A propos des affaires de Flandre
2. L,(.s bideaux étaient des irrégulitrs armés, non d'épée, mais, au xiv« siècle, de dtux dards, d'une lance et d'un couteau. Ils étaient renommés pour leur indiscipline et leurs habitudes de pillage.
grande autorité, qui est le vrai vice-roi du Midi, avec son conseil, son administration, son trésor. Dans son entourage figurent nombre de INIéridionaux : le chef de son hôtel est Pons Ysalguier; son frère Bernard- Raimon et lui sont ses banquiers. La constitution de cette vice-royauté fut un moyen de donner satisfaction au particularisme languedocien. L'héritier du trône aura un prestige sufïïsant pour se concilier la noblesse et mettre fin à ses querelles, et il aura l'autorité nécessaire pour lever les subsides indispensables à la guerre. Arrivé par la vallée du Rhône et le Bas-Languedoc, il séjourne à Toulouse au mois d'août 1344; il parcourt la vallée de la Garonne, inspectant les châteaux et réchauffant le zèle des seigneurs.
Cependant Derby, débarqué à Bayonne, s'emparait de nombreuses places en Guyenne, notamment de Bourg-sur- Gironde et de Bergerac. Il assiégea sept semaines, inutilement, la ville de Blaye défendue par le capitaine toulousain Milles de Hauteroche. Repoussé devant Périgueux, l'Anglais enleva Auberoche. L'armée royale, sous la conduite de Bertrand de risle- Jourdain et d'Agout de Baux, sénéchal de Toulouse, ayant tenté de reprendre cette ville, essuya une écrasante défaite (23 octobre 1345) ; les deux généraux furent pris ; la flevir de la noblesse languedocienne périt ou fut faite prisonnière. Le duc de Normandie se trouvait à une distance de dix lieues avec une grande armée ; il ne se détourna en rien de ses desseins pour secourir nos Méridionaux; mal lui en prit, car il fut ainsi privé de ses meilleures troupes. Derby occupa la Réole; il s'avançait vers le Languedoc. Le danger devenait sérieux.
Tandis que le nouveau sénéchal de Toulouse, Gérard de Montfaucon, s'occupait de lever des troupes et d'organiser la défense des châteaux, les consuls songeaient à fortifier Toulouse pour la mettre à l'abri d'une surprise. Les travaux commencèrent après la prise d' Auberoche; il s'agissait de relever les murs démantelés en 1229 et de clore solidement la ville et le bourg. Pour suppléer à l'insuffisance des ressources, le roi autorisa la ville à frapper la viande, le vin et le poisson d'une taxe de quatre deniers par livre (6 décembre 1345). De plus, il l'autorisa à prendre, dans la forêt royale de Fous-
I/aflfaire d 'Auberoche.
Réfection de l'enceinte
seret, une quantité de bois de la valeur de 500 livres tournois (29 janvier 1346). En août 1346, les consuls obtinrent du duc de Normandie, en même temps que l'autorisation formelle de relever leur enceinte, la permission de continuer la levée de la taxe jusqu'à concurrence de 12.000 livres. Ces sommes
Le^ fcrllfu-altonA romaines Jii iiunien âge. quartier Siinl-/>licbel
D'anris Cl,alana =
ne suffisant pas encore, on étendit les droits, provisoirement pendant un an, à toutes les denrées, sauf le blé (octobrenovembre 1346). En fait, comme le provisoire dure généralement longtemps, ces impôts furent perçus pendant plusieurs années. C'est ainsi que s'élevèrent, sur les vieilles assises
Subsides
pour la guerre.
Etats généraux
d'Oc.
romaines, les nouvelles murailles de brique de Toulouse, qui subsistèrent jusqu'aux temps modernes et dont il reste encore les murs de l'arsenal. Bon nombre de maisons religieuses établies dans les faubourgs furent alors transportées dans l'intérieur de la ville, telles les sœurs Bénédictines de la Daurade, qui habitaient hors la porte Saint-Cyprien et qui vinrent occuper le couvent des sœurs Blanches de la Madeleine.
Il s'agissait maintenant de riposter à l'offensive anglaise et, pour avoir une armée, de lever de nouveaux deniers.
IvC 17 février 1346, Jean de Marigny, évêque de Beauvais, lieutenant du duc de Normandie, ouvrait à Toulouse les Etats généraux de la langue d'oc, en même temps qu'on annonçait l'enrôlement d'une armée de 100.000 hommes. Les Etats votèrent un fouage de 10 sols (impôt de 10 sous par feu ou famille), moyennant la suppression de la gabelle et de la taxe de 4 sous par livre sur les marchandises.
Le duc Jean, pressé d'argent, se hâta de recouvrer les fonds, négociant des emprunts et des avances, allant jusqu'à transiger pour 100 livres le montant d'une amende de 4.000 livres due par deux changeurs toulousains pour commerce de monnaies prohibées. Les réquisitions pesèrent lourdement sur le pa^'s. Le 31 mai, les Etats se réunissaient de nouveau, votant encore l'entretien d'un homme d'armes par cent feux ou une solde de 7 sols 6 deniers par jour. IMais ils présentèrent au duc et à son lieutenant une longue liste de réclamations, de récriminations justifiées contre l'avidité des commissaires du roi et de leurs sergents, dont le Languedoc souffrait depuis déjà longtemps. Jean de Normandie, pressé par le besoin, fit de belles promesses (4 juin). La facilité avec laquelle il s'engageait était la marque infaillible de l'inexécution de ses promesses.
Cependant, il avait assemblé à Toulouse une magnifique Echec d'Aiguillon, armée (mars 1346), pour laquelle les consuls avaient fourni mille sergents. Il descendit la Garonne et mit le siège devant Aiguillon, au confluent du Lot. Il épuisa, sans parvenir à prendre la place, toutes les forces et l'argent que le Midi avait mis à sa disposition (10 avril-20 août). Au reste, Philippe VI appelait à lui les milices et la noblesse du Languedoc pour
Toulouse menacée.
faire face à l'invasion d'Edouard III en Normandie. Elles n'arrivèrent pas à temps pour assister au désastre de Crécy (26 août 1346). Ce qui restait d'armée partit pour le Limousin combattre Derby, qui s'était emparé de Poitiers (août 1346). lyC comte d'Armagnac resta dans la région de Toulouse avec la mission de couvrir le Languedoc. Puis la province passa sous le commandement de chefs divers; le meilleur, Bertrand de risle-Jourdain, mourut de la peste le 12 août 1348. Malgré la trêve qui suivit la prise de Calais par les Anglais, nos ennemis parvinrent jusqu'aux portes de Toulouse. En janvier et février 1350, Derby s'arrêtait à Beaumont-de-Lomagne, s'emparait d'Astafïort, de Cuq, de Dunes, de Grenade-sur- Garonne, envoyant ses coureurs jusqu'à trois lieues de la ville. Jacques de Bourbon, comte de la Marche, n'avait rien fait pour empêcher cette incursion. Son successeur, Robert d'Houdetot, réussit à reprendre les places conquises et à dégager Toulouse. Ainsi, la guerre sévissait déjà dans les environs de notre cité qui s'imposait, en pure perte, sans conjurer le fléau, des efforts financiers considérables (^).
La peste noire. La peste suivait la guerre. Apparue à la Toussaint de 1347, la peste noire, ou bubonique, sévit seize mois sans interruption, anéantissant les neuf dixièmes de la population, tant des villes que des campagnes. Les habitants aft'olés se livraient aux pratiques les plus barbares et les plus superstitieuses; ils massacraient les Juifs, qu'on accusait d'empoisonner les puits et de -s'enrichir de la calamité publique; ils suivaient les processions expiatoires et les flagellants qui se frappaient à coups de lanière. L'épidémie s'éteignit progressivement et la vie reprit dans un pays dévasté. C'est au milieu de ces misères que disparut Philippe VI (2 août 1350), laissant la couronne à son fils le duc Jean de Normandie, gouverneur du Languedoc.
Jean II. Jean II se révéla plus sottement chevaleresque et plus
Anglais dépensier que son père; il était, en outre, entêté, violent et menacent ,^,. , . ., . ,
Toulouse P^^ réfléchi. Pendant quelques mois, il mit a la tête du Lan-
guedoc Charles, roi de Navarre, dit le Mauvais, qui devait être son plus mortel ennemi et qui complota avec les Anglais
I. Juillet-novembre 1348, la séaéchaussée de Toulouse verse 32.700 livres tournois.
pour s'approprier notre province (1351). Après Gérard de Montfaucon, sénéchal de Toulouse, Amaury de Craon et A^-meri de Rochechouart, Jean délégua ses pouvoirs au comte Jean d'Armagnac, bon soldat, mais divisé par une vieille haine avec le comte de Foix, Gaston-Phœbus. Il fallut l'intervention des officiers ro^'aux pour arrêter entre eux une guerre privée, en pleine guerre étrangère. De telles circonstances et de si fréquents changements de chefs n'étaient pas de nature à assurer efficacement la défense de la région. En 1352, les Anglais surprennent Lafrançaise, en Querc}^ et menacent Toulouse. C'est alors qu'on abattit les maisons des faubourgs, notamment, hors la porte Saint-Etienne, la maison des chanoines et l'officialité, les hôtels des vicomtes de Caraman, de Villemur, de Raimon de Castelnau-d'Estrétefonds et de Bernard de Durfort de Malauze. Les Trinit aires ou Mathurins, qui habitaient hors la porte Saint-Michel, s'obstinèrent à y demeurer et souffrirent de la chevauchée du Prince Noir; peu de temps après, ils vinrent se fixer rue de la Trilhe(^), à laquelle ils donnèrent leur nom. Les Toulousains payaient largement de leurs personnes; on vit leurs contingents au siège de Montréal-en-Agenais (1351), devant Agen bloqué par les Anglais (1352), à la reprise de Lafrançaise, au siège de Saint-Antonin-en- Albigeois (1353). Cependant, les environs de la ville étaient cruellement pillés par les bandes du comte de Strafford. C'est au comte d'Armagnac que revint le grand mérite de reconquérir l'Agenais sur les ennemis et de les refouler jusqu'à La Réole.
Ses succès évidents motivèrent l'envoi à Bordeaux du L'expédition fameux Prince Noir (1355). L'héritier d'Angleterre avait ^^ Prince Noir, alors vingt-cinq ans et passait pour un des chevaliers les plus accomplis de son temps. Il commandait en chef pour la première fois et avait assemblé un corps de 15.000 hommes, surtout des Gascons. A Toulouse, on se prépara de nouveau à faire tête; tous les citoyens âgés de plus de quatorze ans furent armés. Le comte d'Armagnac convoqua la noblesse et fit venir dans la ville des arbalétriers génois et lombards, mercenaires turbulents que l'on voyait d'un mauvais œil et qui signalèrent leur séjour par des violences et des rixes. Mais le comte