‹ Histoire de ToulouseChapitre 68 sur 317 · Son frère, âgé de dix-huit ans · texte numérisé non relu

Son frère, âgé de dix-huit ans

2. Inexact. D'Orronville a été mal informé, le duc de Berry a été exclu de ce voyage.

I<a chasse

dans la ?t de Bouconne.

l'Espérance.

duc de Berry révoqué.

entièrement. Le roi ne voulait pas mettre son oncle en cause et il fallait pourtant une victime expiatoire. On persuada à Bétizac, pour sauver sa tête, de se déclarer hérétique; ce qu'il fit, convaincu que le duc de Berry le tirerait des griffes de l'Inquisition ou lui procurerait un pardon du pape. Mais, condamné par l' Officiai et livré au bras séculier, il fut brûlé sur un bûcher, le 22 décembre, place du Salin, et lié avec des chaînes à un poteau « pour qu'il tînt plus roide ». Ses biens furent confisqués; les contribuables n'en profitèrent guère, le roi en fit don pour partie à son frère le duc d'Orléans.

Pendant son séjour à Toulouse (29 novembre 1389-7 janvier 1390), Charles VI réduisit à quatre le nombre des capitouls et donna des lettres de sauvegarde en faveur des filles de la maison publique municipale, dite la Grande- Abba^^e, réglant leurs vêtements et leur permettant de circuler librement dans leur quartier, mais non au delà. Il fonda aussi l'ordre de Notre-Dame d'Espérance à la suite d'une chasse dans la forêt de Bouconne où, « après avoir marché à l'aventure, il s'égara et dut à ses prières de retrouver son chemin ». Une peinture de l'ancien cloître des Carmes représentait le roi à cheval s'inclinant devant la Vierge (^) et sept seigneurs à pied, armés, dont cinq sont désignés par une inscription : le duc de Touraine (d'Orléans), le duc de Bourbon, Pierre de Navarre, Henri de Bar, Olivier de Clisson, les deux autres étant peut-être Enguerrand de Coucy et Philippe d'Artois. En souvenir de cet événement, les religieux s'étaient engagés à célébrer une messe, tous les jours, à la chapelle de Notre- Dame d'Espérance, qui s'ouvrait sur le cloître.

Sorti de Toulouse le 7 janvier 1390, Charles VI, après avoir rendu, à Mazères, sa visite à Gaston-Phœbus et reçu son hommage, revint à Paris en suivant le même chemin qu'à l'aller; il était à Lyon le 31 janvier. Les résultats de son vo^^age furent insignifiants. Il remplaça le duc de Berr^^ par trois commissaires : Ferri Cassinel, archevêque de Reims, Pierre de Chevreuse, Jean d'Estouteville. Le comte d'Armagnac finit par obtenir l'évacuation du Languedoc des routiers, dont quelques-uns le suivirent en Italie (1391). Dans

I. Un croquis de cette fresque, disparue, est au musée Saint-Raymond.

les années qui suivirent, les impôts diminuèrent considérablement, et, la guerre anglaise ayant cessé, il n'y eut levée d'aides qu'à l'occasion du mariage d'Isabelle de France avec Richard II d'Angleterre et de la croisade prêchée contre les Turcs (1396). Le vrai chef de la province pendant les dernières années du xiv^ siècle, le maréchal Louis de Sancerre, fait connétable en 1397, sut y maintenir le bon ordre, pacifier les querelles issues de la succession de Jean II d'Armagnac, mort en Italie en 1391. Il y eut quelques années de répit, avantage appréciable après de telles traverses. Pendant ce temps, Toulouse remet en état ses fortifications; à cet effet, des lettres de Charles VI (octobre 1392) donnent aux consuls le droit de percevoir le souquet et l'arrière-souquet, huitième et quart du vin vendu au cabaret.

Mais la folie du roi avait rendu le pouvoir à ses oncles. De plus, en 1399, Richard II d'Angleterre, déposé, faisait place à Henri IV de Lancastre, ennemi de la France par tradition et par principe. Enfin, au même moment, commence la rivalité d'Orléans et de Bourgogne, dans laquelle la France entière allait se trouver entraînée. En 1401, le duc de 'Beiry occupait de nouveau le gouvernement du Languedoc et, pour se concilier les bonnes grâces du peuple, rétablissait à Toulouse les douze capitouls. Presque aussitôt, en dépit des trêves, la guerre anglaise recommençait; une armée assemblée à Toulouse en 1405 capturait plusieurs places en Guyenne; naturellement, les levées de subsides accompagnèrent ces opérations et sans que les Etats eussent été convoqués et consultés. Le Languedoc protesta et les capitouls députèrent au roi à ce sujet. Après l'assassinat du duc d'Orléans par Jean sans Peur (1407), le duc de Berry se brouilla avec le duc de Bourgogne et adhéra à la ligue de Gien avec les Orléans et Bernard d'Armagnac (1410). Le pauvre roi fou, prisonnier de Jean sans Peur, destitua son oncle et nomma le comte de Foix, Jean de Graill^^ commissaire et capitaine général en Languedoc. De son côté, Jean de Berrj^ confiait le Languedoc à son gendre, Bernard d'Armagnac. Dès lors, la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons ensanglanta la Gascogne et le Comminges : trois cents arbalétriers de Toulouse prirent part, avec le comte de Foix, au siège du château de Touget

Folie du roi.

Retour

de Jean de Berry

Armagnacs

et

Bourguignons.

(diocèse de'Lombez). I^a paix fut faite entre le roi et les princes en 1412, et Charles VI rendit à Berry le gouvernement du Languedoc (1413). C'est le moment où le roi dément, prisonnier des Armagnacs, est redevenu l'ennemi des Bourguignons.

Débarquement Avec l'avènement d'Henri V de Lancastre (1413) et l'expi-

. ^^^ ration des trêves franco-anglaises (février 1415) reparaissent

Levées d'impôts ^^^ affres et les épreuves. A la place du duc de Berry, vieilli,

sans qui meurt en 1416, le gouvernement du Languedoc est en fait

convocation exercé par Charles de Bourbon, comte de Clermont, fils du d'Etats ... .

duc, oncle du roi, capitaine réputé, qui, pour combattre les

routiers et les Anglais, leva une aide de 100.000 livres. Des protestations unanimes s'élevèrent. Les capitouls, de leur propre autorité, convoquèrent à Toulouse les trois ordres du pays. Le sénéchal, Jean de Bonnay, leur fit défense de tenir l'assemblée; le dauphin Charles leur écrivit pour confirmer l'interdiction et ordonna à Charles de Bourbon de se rendre à Toulouse pour y tenir la main. La réunion n'eut pas lieu. A vrai dire, si l'aide fut levée, le Dauphin stipula que c'était « pour cette fois seulement et sans préjudice des privilèges de la province ». Mais, en 1417, une nouvelle contribution de 100.000 livres fut imposée sans convocation des Etats. Sans doute, les circonstances graves où l'on se trouvait excusaientelles bien des abus de pouvoir. Les Anglais avaient conquis la Normandie, anéanti, à Azincourt (25 octobre 1415), l'armée royale composée en grande majorité d'Armagnacs. Le duc de Bourgogne, Jean sans Peur, soutenu par la reine et secrètement d'accord avec l'Anglais, essayait de se saisir de Paris, du roi et du gouvernement de la France, tandis que le dauphin Charles, nommé lieutenant du roi en Languedoc (14 juin 1417), avait avec lui le parti d'Orléans.

Toulouse disputée Nul doute que Toulouse ne fût divisée entre les deux partis,

entre comme tant d'autres villes en France, et que les Bourguignons,

Bourguignons ^ ^^ -1*1-, ^ 1 . • -.

et Armaenacs peut-être même les Anglais, n y eussent des partisans prêts

à se déclarer. L'archevêque de Toulouse était un des chefs du parti bourguignon; il prétendit convoquer les Etats de la province; les officiers royaux l'en empêchèrent. Mais la reine Ysabeau nomma lieutenant du roi en Languedoc (30 janvier 141 8) Louis de Chalon, comte de Genève, qui recueillit

la soumission de la plupart des villes du Midi. Toulouse, après l'entrée des Bourguignons à Paris et le massacre des Armagnacs (mai 1418), se déclara pour le duc de Bourgogne. Des commissaires bourguignons destituèrent Jean de Bonnay, sénéchal, et Bertrand de Nogaret, juge mage. Le premier se réfugia au château de Buzet, où il se maintint avec une garnison de routiers armagnacs. Avec Mezens, Puicelci et Giroussens, c'était tout ce qui restait au dauphin Charles dans la région toulousaine. Les capitouls se rendirent à Troyes faire hommage à la reine Ysabeau et au duc Jean sans Peur, et obtinrent que les Etats ne seraient convoqués désormais qu'à la demande des habitants. Le Dauphin nomma alors lieutenant le comte Jean de Foix, qui obtint aussi, en 1419, une commission du roi Charles VI; assez populaire dans le pays, ce personnage équivoque pensa jouer, entre Armagnacs et Bourguignons, le rôle du troisième larron, et chassa d'abord de la province Louis de Chalon. Mais le Dauphin sut parer le coup; il vint lui-même en Languedoc, à Toulouse, en mars 1420. C'était peu après le meurtre de Jean sans Peur à Montereau (10 septembre 1419) ; le Dauphin n'était qu'un partisan déjà renié par son père et sa mère et il allait être, au si honteux traité de Troyes (mai 1420), dépouillé de ses droits à la couronne. Dans sa situation, conserver le Languedoc était essentiel pour lui. Il révoqua le comte de Foix, rappela les officiers destitués, établit le Parlement de Toulouse, mesure politique au premier chef, importante satisfaction donnée à la province dont il reçut la soumission. Le Languedoc devait finalement lui rester fidèle. On avait compris que ce prince encore jeune, abandonné de ses parents, exclu du trône par un traité scandaleux, représentait, en face de l'Anglais insolemment installé à Paris, le droit monarchique et surtout le patrie opprimée.

Le roi Charles VI mourut le 20 octobre 1422. Toulouse célébra Charles VTI, pieusement les funérailles de l'infortuné monarque. La céré- ^^ ^°^ ^^ ap,^^^^^ monie en fut réglée par Guillem Vaquier, capitoul, qui fit construire un cénotaphe dans la nouvelle chapelle spéciale-

ment édifiée à cet effet dans l'église Saint-Etienne. Le Dauphin était au château d'Espaly (Cantal) lorsqu'il apprit la nouvelle de cet événement. Tandis qu'à Paris on proclamait roi de France Henri VI, fils d'Henri V d'Angleterre et de Catherine de France, le Dauphin prit le titre royal sous le nom de Charles VII dans cet obscur castel d'Auvergne et se fit couronner à Poitiers quelque temps après. Un de ses premiers actes (il décembre 1422) fut de confirmer, par ordonnance datée de Mehun-sur-Yèvre, les privilèges de Toulouse qui, dans les dramatiques débuts de son règne, devait lui témoigner une constante fidélité.

Toulouse Jusqu'à l'intervention providentielle de Jeanne d'Arc

soutient le roi. (1422-1429), le Languedoc soutint son roi, de son argent et de ses forces, contre l'usurpateur anglais. Charles VII, contrairement à son père, prit soin de convoquer régulièrement les Etats de la province, non plus sans doute à Toulouse, mais dans ses diverses villes. On le vit à Toulouse, en août 1423. Sur les réclamations des capitouls, il retira de la circulation la mauvaise monnaie. Il revint en janvier 1425 et établit gouverneur du Languedoc le comte de Foix, Jean de Graill^^ avec Jean de Bonnay, sénéchal de Toulouse, comme lieutenant. Ce choix, que déterminaient des raisons politiques, était pourtant dangereux, le comte étant fort enclin à profiter des circonstances pour trancher du souverain dans la province. Tandis que le « roi de Bourges » luttait péniblement dans le Nord contre les Anglais, se livrait à la néfaste influence de la Trémouille et compromettait sa cause, Toulouse se défendait contre les compagnies anglaises commandées par André de Ribes, bâtard d'Armagnac, et qui ravageaient le pays jusqu'à ses portes (1426). Elle était encore éprouvée par la peste (juillet 1425). Avec les autres communautés du Languedoc, appelées à Chinon en assemblée d'Etats, elle donnait au roi de sages conseils, le suppliant de se rapprocher du duc de Bourgogne, Philippe le Bon, allié des Anglais depuis le meurtre de son père, Jean sans Peur, et de se concilier le sire de Richemond, qui devait lui amener la noblesse bretonne. Elle continuait à se plaindre des routier? dont les Etats demandaient l'expulsion, des officiers royaux dont ces mêmes Etats dénonçaient les abus de pouvoir, réclamant des juges intègres, des

garanties de bonne justice et d'antres réformes pertinentes.

Mais comment Toulouse aurait-elle pu espérer un remède à ses misères et à celles du Languedoc, alors que partout sévit la guerre, terrible, sauvage, atroce; alors que partout l'excès des souffrances ou exalte les esprits ou les accable de désespoir; alors que le roi, faible, découragé, dominé par des favoris sans conscience, erre de ville en ville, sans espérance, sans royaume, n'étant plus que le pauvre « roi de Bourges » ?

Tous les pouvoirs officiels du pays, armée. Parlement, Université, Eglise, royauté, avouent leur impuissance, acceptent le joug des Anglais et, dans cette voie, quelques-uns vont même jusqu'à la trahison. La France entière était perdue ! Elle ne pouvait être sauvée que par un miracle. Et ce miracle jaillit des entrailles du peuple même avec Jeanne d'Arc, qui apparaît, qui s'impose à tous pour délivrer Orléans et faire sacrer le roi !

Jeanne d'Arc, une toute jeune fille, une simple paysanne, Jeanne d'Arc. « confondant la voix de son cœur avec la voix du Ciel », selon le mot de Michelet, exécute ce que les hommes ne peuvent plus faire : Sauver son pays. La mission de Jeanne d'Arc, sa vie, sa mort forment un des drames les plus surprenants qui se soient produits dans l'histoire du monde. Ce sont là des événements tellement extraordinaires qu'ils accablent l'intelligence humaine {^).

On peut croire, en l'absence de textes précis, que notre Midi suivit le développement de la mer\^eilleuse et tragique destinée de Jeanne d'Arc. La délivrance d'Orléans produisit à Toulouse le même élan patriotique que dans le reste du royaume. Un Etienne Rouaix vendit ses biens pour s'engager dans l'armée royale après ce miraculeux événement (^). Les Etats du Languedoc s'assemblèrent par deux fois à Carcassonne, en septembre et en octobre 1429. Ils votèrent avec enthousiasme une aide de 200.000 livres pour le couronnement, à Reims, de Charles VII (17 juillet 1429). Des députés furent

1. Jeanne d'Arc (Gabriel Hanotaux, de l'Académie française, 1911) : « L'apparition de Jeanne d'Arc, avec les conséquences qui s'en sont suivies, tient du prodige... Chaque siècle, en changeant de point de vue, découvre dans cette vie de nouveaux horizons, de nouvelles grandeurs. A ces sommets, l'humain et le divin se rapprochent dans une collaboration mystérieuse. »

Page 1