I. Et non exécuté
permanent de nos populations pendant un grand nombre d'années. Au reste, la loyauté de bien des villes du Midi n'était pas sûre; en 1359, une conspiration s'ourdit pour livrer Nîmes aux Anglais. Enfin, une rivalité funeste continuait entre le comte d'Armagnac et le comte de Foix, Gaston- Phœbus. Celui-ci, assez populaire dans notre Midi, voulait la lieutenance générale du Languedoc : la liaison du roi et des Armagnacs le jeta dans le parti anglais. En janvier 1359, il prit les armes, s'avança jusqu'à Toulouse dont il battit les milices et brûla les faubourgs, incendia les châteaux d'Auterive et de Cintegabelle. Ee maréchal de Boucicaut parvint à terminer cette guerre en 1360.
Paix de Brétigny. Ea paix de Brétigny (24 octobre 1360) ne fut qu'un soulagement éphémère aux maux du Midi. Elle réduisait les domaines du roi de France aux trois sénéchaussées de Toulouse, Carcassonne et Beaucaire; l'Agenais, le Quercy, le Rouergue passant, avec d'autres provinces, au roi d'Angleterre. Elle fixait la rançon du roi Jean, dont le Languedoc paya près de la moitié. Toulouse donna, pour sa part du premier paiement, 6.000 moutons d'or (^). La sénéchaussée fut imposée de 37.715 écus d'or pour deux ans, de 50.000 pour les quatre années suivantes. La levée de ces sommes, considérables en elles-mêmes, fut rendue plus difficile par de mauvaises récoltes, par la disette, par la misère et la dépopulation des campagnes, par la peste, qui recommença à sévir en 1361, et, enfin, par les ravages continuels des gens de guerre.
Le Ivanguedoc
ravagé par les routiers.
Les compagnies, libérées par la paix de Brétigny, continuaient, en effet, à parcourir tout le Midi, en quête de pillages, renforcées des contingents venus du Nord. Elles s'étaient emparées de Pont-Saint-Esprit, sur le Rhône, en fin décembre 1360. Le pape Innocent VI, vivement alarmé, excommunia les routiers et prêcha la croisade contre eux. Une partie consentit à passer en Italie, au service des Visconti ; les autres se jetèrent sur le Languedoc, qui les attirait ; un de leurs chefs, Seguin de Badefol, s'empara de Frontignan (avril 1361) ; un
I. Il existait des moutons d'or à grande laine et des moutons d'or à petite laine. Ils valaient, les premiers i6 sous 6 deniers d'argent fin et les seconds 12 sous 6 deniers. Ces monnaies étaient ainsi appelées parce que, sur l'un des côtés, était représenté Jésus-Christ sous la figure de l'agneau.
autre, Bertucat d'Albret, échoua devant Montpellier, mais saccagea le diocèse de Toulouse. La défense de notre région fut assurée d'abord par le connétable de Fiennes, lieutenant du comte de Poitiers, puis par le maréchal d'Audrehem. Celui-ci prit à sa solde quelques contingents espagnols commandés par le Castillan de Transtamare; c'était le meilleur moyen de limiter leurs excès. La nouvelle de la victoire de Briguais (6 avril 1362), que de nouvelles bandes arrivées du Nord, les Tardvenus, remportèrent sur l'armée féodale des comtes de la Marche et de Forez, ranima les craintes des Languedociens. Les Etats, réimis à Montpellier, votèrent une somme de 100.000 florins d'or pour permettre à Arnoul d'Audrehem et à Enrique de Transtamare d'acheter les compagnies de Garciot du Castel, de Beraud, de Bertucat d'Albret et de Petit Mesquin, ou Meschin (traité de Clermont, 13 juillet 1362), en vue de la conquête de la Castille. En outre, les Etats offrirent 53.000 florins d'or à don Enrique pour cette expédition, qui devait débarrasser le Midi des gens de guerre. Toutes les villes murées, dont Toulouse, s'imposèrent d'un florin d'or par feu. La joie provoquée par cet accord ne dura guère; l'expédition n'eut pas lieu non plus qu'une croisade, prêchée par Urbain V, dont les routiers eussent fourni les troupes; ils rentrèrent dans le Languedoc. Le comte de Foix, Gaston-Phœbus, en prit de force quelques-uns à son service. Continuant à guerroyer contre le comte d'Armagnac (^), il le battit à Launac, près Toulouse, le 5 décembre 1362, et lui faisait neuf cents prisonniers. Au nord de Toulouse, une querelle semblable mettait aux prises l'évêque d'Albi et le seigneur de Lescure; des barons du sud de l'Albigeois pactisèrent avec les routiers et couraient comme eux les grands chemins. Le pays pâtissait cruellement de cet état permanent d'insécurité : parfois, il réagissait; en 1364, nobles et communes de la sénéchaussée de Toulouse collaborèrent à la prise, sur les routiers, du château de Peyriac-en-Minervois. La fureur des habitants était telle que la garnison fut tout entière massacrée.
I. Cette querelle avait pour cause les prétentions des deux rivaux à la succession de Béam.
Mort de Jean II.
Réunion
du
comté de Toulouse
à la couronne.
A cette époque mourut le roi Jean II (8 avril 1364), revenu à I^ondres pour remplacer un de ses fils, otage qui s'était enfui. Un des derniers actes du gouvernement de ce roi intéresse Toulouse. A la fin de novembre 1361, à la suite de la mort du dernier duc de Bourgogne, Philippe de Rouvres, il réunit à la couronne les duchés de Bourgogne et de Normandie, les comtés de Champagne et de Toulouse (^). Ainsi disparaît la dernière fiction qui maintenait encore le souvenir de l'Etat raimondin.
Charles V.
Louis d'Anjou,
gouverneur du Languedoc.
Charles V (1364-1380), prince prudent et sage, entouré d'excellents collaborateurs, releva la France de l'abaissement où l'avaient mise les deux rois précédents. Il nomma lieu-
hnlrée ik ^flarie J' Anjou
tenant et gouverneur du Languedoc (6 novembre 1364) son frère Louis, duc d'Anjou. Ce fut à la fois la fortune et l'infortune de notre province d'être réservée, en raison de son impor-
I. Alaison de Bourgogne. — L,a première, issue du roi de France Robert le Pieux s'est éteinte sous Jean le Bon, en 1361, à la mort de Philippe de Rouvres. I^a seconde fut fondée par ce même Jean le Bon, qui donna cette province en apanage à son quatrième fils, Philippe le Hardi. I,es ducs de cette seconde maison furent, après Philippe le Hardi, Jean sans Peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire, le fameux rival de Louis XI, qui mourut en 1477.
(i) Sceau de Raymond VI, comte de Toulouse (1222) ( n) Srean de Teanne d' Anffleterre . comtesse de Toulouse
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Frontispice des Geàta ThoLodanoruin de N. Bertrande Séance Ro^yale du Parlement (i5i5)
Expulsion des Compagnies.
tance, à des princes du sang. Louis d'Anjou possédait de brillantes qualités; avisé comme son frère et politique adroit, il aimait comme lui les arts, les lettres, les beaux manuscrits, les riches joyaux et lui était supérieur en ce qu'il s'entendait à la conduite de la guerre. Large, magnifique, dépensier, il pressure le Languedoc, qu'il saura cependant délivrer du voisinage des Anglais. Sa femme, Jeanne de Blois, très belle et très pieuse, a laissé dans le Midi un meilleur souvenir. Le nouveau gouverneur du Languedoc fit son entrée à Toulouse le 24 février 1365.
Son souci le plus pressant était de débarrasser le pa^'s des compagnies de routiers. Messire Bertrand du Guesclin se chargea de cette tâche en les conduisant en Espagne détrôner Pierre de Castille pour le remplacer par Enrique de Transtamare. L'ilhistre capitaine passa à Toulouse vers la fin de novembre 1365 et emmena avec lui, outre-monts, quatre cents Toulousains volontaires, amis des aventures. A vrai dire, tous les gens de guerre ne passèrent pas les Pyrénées; ceux qui préféraient aux hasards des combats les douceurs des riches campagnes du Languedoc continuèrent à les mettre en coupe réglée. Le sénéchal de Toulouse et le vicomte de Narbonne, aidés des milices de Toulouse et des hommes d'Olivier de Mauni, surprirent et battirent une de ces compagnies à Montech, le 13 août; mais le lendemain 14, ils furent eux-mêmes taillés en pièces à Villedieu. Le sénéchal, plusieurs habitants de Toulouse, Hugues de Salabon, Jean de Lanta, restèrent aux mains des routiers. La région toulousaine demeure donc exposée aux mêmes déprédations. Le duc d'Anjou jugea nécessaire de prendre ces bandes à sa solde; bandes de mercenaires peu sûrs, puisqu'en 1369 le prince dut faire noyer ou décapiter, après les avoir promenés enchaînés dans Toulouse, quatre de leurs chefs qui conspiraient avec les Anglais : Pépin de Savoie, dit le Petit Mesquin ; Arnaud de Penne, Amanieu d'Artigues et Noli Pavalhan. La rupture avec Edouard III allait, du reste, donner momentanément de l'ouvrage aux soldats sans emploi.
Le mécontentement des barons du Midi, vassaux du roi Rupture de la paix d'Angleterre, qui s'entendaient fort mal avec les seigneurs anglais, se manifeste, en 1367, à l'occasion d'un fouage réclamé
avec l'Angleterre.
par le prince de Galles. Nobles et communes le refusèrent et s'adressèrent au roi de France, suzerain du duc de Guyenne. L'appel fut porté par les deux plus puissants barons, Jean II d'Armagnac et Amanieu, sire d'Albret, qui épousa (4 mai 1368) la sœur de la reine, Marguerite de Bourbon. Charles V ajourna devant sa cour son vassal le Prince Noir. L'assignation fut portée au prince par Jean de Chaponval, chevalier, et par Bernard Pâlot, juge criminel à Toulouse (janvier 1369). « Quand le prince, dit Froissart, eut ouï lire cette lettre, si fut plus émerv^eillé que devant, et crola la tête et regarda de côté sur les dessus dits Français ; et quand il eut un peu pensé, il répondit par telle manière : « Nous irons bien volontiers à « notre ajour à Paris, puisque mandé nous est du roi de « France, mais ce sera le bassinet en la tête et soixante mille « hommes en notre compagnie. » Il fit poursuivre les deux envoyés sur la route de Bordeaux et les fit enfermer quelque temps à Agen. Le sort était jeté une fois de plus. Mais, cette fois, la fortune devait favoriser le roi de France. Le Prince Noir, notre plus redoutable adversaire, était « accouché malade d'une moult grave maladie et devenu hydropiste » {^). Par contre, les armées françaises allaient avoir à leur tête le connétable Du Guesclin.
Toulouse Dans cette guerre, Toulouse devait jouer le rôle d'une base
base d'opérations d'opérations très importante. En 1368 et 1369, le duc d'Anjou coTitrp la Guvenne >' ^^^^^ ^^^^^ ^°^^ ^^^ Etats de la province, qui votent des subsides. Il y lève des troupes : un James Ysalguier, gouverneur de Bazas, figure dans cette armée comme capitaine de soixante-dix-neuf hommes d'armes et de vingt archers. Chandos, avec les compagnies anglaises, se trouvait à Montauban; il fit quelques incursions dans le Toulousain, mais fut bientôt forcé d'évacuer le Bas Quercy et la plus grande partie du Rouergue. En 1370, le duc d'Anjou se mit en campagne, acheva la conquête du Quercy, entra à Moissac. En 1372, il s'emparait de Figeac et de Penne. En 1374, il parvenait à conquérir la Bigorre, puis poussait jusqu'à La Réole (27 août), dont il fit un boulevard contre l'Anglais, et, enfin, retournait à Toulouse, en octobre, après avoir occupé Langon, Condom, Fleurance et Penne-en-Agenais. La trêve du 27 juin 1375