I. Rues de l'Echarpe, de la Bourse et Clémence-Isaure
d'autrefois. La même aventure se produisit pour les lyOmbards ou Italiens en 1311; mais ces banquiers, changeurs, trafiquants ou usuriers étaient nécessaires à tous en général. Chassés et dépouillés, ils ne tardèrent pas à revenir à la même date que les Juifs.
Nouvelle bourrasque en 1319-20. Le sénéchal de Toulouse, Les Pastoureaux. Bernard Guidonis, fait brûler, dans les prisons de l'Inqui- Préjugés
sition, deux charretées d'exemplaires du Talmud. Puis ce e e j u s.
sont les Pastoureaux, bandes de bergers et de pa3^sans, qui s'assemblèrent pour la croisade : venus de la région de Bordeaux, ils entrèrent à Toulouse où ils massacrèrent les Juifs, pillèrent leurs biens, détruisirent chez les notaires leurs titres ou reconnaissances de dettes. Les officiers royaux et la population sont impuissants ou complices. Enfin, on s'en prend aux lépreux, que la foule accuse de s'entendre avec les Juifs et avec les rois de Tunis et de Grenade pour empoisonner les fontaines, les vins, les blés et contaminer les chrétiens. Philippe V rendit une ordonnance attribuant à la couronne la connaissance des « crimes » des lépreux, et au fisc leurs biens ainsi que ceux de leurs complices. Il en fut brûlé, disent les chroniqueurs, plus de six cents en Languedoc ! Ainsi, l'avidité des rois mettait à profit les sauvages préjugés et les imaginations maladives d'un peuple ignorant qui ne vo3^ait dans les calamités que les effets de sortilèges ou de diableries, et dans les maladies inconnues que les résultats des poisons ou des enchantements.
Plus tragique encore fut le sort des Templiers. On sait Les Templiers, que ces moines-soldats furent accusés d'impiété et d'abominables pratiques. En réalité, leurs richesses immenses avaient éveillé la convoitise royale. Dès l'élection au trône de saint Pierre, de Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, sous le nom de Clément V, Philippe le Bel porta ses plaintes contre eux au souverain pontife. Celui-ci ne se décida qu'en 1307 à prescrire une enquête. Si l'on en croit l'historien florentin Villani, les premières dénonciations seraient venues d'un templier « prieur de Montfaucon » et d'un certain Noiïo Dei, marchand florentin, hommes de mauvaises mœurs, détenus dans les prisons de Toulouse, qui croyaient acheter leur liberté par une délation. D'après une autre source, aussi
suspecte, mi frère de l'ordre, enfermé dans la prison du château Narbonnais pour divers crimes, aurait révélé à l'un de ses codétenus, un certain Esquier, de Béziers, les pratiques impies et immorales qu'on argua contre les Templiers. Quoi qu'il en soit, Philippe le Bel et son entourage, Nogaret en tête, las des lenteurs et des tergiversations du pape, se résolurent à un véritable guet-apens : le 13 octobre 1307, tous les Templiers furent arrêtés dans le royaume entier, à Toulouse comme ailleurs; les officiers royaux y lurent l'extraordinaire manifeste rédigé par Nogaret pour justifier et expliquer cette étonnante mesure. Les biens de l'Ordre furent mis sous séquestre et confiés à l'administration des gens du roi; les chevaliers furent déférés à l'Inqiiisition pour crimes d'hérésie et autres forfaits monstrueux, soumis à la torture et condanmés au feu. La tradition veut qu'à Toulouse le jugement ait eu lieu dans la salle Neuve, construction gothique élevée au nord du Château, sur le sol de la rue de l'Inquisition, en face de la rue des Renforts. Les Templiers furent enfermés dans les cachots de cette salle; il y avait encore, en 1313, deux chevaliers et six frères servants. Ils paraissent avoir bénéficié, chez nous, de la S3'mpathie de la population et des autorités locales. On les répartit plus tard dans des monastères. Des Etats généraux se réunirent à Tours, en mai 1308, pour approuver la proscription de l'Ordre. Les lettres de procuration pour la ville de Toulouse n'ont pas été conservées, mais presque toutes les villes du Midi envoyèrent des représentants. Quant aux propriétés du Temple, elles furent attribuées aux Hospitaliers, leurs voisins de la rue de la , Dalbade. Ce fut Davin de Roaix, délégué par le sénéchal Jehan de Malhomet et Pierre de Caylus, délégué par le lieutenant du Grand Maître des chevaliers de Saint-Jean, qui prirent possession des biens de l'Ordre (^). Cependant, il est vraisemblable que, à Toulouse comme ailleurs, les chevaliers de Saint-Jean n'y recueillirent aucun bénéfice. Le but de ce procès inique n'était autre que la spoliation de l'Ordre. Le roi se réserva l'argent et les objets précieux : la part du lion. On sait que le Temple fut aboH par le concile de Vienne (1311).
I. I^'inven taire a été publié par Du Bourg {Prise de possession par les Hospitaliers de la maison du Temple de Toulouse. Mém. de la Soc. archéologique du INIidi, XI, 1874-79, P- 177.)
Itâ politique de Philippe le Bel suscita, dans notre Midi Fiscalité
comme partout, des mécontentements et des rancunes. Des ^^ Philippe le Bel commissaires venaient souvent dans les sénéchaussées enquêter Louis X
sur les droits du roi, « réformer » les abus, ajoutant aux tracasseries administratives la charge de missions coûteuses, sans compter les exactions. Ces envoyés royaux étaient mal vus de tous. Une avide fiscalité, l'altération continuelle des monnaies, qui troublait les transactions commerciales, s'ajoutaient aux calamités naturelles, disettes et mortalités, particulièrement en 1310 et 1311. Il paraît établi que Toulouse s'est révoltée en 1310 et que les habitants expulsèrent alors les officiers royaux. Ces brusques explosions de colère n'étaient pas rares au moyen âge. A la fin du règne de Philippe le Bel (1313-1314), à propos d'une taille ou subvention demandée par le roi pour la guerre de Flandre, la résistance s'organisa sous la forme de ligues de barons, en Languedoc comme ailleurs.
La levée du subside fut arrêtée par Louis X (1314-1316). Son ordonnance du i^^ avril 13 15 donne satisfaction aux populations et confirme les anciens privilèges : suspension du paiement des dettes dues aux Juifs; permission donnée aux roturiers de tenir des fiefs sans payer finance; liberté d'exporter les marchandises de la province; défense d'appliquer la question aux consuls ou autres fonctionnaires municipaux de Toulouse, sauf en cas de lèse-majesté ou de crime capital; exemptions d'impôts pour le clergé et droit de battre monnaie pour les prélats; licence aux nobles de se faire la guerre en se défiant huit jours d'avance et d'aliéner leurs biens sans être tenus aux taxes.
Pendant toute cette période, Toulouse, comme toutes les villes du Midi, a député aux assemblées fréquemment réunies par Philippe le Bel et ses fils et qui sont l'origine des Etats généraux ou des Etats provinciaux. Les Etats particuliers de la langue d'Oc se sont tenus, à Toulouse, au début de 1319; ils s'y réuniront habituellement par la suite. Par là, notre ville prend figure de petite capitale. Elle est le centre urbain le plus peuplé du domaine royal dans le Midi et remplace Bourges, dès cette époque, comme centre de convocation des délégués de l'Occitanie.
Etats généraux
et
Etats
de Languedoc.
L'archevêché
de
Toulouse
Le siège épiscopal de Toulouse, érigé en siège métropolitain, achève de fixer, pour toute la durée de l'ancien régime, la géographie ecclésiastique de notre région. L'évêque de Toulouse était alors Gaillard de Preyssac, neveu du pape Clément V, nommé en 1306, qui hébergea son oncle dans sa ville de Toulouse, en 1308 (■^), depuis Noël jusqu'à l'Epiphanie. Ce haut dignitaire était en désaccord, ainsi que ses prédécesseurs, avec les officiers royaux. D'autre part, c'était un prélat fort mondain, avide, dépensier et orgueilleux. Les difficultés renaissantes persuadèrent Philippe le Bel que le morcellement du diocèse serait plus avantageux pour son autorité. Boniface VIII avait déjà amputé le diocèse de Toulouse de l'évêché de Pamiers. Clément V établit un projet de division^ qui fut réalisé seulement après l'élection (131 6) de son successeur, le Cadurcien Jacques d'Kuze (ancien étudiant de l'Université de Toulouse), sous le nom de Jean XXII. Celui-ci, par les bulles du 4 juin et du 26 septembre 131 7, retrancha des diocèses de Toulouse et de Pamiers les évêchés de Rieux, Lombez, Saint-Papoul, Lavaur et Mirepoix; du diocèse de Cahors, pour partie, l'évêché de Montauban; et, avec ces huit sièges, il composa la province ecclésiastique de Toulouse, détachée de celle de Narbonne. Il assigna au nouvel archevêque 10.000 livres tournois de revenus et à chacun des sièges suffragants 5.000 livres. I^a bulle d'érection de l'archevêché était rigoureuse pour Gaillard de Preyssac, « engraissé et rassasié, orgueilleux de ses richesses jusqu'à se montrer arrogant et insoumis, bravant la colère de Dieu et donnant à ses brebis un détestable exemple ». Le pape écrivit aux consuls et au peuple de Toulouse pour leur annoncer sa décision et les prier de s'y conformer; elle ne fut pas exécutée sans mécontentement. Le dernier évêque de Toulouse, déposé, refusa l'évêché de Riez, en Provence, et mourut à Avignon en 1327. Après lui, le premier archevêque de cette province de Toulouse fut Jean de Comminges, fils du comte Bernard VI, frère cadet de Gui de Comminges, qui terrorisa pendant vingt ans l'Albigeois; évêque de Maguelone, cardinal en 1327 et évêque de Porto en 1328, il démissionna à
I. Qcraent V est déjà passé par Toulouse une première fois, en 1305.
du Gai Sçavoir.
cette date et fut remplacé par Guillaume de lyoudun, dominicain et archevêque de Vienne.
C'est également vers cette époque que se place la tentative Les
de résurrection de la poésie occitane, ruinée par la croisade sept^troubadours
albigeoise. Le mardi après la Toussaint de l'année 1323 (8 novembre), sept poètes se réunissaient au Verger des Augustines, situé hors la Porte-Nove, dans l'actuel quartier Saint- Aubin, derrière le théâtre des Nouveautés, et vers la rue de l'Industrie, ancienne rue des Sept-Troubadours. C'étaient Bernard de Panassac, Guillem de Lobra, Bérenger de Saint-Blancat, Pierre de INIejanassera, Guillem de Gontaut, Pierre Baragnon, Bertrand d'Oth. I,e premier était de petite noblesse, les autres appartenaient au commun : un bourgeois, un notaire, deux marchands et deux changeurs. Ils écrivirent :
al barri de las xA.ugustinas de Tolosa, nostras vesinas,
une lettre circulaire à tous poètes et hommes de lettres de langue d'oc, les invitant à venir lire leurs œuvres, le jeudi 3 mai de l'année suivante 1324. Le vainqueur de ce tournoi poétique, en l'honneur de Dieu, de la Vierge et des saints, devait recevoir comme récompense une violette d'or. Ainsi s'est fondée la Compagnie du Gai Sçavoir, origine lointaine de l'Académie des Jeux Floraux. Mais cette renaissance de la poésie des troubadoiirs est demeurée artificielle, malgré les encouragements et les patronages municipaux. Aucune œuvre belle et forte n'en est issue. Soucieux de plaire à l'Eglise qui abhorrait la poésie sensuelle, hostile à Rome, des vieux troubadours, confinés dans le culte mystique de la Vierge (^),
I. « ... lyes poésies couronnées de fleurs rappellent ks laudes mariaks des dévots qui, sdon la mystique du Rosaire, sont couronnées de chapelets de roses spirituelles, c'est-à-dire de diadèmes de grâces obtenues par Marie. Au fond, c'est une même mystique qui va du Rosaire aux Jeux Floraux. Rose, fleur, joie ne font qu'un en Ijnrisme et en piété médiévale, et puisque la mysticiue lyrique est l'art concret de connaître Dieu, ses fleurs et ses joies constituent le gay savoir...
Suppression
du consulat.
Expéditions
en Agenais
et en Gascogne.
transformation de l'ancien culte de la femme, ingénieux parfois et subtils mais pauvres d'inspiration, les nouveaux troubadours ne rappellent que de fort loin les générations poétiques des xi^ et xii*^ siècles.
De la littérature raimondine, la « Gaie Science» n'a conservé que ce qui pouvait survivre : les recherches souvent compliquées de la forme; quant à la substance même, elle s'est évaporée sans retour. La victoire catholique a marqué l'esprit méridional de sa puissante empreinte et a pénétré de religion la poésie sans la vivifier. Au moment où s'organisait le nouveau collège des gentils troubadours, passait à Toulouse (été 1329), accompagnant à I^ombez son ami Jacques Colonna, nouvellement pourvu de cet évêché par Jean XXII, le divin Pétrarque. C'est lui, le poète des Sonnets et des Triomphes, et non les compagnons du barri des Augustines, qui fut le plus authentique héritier de nos Bernard de Ventadour, Arnaud Daniel, Giraut de Borneil, Marcabrun, Jaufré Rudel ou Peire Vidal. Il n'en reste pas moins que le collège du Gay Sçavoir, si représentatif de l'époque qui l'a vu naître, a défendu non sans honneur le dialecte roman, comme langue littéraire, contre l'envahissement du français : les fêtes du 3 mai, que présideront les capitouls, auxquelles participera la haute société et s'intéressera même le peuple, demeurent, en tout état de cause, une des originalités de Toulouse, ville distinguée dans la France d'alors pour le prix qu'elle attache aux divertissements de l'esprit. Et, en ce sens, c'est une tradition qui se renoue, un reflet du passé glorieux qui illumine la cité, .f
lyCS dernières années de la dynastie des Capétiens se terminent sur la visite que le roi Charles IV (ultime représentant de cette dynastie) fit à Toulouse, de fin janvier à fin février 1324, en compagnie de sa seconde femme Marie de Luxembourg, de son beau-frère le roi Jean de Bohême, du roi Sanche de Majorque et de Charles comte de Valois, frère de son futur successeur. Des textes, il apparaît qu'en 1321 la ville avait été privée de son consulat, de ses assemblées
Joseph Anglade avait su noter cette transformation de la poésie en m3^stique autour de 1300 {Les Troubadours de Toulouse) ... Il y eut une mystique bien déterminée aux origines des Jeux Floraux, un vieux patrimoine trop ignoré de notre culture. » (M.M. Gorce, Journal des débais, 17 août 1932.)
et frappée d'une lourde amende « pour plusieurs excès et félonies ». A l'occasion de la visite de Charles IV, elle recouvra ses privilèges; le roi reconnut même le bon accueil qu'il en reçut par l'édit de mai 1324, qui confirmait à la bourgeoisie l'exemption du droit de franc-fief (^). En juin, il abandonna aux capitouls le produit des ventes à l'encan. Il est vrai qu'il avait besoin d'eux pour soutenir la guerre contre les Anglais de Guyenne, conflit jamais apaisé, qui durait depuis Philippe le Bel et devait s'amplifier sous le successeur de Charles IV. En 1324, en 1326, en 1327, outre des subsides que levèrent le comte de Forez et l'évêque de Carcassonne dans les deux sénéchaussées du Midi, les Toulousains fournirent un corps de troupes destiné au siège de La Réole, pour une campagne dans l'Agenais et la Gascogne, sous le comnjandement du sénéchal Jean de Solignac et du comte de Comminges. Ces expéditions sont un avant-goût de la guerre de Cent ans, dont Toulouse et la région devaient, dans la période suivante, si cruellement souffrir.
De cette époque de transition où Toulouse se transforme progressivement, il nous reste des témoignages de différentes sortes.
Aucune chronique méridionale de quelque intérêt ne subsiste; rien ne rappelle, même de très loin, les œuvres de Villehardouin et de Joinville. Le code de la Gaie Science, Las Leys d'amor, manuscrit de 1356, n'est qu'tui traité didactique de grammaire, de rhétorique, de métrique et de poétique à l'usage des concurrents des Jeux Floraux, sans intérêt littéraire.
Mais les monuments figurés offrent une valeur documentaire notable et, parfois, un réel attrait artistique. Les archives possèdent des sceaux municipaux d'un travail délicat; quelques-uns de sénéchaux de Toulouse (Eustache de Beaumarchais) ; d'autres de quelques évêques, particulièrement la représentation de saint Louis d'Anjou, fils de Charles d'Anjou et de Marie de Hongrie, évêque de Toulouse à vingt-deux ans (1297), visage admirable où se reflète une âme tendre et mystique. Il se démit de sa fonction au bout de quelques mois et mourut au cours de son voyage vers l'Italie, frêle
Monuments
figurés.
Enluminures.