‹ Histoire de ToulouseChapitre 293 sur 317 · LA VIE ÉCONOMIQUE · texte numérisé non relu

LA VIE ÉCONOMIQUE

La population, Par contre, l'activité économique n'a repris que lentement

et tardivement. Centre d'une région exclusivement agricole, Toulouse n'a pas connu le rapide développement et l'enrichissement des centres industriels du Nord et de l'Est. Sa population, dans la première moitié du xix^ siècle, n'a progressé que lentement ; de 1807 à 1832, elle n'a gagné que 7.000 habitants ; son département demeure encore rural, avec un fort excédent de naissances et un accroissement de 15.50 % 6"- vingt-cinq ans (18 21 -1845) {^). L'augmentation de la population toulousaine commence avec la monarchie de Juillet; en 1851, on compte 93.379 habitants; en 1865, 118.229; à la fin du xix^ siècle et jusqu'en 1914, environ 149.000 habitants, chiffre inférieur à la population réelle, mais maintenu pour des raisons financières. Cette augmentation s'explique par l'exode de la campagne vers la ville: Toulouse est un centre d'attraction pour les régions pauvres des Pyrénées, de la Gascogne, du Quercy, du Rouergue et de l'Albigeois. Tandis que la ville se peuple, le département, dans son ensemble, se dépeuple; de 1845 à 1865, il augmente encore sa population de 2,50 %, mais à partir de 1865, l'excédent des décès sur les naissances s'accentue; de 1886 à 1921, la population a fléchi de 14 %, compte tenu des 11.335 victimes de la Grande Guerre. Depuis cette immense catastrophe, Toulouse a accru considérablement sa population; elle comptait, en 1921, 175.434 habitants; elle atteint aujourd'hui près de 200.000 habitants; si ce rythme d'accroissement se maintient, elle comptera bientôt la moitié des habitants du dépar-

1. Desazars de Montgaillard. La contribution des artistes toulousains à l'art français du xrx« siècle (Mém. de l'Académie des Sciences, 1919). — Saint-Raymond. L'Ecole des Beaux-Arts de Toulouse après la Révolution (Ibid., 1921).

2. V. G. Gallon. Le mouvement de la population dans le département de la Haute- Garonne au cours de la période 1821-1920 et depuis la fin de cette période (Bulletin de la Société de Géographie de Toulouse, août-septembre 1932).

tenient (^), dont le nombre total diminue constanmient (2.000 unités de 1882 à 1932) par l'excédent des décès. Une des raisons qui expliquent le développement urbain, relativement rapide, est l'immigration étrangère, phénomène tout récent, lui-même causé par les progrès de l'industrie; peu important avant la guerre, le nombre des étrangers est monté après la guerre à 10.977 (1921), 22.796 {1926) et 30.936 (1931) pour le département. L'immense majorité de ces immigrants, dont 85 % sont Espagnols, réside à Toulouse.

Dans la première moitié du xix*^ siècle, l'industrie a gardé L'industrie. le caractère de l'ancien régime : de petites entreprises, adaptées à la consommation locale, un artisanat, patrons et ouvriers de condition médiocre mais aussi garanti contre la misère sociale qui a accompagné, ailleurs, la naissance et le développement du machinisme. Peu à peu, cependant, des industries se sont installées, attirées par un centre populeux où la maind'œuvre pouvait se trouver à assez bon compte, où le combustible pouvait venir, à peu de frais, des mines du Rouergue ou de l'iVlbigeois ou même, par voie d'eau, de l'Angleterre. En dehors des vieilles manufactures d'Etat, qui se sont progressivement modernisées (Arsenal, Tabacs), ce furent surtout des ateliers destinés à alimenter une région agricole, non seulement le haut Languedoc, mais aussi le bas pa3"s devenu un puissant réservoir de vins et de capiteux : fabriques de machines agricoles, de matériel viticole, particulièrement de bouillies cupriques. D'autres industries sont nées du pays lui-même : fabriques de pâtes alimentaires, de gluten, d'amidon, de conserves de légumes, de cornichons, de foies gras. L'industrie du meuble a pris un assez bel essor; elle est liée, à ses origines, à la présence dans la région de bois d'ébénisterie (le noyer); le meuble de Toulouse se vend, du reste, dans toute la France. Les industries de confection (lingerie, vêtements, bonneterie, chapeaux et casquettes) alimentent surtout les régions avoisinantes. La grande guerre a accéléré l'équipement industriel de Toulouse en accroissant sa population; elle y a laissé une grande usine d'Etat, une des plus

I. En 1926, la population rurale ne forme plus que 51,8 % du total départemental ; les autres villes du département sont très peu peuplées. Toulouse absorbe la presque totalité de la population urbaine. I^e dernier recensement, qui a eu lieu en 193T, donne comme chiffre des habitants de Toulouse : 194.564.

considérables de France, pour la fabrication de l'azote, des engrais azotés et, éventuellement, des explosifs, et aussi d'importants ateliers de fabrication de matériel pour l'aviation dont la ville est un centre essentiel. La situation de Toulouse, au débouché des vallées des Pyrénées centrales, en fait aussi un centre d'industrie hydro-électrique; elle reçoit de la vallée de la Neste, de celle de l'Ariège, même du Massif Central, des lignes à haute tension qui favorisent l'établissement des usines. La fondation de l'Institut électrotechnique et de mécanique appliquée (^) (1906), un des plus anciens et des mieux outillés de France, marque l'union étroite de la science et du travail industriel, de même que celle de l'Institut de Chimie agricole, si nécessaire dans une région de sol fécond et de productions riches et diverses, a valu à son fondateur et animateur, Sabatier, membre de l'Institut, une réputation universelle. Le développement de l'industrie a amené celui de la classe ouvrière, organisée à partir de 1878, formée en syndicats (1889), avec sa Bourse du Travail, d'abord, voyageuse, établie le 12 juillet 1892 dans les anciens locaux des Frères de la Doctrine chiétienne, place Saint-Sernin (^) ; Toulouse est devenue le centre du mouvement ouvrier dans le Sud-Ouest : le 13 août 1913, l'Union des S3mdicats de Toulouse, de la Haute-Garonne et du Sud-Ouest s'est transformée en Union départementale des Syndicats de la Haute-Garonne. Les municipalités toulousaines ont été souvent composées de socialistes ; ces démocratiques capitouls, bien que tournés vers l'avenir, préoccupés surtout de l'instruction du peuple (^), de la fondation de cours professionnels et de la construction de maisons ouvrières, n'en gardent pas moins un respect intelligent du patrimoine de civilisation et d'art que représente le passé.

Le commerce. Le commerce, resté stagnant sous la Restauration et sous

Louis-Philippe, reprend quelque activité dans la seconde moitié du xix^ siècle. De 1838 à 1856 est creusé le canal Latéral, ouvrage inférieur au canal du Midi, mais qui établit, au grand avantage de Toulouse, une voie d'eau ininterrompue de l'Océan à la Méditerranée. Malheureusement, ces voies d'eau

Page 1