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I. Grandes chroniques de France

fiscales.

Rappel

de

Louis d'Anjou.

arrêta cette victorieuse campagne. L,es Anglais ne possédaient plus que Bordeaux et ses environs immédiats. Toulouse était délivrée de leur voisinage et pouvait prendre quelque relâche.

Répit temporaire, car les compagnies continuaient à occuper Ravages

des lieux forts dans la région et à rançonner le plat pays. Puis, des gens de guerre le duc d'Anjou écrasait le L/anguedoc de taxes continuelles. Sans doute, ces impôts étaient votés par les Etats, convoqués souvent deux et trois fois par an, et généralement à Toulouse; mais la satisfaction de les accorder de plein gré n'était, pour nos ancêtres, qu'une consolation fort illusoire. Tout servait de prétexte au gouverneur du Languedoc pour renouveler et accroître les charges de ses sujets : Anglais, brigands ou routiers couvraient parfois les besoins personnels du duc d'Anjou, ses ambitions sur le royaume de Majorque, ses nombreux et coûteux déplacements, sans compter les cadeaux et frais des réjouissances célébrées à Toulouse pour la naissance (7 octobre 1377) de son fils Louis II, futur roi de Sicile. En quatorze ans, vingt-deux fouages ont été ainsi levés. En mars 1377, les Etats, réunis à Toulouse, présentèrent de vives remontrances sur l'épuisement des provinces ravagées par la guerre et la peste; un an après, ils refusèrent d'accorder de nouveaux subsides. Toulouse et le Midi se trouvaient à bout de souffle. Déjà des révoltes se produisaient à Montpellier, Aies, Clermont-Lodève ; le peuple, écrasé d'impôts de consommation, grondait et criait publiquement : « Mort aux riches ! » Des signes précurseurs annonçaient déjà la Jacquerie des Tuchins. Ces plaintes par\ànrent jusqu'au trône et attendrirent Charles V, que le pressentiment de sa fin prochaine inclinait au remords et disposait aux réparations nécessaires. Dès 1379, il rappelait son frère et, quelques semaines avant sa mort, abolissait les fouages et donnait le gouvernement du Languedoc au populaire comte de Foix, Gaston-Phœbus. Mais, par leurs intrigues, les sires de la Fleur de L^'S et le comte d'Armagnac retardèrent et empêchèrent l'expédition des lettres officielles. Charles V mourut (16 septembre 1380) sans que les officiers royaux aient reconnu la validité de cette nomination.

Charles VI.

Nomination

de Jean de Berry

en Languedoc.

Gaston-Phœbus

dispute le gouvernement.

Avec Charles VI (1380-1422), qui n'avait que douze ans, les frères du roi défunt devinrent les vrais maîtres. Dès novembre 1380, l'ancien comte de Poitiers, devenu duc de Berry, se faisait confier le gouvernement du Languedoc. Ce prince, troisième fils du roi Jean, beau-frère de Jean II, comte d'Armagnac, ressemblait à son frère aîné, le duc d'Anjou, par son goût des belles choses et par sa prodigalité; il ne l'égalait point par les talents militaires et le sens politique; il était égoïste et jouisseur, avide et dur. Toulouse ne gagnait rien au change. Le duc de Berry attendit plusieurs mois pour entrer en possession de son gouvernement. Pendant son absence, le sénéchal de Toulouse, le sire de Nantouillet, assura l'intérim de l'administration.

Mais le comte de Foix, Gaston-Phœbus, refusa de reconnaître le nouveau gouverneur, se considérant comme régulièrement nommé par Charles V. Il était appuyé par les notables du Languedoc qu'il assembla à Toulouse et qui décidèrent de députer au roi pour le supplier de maintenir la décision du feu roi. Gaston avait offert aux capitouls de défendre le pays contre les routiers, contre « Dieu et le diable », et promis de rendre au quadruple les biens que les habitants pourraient perdre à le soutenir. Il demandait la solde de quatre cents hommes d'armes et un prêt de 200.000 écus d'or. Mais le roi ne voulut pas recevoir les députés de Toulouse et écrivit au comte de Foix pour l'exhorter à se soumettre. Gaston-Phœbus refusa par une lettre du 4 février 1381 et agit en maître dans la région toulousaine. Il convoqua à Mazères, en mai 1381, les Etats des deux sénéchaussées de Carcassonne et de Toulouse; il en obtint 4,000 livres, qui lui permirent de battre, à Rabastens, un parti de routiers, anciens soldats licenciés du duc d'Anjou. Cependant, à Paris, la cour avait appris avec indignation la conduite du comte de Foix. Jean de Berry marcha sur le Languedoc par l'Auvergne, Le Puy, Albi et Castres avec quelques forces. Il n'y eut cependant pas conflit entre les deux rivaux; une négociation se noua, grâce à l'entremise de l'évêque de Langres et de LeGalois Ysalguier, ancien conseiller du duc d'Anjou. En août, la paix fut conclue à

lyimoux; en septembre, le duc alla visiter le comte à Mazères; les pourparlers aboutirent à une entente définitive en décembre 1381. Gaston-Phœbus renonça au gouvernement du I^anguedoc.

Mais l'excès des misères provoqua une sorte d'insurrection générale. lyCS ravages des gens de guerre devenaient un fléau endémique. On ne comptait plus, pour s'en délivrer, que sur soi-même. Les habitants de Saint- Antonin demandent secours aux capitouls de Toulouse pour les débarrasser des routiers; les consuls leur envoient des hommes d'armes qui les expulsent. Les bourgeois s'indignaient qu'on les abandonnât aux brigands et aux Anglais. Les gens du commun, habitants des faubourgs et du plat pays, molestés, pressurés, arrivés au comble de l'infortune, couraient à la suite des bandes, pillaient pour manger et tuaient pour n'être pas tués. La dureté et la rapacité du duc de Berry exaspérèrent encore les révoltés, qui devinrent féroces. On les appelait Tuchins, mot d'une étymologie obscure; en fait, il faut distinguer les bourgeois, qui protestent contre une intolérable fiscalité, et les paysans, véritables Jacques, qui crient leur haine contre les riches, même contre le roi : « Rey de m..., rey de figues )>, dit un habitant de Rabastens, condamné pour « villaines paroulles ». Le fouage de 1381, établi en dépit de l'abolition proclamée par Charles V, fut le prétexte de l'insurrection, Béziers se souleva et fut cruellement punie par le duc de Berry. Carcassonne refusa au duc l'entrée de la ville; toute la région fut mise à sac. Les Tuchins sévirent surtout dans les sénéchaussées orientales du Languedoc, mais il y en eut à Toulouse; ils furent pourchassés et exterminés. La vengeance des oncles du roi fut terrible en Languedoc, comme partout où s'était étendue cette révolte des pauvres contre les grands : à Paris, à Rouen, en Flandre. La province fut frappée d'une amende de 800.000 livres, exigible en quatre ans, à raison de 6 francs par feu, somme écrasante qui s'ajoutait aux autres taxes dans un pays dépeuplé par toutes sortes de fléaux. Toulouse paya pour sa part 124.000 livres et dut s'imposer, pendant dix ans, d'un droit de 10 deniers par livre de viande. Depuis la guerre des Albigeois, notre pays n'avait pas connu pareil désastre (1384).

Les Tuchins.

Punition

du Languedoc.

Reprise

de la

guerre anglaise.

Lourdeur

des impôts.

Charles VT

à Toulouse.

A la guerre civile s'ajoutait la guerre étrangère, les trêves entre Anglais et Français étant expirées ou inobservées. En vain, Jean de Berry, qui resta de 1384 à 1385 à Toulouse pour y organiser la défense, lève-t-il des troupes, emporte-t-il quelques châteaux de Gascogne. lycs Anglais, qui occupaient une dizaine de lieux forts autour de Montauban, pillaient jusqu'aux environs immédiats de notre ville; on se résigna à payer tribut à leurs bandes pour avoir la tranquillité et le droit de trafiquer. En 1386 et 1387, sous divers prétextes, il fallut acquitter trois nouveaux f ouages qui ne serv^aient même pas à assurer la sécurité de la province : pour une expédition en Angleterre, pour un voyage en Espagne, pour garnir les frontières ! Jean d'Armagnac, chargé de gouverner le Languedoc pendant les absences de son beau-frère, n'avait pas plus de mérite que lui ; il laissait faire ses subalternes, se désintéressait du sort du pa^^s, mais gardait pour lui l'argent donné pour acheter la retraite des routiers du Rouergue (1387). L'excès des souffrances exaltait les imaginations maladives : un ermite, natif de Saverdun, partit à pied pour Paris afin de parler au roi et lui dire la grande misère de Toulouse et du Languedoc, le menacer des vengeances divines s'il n'allégeait pas des charges devenues insupportables. Le moine cistercien Jean de Granselve, de Toulouse, se rendit, pour le même objet, auprès de Charles VI. Des députés du Languedoc et de Gu^^ enne obtinrent audience du roi; à genoux, les yeux en larmes, ils lui représentèrent la ruine du pa^-'s épuisé par l'avidité du duc de Berry et de son entourage. Le moment était bien choisi. Le roi allait avoir vingt ans; il était fatigué de la tutelle de ses oncles, assez courroucé de l'échec de toutes leurs entreprises qui coûtaient au trésor royal et qui importaient peu à la France (1388). Il les éloigna du gouvernement et enleva au duc de Berry la lieutenance du Languedoc. Il annonça, de plus, qu'il irait visiter en personne cette malheureuse province.

Parti de Paris le 2 septembre 1389, il se dirigea vers le Midi par Nevers, Moulins, L^^on, Avignon; il passa à Nîmes, Montpellier, Béziers, Narbonne, Carcassonne, et fit son entrée à Toulouse le 29 novembre. « Tout le Languedoc le attendait et fut reçu et festoyé si grandement que c'estait merveille de voir celle leesse. Et y avait tant de gens es-rues à le regarder

que on ne povait passer, si estoient les rues par où il passait encortinées et parées d'aournements riches et beaux, et les consuls de la ville vestus d'habits royaus portaient la paiUe au roy et les petits enfants alloient devant portans en leurs mains baneretes de fleurs de lis criant : « Noël, vive le Roy !» Si les suivoient les processions, la Université et le autre clergé dont y avait moult et auprès du roy estoient les ducs d'Orléans (^), de Berry {^) et de Bourbon et assez longuet de eulx, les barons et seigneurs du païs. Puis le sénéchal et viguier en leur endroit où les suivoient par ordre les gens de mestiers, vestus de livrée et portant bannière de leur office. » Le roi logea au château Narbonnais et demeura plus d'un mois à Toulouse (29 novembre 1389-7 janvier 1390). Son entrée donna lieu à de grandes réjouissances; partout, on avait dressé des tables où mangeait et buvait le populaire. Son séjour fut marqué par des réceptions et des fêtes continuelles; le comte d'Armagnac vint lui rendre hommage ainsi que Gaston-Phœbus, qui fit son entrée solennelle accompagné d'une garde de routiers anglais portant la croix de Saint- Georges. Le roi lui donna dîner « grand, bel et bien étoffé de toutes choses n. Gaston-Phœbus rendit sa politesse à Charles VI avec une rare magnificence, y joignant le cadeau de soixante chevaux. Ce vo3^age ne fut pas sans coûter beaucoup au Languedoc. La cité de Toulouse fit au roi « de grands dons de vaisselle »; nos argentiers et orfèvres furent à l'honneur; la province entière offrit 300.000 livres de bonne monnaie. Mais le jeune roi était populaire et l'on attendait beaucoup de lui.

Il avait pu se rendre compte, au cours de son voyage, de I\Iort de Bétizac l'étendue du malaise; à Toulouse, les capitouls lui avaient (1389)-

fait « de grandes requêtes ». ]\Iais il y avait tant d'abus à redresser que l'on se contenta d'un exemple, en quelque sorte symbolique, dans la personne de Bétizac, de Béziers, ancien collaborateur du duc de Berry et directeur général des finances du Languedoc. A la vérité, l'enquête faite sur sa gestion ne révéla aucune irrégularité; son énorme fortune, il la tenait des libéralités de son maître, qui, au surplus, le couvrait

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