Douais. Le Languedoc et Charles VII, p
nommés pour aller porter au roi les félicitations de la province; parmi eux figurait l'archevêque de Toulouse.
Hélas ! Jeanne d'Arc fut « abandonnée et de son roi et du peuple qu'elle avait sauvés ». lyivrée en trahison, accusée de crime contre la foi, condanmée par des juges indignes, elle périt sur le bûcher de Rouen, ajoutant l'auréole du martyre à la gloire sublime de son œuvre miraculeuse.
lycs Anglais, épouvantés, s'écrièrent, après la mort de Jeanne d'Arc, par la voix de l'un d'eux : « Nous sommes perdus, nous avons brûlé une sainte ! » Ils étaient déjà vaincus (30 mai 1431). Cependant, vingt ans encore s'écoulèrent avant qu'ils fussent définitivement expulsés de France (1431-1453).
Les Ecorcheuis Pendant cette dernière période sévit plus cruellement que (1431-144^)- jamais le fléau des gens de guerre, plus nombreux que jadis, souvent laissés sans solde par les deux gouvernements, et qui opéraient pour leur propre compte avec une sorte de sadisme de destruction. C'est l'époque des Ecorcheurs ou de l'Ecorcherie, dont le plus caractéristique des représentants fut Rodrigue de Villandrando, « l'empereur des pillards » (^). Jusqu'en 1436, Toulouse et sa région subirent leur gouverneur, Jean de Grailly, comte de Foix, qui pactisait avec les routiers au lieu de les combattre. Ces routiers avaient des forteresses dans la sénéchaussée; on concluait avec eux des « patis » ou traités, assez précaires, mais grâce auxquels on pouvait avoir une tranquillité et une liberté relatives. De 1430 à 1438, les incursions se succèdent jusqu'aux portes de notre ville. La plupart de ces bandits étaient des lieutenants de Gui, bâtard de Bourbon, émule de Rodrigue de Villandrando : c'étaient Bertrand de Béarn, bâtard de Foix; Pierre de Murât, Mérigou de Castelnau, Odet, bâtard de Villars; Robinet d'Infreville, Jean de L^escun, Odin Bertrand, François de Molins. En 1438, le sénéchal et lieutenant Jean de Bonnay traita avec eux à Muret et leur donna 2.000 écus d'or. Ils n'en bloquent pas moins Toulouse, occupent Seysses, Braqueville et Villemur, interceptant vivres et marchandises.
I. Rodrigue de Villandrando était d'origine espagnole; chef de bande, il réussit à se constituer une imposante armée de routiers (V. Henri Ramet, Le Parlement et le Capitale de Toulouse, igrS, p. 192).
En 1439, le bâtard Bertrand de Béarn et Salazar, lieutenant de Rodrigue, saccagent le Lauraguais. En 1440, ils occupent Villemur et Grisolles. Les Anglais eux-mêmes, maîtres de la forteresse de Clermont-Dessus (Lot-et-Garonne), courent et ravagent jusqu'à Toulouse; la ville conclut un « patis » avec eux; le roi défend toute entente; les Etats votent 7.000 livres pour racheter le fort. La situation devenait intolérable. Le roi nomma alors son fils, le daupliin Louis, âgé de seize ans, lieutenant général en Languedoc et lui donna comme conseillers son gouverneur, le comte de Pardiac, et l'archevêque de Toulouse. Le futur Louis XI lit son entrée à Toulouse le 25 mai 1439 (^) et logea à la sénéchaussée. Les Etats qu'il réunit lui firent présent de 2.000 écus d'or. Il put traiter avec Rodrigue de Villandrando et avec Gui, bâtard de Bourbon, dont il acheta le départ, et il débloqua ainsi Toulouse. Rodrigue revint d'Espagne en 1443 ; le dauphin procéda à des opérations de police \àgoureuses. Mais le mal fait par ces bandes était immense; partout apparaissaient la ruine et la désolation. En 1442, personne, à Montauban, ne voulut remplir les fonctions consulaires. Toulouse avait perdu la moitié de ses habitants. En 1434, Charles VII avait abaissé de 10.000 écus à 6.000 une amende encourue par la ville, « à cause des dommages soufferts par la guerre ». En 1443, l'amende n'était pas encore payée, et le roi la remit en entier aux Toulousains, en considération de leurs pertes et de l'incendie de février 1443. Ces faits peuvent faire juger le degré d'épuisement du pays. Heureusement, les réformes militaires de Charles VII, la création des compagnies d'ordonnance (1445), ainsi que les mesures énergiques prises par le roi à l'égard de quelques notables brigands amenèrent la fin de l'Ecorcherie. Les meilleurs de ces bandits devinrent de bons soldats disciplinés; d'autres furent impitoyablement exécutés. Une bonne part périt en Suisse, où le dauphin les avait menés, à la bataille de Saint- Jacques (1444).
La révolte des nobles contre le roi, généralement appelée Praguerie (1440) et dans laquelle le dauphin Louis fut entraîné, n'eut d'autre écho à Toulouse que l'adhésion du sénéchal
Praguerie.
Charles VII
Toulouse.
I. Trois miniatures des Annales représentent l'entrée du dauphin L,ouis, en 1439, son entrée avec son père, Charles VII, en 1442 (mai) et, enfin, son entrée du 26 février 1443.
Jacques de Chabannes. Celui-ci fut révoqué et les Etats de la sénéchaussée, réunis au couvent des Augustins, investirent son remplaçant, Galaubias de Panassac. Cependant, les Anglais reprenaient l'offensive en Guyenne, où ils s'emparèrent de Tartas, en Gascogne, place appartenant au sire d'Albret (1441). Afin de reprendre la ville, Charles VII convoqua son armée à Toulouse, au printemps de 1442. Pour cette expédition, notre cité avança 30.000 livres tournois. Charles VII vint en personne à Toulouse, où il fit son entrée, le 8 juin 1442, vêtu de noir, montant un cheval blanc, sous un dais brodé d'or porté par huit capitouls en robes mi-partie noires et écarlates. Le roi logea à la sénéchaussée jusqu'au 13 juin. Après une campagne assez fructueuse en Guyenne, on le revit fin décembre dans nos murs, d'où il se rendit à Montauban pour les fêtes de la Noël, avec la reine, le dauphin et toute la cour. Le 12 mars 1443, c'est la reine Marie d'Anjou qui fait sa joyeuse entrée, en croupe du dauphin, sur un cheval blanc, sous un dais aixs. armes de France et d'Anjou, vêtue d'une robe bleue doublée d'hermine et coiffée d'un chaperon de gaze blanche en forme de croissant. La reine reçut en cadeau, des capitouls, de l'argenterie pour la valeur de 50 marcs. Le roi lui-même reparut à Toulouse en avril 1443. A la fin de cette année et au début de l'année suivante, le dauphin Louis, chargé par son père de réduire le comte Jean IV d'Armagnac, fait de la ville son quartier général, de décembre 1443 à février 1444.
Création défiintive C'est pendant ce voyage que Charles VII établit définitidu Parlement vement le Parlement de Toulouse. Créée parles lettres royales Toulouse ^^^ 2° mars 1420, la grande Cour de justice du Midi, détachée
(1443) du Parlement de Paris, avait été transportée à Béziers
(23 septembre 1425), puis réunie au Parlement de Paris, transférée à Poitiers par l'édit de Mehun-sur-Yèvre (24 novembre 1426), édit confirmé, à la demande des Etats généraux de Chinon, par les lettres patentes du 7 octobre 1428. En avril 1436, Charles VII entrait à Paris et rétablissait le Parlement dans sa capitale. Les Etats de Languedoc, réunis, en avril 1437, à Montpellier, réclamèrent alors le rétablissement du Parlement du Midi, que le roi leur accorda par lettres patentes datées de Montpellier (18 avril 1437). L'opposition
du Parlement de Paris suspendit l'effet de ces lettres. Mais, sur de nouvelles instances, Charles VII (31 janvier 1438) créait une commission de six membres, trois ecclésiastiques (dont l'archevêque de Toulouse) et trois laïques, intitulés « généraux conseillers sur le fait de la justice en Languedoc ». Déjà, ces commissaires avaient reçu la charge de régler tous litiges provenant de la levée des aides; le roi fit d'eux une vraie cour d'appel, ambulante, résidant plus ordinairement à Montpellier. Cette cour subsista jusqu'en 1443 et, cette année même, les Etats de Languedoc, siégeant à Béziers, renouvelèrent leur précédente demande. Sur ces instances, le roi se détermine à rétablir le Parlement du Midi et à le fixer à Toulouse, par l'édit de Saumur (11 octobre 1444).
11 donnait pour ressort à ce Parlement le Languedoc et la Guyenne jusqu'à la Dordogne, et il le composait de quatorze juges (deux présidents, douze conseillers), deux greffiers et huit huissiers. I/installation de la nouvelle cour fut faite le jeudi 4 juin 1444, dans la salle Neuve du Château, par Jean d'Etampes, trésorier de Saint-Hilaire de Poitiers, maître des requêtes de l'Hôtel, et par Jacques Cœur, conseiller et argentier du roi, en présence de Pierre du Moulin, archevêque de Toulouse; de Tanneguy du Chastel, lieutenant de Charles de Valois, gouverneur du Languedoc; de Foulques de la Roëre, abbé de Saint-Sernin; des évêques de Rieux et de Lavaur. Les deux présidents désignés par le roi, en 1444, furent Aynard de Bletterens, conseiller à Paris, et Jacques de Meaux. Sur les six conseillers laïques et les six conseillers clercs, une bonne partie était originaire du Nord. Le
12 juin 1451, Charles VII créait une Chambre des enquêtes, avec un président et six conseillers détachés du Parlement de Paris.
En même temps que Toulouse devenait la capitale judiciaire de tout le Midi français, elle en devenait aussi la capitale financière. En effet, Charles VII constitua une commission, prise parmi les membres du Parlement, pour régler les litiges que provoquait la levée des aides. En 1386, des commissaires généraux des aides avaient déjà été créés et fixés à Toulouse jusqu'en 1401; puis, cette justice ne fut plus qu'intermittente et ambulante. En 1444, Pierre, archevêque de Toulouse, Jean
Fixation
à Toulouse
de
la juridiction
des Aides
d'Etampes, Jean d'Assi, juge mage de Nîmes, et Pierre Barthet, juge du petit scel de Montpellier, conseiller au Parlement, furent chargés de la juridiction fiscale et disposèrent, pour y siéger, d'une salle du palais. L'installation de cette nouvelle cour eut lieu le 20 novembre 1444. Elle devait demeurer à Toulouse jusqu'en 1467, époque où elle émigra à Montpellier avec le Parlement. Lorsque celui-ci revint à Toulouse, la Cour des aides forma une juridiction séparée, qui resta fixée à Montpellier jusqu'à la fin de l'ancien régime.
Toutes ces mesures montrent la dilection singulière que Charles VII avait pour Toulouse et le Languedoc, où il avait toujours trouvé, avec un appui financier efficace, une fidélité inébranlable aux heures troubles du règne. Jusqu'à la fin, appui et fidélité ne se démentirent pas. En 1452-1453, Panassac, le sénéchal de Toulouse, conduisit les miliciens ou francs-archers de Toulouse à la conquête de la Guj^enne, conquête qui marque la fin de la guerre de Cent ans. Les Etats de la province, régulièrement assemblés dans ses diverses villes (^), ne marchandent pas les subsides que le roi exige de plus en plus impérieusement. Mais Charles VII a, somme toute, confirmé les libertés de la province, bien compromises sous Charles VI, et admis, notamment, que les impôts seraient perçus seulement après avoir été votés par les Etats, dont les réunions étaient annuelles ou bisannuelles. A ces Etats assistent peu de nobles ou de clercs; l'influence y appartient aux villes. Parmi ces dernières, Toulouse joue un rôle considérable : il n'est pas rare que ses députés, à l'ordinaire des capitouls, entraînent à leur suite tous les suffrages. A la bourgeoisie urbaine Charles VII sut accorder des avantages économiques. En 1455, dès que Bordeaux est reconquis, il exempte de droits de circulation toutes les marchandises aUant de Toulouse à Bordeaux ou vice versa. Les Etats reflètent vraiment l'opinion de cette bourgeoisie. Jusqu'à la mort de Charles VII (22 juillet 1461), leurs doléances, que l'on porte par une députation à la cour, représentent fidèlement l'état du pays encore incomplètement relevé des maux de la guerre, qui pâtit des gens d'armes, « bandolliers », brigands et malfaiteurs, revêtus indûment d'uniformes militaires, qui souft're