Voir Dantigny, Annuaire pour
3. Archives nationales, F. I. C, III, Haute-Garonne; rapport (non daté) fait par Cailhava sur Toulouse en l'an III.
4. Décrets des 8 juin 1806, 25 avril, 29 juillet et i*' novembre 1807.
5. La Mort d'Henri IV, tragédie en cinq actes en vers de Gabriel I,egouvé, représentée le 26 juin 1806, au Théâtre-Français. — Le Tyran domestique ou V Intérieur d'une famille, comédie en cinq actes en vers d'Alexandre Duval, représentée au Théâtre-Français, le 27 pluviôse an XIII (16 février 1805). — ■ Le Chevalier d'industrie, comédie en vers d'Alexandre Duval, représentée au Théâtre-Français, le 13 avril 1809. Il y a aussi, portant ce titre, un opéra-comique en un acte de Bins de Saint-
Mais, faute de ressources pour les décors et la mise en scène (il n'y a pas de corps de ballet), on doit renoncer au grand opéra tel que Les Bardes et se contenter des œuvres de Piccini et de Gluck. Il y a quelques bons artistes, dont les meilleurs vont à Paris : Maitelly, M^e Milord, Mii« Lalande, M'ie Hébert, Arnaud, le plus célèbre des « valets ». Mais on applaudit parfois les grandes vedettes parisiennes en tournée : M™« Fay, ]y[me Belmont, dont la création de Fanchon la Vielleuse eut un succès triomphal; Baptiste, un chanteur de talent; surtout M^i^ Mars et Talma qui, en 1807, donna douze représentations. La vogue du théâtre va de pair avec la renaissance des réunions mondaines et des plaisirs de société (^). La salle du Capitule demeure, néanmoins, comme un forum ou se déroulent parfois des manifestations bruyantes, d'allure politique. En 1805, la jeunesse de la ville prend fait et cause pour le général Durutte contre le préfet Richard, et le maire. Picot de Lapeyrouse, soulève une manière d'émeute, organise la grève du spectacle. En 1815, c'est au théâtre que VitroUes fait des proclamations pour galvaniser le loyalisme monarchique des Toulousains. Quant au peuple, il se contente des festivités officielles, des bateleurs, saltimbanques, escamoteurs, écuyers, voltigeurs, funambules ou sauteurs de corde.
Non moins que vers les plaisirs de l'esprit, les Toulousains, sous l'Empire, se tournent vers les travaux de l'agriculture, de l'industrie et du commerce; le blocus continental fut, pour l'activité économique, un stimulant énergique, en obligeant la France, isolée de la mer, à chercher, dans ses propres ressources, de quoi remplacer les denrées coloniales ou le coton d'Amérique. La vSociété d'Agriculture et de Commerce fit quelques expériences intéressantes, sinon fructueuses. Des cotonniers furent plantés au Jardin des Plantes en 1808 et même dans des jardins et des champs; le gouvernement avait fait distribuer des graines d'Iviça et de Pernambouc
L'activité économique.
Agriculture et élevage.
Victor, musique de Dugazon et Pradher, représenté à l'Opéra-Comique, le 17 novembre 1804, mais non imprimé. II s'agit ici de la comédie de Duval. - — Fanchon la Vielleuse, comédie en trois actes de J.-N. Bouilly" et Joseph Pain, représentée sur le théâtre du Vaudeville, le 28 nivôse an XI (17 janvier 1803). — Les Bardes, opéra, le chef-d'œuvre de J.-F. I^esueur (1767-1837), qui fut, avec Cherubini, le plus grand compositeur de l'époque impériale. Les Bardes ont été représentés à l'Opéra en 1804. I. Signalé par Dantigny, dans son Annuaire.
et offrait une prime d'un franc par kilo de coton récolté; mais le climat ne convenait pas et la culture fut vite abandonnée. On revient à celle du pastel; on tente d'acclimater l'indigo au Jardin des Plantes. I^e café fut remplacé par la chicorée, le seigle, la carotte; le sucre colonial par du sirop et du sucre de raisin que les chimistes enseignaient à fabriquer (notamment Dispan, adjoint au maire de Malaret). Jusqu'en 1810, l'avilissement des prix du blé et du vin avait stimulé la culture du tabac, qui envahit les environs de Toulouse. A partir de cette date, les prix des céréales redeviennent rémunérateurs; les méthodes se perfectionnent. Marcassus de Puymaurin met au point le rouleau à battre le blé, qui tend à se substituer au fléau, dans les grosses exploitations. Les demandes importantes de draps pour l'armée développent l'élevage des brebis à laine, qu'on croise avec les mérinos d'Espagne. Dès 1802 est fondée à Toulouse la première compagnie d'assurances mutuelles contre les ravages de la grêle et des épizooties; elle est réorganisée en 1805 et s'étend à sept départements du Midi.
L'industrie. Les efforts pour créer à Toulouse de grandes industries ne
semblent guère avoir réussi. Les seuls établissements importants sont les deux manufactures impériales : les Tabacs, transportés en 181 2 à la Daurade, dans les locaux de Boyer- Fonf rède (^ ) ; la Poudrerie, sise dans les dépendances du moulin du Château et dont les trois usines à pilon et l'équipage de mine, avec les deux succursales (ateliers de fabrication du salpêtre et de raffinage) produisent, en 1814, 40.000 kilos par mois et occupent cinquante ouvriers. Il existe une usine de laminage pour le cuivre (fabrique Lecourt) (^) et une pour le fer (Bosc). La première eut l'honneur, en 1808, de recevoir la visite de l'empereur. Enfin, le 14 janvier 1813, Puymaurin établit, hors la ville, la fabrique impériale d'indigo indigène, utilisant le pastel récolté dans la région. Mais, en général, le travail reste aux mains de petits patrons, employant un nombre modeste d'ouvriers. Ceux-ci sont peut-être moins libres qu'ils ne l'étaient dans les vieilles corporations; assujettis à l'obligation du livret, ils sont considérés, quand ils tentent de
1. BrûJée en 1818 et reconstruite au même endroit jusqu'à sa désaffectation (1892).
2. I^ecourt possédait aussi les forges d'Engomer, prés de Saint-Girons (Dantigny, ot>. cit.).
se mettre en grève, comme des « mutins » qu'on incarcère sans autre forme de procès; tel fut le cas des ouvriers cordonniers en 1808. lycur salaire est faible : les plus favorisés, les ouvriers de la Poudrerie, touchent de 42 à 60 francs par mois; ils ont à souffrir de la concurrence des paysans, qui fabriquent euxmêmes ce qu'ils peuvent ou des prisonniers de guerre, si nombreux sous l'Empire et qui améliorent leur sort en vendant de petits travaux; tels les Prussiens que Toulouse hospitalisa de 1807 3- 1809, et que la population accueillit avec sympathie, qui le croirait aujourd'hui? Ces soldats laborieux, honnêtes, dociles et sobres, fabriquaient des objets de vannerie.
L'ancienne Chambre de commerce fut rétablie le 3 nivôse Le commerce, an IX, avec vingt et une autres en France; elle comptait trente-huit négociants désignés par le Tribunal de commerce. Mais les transactions ne sont guère plus amples et plus actives qu'à la fin de l'ancien régime; le trafic est surtout de détail et reste régional. Les routes, qui se trouvaient, au début du Consulat, dans un 'état effroyable, se réparent lentement grâce à l'action de l'Administration. Les transports régionaux sont assurés par huit maisons de roulage. La maison Lure et Duroux, rue des Pénitents-Bleus, envoie tous les jours voyageurs et marchandises pour Lyon, Marseille et le Midi, tous les deux jours pour Bordeaux, La Rochelle, Nantes et la Bretagne. L'entreprise générale des Messageries, rue du Poids-del'Huile, expédie une diligence sur Paris tous les deux jours. De la poste aux chevaux, près du puits des Augustins, partent, par semaine, trois voitures pour Castres, deux pour Montauban, deux pour Auch, Tarbes, Pau et Bayonne, trois pour Albi. De la petite place Peyrolières, tous les jours, sauf les dimanches, on peut trouver une voiture pour Saint-Gaudens et, en été, pour Bagnères-de-Bigorre, pour Ax-les-Thermes, par Saverdun, Pamiers et Foix. D'autres véhicules unissent Toulouse à Sorèze, Carbonne, Orenade, Beaumont. Le mardi et le samedi, le bateau-poste de la Garonne part de l'Embouchure. Pour le canal des Deux-Mers, le décret du 10 mars 1810 en réorganise l'administration, sous la forme d'une Compagnie à mille actions de 10.000 francs; l'administrateur, nommé par l'empereur, réside à Paris; il doit posséder au moins cinquante actions et touche une indemnité de 12.000 francs.
A Toulouse, quatre fonctionnaires conservent et gouvernent le canal; un bateau-poste le parcourt chaque jour en quatre étapes d'une journée, comme autrefois, pour des prix extrêmement minimes. Ainsi le commerce suit les mêmes voies qu'en 1789. I,a Révolution semble n'avoir pas modifié grand'chose, ni au nombre des habitants de Toulouse (52.85g le 12 vendémiaire an XII-2 octobre 1804), ni à leur activité matérielle.
La visite
de Napoléon
Toulouse.
Le seul événement marquant pour Toulouse avant la chute de l'Empire est la visite impériale (25-27 juillet 1808) {^), provoquée par une démarche de la municipalité (17 janvier 1808). Malgré le nombre des royalistes à Toulouse, les préventions ne tinrent pas contre le prestige de l'éternel victorieux, alors à l'apogée de sa gloire. Napoléon et l'impératrice, entrés par la Patte-d'Oie, furent reçus par des acclamations enthousiastes. La ville s'était mise en frais, une garde d'honneur avait été levée, composée de jeunes gens des familles les plus distinguées de la ville; elle portait un uniforme blanc et amarante et escorta partout le souverain, de Léguevin à son arrivée, à Castelsarrasin à son départ. L'Hôtel de ville avait été remis à neuf; porche, grand escalier, Salle des Illustres; cette dernière fut complètement modifiée, son ornementation refaite, sauf les sculptures de Marc Arcis, un buste de l'empereur ajouté; à sa suite, on aménagea la salle du trône (architecte Virebent); le peintre Wallaert décora la salle du banquet. Napoléon logea à la préfecture, y reçut tous les corps constitués à leur rang protocolaire, visita la ville, jugea la façade du Capitole un peu basse, fit une promenade à cheval à l'Embouchure, consacra quelques instants à l'usine Lecourt et à la Poudrerie. Le résultat le plus remarquable de ce court séjour fut le décret du 27 juillet, qui cédait à la ville un certain nombre d'édifices religieux non aliénés en stipulant ou sanctionnant l'afiectation de quelques-uns d'entre eux.
I. Voir Ariste et Braud, 377, Texte du décret du 27 /mîZZê/, p. 379; Jean de l'Hers (Desazars de Montgaillard) . La visite de Napoléon /«' à Toulouse (Revue des Pyrénées, 1908). — Dantigny, dans l'Annuaire de 191 1, en a fait un récit officiel, mais précis.
C'est ainsi que l'ancien archevêché devint la préfecture, à titre définitif (i); l'hôtel du premier président, l'archevêché; le collège de l'Esquile, le séminaire métropolitain; le couvent des vSalenques, une caserne; que le cloître de la Daurade fut démoli et occupé par la Manufacture des Tabacs. I^e passage de l'empereur devait avoir pour effet d'engager les grands
Ba la die Je Toulouse (181.:^)
(Musée des Toulousaios de Toulouse)
travaux d'urbanisme qui se poursuivirent pendant tout le xix^ siècle.
I^a France, vidée d'hommes et lasse d'héroïsme, goûtait la détente du repos. Cependant, l'histoire de l'Empire se clôt sur un événement dramatique dont Toulouse fut le théâtre
La bataille
de Toulouse.
I. Il avait été créé de 1693 à 171 3, avons-nous dit, par le prélat Jean -Baptiste- Michel Colbert. Ce prélat était un descendant, non du grand ministre de IvOuis XIV, selon l'opinion commune, mais de Jean-Baptiste Colbert, seigneur de Saint- Pouauge et de Villacerf, conseiller d'Etat, intendant de justice en I/>rraine, et de Claude I<e Tellier, sa mère, sœur du chancelier I,e Tellier, père de I^ouvois. (Voir Etieime de Planet. Le château de l'Archevêque [Journal de Toulouse, 19 août 1934.] Ce même archevêque avait appelé dans sa ville métropolitaine « les sœtirs de Saint- Vincent de Paul, sœvu-s grises; il leiu- fit bâtir ime maison près de la chapelle Saint- Sauveur; ensuite, elles prirent le service intérieur de l'Hôtel-Dieu et de la Grave ». (J. Contrasty. Revue historique de Toulouse, t. XXI, no 67.) C'est l'archevêque I^oménie de Brienne qui avait fait décorer l'intérieur de l'ancien archevêclié.
et ses habitants les témoins horrifiés (^). Après plusieurs siècles de paix, seulement troublée par la Terreur et les mouvements royalistes de l'an VII, voici qu'une grande bataille se livrait sous les murs de notre ville, le lo avril i8i/j., entre Anglais et Français, mettant aux prises plus de quatre-vingt-dix mille hommes ; bataille inutile, puisque la déchéance de l'empereur avait été votée le 2 avril par le Sénat et le Corps législatif, puisque Napoléon avait abdiqué le 6 avril et que son abdication était connue à Toulouse le g, veille du combat.
Les préliminaires. On le sait, le maréchal Soult, chef de l'armée d'Espagne, avait évacué l'ancien royaume de Joseph Bonaparte, que Napoléon, après le désastre de Russie, avait rendu à Ferdinand VII; ce dernier, regagnant son pays, passa à Toulouse le 17 mars 18 14, peu de jours avant que Soult, poursuivi par Wellington et son armée anglo-hispano-portugaise, vaincu par lui à Vittoria, puis à Orthez, et échap]3ant à l'étreinte de son adversaire par Montréjeau et Saint-Gaudens, ne l'eût devancé dans cette ville, où il entra le 24 mars. Wellington, luttant de vitesse avec lui, mais retardé par des pluies abondantes, n'arriva que le 26, a3'ant pris la route d'Auch à Boulogne et laissé en arrière une partie de ses convois. Pendant quelques jours de répit, Soult réorganise et reprend en mains ses troupes démoralisées par cette longue retraite; il avait l'ordre de diriger son armée sur la Loire en se joignant à Suchet qui ramenait, par le Roussillon, l'armée de Catalogne intacte. Toulouse commandant la route du Nord, le maréchal devait tenter de livrer bataille sous ses murs, tandis que le plan de Wellington devait être de lui interdire cette ligne de retraite et, si possible, celle du Lauraguais, qui permettait la jonction avec Suchet pour former une masse considérable. Le duc de Dalmatie ne pouvait guère compter sur les ressources en hommes
I. Voir Geschwind et de Gélis. La Bataille de Toulouse, Toulouse, Privât, 1914; - — Thiers. Histoire de l'Empire, e. d., 1867, t. IV, p. 153 (ne mérite pas entièrement coniiance). - — Voir également les sources anglaises, intéressantes à consulter, citées par le D' Geschwind dans son article : Quelques renseignements nouveaux sur la bataille de Toulouse (Mém. de l'Académie des Sciences, 12® série, t. III, 1925, p. loi, note i). — Siulout capitaine Vidal de La Blache, L'évacuation de l'Espagne et l'invasion dans U midi de la France, Paris, 1914, qui utilise les sources britanniques. — Voir également C. W. C. Oman. Wellington's arw)', (i 809-1816), I/)ndres, 1912. — Ennn. Delorme, Une médaille comme'morative de la bataille de Toulouse (Bull, de la Soc. archéol. du IMidi, 1903). — Et la broclimre sur la Visite du champ de bataille, par vSoliman-Bey, chez Douladovue, 1846 (BiblioUièque de la ville).
fournies par la région. I^e général Bartier-Saint-Hilaire, commandant le département, lui avait envoyé, en février, cinq bataillons de recrues qui ne tinrent pas au feu. La garde nationale de Toulouse, mobilisée à la même époque, compta cent huit hommes sur les mille convoqués, le reste s'étant dérobé et fait porter malade. La garde urbaine, organisée par le comte Caffarelli et composée de tous les honmies valides non enrôlés dans la garde nationale, forma deux cohortes de huit cents hommes sans valeur militaire, aptes seulement au service de police. Devant les grands événements qui se préparaient, la population restait passive et apeurée; elle avait accueilli sans plaisir les vieux soldats d'Espagne, commandés pourtant par des généraux dont les noms sonnaient bien aux oreilles méridionales : Darmagnac, Darricau, Harispe, Clauzel (^). IvCS magasins s'étaient fermés, les étalages rangés par peur du pillage. Les riches avaient quitté la ville.
La vieille enceinte de Toulouse, avec ses cinquante tours, IMise
ne pouvait arrêter un instant une bonne armée, malgré les en état de défense
de la ville.
fortifications de quekjues portes de la rive droite (vSaint-Michel,
Montgaillard, ]\Iontoulieu). Ces murs lézardés, appu3'és de masures, n'étaient même pas en état de protéger sérieusement la cité contre une prise d'assaut. Quant à l'enceinte de Saint- Cyprien, elle n'avait que la valeur d'un mur d'octroi. C'est donc bien en avant des murs que Soult établit une ligne d'ouvrages destinés à la bataille défensive qu'il allait livrer. Des redoutes furent aménagées sur la rive gauche, sur la route de Bayonne (maison Rodolose et moulin de Bourrassol), sur le chi-min de Cugnaux, au rond-point de la Patte-d'Oie, à la croisière des chemin de Lafourguette et route de ]\luret, à la hauteur du cimetière Saint-Cyprien. vSur la rive droite, la première ligne de défense courait le long des mamelons de la Pujade, du Calvinet et de Montaudran; sept redoutes s'y alignaient, cinq sur les hauteurs de la Colonne (redoute des Augustins et Grande- Redoute) et deux à Montaudran, dont celle de la vSipière, qui fut la clé de la bataille. En arrière, le canal du Midi avec ses ponts, constituait une seconde ligne renfor-
I. Rappelons que Soult est né à Saint- Amans-la-Bastide (Tarn); il avait, en 1814, 45 ans. Reille est né à Antibts, Harispe à Saint-Ktienne-de-Baïgorry, Clauzel à Mirepoix.
cée d'ouvrages importants aux Ponts-Jumeaux, aux Minimes (le couvent crénelé et gabionné) , à Matabiau, à Guilheméry, aux Demoiselles. Enfin, l'enceinte, dont les portes avaient été protégées de sacs de terre, portait sur ses tours des pièces d'artillerie pour battre, le cas échéant, les assaillants, s'ils avaient forcé les deux premières lignes de défense. L'Arsenal, bien garni, fournit à Soult les canons et les munitions nécessaires. Mais les ouvrages, construits à la hâte par les soldats, ne paraissaient guère solides. Au reste, la population, sauf les ouvriers réquisitionnés, assistait avec crainie et lassitude à ces préparatifs menaçants.
Les premières Du 25 au 28 mars, Wellington attaqua la rive gauche; non
attaques. seulement il se heurta à une forte résistance, mais il s'aperçut
que cette attaque parle faubourg Saint-Cyprien ne mena it à rien, le Pont-Neuf, seul mo^^en de communication, pouvant être facilement détruit. Il passa donc sur la rive droite, traversa l'Ariège et la Garonne à la hauteur de Pinsaguel; il se trouvait ainsi dans le Lauraguais (30 et 31 mars), s' interposant entre Soult et vSuchet. Mais ses convois et son artillerie s'embourbaient dans ce pays argileux dont les pluies de printemps faisaient un cloaque. Il changea alors de plan et se décida à tourner Toulou.se par le nord -est et le nord. Par Cugnaux et Blagnac, il revint sur ses pas et jeta un pont de bateaux sur la Garonne, à la Capelette, près de Mer\àlle. Le corps anglais de Beresford (dix-huit mille fantassins, deux mille quatre cents cavaliers, dix-huit canons) ayant passé le fleuve les 3, 4 et 5 avril, se concentra sur la rive droite le 5 avril. Mais le pont fut rompu, ce même jour, par une crue et par les madriers que les Toulousains avaient lancés de l'amont. Beresford, isolé du reste de l'armée anglaise, se trouvait dans une position critique; Soult ne fit rien pour profiter de cette occasion exceptionnelle et pour accabler le lieutenant de Wellington, dont les forces étaient inférieures aux siennes. Le 8 avril, les ponts étaient rétablis; le reste des Anglais, sauf le corps de Hill, passa sur la rive droite ce jour-là, et à 2 heures du matin. Wellington venait loger à Saint- Jor}^ le lendemain, il refoula nos avant-postes et transporta son quartier général à Croix-Daurade.
lya bataille s'engagea le lo avril — jour de Pâques — de La bataille grand matin, vers 6 heures, sur toute la ligne. A Saint- (lo avril). Cyprien, l'attaque de Hill, simple diversion, échoua, sauf sur notre droite où les batteries anglaises purent bombarder l'Embouchure par-dessus la Garonne. I^e long du canal se livrèrent des actions meurtrières et indécises. Picton fit massacrer ses hommes aux Ponts- Jumeaux et les Espagnols essuyèrent un désastre au pont Matabiau. Incapables de tourner la première ligne de défense, les Portugais s'emparèrent des hauteurs de la Pujade, mais ne parvinrent pas à prendre pied sur le Calvinet. C'est alors que Wellington prononça la manœuvre capitale : la marche en flanc de Beresford, avec deux divisions, par les fonds marécageux de l'Hers, pour déborder nos positions et occuper notre ligne de retraite du I^auraguais. Cette marche, très imprudente, eût pu avoir une issue désastreuse (^) si Soult eût ordonné une contre-attaque partie des hauteurs du Calvinet et de Montaudran; il resta inerte, par habitude de prudent tacticien. Le mouvement débordant réussit et les Anglais occupèrent la Sipière, à la faveur d'une fausse manœuvre du général Taupin, qui y fut tué. lya bataille s'arrêta de lo heures à midi et reprit ensuite jusqu'à la nuit. Les redoutes du Calvinet, attaquées avec acharnement, défendues avec héroïsme, restèrent entre nos mains. Mais, vers 4 heures, Soult ordonna la retraite et ramassa son armée le long du canal, de l'entrée du faubourg Marengo au bas de Guilheméry. A 9 heures du soir, un conseil de guerre décida d'abandonner Toulouse, tant que la voie du sud-est était encore libre. L'évacuation des troupes, du matériel et des blessés se fit dans la nuit du 10 au 11 et dans la matinée du 11, par la route de Castanet et le canal. Les Anglais, des positions dominantes et par une nuit de clair de lune, virent fort bien s'opérer la retraite. Ils ne firent rien pour la troubler {^).
1. Comment Soult, malgré l'avis de son entourage, ne fit-il pas l'effort vigoureux qui eût détruit ces deux divisions et probablement décidé du sort de la bataille? (Geschwind et de Gélis, loc. cit.).
2. I,es effectifs mis en ligne à la bataille de Toulouse sont : i° Pour les Français : 1.150 offiders, 35.200 soldats, 7.500 chevaux; ajouter 7-5oo hommes de nouvelles levées- Trois corps : d'Erlon (Darricau, Darmagnac),Reille (Taupin, Maransin), Clauzel (Vilatte, Harispe) ; la division de réserve Travot, une division de cavalerie à 19 escadrons, 16 batteries d'artillerie, 4 compagnies du génie, 2 compagnies de pontonniers; — 2° Pour les Anglais : 55.000 hommes et 7.500 chevaux. Trois corps : Beresford (4 divisions anglo-portugaises), Picton (2 divisions anglo-portugaises,
Armistice.
Wellington
à Toulouse.
La restauration
des Bourbons.
Le 12 avril, arrivaient le comte de Saint-Simon et le colonel Gordon, porteurs du texte de l'armistice (signé à Paris le 2 avril). Le 13, ils rejoignirent le maréchal à son quartier général de Naurouze. Soult se refusa à l'exécuter sans instructions du major général Berthier. ly' ordre de cesser les hostilités arrive le 15. Soult put rejoindre Suchet à Narbonne. Pendant ce temps, Wellington faisait son entrée à Toulouse le 12, et ses troupes défilaient en bon ordre, pour suivre l'armée française jusqu'aux abords d'Avignonet (13 avril). Le général anglais fut accueilli à Toulouse comme un libérateur; la foule se pressait autour de son cheval; on baisait ses habits (^). Les notabilités de la ville vinrent le complimenter en des discours où l'hyperbole le disputait à la platitude. Il alla loger à la préfecture d'où le préfet, des Touches, avait disparu. Il se contenta de réquisitionner mille cinq cents lits pour ses blessés ou malades et cantonna son armée hors de la ville, sauf la division Hill, logée à »Saint-Cyprien, maintenant parmi ses troupes une sévère discipline. Il affecta la plus grande courtoisie à l'égard de la population, donna une réception et un bal magnifiques et se montra généreux pour les blessés français. I^es Toulousains, qui s'étaient cachés dans les caves lors de la bataille, rivalisèrent de dévouement et de charité pour les victimes. Entre temps, l'enthousiasme des royalistes se déchaînait, le buste de Napoléon au Capitole était brisé, les drapeaux fleurdelisés paraissaient partout, tout le monde arborait la cocarde blanche. Le 14 avril, la municipalité, le 18, les députés de la Haute-Garonne, le Conseil de préfecture, le Conseil général, se ralliaient aux Bourbons. Le 20, c'était la Cour d'appel qu'un ordre impérial avait transportée à Albi et qui rentrait pour acclamer Louis XVIII et Wellington. Le préfet des Touches revint le 24 pour adhérer du même cœur à la Restauration ; le maire de Malaret, à qui Napoléon avait ordonné de démissionner, fut remplacé par son adjoint Lanneluc, puis par le conseiller marquis d'Escouloubre, ci-devant
I brigade allemande), Hill (i divisicn anglo-portugaise, i division portugaise, i division espagnole, i brigade de cavalerie anglaise). Les pertes fiu-ent, en tués et blessés : Français, 3.251 (général Taupin tué); Anglais, 4.639.
I. Voir le numéro i (16 avril 1834) du Journal de Toulouse (ex-Journal de la Haute- Garonne), Rapport sur les faits qui se sont déroulés à Toulouse les 11, 12 et 13 avril (imprimé par ordre supérieur). — Voir également Cl. Toumier, Le centenaire du retour des Bourbons (Revue historique de Toulouse, 1914, p. 351).
membre de la Constituante. Le premier acte du nouveau maire fut d'envoyer une délégation au duc d'Angoulême.à Bordeaux, où ce prince avait débarqué dès le 12 mars, pour le complimenter et l'inviter à visiter Toulouse. L,e duc passa vingtquatre heures dans notre ville (3 et 6 mai), accueilli avec des transports enthousiastes. Quant à Wellington, il quitta Toulouse le 30 avril pour y repasser du 14 au 17 mai, se rendant en Espagne; il avait épuisé jusqu'à l'écœurement les hommages en prose et en vers des royalistes toulousains, d'ancienne et de fraîche dates, comparé par Florentin Ducos à Fabius, à Turenne (1), pour avoir débarrassé Toulouse de Bonaparte et de ses séides.
vSix mois ne s'étaient pas écoulés que les Bourbons avaient Les Cent-Jours. perdu leur popularité. Le rétablissement des vieilles formules de l'ancienne cour, celui des noms d'autrefois, du drapeau blanc, surtout les hâbleries des émigrés qui proclamaient ouvertement la restitution des biens confisqués à l'Eglise ou aux nobles, firent craindre partout le retour à l'ancien régime, à l'inégalité sociale, aux droits seigneuriaux, à l'omnipotence du clergé. L'armée, profondément attachée à la Révolution et à Napoléon, déjà ulcérée de la défaite, s'indigna des réintégrations, avec avancement, d'aristocrates ({ui avaient servi contre la France; le licenciement d'une partie des troupes peupla la ])rovince de demi-soldes qui devinrent des conspirateurs. A Toulouse, Jules de Polignac, commandant la dixième division militaire, incarnait l'émigration triomphante, tandis que le nouveau préfet, le comte de vSaint-Aulaire, ancien préfet de la Meuse et chambellan de Napoléon, accueilli avec faveur (5 novembre 1814), représentait la modération et l'union des partis (^). Le 20 novembre, au Boulingrin, les
1. Voir l'Ode de Florentin Ducos, dans Ariste et Braud, p. 405; elle conclut par ce vers . ^^ ^^ Tamise a sauve' la Seine. »
Il y eut aussi une ode de Carré, l'ancien professeur de belles-lettres au Collège royal, puis national.
2. Voir, sur cette période, H. Bégouen, Les de'buts des Cent-Jours à Toulouse {^lém. de l'Académie des Sciences, 12^ série, t. III, 1925, p. 483). D'après les mémoires, très vivants, de la comtesse de Saint- Aulaire ; — F. de I^acroix, Un révélateur méconnu des Cent-Jours (Revue des Pyrénées, 1911, p. 527). — Jean L,oubet, Le Gouvernement toulousain du duc d'Angoulême après les Cent-Jours (Révolution française, 1913) ; ■ — Gros, Un maire de Toulouse sous la Restauration : de l'illèle (Mém. de l'Académie des Sciences, 1923, p. 93). ■ — • De Villèle, Lettre à Latné, ministre de l'Intérieur, 21 mai 1816. Imprimé s.l.n.d.; Les Intrigues royalistes dans le midi de la France (Mém. de l'Académie des Sciences de Toulouse, 1916, 12*^ série, t. IV).
drapeaux blancs étaient distribués à la garnison. Pourtant, un sourd mécontentement travaillait les troupes et courait dans la ville ou dans les campagnes. Dès le 12 février 1815, un baron de Satgé entend deux officiers, au café Valioy, rue vSaint-Rome, annoncer le départ de l'empereur de l'île d'Elbe (le départ n'eut lieu que le 26). Officiers en congé et en activité entretenaient des correspondances mystérieuses. I^e 9 mars, à Bordeaux, le duc d' Angoulême apprenait le retour foudroyant de l'Aigle, le débarquement du i^^" mars au golfe Juan, la marche triomphale à travers les Alpes, la trahison de Labédoyère, l'entrée à Grenoble (8 mars). Il se rend aussitôt à Nîmes pour 3' prendre le commandement des troupes royales, et séjourne quelques heures à Toulouse, le 11 mars. On sait qu'il capitula à La Palud le 8 avril et s'embarqua à Cette le 14; sa femme avait déjà quitté Bordeaux le 2, sur un nav^ire anglais. Le duc avait délégué à Toulouse les barons de Vitrolles et de Damas pour y organiser la résistance; ceux-ci levèrent trois bataillons de volontaires royalistes et tentèrent d'organiser une sorte de gouvernement, mais au bout de huit jours d'agitations vaines, Vitrolles était arrêté (nuit du 4 au 5 avril), puis dirigé sur la frontière espagnole. I^e général Delaborde, commandant à Toulouse, s'étant rallié à Napoléon, le comte de Saint-Aulaire résigna ses fonctions de préfet, tout en exhortant la population à se soumettre « aux puissances )>.
L'effondrement des Bourbons et le triomphe de Napoléon firent l'effet d'une vague révolutionnaire dont l'empereur ne sut ou ne voulut pas utiliser la puissance. A Toulouse s'organisèrent des bataillons de fédérés, comme en 1789 et 1790. Bonapartistes et républicains s'unissaient dans une haine commune de l'ancien régime; les volontaires royaux furent arrêtés ou dispersés ou envoyés aux armées. Soutenus par le général Decaen, commandant de l'armée du Midi, les fédérés régnèrent en maîtres dans la ville pendant cette courte période et suscitèrent contre eux la haine des royalistes, comme les terroristes vingt ans auparavant. Cependant, le nouveau régime parlementaire, dont l'acte additionnel aux constitutions de l'Empire dotait la France, s'organisait et, en mai, Toulouse nommait ses quatre députés au Corps législatif. Mais, quelques semaines plus tard, le désastre de Waterloo et la seconde
abdication de l'empereur (i8 et 22 juin) renversèrent complètement la situation.
Après quelques jours d'incertitude, où l'on put croire qu'à Napoléon I^^ allait succéder soit Napoléon II, soit le duc d'Orléans, Louis XVIII, accouru de Belgique, entrait à Paris (8 juillet), tandis que l'empereur déchu se réfugiait à Rochefort où il allait se livrer aux Anglais (15 juillet). A Toulouse, le général Ramel, qui commandait le département depuis le départ de Delaborde pour l'armée, arbora, le premier, le drapeau blanc dans notre ville, (17 juillet) et fit enlever du fronton du Capitole le médaillon en bronze de Napoléon que la foule, le lendemain, alla jeter dans la Garonne. Le 21, on promena triomphalement le buste de Louis XVIII, placé ensuite dans la Salle des Illustres. Le 23, le duc d'Angoulême venait s'installer à Toulouse; il y demeura jusqu'au 3 août et fit de notre ville le centre d'une sorte de gouvernement comprenant les départements du Midi. Il était entouré de volontaires royaux qui reparaissaient plus nombreux que jamais, habillés d'un uniforme vert (le vert était la livrée du comte d'Artois); ils portaient des étendards blancs fleurdelisés, bordés de vert. Ce sont les Verdets, équipés et habillés par des souscriptions volontaires ou par le produit de quêtes qui ressemblaient à des réquisitions. Décidés à se venger de la « trame horrible » des Cent-Jours, ces exaltés du royalisme nourrissaient des desseins absurdes et violents et rêvaient de la résurrection des vieilles provinces et d'une royauté du Midi (le royaume d'Aquitaine) en faveur de leur maître. En face d'eux, les anciens fédérés, les officiers en demi-solde paraissaient décidés à se défendre. Les passions étaient montées au paroxysme. Le nouveau préfet, Ch. de Rémusat, ancien fonctionnaire impérial, le commandant militaire, le vieux Pérignon, débilité par l'âge, le nouveau maire nommé par le duc d'Angoulême, de Villèle, royaliste ultra, adversaire de la Charte, mais esprit juste, clair et pondéré, se trouvèrent débordés par ce déchaînement de haines qui parcourut comme une tempête le Midi tout entier, de Marseille à Toulouse, et fut la cause de tant de tristes forfaits. Ramel était détesté à Toulouse parce qu'il y voulait maintenir l'ordre; on lui reprochait d'avoir servi l'usurpateur pendant les Cent-Jours, grief mortel à cette
Retour
des Bourbons,
Assassinat
du
général Ramel.
époque. Le 15 août, il fut assassiné (^). On lui lit, le 17, des obsèques solennelles ; mais on ne découvrit jamais ses véritables assassins (^).
Btat La lettre de Villèle à Laîné (21 mai 1816) nous renseigne sur
moral et matériel l'état de Toulouse à la suite de ces graves événements. Le ap es p . j^j^jj.g çjg j^ ville, nommé député à la Chambre Introuvable
(25 août i8i5),et qui, néanmoins, conserva son mandat municipal jusqu'en février 1818, signale les haines des partis, rancunes implacables des royalistes, sourde hostilité des bonapartistes et des républicains, anciens fédérés qui gardent leurs armes, dénonciations dont les autorités sont accablées, police insuffisante, garde nationale lente à s'organiser. Villèle recommandait l'apaisement et l'union, comme Richard en 1800; mais il voulait qu'on ne nommât aux fonctions que des gens à « principes bien connus ». <( Le retour au calme, à la réunion des esprits, la tranquillité et la sûreté publiques dépendent ici presque exclusivement de la confiance que la fermeté du gouvernement donnera en sa durée et sa stabilité; c'est la crainte de la voir se perdre de nouveau qui agite les royalistes ; c'est l'incertitude de sa direction qui donne aux révolution-
1. Cf. lieutenant-colonel Blin, Vie du généra! J. -P. Ramel (1768-1813) (Bull. delà Soc. archéologique du I^ot, t. XX, 1895, p. 57) ; — Druy de Constant-Scrible, La vie du général baron Ramel. Paris, 1912. — ■ De Smti, Le royaume d'Aquitaine et l'assassinat de Ramel (Mém. Acad. Sciences de Toulous?, 1916) ; — H. Ramet, Les cours prévôtales (Rec. Acad. de I,égislaticn, 1928-1929),
2. Cet assassinat rappelle une des pages les plus sombres de l'histoire de notre ville; les débats qui suivirent passionnèrent à juste titre l'opinion publique. I,e 15 août, un rassemblement tumultueux, renouvelé de la veille, s'était formé devant l'hôtel Ramel, sur la place des Carmes, où de nombreux manifestants hurlaient: « A bas Ramel ! à mort Ramel ! ». Malgré les supplications de ses amis, le général, qui travaillait, dans son appartement, à relever sur un plan d'anciennes fortifications, descend vivement ks degrés de son escalier, se présente courageusement à la foule menaçante, qu'il perce jusqu'au milieu de la place : « Me voici Ramel ! que voulezvous de moi? » demande-t-il. Et à peine ces mots sont-ils prononcés qu'un coup de feu l'atteint au bas-ventre. Il chancelle et tombe dans des bras amis. Blessé mortellement, le général est entraîné à l'intérieur de son hôtel où, avec un raffinement de férocité, il est mutilé de mille blessures, encore tout vivant, par une bande de Verdets qui se disputent l'honneur de lui avoir porté le dernier coup. Nombreux étaient les coupabks, mais ils régnaient en maîtres, et six prévenus seulement furent retenus par la Chambre des mises en accusation, pour être jugés par la Cour prévôtale de Toulouse. Cependant, des désordres graves étant à cramdre, la Cour de cassation, conformément à la requête du garde des sceaux, renvoya ks accusés devant la Cour prévôtale de Pau. Accu.illis dans cette ville avec enthousiasme par ks partis ultra-royalistes, plus de trois cents témoins furent entendus, quatre prévenus bénéficièrent d'un acquittement et ks deux autres, Dausonne et Carrière, furent condamnés à la p ine dérisoire de cinq ans de prison. (Henri Ramet. Les Cours prévôtales [Recueil Académie de Législation, loc. cit.]).
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naires l'espoir de nous jeter encore dans les troubles. » I,e peuple, ajoute-t-il, est plus royaliste que la bourgeoisie dans laquelle se recrutera le parti libéral et où vit le regret du drapeau tricolore et de tout ce qu'il symbolise. 1,'état matériel de Toulouse est encore pis. Villèle parle de l'accroissement immense de la misère publique, de la cherté des denrées, du chômage, de la stagnation des affaires ; tout « languit ». Les citoyens abandonnent leur état ou leur propriété « pour courir après les places » (^). Toulouse est sous le coup du désastre
I. 'L/Q comte de Fz7Zè/t', pair de France, né et mort à Toulouse (1773-1854), était, en 1789, aide-major delà division navale commandée par de Saint-Félix, son parent. Dès les événements révolutionnaires, il se retira avec M. de Saint- Félix à l'île Bourbon, où il épousa une créole. En 181 7, il réalisa sa fortune pour rentrer en France et faire exploiter son domaine deMerville, prés Toulouse. Ses sentiments royalistes lui firent accueillir avec enthousiasme les Bourbons. A la Restauration, il se prononça pour un retour complet à l'ancien régime. Ministre en 1821, puis président du Conseil jusqu'en 1828, il engagea l'expédition d'Espagne et ne cessa de manifester son zèle ultra-royaliste. Les lois qu'il fit voter, notamment celles punissant le sacrilège, accordant un milliard d'indemnités aux émigrés, la loi contre la liberté de la presse, etc., soulevèrent l'impopularité contre Charles X. Par la suite, d'autres projets de loi, sur le rétablissement du « droit d'aînesse », celui de « justice et d'amour », furent rejetés par la Chambre des Pairs. Et de Villèle, en vue d'obtenir une majorité plus docile, provoqua la dissolution de la Chambre (novembre 1827); mais le résultat des élections paralysa ses desseins. I,a Chambre nouvelle ne comptait que 128 ministériels sur 428 membres. Il quitta le ministère (janvier 1828) et fut nommé pair de France. Il a laissé ses Mémoires et Correspondances (5 volumes, 1887-1890).
Baron de Montbel. Sous le même ministère de Charles X, le baron de Montbel,né à Toulouse en 1787, fut maire de Toulouse en 1828 ; ardent royaliste, ami du comte de Villèle, député, ministre de l'Instruction publique dans le cabinet de Polignac, puis ministre de l'Intérieur et des Finances, il participa à l'élaboration des ordonnances du 25 juillet 1830 dissolvant la Chambre, modifiant la loi électorale, supprimant la liberté de la presse, provoquant la Révolution de 1830 et l'avènement de Louis-Philippe. De Montbel s'exila avec Charles X à Vieime. Condamné à la mort civile et à la détention perpétuelle, il fut amnistié en 1857 et mourut à Goritz ou Frohsdorf (?) (Autriche) en 1861. Onluidoit un ouvrage surleDuc de Reichstadt (Paris 1882); Dernière époque de l'histoire de Charles X.Ses derniers voyages, samort; ses funérailles ; son caractère et ses habitudes dans l'exil (Paris s. d.) ; Le duc d'Angoulême. Notice sur son exil; son caractère, sa mort et ses funérailles (Paris, 1845). Ses Souvenirs, ont été publiés par son petit fils Guy de Montbel; ils abondent en détails intéressant la vie toulousaine (Paris, Pion, 191 3).
Bernard-Marie- Jules comte de Rességuicr, né à Toulouse le 28 janvier 1788, fils d'Emmanuel marquis de Miremont, procureur général au Parlement de Toulouse, et de Louise de Chastenet de Puységur (descendante du maréclial, petit-neveu du chevalier de Rességuier) (1726-1797), commandeur de l'ordre de Malte à Marseille et général des galères, célèbre par ses épigrammes qui le firent incarcérer au château d'If et à la Bastille. Tandis que le procureur général émigrait en Espagne, Bernard- Jules, le cadet de ses fils, était emprisonné à Toulouse avec sa grand'mère (i793)- Orphelin à douze ans de ses parents et de son aïeule (1800), il entra à l'Ecole militaire de Fontainebleau et fit, comme officier de cavalerie, la campagne de Prusse et de Pologne; assez délicat de constitution, il donna sa démission en 181 1 et épousa Charlotte de Mac-Mahon. Sous la Restaïu-ation, il s'établit à Paris, où son salon devint un centre littéraire ; il se lia avec Guiraud, Soumet, Victor Hugo, collabora à la Muse romaniî'çî^fi (1824), aux Annales romantiques (1825-1830). Ses poésies ont paru
causé par l'explosion de la poudrière (26 juillet 1816). La célèbre affaire des Transfuges est déférée à la cour d'assises de la Haute-Garonne (^). Comme en d'autres temps, on crée des greniers d'abondance, des soupes économiques, des ateliers de charité (1815-1818). Le bilan de l'Empire et des premières années de la Restauration apparaît à Toulouse assez affligeant.
La vie politique II n'entre pas dans notre plan d'écrire une histoire de la après 1815. yjg ^ Toulouse au xix^ siècle; ce serait un travail de longue haleine, dont les sources n'ont été, jusqu'ici, explorées par aucun érudit. Ni sur l'esprit public que révéleraient les rapports préfectoraux, ni sur les partis, ni sur la presse, ni sur les hommes politiques qui ont représenté la ville, ni sur la vie intellectuelle ou économique n'ont paru, jusqu'ici, des études suffisantes et suffisamment nombreuses pour servir de base à une synthèse.
vSous la Restauration, les diverses députations de la Haute- Garonne ont été formées de royalistes ultras ou doctrinaires. La vie politique, plus active que sous l'Empire, est l'apanage des hautes classes ou des bourgeois riches; en 1830 (juin), il n'y a que quatorze cent trente-quatre électeurs pour tout le département de la Haute-Garonne {^). L'Eglise redevient à Toulouse toute-puissante. Elle est représentée par des prélats aristocrates : François de Bovet (1816- 1820), Anne-Antoine-Jules, cardinal de Clermont-Tonnerre (1820-1830), Paul-Thérèse-David d'Astros (1830-1831). Si les ordres religieux ne retrouvent plus dans la cité leur place
en 1828 {Tableaux poétiques), en 1838 {Prismes poétiques) et après sa mort (7 septembre 1864), en 1864 {Dernières poésies).
Baron Desazars de Monigaillard (i 754-1 833), ancien avocat au Parlement, d'un grand talent oratoire, chargé de la reconstitution de la Coiur d'appel dont le premier il fut le premier président.
1. Vingt-six Français, enrôlés parmi les soldats des Cortès, sont poursuivis pour avoir pris part aux mouvements libéraux qui se manifestaient en Espagne, contrairement à l'ordonnance de Louis XVIII, du 10 avril 1823, défendant aux Français de combattre contre le trône d'Espagne. Inculpés « d'avoir porté les armes contre la France depuis l'entrée des troupes françaises en Espagne et les hostilités commencées », ils furent acquittés.
2. On sait que, pour être électeur, il fallait payer 300 francs de contributions directes.
d'autrefois, les Pénitents se reconstituent, les congrégations enseignantes ou charitables rentrent ou s'établissent : les dames du Saint-Nom-de- Jésus, rue de Nazareth, puis rue des Régans; les Bénédictins, place Saint-Sernin (ancien hôtel du Barry) ; les sœurs de la Charité de Notre-Dame-de-Toulouse, à Saint- Antoine du Salin. Au Grand-Séminaire s'ajoute, en 1829, ^^ Séminaire de l'Esquile ou Petit-Séminaire; les missions s'orga-
EnlrJe Je la Duché Jôe Du Berry ( iS-j>\)
(Musée des Toulousains de Toulouse)
nisent pour expier les erreurs passées, pour fortifier l'esprit religieux ; des croix se dressent pour les rappeler sur les places publiques. Mais l'union du « trône et de l'autel » n'est pas acceptée par tous les Toulousains; il existe un parti libéral, composé de bourgeois, avocats, médecins, commerçants, nourri des souvenirs de la Révolution et de l' Empire (^).
I. Cour prévôtale. — De 1816 à 1818 a fonctionné à Toulouse la Cour prévôtale organisée par la loi du 20 décembre 1815 et dont l'établissement comme la suppression s'expliquent par des circonstances politiques. Cette Cour eut tme existence éphémère comme les passions de partis auxquelles elle dut sa création. Son installation fut l'occasion d'importantes manifestations de zèle monarchique ; elle eut lieu le 30 avril 1816, dans la grande salle du Palais de Justice du tribunal décorée de festons et de guirlandes de laïuders. I^e buste de I^ouis XVIII, qui dommait le prétoire, portait ime comronne de chêne et de laiurier. I,a cérémonie était présidée par le premier président de la Cour d'appel Hocquart ayant à sa droite le président de la Cour prévôtale et trois juges, à sa gauche, le prévôt comte Paul de Boufîard-ÛIa-
La Monarchie ly' annonce des journées de Juillet provoque une grande
de Juillet. émotion et une effervescence populaire (3 août). Au cri de « Vive la Charte ! », des attroupements arrachent les fleurs de lis et arborent le drapeau tricolore qu'on hisse sur le Capitole après l'arrivée du courrier apportant la proclamation du duc d'Orléans. La ville se rallie au nouveau roi lyOuis-Philippe, qu'une députation de la municipalité provisoire va féliciter à Paris (25 août). A Joseph Viguerie, chef de la municipalité provisoire du 9 septembre, libéral du « mouvement )>, succède (27 décembre 1831) de Malaret, l'ancien ministre de l'Empire. lyC personnel politique est composé, en général, de survivants de cette époque : Abolin, Caffarelli, Clauzel, le général Pelet, Charles de Rémusat. Le culte de Napoléon est, du reste, populaire chez nous comme partout en France; son médaillon, par Griffoul-Dorval, orne le fronton du Capitole (3 août 1833) ; son nom est donné au boulevard actuel de Strasbourg et le nom d'Arcole à celui qui le suit. On élève un monument au brave Dupuy (1831) et l'obélisque commémoratif de la bataille de Toulouse, où fut gravée cette inscription : « Aux braves, morts pour la Patrie » (28 juillet 1838). Les passions politiques, étouffées sous la Restauration, ont repris leur vivacité. L'enseignement religieux, attaqué et compromis, eut comme intrépide défenseur Monseigneur d'Astros, archevêque de Toulouse, énergique et de grande autorité. Le 21 janvier 1831, les légitimistes toulousains, encore nombreux et puissants, célèbrent, malgré la municipalité, l'anniversaire de la mort de Louis XVI
diane et l'assesseur. Tous les membres du Tribunal civil, le parquet, les juges de paix, assistaient à l'installation. I,e commissaire reçut le serment des magistrats; diverses allocutions fiurent prononcées et la Cour prévôtale fut déclarée légalement constituée. Trente et une affaires furent portées devant elle.I,es principales visent le crime de rébellion armée; celles proprement politiques sont peu nombreuses; on n'en saurait être surpris, la rigueiur des peines édictées par les lois de la Chambre introuvable et l'appareil, à tout prendre, redoutable des tribunaux prévôtaux, étaient faits pour décourager les velléités de manifestations bruyantes contre le gouvernement établi. La Cour prévôtale disparut à la fin de l'année 1817, ainsi que les Cours spéciales de 1808. A ce moment, la Restatu-ation paraissait affermie. Elle avait libéré le territoire occupé par les armées étrangères, acquitté la lourde contribution de guerre de 1815 repris sa place dans le concert européen, fixé le statut électoral. 1,'esprit qui avait inspiré la création des tribimaux prévôtaux, le sens des représailles, la volonté de royaliser la France par la terreur, avaient fait place à des sentiments plus sages. Les royalistes eux-mêmes accueillirent avec satisfaction la disparition de ces tribunaux impopulaires et il n'en est resté que le souvenir d'une juridiction de circonstance, contre-révolutionnaire dans son essence, qui a rempli avec plus ou moins de sévérité l'objet pour lequel on l'avait établie. Henri Ramet, [Les Cours prévôtales, loc. cit.).