De gueules à trois fasces d'hermine
3. Une de ces colonnes avec le blason se trouve à l'Institut catholique.
4. Raimon V y promet de ne favoriser personne, de ne plus faire des accords avec un parti contre un autre, de faire impartialement justice, de faire droit aux sentences des consuls; ceux-ci lui jurent fidélité, promettent de ne s'en jamais départir. Amnistie est prononcée pour tous les faits, violences, meurtres, incendies, destruction de récoltes. ly'archevêque Fulcrand délie de tout serment d'union ; on s'engage à remettre aux consuls les instruments écrits de toutes ces ligues, qu'on détruira solennellement. Excommunication contre qui refusera de se soumettre à ces décisions {Histoire de Languedoc, VII, 213; — Sur la commune de Toulouse, E. Roschach; — I,imouzin-I,amothe, La commune de Toulouse, 127 sq.).
tiques semblent avoir été fort vives chez nos ancêtres; et c'est un trait du caractère toulousain qu'on retrouverait aujourd'hui imitatis mutandis.
Pour connaître l'état de la société toulousaine à cette lointaine époque, nous possédons un document précieux, qui est la Coutume de Toulouse, telle qu'elle fut définitivement arrêtée et promulguée le 6 février 1286, pour servir de loi civile à notre cité jusqu'à la Révolution (^). Ce document vénérable ne fait que codifier les usages en vigueur depuis de longs siècles et qui remontent, pour une bonne part, à l'époque gallo-romaine et wisigothique i^). Il laisse l'impression d'une société où l'inégalité des conditions est bien moindre que dans le Nord; la Coutume ne parle guère des gentilshommes, mais elle assimile les chevaliers aux bourgeois; entre ces deux classes, la différence est infime. Les serfs, homines de corpore, y sont mieux traités qu'ailleurs; ils peuvent posséder un casai {casalagium) ou même un fief ou un alleu; ils peuvent disposer de leurs biens meubles : le maître ne peut les prendre ou les saisir sans une décision de justice, au moins dans l'enceinte de la ville et l'étendue de la Salvitas. La propriété libre ou alleu, qui a disparu dans le Nord, devant le fief, est dans la région presque la règle; le fief lui-même n'a pas la même nature que dans le Nord; beaucoup de terres ainsi nommées ne sont soumises à aucun hommage ni au service d'ost ou de justice, mais seulement à des redevances annuelles ou des droits de mutation. Le droit de propriété est donc très étendu; le testament, avec ses formalités simplifiées par les consuls (^), est d'un usage plus courant que dans le reste de la France. Cette société, moins hiérarchisée, beaucoup moins féodale que celle du Nord, est aussi moins sauvage. La procédure de la Coutume ignore le duel judiciaire et les ordalies ou épreuves par le feu ou l'eau; elle n'admet que le témoignage écrit ou le serment. Toulouse est
Coutume de Toulouse.
Condition des personnes et des biens.
1. Voir Tardif, Coutumes de Toulouse, publiées d'après les manuscrits 9187 et 9993 du fonds latin de la Bibliothèque nationale, Paris, 1884; — Le droit privé au XIII^ siècle d'après les coutumes de Toulouse et de Montpellier, Paris 1886.
2. Tardif signale l'analogie de la Coutume, sur bien des points, avec des dispositions de la Lex romana Wisigothorum, elle-même parfois inspirée par la législation ou la jurisprudence antérieures à Justinien et au Corpus juris romani.
3. lycs dnq témoins indispensables sont réduits à deux ou trois par tme décrétale d'Alexandre III; les consuls supprimèrent même la présence du curé.
hospitalière aux étrangers, qu'elle traite comme ses burgenses, et pour devenir citoyen et jouir de privilèges déjà enviables, il suffit de déclarer qu'on veut habiter cette ville : elle est large et protectrice pour la femme qui peut avoir une dot et disposer à sa guise de son avoir par testament, ainsi que pour les mineurs pourvus d'un spondarius ou tuteur. Au total, malgré de nombreuses ressemblances avec les usages du reste de la France, il semble que la société toulousaine du xiii^ siècle se distingue de celle du Nord par un certain sentiment démocratique, fruit du caractère local, vestiges aussi du droit antique combiné avec le droit coutumier, et aussi par une plus large humanité.
Facilité Kn fait, ce qu'on sait de la vie sociale, par la littérature
des mœurs. poétique, nous suggère le tableau d'une existence aimable et insouciante, confortable et légère, qui évoque, avant l'albigéisme, la fameuse « douceur de vivre » de Talleyrand.
lya cour des comtes était fameuse par son faste; en 1174, à l'occasion de l'entrevue, à Beaucaire, de Raimon V et du roi d'Aragon, le comte de Toulouse fit à son hôte une réception d'une somptuosité extravagante. Raimon VI, comme son père, aimait le luxe et les fêtes; ce prince, dépensier, sensuel, mais tolérant et indulgent aux hommes, courageux, ami de la paix, peu autoritaire et assez irrésolu, conquit la sympathie de ses sujets, non seulement parce qu'il fut malheureux et personnifia la patrie opprimée par les hommes du Nord, mais aussi parce que ses goûts et son caractère étaient bien de chez nous. Les Toulousains, peu rigoristes de leur naturel, pardonnaient aux vSaint-Gilles leur goût pour le beau sexe. Raimon V avait mené mie existence fort peu exemplaire. Raimon VI épousa successivement cinq femmes, dont deux furent répudiées (^). C'est que la femme était alors la déesse de Toulouse; et son culte n'était pas toujours platonique. « Amour me fait chanter et esbaudir », disait le troubadour Raimon de Mira val. <( Tout ce qu'on fait par amour est bien », écrit-il ailleurs. Cette morale était celle de
I. Sa première femme fut Ermessinde de Pelet, morte en 1176. La deuxième, Béatrix, sœur du vicomte de Béziers, répudiée en 11 93; la troisième, la fille du roi de Chypre, répudiée en 11 96; la quatrième fut Jeanne d'Angleterre, sœur du roi Richard, morte en 1199; la cinquième, enfin, I,éonor d'Aragon, sœur du roi Pierre II.
toute la société toulousaine des nobles et riches bourgeois; la femme demeurait la grande affaire en un temps où les poètes la célébraient à l'envi et où la richesse entretenait le luxe en créant des loisirs.
Toulouse fut, en effet, avant l'albigéisme, un foyer extrêmement brillant de la poésie méridionale. I^es troubadours se donnèrent rendez-vous à la cour des comtes, qui furent leurs protecteurs et, parfois, ne dédaignèrent pas de s'essayer dans l'art de la chanson ou du sirventes (^). Le duc d'Aquitaine Guillaume IX, qui posséda Toulouse pendant une assez longue période, écrivit onze pièces; il nous en reste une de Raimon VI. Ces puissants seigneurs se liaient d'une amitié fraternelle avec des troubadours, au point d'adopter le même surnom; ce fut le cas de Raimon V et de Bernard de Durfort, qui avaient adopté le nom d'Albert; de Raimon VI et de Raimon de Miraval, qui s'appelaient tous deux Audiart; ces deux derniers étudiaient en commun « l'art d'aimer », car Raimon VI, si nous en croyons son ami, « fut bon en galanterie ». Les poètes vivaient ainsi en contact perpétuel avec leurs protecteurs; ils osaient adresser leurs hommages aux femmes de leur famille; le troubadour périgourdin Arnaut de Mareuil soupira pour la belle Azalaïs, sœur de Raimon VI et femme de Rogier II Taillefer, vicomte de Béziers et de Carcassonne, qu'elle préféra au poète. Raimon de Miraval s'éprit secrètement de dona Léonora, femme du comte et sœur du roi d'Aragon. Puis il lui arriva de découvrir une beauté rare, Azalaïs de Boissezon, femme d'un seigneur de
La poésie.
Les troubadours
à la cour des comtes.
I. Dans le Limousin, qui n'était, il est vrai, qu'une province du Midi, et dans les régions voisines (Poitou et Saintonge), sont nés les plus grands et les premiers troubadours. C'est le dialecte de cette province qui est devenu de bonne heure la langue classique de la poésie provençale et U l'est resté jusqu'à la fin. A. Albert les appelle les chantres de la galanterie. Créateurs d'un nouvel art poétique, ils modulent sans fin l'ivresse et les peines de leurs moUes émotions; ils semblent ne respirer d'abord que la volupteuse vie des sens, qu'ils excellent à bien trouver; et quelle variété d'accords pour célébrer les impressions amoureuses ! 1,'amour est le mobile de leurs vers. Ils prodiguent galants triolets, tensons courtoises; ils dictent les gracieux couplets de la pastovurelle, la ballade et les rondes qui embellissent la danse des jouvencelles, et ces cansos dont ime douce voix, la voix d'un amant, relève la mélodie, et ces sormets qui volent, légers et faciles, sur mi lutli harmonieux, le luth d'un troubadour; l'amour éveille, au point du jour, la joyeuse aubade, salut de l'étoile matinale rafraîchie par l'aurore, dont chaque,note est un soupir du cœur; à la nuit tombante, pour fêter le retour du soir, il inspire la sérénade, dernier regard du soleil, dont chaque vers est le fruit d'un sentiment.
Lombers en Albigeois, et de présenter sa dame à son protecteur et à d'autres grands seigneurs qui se déplacèrent pour admirer cette merveille. Mais ces poètes ont joué parfois des rôles plus nobles et sont demeurés fidèles à leurs mécènes dans le temps de leurs infortunes. On n'en cite qu'un qui se soit rallié à Simon de Montfort.
Citer les troubadours protégés des comtes serait presque faire l'histoire de la littérature méridionale. Marcabrun et Giraud le Roux fréquentèrent la cour d'Alfonse-Jourdain. Bernard de \^entadour séjourna auprès d'Aliénor d'Aquitaine, puis auprès de Raimon V ; il y put rencontrer Peirè Rogieret Folquet, de Marseille; celui-ci, ayant brûlé de feux profanes pour Azalaïs, fille de Barrai, vicomte de Marseille, se retira du monde après la mort de Barrai et de Raimon V, ses protecteurs; il devint abbé du monastère cistercien du Touronet, dans le diocèse de Fréjus; nous le retrouverons, en 1205, évêque de Toulouse et l'un des plus fougueux adversaires de Raimon VI. Ugo Brunenc, de Rosas, Bernard de Durfort furent aussi des habitués de la cour de Raimon V. ' A la même époque, Peire Ramon, né à Toulouse, chantait dans ses vers une noble dame de la ville, dont nous n'avons pu percer l'incognito. Peire Vidal, son contemporain, est plus célèbre encore. Ce Toulousain, enfant du peuj^le, poète né, promène sa muse à la cour d'Aragon, en Provence, jusqu'en Orient, où il épouse une Grecque. Il conquit par sa vie privée une réputation d'extravagance; il aima la « Louve de Penautiers )), femme d'un seigneur de Cabaret, que Raimon de Miraval honora d'hommages moins platoniques et qui eut un bâtard de ses relations avec le comte de Foix. La mort de Raimon V lui inspira une élégie grandiloquente. Raimon VI accueillit près de lui Raimon de Miraval, Aimeri de Péguilhan, qui chanta Eléonore d'Angleterre, « la reine de Toulouse », Aimeri de Belenoi, Adhémar le Nègre. Enfin, le moins inspiré n'est pas le troubadour inconnu qui a écrit la seconde partie de la Chanson de la croisade (^), si précise, si vivante, si pénétrée de patriotisme local et d'attachement pour les comtes Raimon VI et Raimon VII, dont le poète fut certainement un protégé. Il y eut même une poétesse, dont fut le chevalier
I . La première partie, la moins intéressante, est l'œuvre du clerc Guillem de Tudela.
servant Bernard- Arnaud d'Armagnac, frère du comte Géraud, et dont un manuscrit du Vatican nous a conservé quelques vers (^).
« Si l'on ne veut pas entendre de chansons, qu'on s'éloigne Charme de la vie de notre société; car je chante pour réjouir mon cœur et avant
pour l'agrément de mes compagnons. » Ainsi s'exprime Raimon de Miraval. Pour tous ces rossignols qui s'égosillaient sans souci des heures, la croisade devait sonner un terrible réveil. A la veille de la catastrophe, ils chantaient encore. Le rude gantelet de Montfort interrompit à jamais leurs chants en ruinant et le pays où s'alimentait leur inspiration et la dynastie qui avait tant fait pour la poésie et les poètes.
BIBUOGRAPmE
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— T. V (1875) ; Preuves; — T. VII, notes des éditeurs : La commune de Toulouse (E. Roschach), 213; Les Troubadours (P. Meyer), ^41;
— T. X, notes des éditeurs : Sur la langue romane du Midi de la France (Chabaneau), 168; Biographie des Troubadours (Chabaneau), 209. — Roschach. Inventaire des archives communales antérieures à 1790, Toulouse, 1891. • — Gai^aberT. Les archives communales de Toulouse, Toulouse, 1910. ■ — Du MÈGE. Histoire des institutions municipales de Toulouse, Toulouse, 1844. — Léon Cl,OS. Recherches sur la première époque de l'histoire municipale de Toulouse (Mémoires de l'Académie des Sciences de Toulouse, 1874) ; ■ — Etude sur la municipalité de Toulouse et l'établissement de son consulat {ibid., 1873). - — Limouzin-Lamothe. La commune de Toulouse et les sources de son histoire, Toulouse-Paris, 1932. (Le meilleur ouvrage et le plus précis
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sur la question.) — Roschach. La vie municipale à Toulouse au XII^ siècle, d'après la « Chanson de la Croisade » (Mémoires de l'Académie des Sciences, 1897). — Victor FoNS. Le bourg de Toulouse, Toulouse, 1867. — Jules ChaxandE. Histoire des rues de Toulouse (Mémoires de l'Académie des Sciences, années 191 3 à 1929 inclus).
— R. Rey. Saint-Etienne de Toulouse, Paris, 1929. — Abbé Douais. La vie de saint Raiinon et la construction de Saint-Sernin. L'hôpital Saint-Raimon (Mémoires de la Société archéologique, 1894); — Cartulaire de l'abbaye de Saint-Sernin, Paris, 1886; ■ — Mélanges sur Saint-Sernin, Toulouse, 1894-96; — --Trésor et reliques de Saint-Sernin [Documents sur l'ancienne province de Languedoc), Paris, 1904; — Deux reliquaires de Saint-Sernin, Lille, s. d. ; Inventaire des biens meubles et immeubles de l'abbaye de Saint-Sernin (Mémoires de la Société archéologique, 1889). — DE Lahondès, Epoque de la construction de Saint-Sernin (Bulletin de la Société archéologique, 1889). — ESQUIÉ. Notes sur les travaux de restauration de Saint-Sernin (Mémoires de l'Académie des Sciences de Toulouse, 1881-82-83). — Abbé LES- TRADE. Pages d'histoire et d'art sur Saint-Sernin, Toulouse, 1904. — DuMÈGE. Le cloître de la Daurade (Mémoires de la Société archéologique du Midi, t. II, 1834-35, p. 3.41). — Dumas de Raui.y. Le prieuré bénédictin de la Daurade [ibid., t. XIII, 1883-85). — V. FONS. Le bourg de Toulouse (Mémoires de l'Académie des Sciences de Toulouse 6e série, t. V, 1867, p. 34). — Dei^ORT. L'église Saint-Pierre des Cuisines (Mémoires de la Société archéologique du Midi, t. XII, 1880-82).
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ex
(i) Sceau des Consuls de Toulouse
(2 et 5) Sceaux du Chapitre Communal
(4) Armes de Toulouse (i5t5)
Hiàtoire Grapùiqiie du Languedoc. Privât, éditeur