signalent la licence des mœurs, la paresse et la débauche, le scandale des toilettes féminines à l'antique, l'abus du divorce, l'amour du jeu, le nombre des tripots, sur lesquels l'arrêté municipal du 17 brumaire an VII (7 novembre 1798) jette un jour fâcheux et dont le plus célèbre était la maison Forest, où l'on jouait le rouge et le noir, où des désordres et des rixes nécessitaient constamment l'intervention de la police. Les bénéfices de ces sortes de maisons devaient être brillants, puisqu'une émigrée de Saint-Domingue, Marie-Françoise Carabasse, demandant l'autorisation d'en ouvrir une, offre de verser 2.000 francs par mois à la caisse des hospices. Mais la municipalité avait, à ce moment, interdit les jeux de hasard et elle refusa.

I . Un des acquéreurs les plus notoires est Maminiguard, mesureur de grains, (domaine de Saint-Caprais, à l'abbaye de Saint-Seniin, métairie de Grand'Selve, une grande partie du domaine des Ursulines, notamment fraction du monastère acquis pour 1.066 livres-or, maison des chanoinesses Saint-Semin, place de la Visitation; métairie de la Bourdette, au chapitre Saint-Etienne). En 1791. on relève parmi les noms des acheteurs ceux de maçons, charpentiers, aubergistes, bouchers, ceux de Brousse et :Michaudel, mesureurs de grains. A partir de 1793, les acquéreurs sont presque tous des négociants. Parmi les membres du club des Jacobins ou de comités révolutionnaires, on relève les noms de l'imprimeur Douladoure, adjudicataire, en 1808, d'tme partie du collège Saint-RIartial pour le compte dissimulé du clergé; de l'arboriste Roquelaine, qui, de l'an 1791 à l'an V, est mentionné onze fois; du notaire Amat, grand acheteur de l'an II à l'an VII; du tapissier Marmont, du jardinier Chaubard, maire de Ramonville-Saint-Agne (acquéreur du château des archevêques de Toulouse) ; de Ruffat, maire de Montastruc. Beaucoup d'acquéreurs, siu-tout au début, sont des spéculateurs qui achètent au profit de clients qui n'osent pas se déclarer ou qui divisent ensuite les biens achetés en bloc : tels sont les mesureurs de grains IVIammignard, Brousse et Michaudel.

Essai Si Toulouse avait perdu, avec son clergé et sa noblesse

d industries parlementaire, ce qui faisait jadis son lustre et sa fortune, diverses

ne pouvait-on pas compenser cette perte par la fondation

d'établissements industriels qui y répandraient une nouvelle richesse? La tentative a été faite, encouragée par les besoins de l'Etat, dans les temps fiévreux de la grande fabrication de guerre. Dès 1793, l'Almanach de Baour signale la filature Liotard (44 métiers), rue Mirepoix; la fabrique de couvertures de coton de la veuve Debru (20 métiers), rue du Vieux- Raisin; celle des mignonnettes et brocatelles de La pêne, rue Joutx-Aygues; une maison de draperies anglaises, faubourg des Récollets; la fabrique de faïences anglaises de Desbarreaux, derrière Saint-Sernin ; la manufacture de cotonnades de Bo3''er-Fonfrède, au Bazacle (14 métiers); celui-ci, frère du député girondin, obtint pour ses agrandissements les locaux des Jacobins (avril 1793) et, après qu'on les eut attribués à l'armée, le cloître de la Daurade (pluviôse an II). A la fin de 1794, une autre filature de laine et coton s'établit au moulin du Château, celle de Moës et Souliard. En 1795, le sieur Baudens exploite une manufacture de tabac dans l'ancien couvent Saint-Pantaléon ; le citoyen Cramp demande l'église des Pénitents noirs pour y fabriquer de la faïence anglaise; le citoyen Berger, la maison des Carmélites pour y fabriquer de la toile des Indes. En octobre 1797, le citoyen Bosc acquiert le couvent de la Trinité pour y établir, « au moyen des martinets )>, toutes sortes d'ouvrages en fer ou tôle pour la marine et les armées de terre, pour le commerce et l'agriculture. Enfin, le 20 ventôse an V, un accord est conclu entre l'agence de la grosse artillerie et deux « artistes de Passy », pour la fabrication de la monnaie de cuivre et de l'artillerie du plus gros calibre pour la marine. Déjà l'ingénieur Courtalon avait proposé l'établissement d'une pompe à feu pour la forerie des tubes et en même temps pour élever et distribuer les eaux de la Garonne. Ce fut le seul établissement qui subsista et prospéra pendant la majeure partie du xix« siècle; il a donné son nom à la rue de la Fonderie. Le commerce, à dater de Thermidor, est stimulé par la sécurité retrouvée, l'abondance de la circulation fiduciaire, l'amour du luxe et des jouissances. Mais

cet essor de l'industrie et des échanges ne fut que passager. Toulouse redeviendra vite ce qu'elle était depuis trois siècles : un entrepôt agricole, une ville de petits rentiers et de fonctionnaires.

Du moins pouvait-elle espérer rester un centre intellectuel. L'instruction

Lors de la mise en vigueur du plan d'instruction publiciue publique.

/ - Iv'E/Colc Centrale

vote par la Convention avant sa séparation, la ville avait

tenté de conserver son Institut provisoire, qui fonctionnait normalement. Mais les lois du 7 ventôse an III et du 3 brumaire an IV avaient établi, au chef-lieu de chaque département, une Ecole centrale. Le plan conventionnel prévoyait, pour les agglomérations importantes comme Toulouse, une « Ecole normale seconde », pour la formation des maîtres, et des écoles spéciales, établissements d'enseignement supérieur. L'Ecole centrale fut créée à la fin de 1795, l'organisation réglée et l'installation faite en janvier (19 nivôse an IV), les dix professeurs choisis le 25 octobre 1795 et installés en février (4-9 ventôse an IV). C'était une Ecole sans internat, dont les cours gratuits, au nombre de neuf (dessin, histoire naturelle, physique, langues anciennes, histoire, mathématiques, grammaire générale, belles-lettres, législation), étaient suivis par les meilleurs élèves des écoles primaires, l'enseignement du premier degré ayant été laissé à l'initiative des particuliers ou des municipalités et ne comportant ni obligation ni gratuité. L'instruction s'y marquait d'un caractère pratique, les humanités anciennes et la législation étant évincées par le français, l'histoire et les sciences. Les professeurs, recrutés dans le personnel de l'Institut Paganel, étaient nommés et payés par le département. Les cours avaient lieu au Collège National. L'Ecole centrale de Toulouse dura dix ans (8 janvier 1796-5 mars 1806) et prospéra (^). Cependant un rapport du 11 prairial an IV se plaint de l'insuffisance de l'enseignement.

I. En janvier 1798. les cours les plus suivis étaient ceux de dessin {360 élèves), de physique (loS) et d'histoire naturelle (118); les cours de législation avaient trois auditeurs seulement, ceux de belles-lettres 22, de langues anciennes 26 (Adher, La surveillance des écoles privées sous le Directoire [Revue des Pyrénées, 1012, 557, voir note 3 et 559, note 1]).

Les enseignements Mais Toulouse n'eut ni Ecole normale seconde, ni Ecoles spéciaux. spéciales. L'initiative privée y suppléa. A la fin de l'an-

(i-q8-'i8o2) ^^^ 1796. le médecin Saux, sur avis favorable de la municipalité (2 brumaire an V), installa une école de sourdsmuets au couvent des Carmes. Le 8 thermidor an VI (26 juillet 1798), fut fondée la Société d'agriculture, réclamée par l'Institut provisoire dès son établissement et à qui la commune attribua les terrains du Jardin des Plantes. Enfin, en l'an VI (nivôse), sur l'initiative du professeur d'humanités à l'Institut Paganel, Saint-Jean, et du bibliothécaire Castilhon, se forme la Société du Lycée, renaissance d'organisations antérieures à 1789, imitation également de l'Institut national projeté par la Convention, formée de cent adhérents résidents, divisés en quatre classes (sciences, belles-lettres, arts, agriculture et industrie), et de nombreux correspondants. Elle se réunissait le décadi, organisait des concours, décernait des prix, tenait deux séances publiques par an. La première eut lieu le 30 germinal (19 avril 1798). Les réunions particulières avaient lieu dans la grande salle des écoles de peinture, à l'Hôtel de ville; les réunions publiques, dans la salle des concerts. Le L3xée assemble des hommes de toute opinion et de toute origine, unis dans un même amour des choses de l'esprit. On y vit Destrem et Desbarreaux à côté de Pérès, Picot Lapeyrouse et Jammes; de Puymaurin, Basas, Lormian et la comtesse de Beaufort d'Hautpoul, Parisienne mariée à un Toulousain, ancien colonel du roi-infanterie, tué à Quiberon. Celle-ci, poète couronnée aux Jeux Floraux en 1700, avait à Toulouse, avant 1789, un salon littéraire; elle adoia Rousseau et aima Julien le Conventionnel. Incarcérée pendant la Terreur, elle revint à Toulouse sous le Directoire et reprit ses réceptions et son rôle d'Egérie. Comme elle, les cito3^ens Dubocage et Beauharnais furent admis dans la nouvelle Académie, ainsi que Cubières et le chanteur Garât. Seul entre tous les généraux, Bonaparte en fut nommé membre d'honneur. Cette résurrection des anciennes Académies réunies, qui comptait nombre d'anciens académiciens, dura quatre ans et, sous d'autres noms, devait se prolonger jusqu'au rétablissement des anciennes sociétés savantes sous l'Empire. Son nom

survécut pour être donné à la maison d'instruction qui remplacera l'Ecole centrale.

La Convention avait voulu établir l'instruction primaire Iv'enseigiiement obligatoire, gratuite et laïque; elle ne le put pas. La Cous- P' irt^aire et privé, titution de l'an III proclama la liberté de l'enseignement sous la surveillance des pouvoirs locaux. Les maîtres d'école durent avoir un certificat de civisme, prêter le serment de haine à la royauté, enseigner aux enfants les principes républicains et les éléments de la Constitution. Jusqu'en l'an III, les écoles primaires privées sont peu nombreuses; après le décret du 3 ventôse de cette année, les prêtres réfractaires reprennent la direction de l'instruction primaire et même secondaire. En 1798, il y avait à Toulouse trente pensionnats pour garçons, vingt-six pour filles et vingt-cinq mixtes. La plupart — la presque totalité — sont dirigés par des catholiques et des royalistes masqués. La seule institution « patriote » est celle du sieur Carré, professeur de belles-lettres à l'Ecole centrale; c'est aussi la plus achalandée. Viennent ensuite celles de Pontier, de J.-P. Lassus et de J.-B. Ruffat, comptant en mo3^enne un peu plus de quarante élèves. Les seules pensions de « demoiselles » qui fussent dignes de la protection des autorités étaient celles des demoiselles de Catellan, Rouvray et Marseillac; mais les ex-religieuses attiraient à elles toute la clientèle féminine. Le 17 pluviôse an VI, le directoire du département arrêtait qu'on inspecterait les écoles ime fois par mois sous le rapport de l'enseignement des lois républicaines et révolutionnaires, de l'observation du décadi, de la santé et de la discipline. Cette inspection permet de constater la carence presque absolue d'enseignement primaire dans la campagne toulousaine, hors quelques instituteurs, pour la plupart ecclésiastiques.

Sous la Révolution, l'aspect de Toulouse n'a pas changé. Projets

Si les quartiers aristocratiques se sont vidés, ainsi que les ^ urbanisme, maisons religieuses, aucune transformation n'est venue encore altérer la physionomie de la vieille cité, ceinturée dans ses remparts. Pourtant, comme à Paris, les projets abondent; nos révolutionnaires ont vu grand. En 1796, Destrem et Desbarreaux, dans un voyage à Paris, sollicitent des Conseils l'autorisation d'agrandir la Monnaie, d'aligner

la rue du Petit- Versailles, d'abattre les Carmes pour créer une place et une halle. En l'an VII, on conçut le dessein d'aménager une vaste place ovale de la porte Saint-Michel à la place du Salin, une seconde place circulaire à l'extérieur de la porte Saint-Michel, ces deux places communiquant par un arc de triomphe. Rien n'est fait. I^a place de la Liberté demeure inachevée; la place Porteneuve reste encore une sorte de terrain vague; la grille du cours Dillon (aujourd'hui rue de Metz), dont le devis date de 1782, ne fut exécutée et placée qu'en l'an VIII (^). I^es secousses politiques, les difficultés financières ont empêché la rénovation matérielle de la cité, si transformée moralement par la Révolution, lycs grands travaux d'urbanisme sont réservés à la période suivante, celle de l'Empire et du xix® siècle.

I. Baron de Bouglon, La grille du cours Dillon (Bull, de la Soc. Arch. du Midi, ti» 28, 1901, pp. 349-51).

BIBr,IOGRAPHIE.

Il n'existe pas une histoire complète de la Révolution à Toulouse ou dans le département de la Haute-Garonne. Le livre de Connac est vm répertoire utile de faits, d'après les archives municipales, les archives départementales et les journaux; il laisse à désirer parfois pour la précision chronologique; il omet un nombre considérable de questions importantes.

Archives départementales, série L. — Pasquier. Etat sommaire des papiers de la période révolutionnaire conservés dans les archives départementales, série L, T. O. (Haute-Garonne, dans la série A III; Loire- Inférieure), Paris, 1907.

Archives municipales. — Registres de délibérations de la municipalité (i 791 -1795). — • Histoire de Languedoc, t. XIV, pièces diverses, pp. 2522, 2645, 2746, 2878. — Journal et affiches de Toulouse (sous des directions diverses) (i 790-1 795). — Emile Connac. Histoire de la Révolution à Toulouse, Toulouse, 1902. — D'Ai^dÉGUIER. Histoire de Toulouse, Toulouse, 1834, 1835, 4 vol., t. IV. (Imprécis, parfois inexact; intéressant comme émanant d'un témoin oculaire.) — Ariste PasseriEU et Braud. Histoire populaire de Toulouse, Toulouse, 1898, chap. XXVI à xxxvi. (Cite des documents de l'époque.) — Abbé Sal,van. Histoire générale de l'Eglise de Toulouse, Toulouse, 1861, 4 vol, t. IV. (Précis et intéressant pour l'histoire des réfractaires.) — Abbé Aragon. Histoire de Toulouse, Toulouse, 1899, chap. XV. • — Jean-Florent Baour. Almanach de Toulouse (1789 à 1793)- ■ — Notes et réflexions d'un bourgeois de Toulouse au début de la Révolution (i 788-1 791), publiées par Pasquier, Toulouse, 191 7. — Mandoux. Les municipalités de Toulouse pendant la Révolution, Toulouse, 1906 (tirage à part d'un article du recueil de l'Académie de Législation, 1906). — PaSQUIER et GalaberT. Cahiers paroissiaux des sénéchaussées de Toulouse et de Comminges en 1789, Toulouse, 1928. — ■ Jean Bernard. Les députés de Toulouse à l'Assemblée constituante (Révolution française, t. VIII, 704 et 801). — Edouard Fo- RESTIÉ. La grande peur de 1789, Montauban, 1910. — Georges IvEFEBVRE. La grande peur de 1789, Paris, 1932. — Damien Garrigues. La terreur-panique à Montastruc-la-Conseillère et dans les environs (Revue des Pyrénées, 191 3, 215). — PasquiER. La panique à Seysses, près Toulouse, en aoilt 1789 (Revue des Pyrénées, 1914, 391). — ■ Gros. Histoire delà Société populaire ou du Club des Jacobins de Toulouse (i 790-1 794). Mémoire couronné, en 1893, par l'Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse (Mém. de l'Acad. des Sciences, g^ série, t. V, p. 686). Ce mémoire, resté manuscrit et introuvable, a été analysé par M. Damien Garrigues, qui a bien voulu nous communiquer son propre travail, au reste manuscrit. Nous lui en exprimons ici nos remerciements. — Alex. DuBOUL. La fin du Parlement de Toulouse, Toulouse, 1890. • — Damien Garrigues. Une semaine historique à Rieux (élection des Conven-

tionnels de la Haute-Garonne) (Revue hist. de Toulouse, 1914, 443).

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■ — Gros. L'esprit public à Toulouse après la Terreur (Mém. de l'Acad. des Sciences, 1920, 65). — Gaston Martin. Le théâtre et la politique à Toulouse en l'an V ; l'aventure de Alademoiselle Cressent (Révolution française, t. XL, 1927, 193). — L. Adher. L'application des lois sur la liberté religieuse dans le district de Toulouse (réaction thermidorienne et Directoire) (Bull, du Comité des travaux historiques, Paris, igo6, 166). — Id. La conspiration royaliste dans la Haute- Garonne en l'an IV et l'an V (Révolution française, t. LXI, sept. 1901). — Id. Hugues Destrem, négociant patriote [ibid., 14 janvier 1909). — LamouzèI/E. Un épisode des menées royalistes en l'an IV dans le canton de Cintegabelle (Revue des Pyrénées, 1906, p. 261).

— Général PEtET. L' insurrection de l'an VII à Toulouse, d'après les mémoires inédits du général Pelet, publiés par Pasquier, Toulouse, 1908. — Abbé Lacouture. Le mouvement royaliste dans le Sud-Ouest, Hosségor, 1932. — De Santi. Les intrigues royalistes et l'insurrection de l'an VII, Toulouse, 1888. • — J. Gros. Les loges maçonniques de Toulouse (Révolution française, mars et avril 1901).

— Id. Les Juifs à Toulouse sous la Révolution et l'Efnpire (Revue des Pyrénées, 1906, 250). — • Desazars de Montgaii<i,ard. Les artistes toulousains et l'art à Toulouse au XI X^ siècle; Les débuts de la Révolution, la Convention et le Directoire, Toulouse -Paris, 1925-1926.

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