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Vie. Articles cités aussi aux chapitres précédents

Le Lycée.

L'enseignement supérieur.

1/ Académie de Toulouse.

L'empereur s'intéressait peu à l'instruction populaire et a systématiquement négligé les projets conventionnels d'une école primaire gratuite et obligatoire; il a préféré s'en remettre à la congrégation des Doctrinaires. Les frères de la Doctrine chrétienne sont rentrés à Toulouse en 1803; leurs écoles deviennent officielles en 1808 et reçoivent une subvention municipale.

Pour l'enseignement secondaire, l'arrêté du 16 floréal an XI (6 mai 1803) substitue à l'Ecole centrale, alors en pleine prospérité, un lycée calqué sur l'ancien Collège des Jésuites, tant pour les programmes d'enseignement que pour l'organisation (l'internat) dont les élèves devaient porter l'uniforme et être assujettis à une discipline militaire. Ses administrateurs ne furent nommés que le 17 mai 1804; le pensionnat provisoire ouvrit le 15 mars 1806. Le I^ycée fonctionne normalement dans les mêmes locaux que l'ex-Collège royal, national et l'Ecole centrale, à dater du i^^ octobre 1806. Il comptait, en 1812, un proviseur, un censeur, un aumônier, un économe et douze professeurs, dont six de lettres et six de sciences.

Le Consulat et l'Empire ont été marqués par la renaissance de l'enseignement supérieur. L'arrêté du 13 messidor an IX (3 juillet 1801) rétablit l'ex-Société de Médecine dans ses anciens locaux; l'Ecole, d'abord libre, est transformée ensuite en Ecole impériale de médecine et de chirurgie, avec six professeurs et quatre suppléants nommés et appointés par l'Etat; l'inauguration a lieu le 7 mai 1807. Les études juridiques, à peu près abandonnées pendant la Révolution, reprennent peu à peu. Toulouse désirait récupérer cette Ecole de droit qui avait fait jadis sa prospérité. Le décret du 22 ventôse an XII (13 mars 1804) la rétablit avec cinq chaires; les cours commencèrent au Collège national, puis aux Carmes et enfin, en 1807, dans les locaux de l'ancienne Faculté, abandonnée par les militaires. Enfin, une Ecole des sciences et arts, organisée par la ville, est érigée en Ecole impériale par arrêté du 25 floréal an XIII, avec cinq administrateurs et sept professeurs.

Mais ces établissements dispersés et sans cohésion ne pouvaient contenter Napoléon, qui concevait toutes choses sous l'aspect d'un ensemble coordonné et d'une hiérarchie. La créa-

tion de l'Université de France (17 mais 1808) lit de Toulouse le chef-lieud'une Académie comprenant les départements de la Haute-Garonne, du Tarn, du Tarn-et-Garonne et de l'Ariège f M ; à sa tête, devait figurer un recteur assisté de deux inspecteurs et d'un secrétaire. Les anciennes Facultés étaient rétablies : celle de Théologie catholicpie avec un doyen, un secrétaire et quatre professeurs (installée le 5 février 1810, dans le couvent des vSalenques, elle alla dépérissant jusqu'à sa disparition en 1843); celle des Lettres (5 professeurs nommés le 21 février i8to, sans local spécial); celle de Droit (18 octobre 1808; (i inspecteur général, 4 professeurs, 3 suppléants); celle des Sciences (ancienne école municipale transformée, installée le i^^ mai 1810; 6 professeurs dont un doyen et un secrétaire) ; celle de Théologie protestante (fixée à Montauban et installée le 3 décembre 1810). L'Ecole de médecine, d'abord Ecole libre patronnée par la vSociété de médecine, puis Ecole impériale de médecine et de chirurgie. Ecole secondaire, Ecole préparatoire de médecine et de pharmacie, Ecole de plein excercice. Faculté mixte de médecine et de pharmacie municipale, a mis un siècle à devenir, en 1905, Faculté d'Etat. Les cours de beaux-arts de l'ancienne Ecole des sciences et arts continuent à dépendre de la municipalité; c'est l'embryon de la future Ecole des beaux-arts. L'Université ayant le monopole de l'enseignement, tous les établissements d'éducation durent ou disparaître ou obtenir d'elle la permission d'exister. C'est ainsi que les directeurs des deux écoles libres réputées, Pujol et Savy, devinrent l'un professeur à la Faculté des Lettres, l'autre, proviseur du Lycée.

L'activité intellectuelle n'a pas cessé sous la Révolution; Renaissance elle devient, après le i8-Brumaire, le trait le plus original de ^^^ Académies, la vie toulousaine. La vSociété du Lycée se transforma, le 20 floréal an X (10 mai 1802), en Société des Sciences, Belles- IvCttres et Arts de Toulouse et adopta, quelques jours après, le nom d'Athénée {^), comme à Paris. On y cesse, dès 1803, de

1. En vertu de la loi du 14 juin 1854, Toulouse est devenu le siège de l'une des seize circonscriptions académiques de France; et le décret du 22 août suivant a compris huit départements dans son ressort : Haute-Garonne, Ariège, Tani, Tarn-et-Garonne, L,ot, Aveyron, Gers, Hautes-Pyrénées.

2. L,' Athénée, ancien Lycée de Toulouse, n'était pas seulement une réunion d'érudits; des dames comme la comtesse de Beaufort et Julie Crabére y étaient admises; elles y lisaient des poésies ou exécutaient un programme musical. Un

s'appeler citoyen pour revenir au «monsieur» d'ancien régime. Les séances de l'Athénée durèrent jusqu'au il janvier 1805. Après une renaissance éphémère de la Société sous le nom d'Académie des Sciences, Arts et Belles-IyCttres (juillet 1804), l'ancienne Académie des Sciences fut reconstituée par le préfet Desmousseaux, le 30 octobre 1807. Peu de temps auparavant, Richard, avant de quitter Toulouse, avait ressuscité l'Académie des Jeux Floraux (21 mai 1806) {^) ; celle-ci marqua sa gratitude en nommant maîtres es jeux honoraires Portalis, Fontanes, le cardinal Maury, Regnault de Saint-Jean-d'Angely. Pour les débuts de sa nouvelle existence, elle couronna Millevoye en 1807, Chênedollé en 1808. vSeule, l'Académie des Beaux- Arts ne renaquit pas de ses cendres. I^e 17 juillet 1808, une Société d'Agriculture se fonde, avec l'autorisation impériale; elle devait subventionner des cours vétérinaires en attendant la création de l'Kcole, demandée par les pouvoirs locaux depuis 1781. Mais un décret du 15 janvier 1813 ayant annulé celui de 1808, Toulouse s'est vue privée de son Académie d'Agriculture, et la fondation de l'Ecole vétérinaire a été reculée de vingt ans. Par contre, l'Empire a enrichi le Muséum fondé par la République des dépouilles de l'étranger {^). Richard, qui était amateur d'art, a pu obtenir un lot important d'œuvres italiennes, flamandes ou françaises (1803); ^n 181 1, de nouvelles toiles furent attribuées au Musée de Toulouse et nous n'eûmes pas à les restituer en 1815.

arrêté préfectoral du lo floréal an XI (6 mai 1803) ayant interdit à toute Société de porter le nom de lycée, qui désormais ne devait désigner que des établissements nationaux d'enseignement secondaire, appelés jusqu'alors « Ecoles centrales », le Lycée de Toulouse prit définitivement le titre d'Athénée. Mais cette Société vécut des temps troublés; des satires étaient dirigéts sans ménagement contre son organisation, contre ses membres. Des divisions survinrent alors entre eux. Une dernière séance eut lieu, sous la présidence du préfet Richard, le 20 prairial an XII (9 juin 1804). Ces immortels déchus se réunirent encore deux fois, et le procès-verbal de la séance du 27 ventôse an XIII (18 février 1805) est le dernier qtii ait été transcrit. {Discours Bersolle, 1913, p. 28). — Desazars de Montgaillard. Le Lycée, V Athénée (Hist. de l'Acad. des Sciences, Privât, 1908); Satires contre l'Athénée de Toulouse, Bruxelles, impr. Wandtrmann, an XII, 1804; Satires toulousaines, Genève, chez Pellet, an XII, 1804. — Florentin Ducos. Quel est l'auteur des Satires toulousaines? (Acad. des Sciences, Inscriptions et Belleslettres, t. IV, p. 269.)

1. Armand Praviel. Un anniversaire toulousain : la réorganisation des Jeux Floraux en 1806 (Revue des Pyrénées, 1906). — Alex Duboul. Les deux siècles de l'Académie des Jeux Floraux, Toulouse, Privât, 1901, 2 vol.).

2. Roschach. Trophées des armées de la République et de l'Empire au Musée (Mém. de l'Académie des Sciences, 1890, p. i). I^e Musée a reçu ainsi plus de 60 toiles.

En dehors des grands corps officiels, la société toulousaine Cénacles et salons revient, sous l'Empire, à son goût naturel pour les jeux de littéraires, l'esprit; elle y oublie le vide de la vie politique; elle y trouve un excellent prétexte d'abstention à l'égard d'un régime qu'elle subit sans l'aimer. Aussi, Toulouse fut-elle, sous l'Empire et surtout sous la Restauration, un centre littéraire fort actif (^ ) ; quelques-uns de ceux qui y conquirent leurs premiers titres firent plus tard, à Paris, une carrière brillante. En 1807, se fonda une réunion de jeunes poètes et écrivains, le Gymnase I^ittéraire, qui fut, sans doute, le premier cénacle de Toulouse et où se prépara la révolution romantique. A ces réunions venaient Alexandre Soumet, Alexandre Guiraud {^), Eamothe-Iyangon, le vicomte de Panât, le comte de Montbel, de Voisins-Iyavernière, Florentin Ducos, Jules^ de Rességuier. Baour-I^ormian y fit applaudir ses traductions des poésies d'Ossian et l'on joua, au théâtre de la ville, sa tragédie d'Omasis ou Joseph en Egypte. Florentin Ducos fit une Ode sur la venue de Napoléon en 1808; poète épique, fabuliste, avocat, juriste, archéologue, il est une « des gloires des lettres toulousaines au xix^ siècle ». Jules de Rességuier demeure un des meilleurs poètes mineurs de la période romantique. Tous étaient catholiques, forme d'opposition, au temps du conflit de l'empereur et du pape; beaucoup furent lauréats des Jeux Floraux, qui jouissent d'un grand prestige sous l'Empire et la Restauration.

On a gardé le souvenir de quelques salons littéraires : celui de la marquise de Beaufort d'Hautpoul, celui de M™*' de Lonchamps, celui du banquier Fontes, celui de la comtesse d'Hargicourt, Elise de Chalvet, femme du troisième du Barry, que l'on appelait du Barry « l'honnête ». Ce mouvement intellectuel coïncide avec la reconstitution des Facultés, où professèrent des hommes de talent : le fils du grand

1. Voir J. Dedieu. Alex Soumet (Revue des PjTénées, 1813, p. 20) ; — A. Praviel. Quelques aspects de Toulouse il y a un siècle (Revue des Pyrénées, 191 1, p. 620); — ■ De Montgaillard. Le Lycée, V Athénée, pp. 177, sq. ; — De Santi, Episodes de l'histoire de Toulouse sous le premier Empire; extrait des Mémoires inédits de Lamothe-Langon (Mém. de l'Académie des Sciences, 1911, lo» série, t. XI, p. 87).

2. Soumet, de Castelnaudarj' (1788-1845), poète lyrique [U Incrédulité 1810) et dramatique [Clytemnestre, Saul, Jeanne d'Arc, 1825; Norma 1851); lyrique {La Divine épopée, 1840) et élégiaque {La pauvre fille).- — • Guiraud de Lùnoux (1788-1847), poète tragique {Les Macchabées, 1822), élégiaque {Claude Savoyard, 1 823) et romancier.

Furgole, Bastouilh, J animes, à la Faculté de Droit: Picot de Lapeyrouse, d'Aubuisson, Dispan, Romieu, à la Faculté des Sciences. On garde encore le culte du dialecte occitan et l'on transporte, en grand cortège, les cendres de Goudelin des Carmes à la Daurade (14 avril 1808) ; mais le patois languedocien reste la langue populaire, celle des chansons et des pièces joyeuses ou grivoises (^).

Le théâtre. Une Société des Amis des Arts s'est fondée pour former le

goût des artistes, en leur faisant connaître les belles œuvres de Paris, achetées par souscription des sociétaires; mais ses ressources sont modestes et l'on se borne, le plus souvent, à exposer au Musée des œuvres d'amateurs (^). Le théâtre redevient, sous l'Empire, un divertissement bourgeois après avoir été, sous la Révolution, « l'Université des hommes libres », selon une expression curieuse de Cailhava (^). I^a salle Saint-Martial est restée ouverte pendant l'Empire, au moins au début, malgré les protestations de la municipalité, mais elle est loin d'avoir l'importance du théâtre municipal du Capitole, dont Desbarreaux, en 18 10, prend la direction conformément aux décrets de 1806 et de 1807 (*), qui réglementent le théâtre comme toute vie nationale. Toulouse est rangée dans la catégorie des quatorze villes qui n'ont droit qu'à une troupe théâtrale. Le préfet est chargé de la surveillance de cette troupe, ce qui explique l'intérêt qu'attache Dantigny, dans son Annuaire, aux représentations dramatiques. On joue, à Toulouse, la tragédie, la comédie, l'opéra et l'opéra-comique. En 1810, furent représentées trois tragédies nouvelles : Les Templiers de Ra3^nouard ; Omasis de Baour Eormian ; La Mort d'Henri IV, ainsi que deux comédies également inédites à Toulouse : Le Tyran domestique et Le Chevalier d'industrie (^).

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