I. En face du Bazacle
Dernier octroi
de Raimon VII.
Liberté des élections consulaires.
Faiblesse réelle
de Raimon VII.
quatre ans successivement. L'année de sa mort (1249), il n'avait pas hésité à intervenir de nouveau dans l'élection consulaire, bien qu'il eût juré de s'en désintéresser. De même, il a perçu assez longtemps des leudes et péages supprimés. Mais ce prince, intelligent, actif, fut le dernier Saint-Gilles; il n'avait guère d'illusion sur l'avenir de sa dynastie et dépendait des Toulousains plus qu'ils n'avaient besoin de sa personne.
Ceux-ci ne l'ignoraient pas et en usaient assez librement avec lui. En 1249, i^^ expulsèrent les consuls qu'il avait nommés avant l'expiration de leur mandat; pendant une absence de Raimon, ils refusèrent de payer les taxes supprimées et détruisirent même la « grande paissière » du comte à Verdun.
En 1248 (26 janvier), avant son départ pour la croisade, ils l'obligèrent à confirmer, sans ambiguïté possible, le droit de la ville à élire vingt-quatre consuls, douze pour le bourg, douze pour la cité, moitié dans les hautes classes [majorum], moitié dans les classes moyennes {mediorum). Le comte s'interdit de paraître aux élections et d'y intervenir. Cette charte fut octroyée dans la maison commune, en présence d'une foule de chevaliers, bourgeois et gens de métiers; l'évêque de Toulouse Raimon de Falga, le comte de Comminges, de hauts barons du Midi signèrent comme témoins, ainsi que les consuls, parmi lesquels nous reconnaissons les noms populaires d'un Villeneuve, d'un Caraborda, d'un Roaix. Cet acte capital reste, à l'égard de Toulouse, le testament de la d3^nastie raimondine éteinte moins de deux ans plus tard.
Au surplus, le règne de Raimon VII est pour cette dynastie une sorte d'arrière-saison, un automne mélancolique. Humilié et dépouillé en 1229, Raimon VII demeura dans une sujétion assez étroite à l'égard du roi son suzerain. Jusqu'en 1242, il n'osera rien tenter contre lui. De ses deux unions avec Sancie d'Aragon et avec Marguerite, fiUe du comte de la Marche, il ne naquit qu'une fille, Jeanne, promise à un frère de Louis IX, et, en 1237, il fut dans l'obligation de la donner en mariage à Alfonse, comte de Poitiers. Ses Etats menaçaient de passer, après lui, à un prince de France. Las d'espérer un héritier mâle, il fit casser son mariage avec Margue-
rite, prétextant un degré de parenté prohibé (1244). Il souhaitait épouser Béatrix de Provence, mais ce projet échoua. Raimon se sentait surveillé et savait son héritage convoité. Aussi bien, il était comme entouré de la puissance royale. Le représentant du roi, le sénéchal de Carcassonne, à une étape de sa frontière orientale, gardait les routes de la Méditerranée, forçant le comte, s'il voulait s'assurer quelque appui, à regarder du côté de la Guyenne, dont le duc était roi d'Angleterre.
Dans ses Etats, à Toulouse même, le traité de 1229 lui Obligations imposait des devoirs. Outre l'entretien des garnisons royales qui pèsent sur lui. et de quatorze professeurs qui devaient enseigner à Toulouse, saint Ivouis attendait de lui la poursuite de l'hérésie, que la croisade n'avait nullement ruinée et qui renaissait après les rudes années précédentes, encouragée par les rancunes des spoliés et des bannis, alimentée par les haines du Midi contre le Nord.
Mais l'extinction du catharisme était oeuvre de longue haleine (^). C'est pourquoi le traité de Paris avait stipulé la fondation de l'Université de Toulouse, que le pape et son légat, Romain de vSaint-Ange, concevaient comme un foyer de culture orthodoxe et une arme de combat contre l'hérésie {^).
Fondation
de l'Université.
1. A cette époque de persécutions à outrance, c'est fort mal à propos que s'ingère dans les luttes violentes d'alors l'Université de Toulouse, nouvellement établie, et qui semble beaucoup plus préoccupée, avec des hommes tels que le fougueux Roland de Crémone, de tonner contre l'hérésie que d'asseoir les bases de son enseignement, lîlle se conformait, du reste, en cela, à l'esprit qui avait présidé à sa fondation. On avait voulu faire d'elle une barrière opposée à l'indépendance intellectuelle presque absolue dont avait joui jusque-là la France méridionale. Mais nous avons, dans ces luttes tumultueuses et peu profitables aux études, la raison de l'état précaire où cette Université végéta pendant tout le xni« siècle ; de même" que la pensée d'où elle était sortie nous explique la stérilité dont elle ne put se guérir.
2. Avant la fondation de l'Université (1229), on ne peut que formuler des hj-pothèses sur le haut enseignement à Toulouse. 1,3. langue celtique ne recula que peu à peu. Au v« siècle, la victoire du latin était complète. Au vi« siècle, le celtique était complètement oublié et le roman faisait son apparition. Déjà, sous Auguste, la Gaule eut deux Universités, l'ime grecque à Marseille, la seconde romaine à Autun. On peut admettre l'existence d'une école municipale à Toulouse, sous le règne de Néron, puisque la vogue de son maître de rhétorique, L. Statius Ursulus, paraît établie (Jullian, Histoire de la Gaule, t. VII, p. 124, note 5). En quel lieu de la Toulouse gallo-romaine se trouvaient les écoles? Noguier en a fixé h3'pothétiquement le siège non point dans la nouvelle Urbs gallo-romaine, mais entre l'oppidum de Pech-Davy et la nécropole de Saint-Roch. Il semble que dans le seconde moitié du vi« siècle la transition se fit entre l'époque municipale officielle, submergée par la barbarie, et l'école épiscopale relevée par l'Eglise. L,orsque Charlemagne, dans le
Le Studium générale de Toulouse fut constitué, en 1229, avec quatorze professeurs (^) choisis par Elie Garin, abbé de Granselve, commis par le légat à cet effet Ces maîtres venaient presque tous de l'Université de Paris qui traversait, cette année, une crise grave à la suite d'émeutes et de conflits avec les gens du roi. Nous en connaissons quelques-uns, les maîtres en théologie Hélinand, religieux de Cîteaux, Roland de Crémone et Jacques de Toulouse, Dominicains, les maîtres de grammaire Jean de Saint-Gilles, et surtout Jean de Garlande. Ce dernier, d'origine anglaise, ancien étudiant d'Oxford, disciple et ami de Bacon, professeur aux écoles de Paris, aristotélicien et humaniste, demeura à Toulouse de 122g à 1232; il y composa son Epithalamium et y commença la rédaction de son principal ouvrage, le De Triumphis EcclesicB. C'est probablement lui qui rédigea l'appel lancé, en 1230, aux étudiants de tous pays, qui les invitait à venir en foule à Toulouse « où coulent le lait et le miel, où verdoient de riches prairies, où les arbres fruitiers étalent leurs feuillages, où Bacchus règne dans les vignes, où Cérès règne dans les
Cartulaire de 789, ordonna auprès de tous les monastères et auprès de tous les évêchés l'institution d'écoles où l'on enseignerait la grammaire, le calcul et la musique, l'école épiscopale existait déjà depuis longtemps dans notre ville. Au ix« siècle, l'enseignement était donné dans les trois instituts : de l'église Saint- Etienne et Saint- Jacques, du monastère de Notre-Dame (La Daurade) et du monastère de Sai:it-Sernin. A côté des matières d'ordre élémentaire qui viennent d'être indiquées et du latin, indispensable aux clercs, ce furent la théologie, le droit canon qui se développèrent alors, et, par ce dernier, le droit romain dut être abordé ; sa connaissance était indispensable en pays de droit écrit. Par la suite parurent, à la fin du xii" et au début du xni^ siècle, des jurisconsultes plus complets (Brissaud, Manuel d'histoire du droit français) docteurs utriiisqtie juris en droit civil et en droit canon. (Louis Vie, U Université de Toulouse, loc. cit.).
I . Quatre maîtres en théologie, deux décrétistes, six maîtres es arts, deux maîtres en grammaire; les plus payés étaient les théologiens. Ils furent conduits à Toulouse par le légat lui-même. Gatien Arnoult (Mém. de l'Acad. des Sciences de Toulouse, 5^ série, I, 1857) rapporte aussi les noms des premiers maîtres : pour la théologie, Roland de Crémone, Dominicain; Hélinand; Jacques de Toulouse, Dominicain; pour les arts, Jean de Garlande, venu d'Oxford, et Jean de Saint-Gilles, Dominicain, qui avait professé à Paris. Dès les premières leçons de l'Université, la jetmesse universitaire fit acte d'hostilité contre elle. Jean de Garlande écrit qu'après trois ans d'enseignement il dut s'enfuir et retourner à Paris, tant était menaçant l'orage qui grondait sur l'Université naissante. Les maîtres n'étaient plus en sécurité de leur vie. Une véritable alliance s'était formée entre les Dominicains et l'Université, mais l'insurrection ne dura que trois ans, jusqu'au jour où les Frères Prêcheurs, préposés à l'Inquisition, et qui avaient comme provincial l'évêque de Toulouse, Raimon de Falgar, furent chassés de Toulouse. I/Université vécut ensuite pendant près de deux siècles sous l'influence presque exclusive de l'Eglise, quoique de création nationale et séculière. A cette période succéda celle du Parlement, qui fit peu à peu prévaloir l'autorité royale ou de l'Etat.
champs..., où pour peu l'on a le vin, pour peu l'on a le pain, pour peu on a la viande et pour peu le poisson {^) ». L'enseignement devait être organisé dans la nouvelle Université « avec plus de soin et d'exactitude qu'à Paris »; maîtres et écoliers devaient bénéficier d'indulgences plénières. Le pape confirma le nouvel établissement en 1233, prenant l'Université sous la protection pontificale, obligeant le comte à payer les maîtres, les autorités municipales à garantir la sécurité des étudiants et professeurs, les habitants à fournir des locaux et logements convenables. Mais l'Université de Toulouse, au début, ne fut pas autonome. Jusqu'en 1245, son chancelier était celui de l'Université de Paris. Jusqu'au xiv*^ siècle, elle ne délivrait pas de grades; la Faculté de théologie n'est devenue de plein exercice qu'en 1360 {^). Jusqu'à la fin du xiv^ siècle, écoles et collèges sont sous la coupe et la surveillance de la papauté et de l'Eglise, aux yeux de qui la science sans la foi est non seulement inutile mais même funeste, comme le disait Hélinand, le prédicateur ordinaire de l'Université à ses débuts. Aux progrès de la foi, l'Eglise emploie surtout les ordres mendiants. Franciscains, Dominicains, Carmes (en 1252), Augustins, qui monopolisent les chaires théologiques. La grammaire, les arts, y compris la médecine, ne sont qu'humbles serviteurs de la théologie. Cependant, l'enseignement du décret ou droit canon se double de celui du droit romain, surtout à dater de 1251 ; par là se développe à l'Université un foyer de culture qui n'est pas exclusivement ecclésiastique et qui se prépare son avenir; dès la fin du xiii^ siècle, l'école des juristes toulousains (Jacques de Revigny, Pierre de Belleperche) est la rivale de la célèbre école de Bologne (^).
1. De Triumphis Ecclesiœ, livre 5, 96-98, cité dans les fragments d'Histoire de l'Université, de Vie (Université, éd. du Centenaire).
2. En 1335, le pape Benoît XIII (12 août 1333) proteste contre la nomination de çradué en théologie, par la Faculté de Toulouse, du dominicain Géraud de Pescher, qui y fut professeur, parce que cette nomination est contraire aux usages (Langlois- Géraud de Pescher, Histoire littéraire, t. XXXVI [1927], p. 614-617).
3. Jacques de Revigny sort victorieux d'un tournoi ou disputatio avec François Accurse, fils du célèbre auteur de La Grande Glose (qui n'a jamais professé à Toulouse) ; l'école toulousaine est à l'origine de l'école Bartoliste (Université de Toulouse, Faculté de droit, p. 103).
L'Inquisition. La croisade de Simon de Montfort avait épuisé ses finances
et, avec l'Inquisition, tout change, tout s'éteint dans ce Languedoc naguère si brillant. Raimon VII dut également accepter l'installation à Toulouse de l'Inquisition ou Saint- Office, tribunal spécial chargé de découvrir, juger et punir
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les hérétiques. Dès 1204, Innocent III avait confié la connaissance des crimes d'hérésie, jusque-là réservée aux évoques, à deux commissaires, les cisterciens Gui et Renier. En novembre 1219, le concile de Toulouse, présidé par le cardinal de Saint-Ange, décidait l'établissement d'inquisiteurs à
demeure dans le diocèse. Il est donc faux d'attribuer à saint Dominique la fondation de l'Inquisition et la qualité de premier grand inquisiteur. Les Dominicains ne furent chargés des fonctions inquisitoriales qu'en 1233, bien que Grégoire IX eût, depuis son avènement (1227), marqué ses préférences pour les inquisiteurs Dominicains. En 1229, 1^ pape fit de l'Inquisition une juridiction régulière. A Toulouse, les deux maisons près du château Narbonnais, mentionnées au chapitre précédent, données par Pierre Cella ou Cellani à saint Dominique après son installation à Saint-Rome avec ses compagnons, devinrent la demeure des juges d'Inquisition de cette ville (^). Les sentences étaient rendues dans des assemblées générales tenues au cloître de l'église Saint-Sernin. [Claustrum Sandi Saturni) jusqu'en 1248, puis au cloître de Saint-Etienne et à l'hôtel de ville {in domo communi). Pour ajouter à la gravité des décisions inquisitoriales prononcées devant le peuple convoqué à cette occasion, les juges étaient entourés du haut clergé, de divers membres du chapitre [capitularii) , de viguiers ou du bailli du comte. L'activité de ses juges, le mystère de la procédure, la rapidité des jugements.
I. Pierre Cellaiii fut le compagnon préféré de saint Dominique et il partagea avec le célèbre et redoutable Guillem- Arnaud les fonctions d'inquisiteur. Originaire de Montpellier, prieur, vers 1237, du couvent des Frères Prêcheurs de Toulouse (M. S. Toulouse, 273, i'« série, f" 115 A) où il aurait succédé à Pierre Cellani. Guillem- Amaud fut nommé inquisiteur, avec ce dernier (1223), des diocèses de Toulouse et de Cahors. Il exerça ses fonctions avec rigueur et fut expulsé de Toulouse par les Capitouls qu'excédaient les poursuites, sans merci et sans trêve, contre les hérétiques, n mourut tragiquement, le 29 mai 1242, massacré, à Avignonet, avec six de ses compagnons, notamment le frère mineur Etienne de Saint-Tibéri.
Quant à Pierre Cellani, originaire de Toulouse, il figure parmi l'un des fondateurs de l'Ordre des Dominicains et de l'Inquisition méridionale, dont il fut im des premiers juges avec Guillem- Arnaud. Il employa à défendre l'orthodoxie romaine son zèle, ses richesses, son influence et une infatigable ardeur. (Gui le qualifie : Vir optimi personatus, constans et rectus, M. S. Toulouse, 273, i'^ série, i° 39 B.) Il devint prieur (1236) du couvent des Dominicains de Toulouse et mourut dans ce même couvent en 1257. Charles Molinier-Percin, loc. cit.
C'est par ime bulle de Grégoire IX que les Dommicaius ont été investis des fonctions inquisitoriales.
Quelques auteurs font remonter l'origine de l'Inquisition à une constitution faite au concile de Vérone, en 1184, aux termes de laquelle le pape I,icinius ordonnait aux évêques de s'informer, par eux-mêmes ou par commissaires, des personnes suspectes d'hérésie. Peut-être est-ce d'après cette constitution et ses principes que le pape Innocent III dépêcha dans le Midi de la France des missionnaires guerriers et religieux, Pierre de Castelnau et Raoul, moines de Cîteaux, pour y établir l'Inquisition. I^a juridiction inquisitoriale releva du Saint-Siège. Protégée par saint L,ouis et par les conciles assemblés pour la diriger, l'Inquisition courba longtemps la France sous son joug.
la rigueur des sentences ont créé autour de ce tribunal une légende sinistre, à peine différente de la réalité. Les inquisiteurs n'étaient astreints à aucune des règles ordinaires de la justice : dénonciations, enquêtes, citations étaient rigoureusement secrètes; les aveux s'obtenaient par la torture morale ou physique, quoique cette dernière fût pourtant contraire aux traditions de l'Eglise. Les pénalités frappaient la foule par leur théâtrale cruauté ; aux repentants, le « mur » (emprisonnement) perpétuel ou non, le port de la croix jaune, la confiscation des biens, les exhumations de cadavres ensevelis en terre chrétienne et jetés à la voirie ou dans les flammes. Les endurcis ou relaps étaient livrés au bras séculier. Le tribunal d'Eglise ne prononçait pas de peine capitale. vSaint Louis ayant accepté l'introduction en France du terrible instrument de supplice, c'étaient les sergents du roi qui exécutaient la sentence par le feu ou par le gibet (^). Le traité de Paris réservait au fisc royal le produit des « encours » ou confiscation de biens d'hérétiques, sauf en des cas spéciaux où les évêques firent réserver leurs droits (^).
1. 1,'exécution des sentences capitales avait lieu parfois en grand apparat. Bon nombre de condamnés y figuraient, et le peuple était aussi avide de ces tragiques spectacles, heureusement rares, que des fêtes publiques.
2. L'Inquisition a été non seulement la manifestation d'un fanatisme extraordinaire ou un moyen extrême de défense créé par l'Eglise dans le plus grand péril qui l'ait menacée jusqu'au xvi* siècle, mais l'Inquisition a été aussi pour les princes laïques, pour beaucoup de prélats, pour les ordres religieux — il paraît difficile d'en douter — une question de revenus, une grosse affaire de finances et de fiscalité.
Procédure inquisitoriale. — I,a procédure habituellement observée est la suivante : les prévenus se présentent soit volontairement, soit sur citation expresse (citati requisiti) adressée par l'inquisiteur au curé, qui la remet au domicile indiqué et la renouvelle trois dimanches consécutifs dans son église, en présence du clergé et du peuple rétmis. Si le prévenu se dérobe à l'objet de la citation, il est arrêté par les fonctionnaires de tout nom ayant pouvoir de juridiction et conduit, sous bonne escorte, devant le tribunal. Ainsi traduit, de gré ou de force, devant la justice inquisitoriale, le prévenu subit son interrogatoire, auquel font suite les dépositions des témoins, qui ne peuvent se dispenser de parler et restent incarcérés au palais épiscopal tant qu'ils n'ont pas répondu.
D'après les M. S. des Archives de Toulouse, les interrogatoires avaient pour théâtre les localités habitées par les individus interrogés lorsque leur nombre était considérable; dans certains lieux, ils représentaient la totalité de la population en âge de raison; ainsi, les hérétiques entendus en 1245 s'élevèrent à 230 à Avignonet, à 100 à Fanjeaux, à 420 au Mas-Saintes-Puelles. Environ dix mille personnes furent poursuivies en une seule année.
L,es interrogatoires, toujours les mêmes, commencent ainsi : « Le 14 mars de l'an du Seigneur 1249 (anc. st.) (nom, domicile)..., après avoir juré sur les saints Evangiles de dire la vérité pure, sincère, complète, touchant le fait d'hérésie et de vau-
En même temps que l'Université et l'Inquisition envahissaient Toulouse, les ordres mendiants, soldats de l'orthodoxie, ardents propagandistes de l'unité de foi, les Dominicains, Frères Prêcheurs ou Jacobins s'étaient multipliés; leur couvent de Saint- Rome devint rapidement trop étroit. En 1229, Pons Capdenier leur fit don d'mi terrain acheté place Bretonnières, pour y bâtir une nouvelle église et un couvent. L'évêque Folquet en posa la première pierre et bénit le cimetière. Le 22 décembre 1230, les religieux entraient dans leur nouvelle demeure (^). Une chapelle provisoire s'éleva par les soins de l'évêque Raimon de Falga, ancien dominicain lui-même; il y célébra la canonisation de saint Dominique (1234). Très protégés par l'évêque, les Dominicains recevaient de lui le pain, le vin, vingt-cinq tuniques
Les Ordres mendiants.
Dominicains.
doisie, aussi bien sur lui-même que sur toutes autres personnes vivantes ou défuntes, etc. »
Voici im exemple des questions adressées aux prévenus : « I<e 8 avril, l'an du Seigneur 1250 (nom, domicile)..., sommé de parler, a déclaré, après serment prêté, qu'il n'a jamais vu d'hérétique ni de vaudois, qu'il n'a pas eu foi en eux, qu'il ne les a pas adorés, qu'il ne leur a pas donné ni fait parvenir quoi que ce soit, qu'il n'a pas entendu leurs prédications... »
I,es peines appliquées par la justice sont les suivantes : 1° peines canoniques : l'excommunication; 2° peines mineures : amendes et œuvres pies; 3° peines infamantes : pèlerinages (mineurs ou majeurs, ces derniers effectués en dehors du royaume de France), flagellation publique, les croix (comprenant deux croix de feutre jaune à porter sans cesse sur la poitrine et derrière entre les épaules, bien apparentes) ; 4° peines majeures : la confiscation, la prison, le bûcher. La peine suprême était-elle la mort dans les flammes ou l'emprisonnement? L'hésitation est permise. Des misérables se consument lentement dans des prisons sans air, sans lumière, empuanties, rivés à la muraille, les pieds chargés de lourdes chaînes, ayant pour nourriture le pain de douleur et pour breuvage Veau d'angoisse. C'était l'impossibilité de vivre dans de pareils cachots, dont la cité de Carcassonne offre encore quelques exemples !
Les inquisiteurs n'avaient souvent d'autres règles, dans leur procédure, que la volonté. Ainsi, GuUlem Salavert, emprisonné à la suite de son premier interroga-. toire du 24 février 1300 (il/. S., 11847, i° 30 B, 31 A), après avoir vainement réclamé une sentence définitive, ne l'obtint même pas, en 1310, sur l'intervention directe de Qément V. Tourmenté encore par l'Inquisition en 1319, il obtint, après dix-neuf années de détention arbitraire, un jugement qui le condamne à porter des croix doubles et à faire divers pèlerinages. Cette peine infime ne justifiait point pareille détention, mais ce tribunal, sans justice comme sans pitié, n'abandonnait guère la proie qu'on lui avait signalée. Le même manuscrit révèle que vingt-sept prisonniers ont été découverts dans les cachots de l'Inquisition après dix-neuf années de captivité ; la plupart ont dû mourir avant tout jugement. On ne retrouve leurs traces que dans les mémoires du procureur des encours (Charles Molinier, L'Inquisition, loc. cit.; — Limborch, Histoire de l'Inquisition).
Les archives de l'Inquisition n'ont pas péri tout entières, il en reste encore des débris assez importants pour faire connaître les phases par lesquelles est passée la justice inquisitorialc dans les cent premières années de son existence.