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TRANSFORMATIONS MATÉRIELLES

Le xix^ siècle et le xx^ siècle furent, pour Toulouse, ceux des grandes transformations urbaines. La ville ancienne a été en partie démolie, trouée de grandes percées. Beaucoup de monuments du passé ont disparu, dont certains auraient pu, sans faire de tort à l'urbanisme, être conservées.

Si la Révolution n'a pas matériellement changé l'espect de Sous la Révolution

la ville, elle en a bouleversé le caractère démographique par la i,^ •

, . sous 1 Empire,

désaffectation des biens de l'Eglise et des émigrés; elle a aussi

changé les noms traditionnels des rues, parfois des quartiers ; elle a négligé la voirie et laissé tomber en ruines bien des bâtiments. L'Empire coïncide avec un début de restauration urbaine. En 1806 (7 avril), sur l'initiative du Journal de la Haute-Garonne (30 janvier), les anciens noms des rues sont rétablis, sauf quelques-uns qui subsistent de la période directoriale (rues de la Fonderie, du Musée, de l'Echarpe) et quelques

I>e quartier du Saline

^lace des Carmes.

Eglises

désafiEectées.

Préfecture.

Couvents.

Collèges.

innovations (rues Clémence-Isaure, ex-rue de Najac; Fermât, ex-rue des Nobles ; Rivais, ex-rue Négogoussés ; Catel, ex-rue St-Etienne ; Darquier, ex-rue de la Sénéchaussée puis I.atomy) . Des plaques de faïence furent posées en 1815, des numéros attribués aux maisons (numéros impairs à gauche en descendant le fleuve ou en partant de lui; la couleur jaune étant pour les rues parallèles à la Garonne, la couleur blanche pour les voies obliques ou perpendiculaires). I^a ville est toujours éclairée par les quinquets ou réverbères à l'huile.

Le quartier du Salin ne change guère; les deux places projetées en l'an VII (une ovale à l'intérieur des murs, une circulaire à l'extérieur), l'arc de triomphe qui devait les réunir, sont restés à l'état de projet, mais, dès 181 1, commencent à disparaître les vieilles constructions de l'enclos du Palais. La Trésorerie, vendue comme bien national, a été découronnée, privée de ses créneaux en 1806; les religieux de Notre-Damede-la-Charité s'y installent pour acheter, l'année suivante, la chapelle de Saint-Antoine du Salin (qui fut consacrée à saint François de Sales). La Monnaie subsiste et l'atelier monétaire fonctionne jusqu'en 1837. Le vieux Palais reste encore debout, avec ses bâtiments incohérents, et abritera les tribunaux révolutionnaire et impériaux. La chapelle Saint-Barthélémy, vendue comme bien national, et déjà ruinée en 1789, est démolie pendant la Révolution.

Le couvent des Grands Carmes, vendu le 14 mars 1789, fit retour à l'Etat, l'acquéreur n'a^-ant pu payer. Depuis longtemps, il était condamné par l'Administration, qui voulait le démolir. En 1807, église et bâtiments claustraux sont vendus à la ville pour 66.000 francs; le tout disparut pour la création de la plus vaste place que Toulouse possédât alors. En 1813, le marché aux légumes, précédemment place du Capitole, puis place Rouaix, s'y installe. L'église Saint-Pierre- Saint-Géraud, désaffectée en 1789, devenue un entrepôt de grains, fut rendue au culte en 1800, désaffectée de nouveau et cédée à la ville en 18 15. Le couvent de la Trinité avait été vendu à deux négociants; l'église fut abattue en 1798. L'hôtel de Pins, saisi comme bien d'émigré, devint la poste aux lettres, transportée (28 septembre 1805) dans l'ancien couvent des Ursulines, acquis sous la Révolution par Jean Mammi-

gnard (i). lyC cloître Saint-Etienne et l'église Saint- Jacques furent démolis en 1812, année où fut aménagée la Manufacture des Tabacs dans le bâtiment des Bénédictins de la Daurade, occupé auparavant par Boyer-Fonfrède. La place de la Liberté (du Capitole) est agrandie. En 1808, un plan fut élaboré pour la création d'un vaste carré à trois côtés d'architecture uniforme comportant des maisons à arcades; ce plan ne sera exécuté qu'avec une extrême lenteur; en 1811, seul, le côté sud est bâti. L'aile gauche de l'Hôtel de Ville s'enrichit de la Salle du Trône, construite en vue de la visite impériale.

Napoléon, par son décret du 27 juillet 1808, a donné leur affectation définitive aux bâtiments nationaux non aliénés, qu'il a cédés à la municipalité et qui, déjà, étaient utilisés par les diverses administrations. L'ancien archevêché devint la préfecture (l'administration du département, d'abord installée à l'hôtel du premier président; l'archevêché, déjà assigné en 1802 à Monseigneur Primat, comme résidence) ; le couvent des Théatins devint le siège de la division militaire et le bureau de recrutement; les Chartreux, l'Arsenal; les Capucins, l'Ecole d'artillerie et, sous la Restauration, le parc d'artillerie; le couvent des vSalenques, l'ex-noviciat des Jésuites, les séminaires Calvet et Saint-Charles, des casernes, ainsi que les Jacobins (^) ; le couvent Notre-Dame-du-Sac devint l'Hôpital militaire; les collèges de l'Esquile, Périgord et une partie des Carmélites furent affectés par la ville aux Séminaires. Les Augustins et les Carmes déchaussés, devenus propriétés municipales, furent, les premiers, le Musée et l'Ecole des Arts (jusqu'en 1804 au Petit- Versailles, rue Villeneuve); les seconds, le Jardin botanique et, plus tard, le Muséum. Les bâtiments, le cloître et les jardins de l'abbaye de Saint-Sernin, cédés à la ville, furent démolis pour dégager la place autour de la basilique. La Faculté de Théologie catholique fut affectée au Consistoire protestant (17 juillet 1809). L'église Saint-Jérôme, ex-Pénitents bleus, fut rendue au culte en 1802.

1. C'est lui qui a construit la façade actuelle, 13, rue Sainte-Ursule, avec les balcons en fer forgé portant son nom et la date : an VIII de la République française.

2. Le noviciat fut la caserne de la Mission. Les Jacobins deviennent une caserne de cavalerie; le sol fut exhaussé en 181 2; on enleva les vitraux, qui furent cassés et entièrement détruits pendant l'enlèvement.

Sous la Restauration.

La démolition

de

l'enceinte.

Le plan

des Fontaines.

Durant la Restauration, les travaux entrepris sous l'Empire se poursuivent avec lenteur et sans continuité ni méthode. En 1823, le côté nord de la place Royale (du Capitole) est construit, sans arcades, comme le côté sud. En 1820, l'architecte Laffont est chargé de la reconstruction du Palais ; mais il faut attendre jusqu'à 1828 pour que recommencent les démolitions amorcées par l'Empire.

Un plan d'alignement et de façades imif ormes fut adopté, en 1825, pour la place des Carmes (devenue place Bourbon), mais ne fut pas réalisé, non plus que l'édification, en son centre, d'une statue d'Henri IV ou d'une fontaine monumentale; la place resta occupée par des baraques et échoppes. De même, de 1827 ^ 1830, la ville achète des maisons pour agrandir l'entrée de la rue du Pont-Neuf (ancienne rue de la Trilhe), mais ne pousse pas plus loin la jonction, par une large voie, avec la Pierre, jonction que la Révolution avait déjà projetée. Enfin, au Salin s'amorce aussi la transformation du vieux quartier du Parlement par la construction de la prison Saint- Michel (emplacement delà gendarmerie) , en 1824, et la démolition de la Chambre criminelle (1826). De 1815 à 1828, s'aménage la place de la Bourse dans sa forme actuelle. On se préoccupe surtout de restaurer les symboles de l'ancien régime, de doter la place Mage d'une colossale statue en stuc, de lyOuisXIII, par Griffoul-Dorval, statue qui tombe bientôt en poussière et qu'on n'eut pas le temps de remplacer par du marbre; de rétablir, sur l'arc de triomphe du Pont-Neuf, l'autre statue du même roi détruite par la Révolution; d'établir le Grand Séminaire aux Carmélites et le Petit à l'Esquile; d'achever la Daurade, à laquelle on travaillait depuis le 15 mai 1773; de reconstruire, en 1818, la Manufacture des Tabacs détruite par un incendie ; de bâtir la chapelle Sainte- Anne sur l'emplacement de la vieille église Saint- Jacques.

Cependant deux faits importants signalent cette période : c'est d'abord, à dater de 1826, la démolition des fortifications, désormais inutiles, et qui, sur bien des points, tombaient de vétusté; on ne conser\^a que la portion des murs qui enveloppaient l'Arsenal, du côté de la campagne; ils subsistent encore. I^a porte de l'Inquisition et la porte Montgaillard ne furent démolies que plus tard. I^e caractère de la ville, de ce

fait, fut profondément modifié; elle se trouvait ainsi reliée directement aux faubourgs (Saint-Michel, Saint-Etienne, Saint- Aubin) et pouvait s'étendre dans de grands espaces libres, à peine construits et peuplés de jardinets. En 1825 s'achevaient les allées qui partaient de la porte Villeneuve pour atteindre le canal; à leur départ s'aménageait un rondpoint, complétant la demi-lune déjà tracée au temps de la Révolution (7 pluviôse an V) , qui devait être bordée de maisons du même type architectural avec des arcades à la base; ce furent la place et les allées d'Angoulême, devenues, en 1830, la place et les allées I^a Fayette (place Wilson et allées Jean- Jaurès). D'autre part, le problème de la distribution d'eau potable, si souvent posé au xviii^ siècle et jamais résolu, reçut sa solution, à dater de 1825, par la construction du vieux Château d'Eau (entrée du cours Dillon), inauguré le 5 mai : c'est le plan de Jean Abadie (1818) pour la création des fontaines publiques, réalisé, place de la Trinité (dégagée en 1820 dans son aspect actuel), par la fontaine d'Urbain Vitry (4 novembre 1826) et par celle de la place Roiiaix (ig janvier 1828) (^). Mais la municipalité ne dota de fontaines, comme on le proposait, ni la place vSaint -Georges, ni la place Bourbon ou dos Carmes, ni la place Dauphine (actuellement Dupuy). On peut le regretter; la fontaine d'Urbain Vitry est charmante et donne à la petite place triangulaire de la Trinité la fraîcheur intime d'un coin de Rome.

C'est le quartier du Salin qui a été le plus modifié sous Louis- Sous

Philippe; en 1833, 1^ Cour d'appel était terminée; en 1837, on la^ Monarchie entreprend la construction de la Cour d'assises; en 1845, celle du Tribunal de première instance, sur l'emplacement du Château Narbonnais. Cette année-là sont abattues les portes de l'Inquisition et de Nicolas de Verdun. Il reste encore, au milieu de la place actuelle, le moulon de « la Monnaie ». C'est dans cette période que furent commencés les boulevards Saint- Aubin et Napoléon (Strasbourg). En 1830, après la Révolution, le Conseil municipal demanda à Griffoul-Dorval, statuaire officiel de la ville (i8io-i86o),de mettre en place la statue de

I. Dont l'auteur est l'architecte A. Raynaud, successeur de Virebent à la chaire de perspective de l'Ecole des beaux-arts. Voir D'' Mandoul, Les eaux d'alimentation de Toulouse; histoire, Paris, 1898, in-S".

de Juillet.

Paul Riquet qui devait être érigée place Saint-Etienne; c'est cette statue qui, finalement, trouva sa destination au bout des allées Lafayette (1853). I^a même année s'éleva la Caisse d'épargne, place de la Bourse (ultérieurement, rue Boulbonne, 16, puis rue des Arts, rue Cantegril, rue Riguepels et, enfin, rue de Languedoc en 1909) ; c'était la première insti-

Pholo Labouche Fn

Co/onii!- àe iSi^ (Bataille de Toulouse)

tution de ce genre à Toulouse. De 1832 à 1834 s'édifie l'Ecole vétérinaire, au bout des allées I^afayette, ci-devant d'Angoulême (allées Jean-Jaurès), remplaçant un local loué depuis 1828, rue des Trente-vSix- Ponts, à Saint-Michel. Les deux colonnes qui encadrent le pont des Minimes, sur le canal, sont élevées en 1832. En 1833, en vertu de la loi Guizot, s'ouvrit la première Ecole normale primaire, rue Saint- Jacques, n^^ 3 et 5 (aujourd'hui Inspection académique et Assistance

pLibliqne). En 1836 s'élevait le nouvel hôtel de la Bourse, sur la place créée de 1815 à 1828 {^). En 1831, sur l'ancienne place Dauphine, avait été élevée la colonne en l'honneur du général Dupuy et de la 32^ demi-brigade, colonne surmontée d'une Renommée qui n'est autre que dame Tholose, la girouette du Donjon. En 1839 (le 28 juillet) était inauguré, sur la hau-

Photo Laboucbe Frères

Colonne du Général Dupuy (Halle aux Grains)

teur du Calvinet, l'obélisque commémoratif de la bataille. Tout près de là, de 1841 à 1847, fut édifié le nouvel Observatoire, qui remplaça celui de la rue des Fleurs (^). Le cimetière de Terre-Cabade est inauguré en 1840; le quai de Tounis et les casernes d'artillerie sont construits. En 1843, le canal du Midi est redressé dans sa partie comprise entre la rue de la Colom-

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