Deuxième quinzaine de janvier
disant l'un à l'autre : « I^a gale est plus douce que cette eau « bouillante (^). » Le château fut pris et la garnison passée au fil de l'épée. Ce succès encouragea Pierre II et Raimon VI à s'emparer de Muret, dont le château était occupé par 700 Français mal équipés et sans vivres. Leur armée comptait 3.000 chevaux, 30.000 sergents et les milices de Toulouse, celles au moins des capitoulats du Pont- Vieux et de la Daurade, commandées par l'Aragonais Dalmatz de Creixell. La ville est prise, le château résiste. Simon de Montfort accourt avec un millier d'hommes aguerris et s'y jette. Raimon VI, prudent, voulait bloquer la place, attendre une attaque; le roi d'Aragon fit engager la bataille après une assez vive querelle avec son gendre. Ce fut un désastre complet, dû aux mauvaises dispositions des Méridionaux et à la discipline des hommes du Nord. Pierre II fut tué; Raimon VI; les comtes de Foix et de Comminges battirent en retraite. Les bourgeois de Toulouse, qui avaient essayé d'emporter le château, furent repoussés et, saisi de panique à la nouvelle de la mort du roi, Dalmatz de Creixell se jeta à l'eau en criant : « Dieu nous aide, grand malheur nous est advenu, le bon roi d'Aragon est mort. » Aussitôt les miliciens de regagner les bateaux qui les avaient amenés; un grand nombre se noyèrent. Cette bataille, sorte de Crécy méridional, eut lieu dans la plaine de Joffrery, en face du village de Saubens, près de la rivière en cet endroit très torrentueuse. Une épée, appartenant sans doute à l'un des combattants, a été retrouvée, en 1891, dans la Garonne, en aval de Muret et, précisément, en face du champ du combat (12 septembre 1213).
Les conséquences de cette catastrophe devaient être consi- Toiolouse
dérables. Raimon VI et son fils s'exilent à la cour de Jean fait sa soumission
sans Terre. Les comtes de Foix, de Béarn et de Comminges ^^ ^^^ upape.
' ° Son occupation
se retirent dans leurs montagnes. Le comte de Toulouse, par Montfort.
secrètement, conseilla aux consuls de la ville de faire leur
soumission à Montfort. Un espoir restait encore : en appeler
au pape, qui, par les bulles des 20, 22 et 23 janvier 1214,
avait nommé Simon administrateur provisoire des terres
conquises et confié le séquestre des terres encore non occu-