I. Entrée au n» i de la rue des Fleurs
5oo pour les trois autres, 260 pour les conseillers lais, 180 pour les conseillers clercs. Le ressort du Parlement, au début, s'étendait à la moitié du domaine royal, soit tout le Midi jusqu'à la Dordogne, jusqu'au Rhône, jusqu'aux portes de Lyon. Louis XI le restreignit par l'établissement du Parlement de Bordeaux (1462), qui lui enleva la Guyenne et partie de la Gascogne. Même ainsi diminué, il restait immense. Le Parlement ne se bornait pas à un rôle de cour d'appel ou, dans certains cas et pour certaines personnes, de première instance; comme le Parlement de Paris, dont il n'était en quelque sorte que l'émanation, il recevait et enregistrait les actes royaux relatifs au Languedoc. Il se permettait souvent de résister à la volonté royale, sur laquelle il s'arrogeait une manière de contrôle, professant l'opinion de tant de légistes d'alors : (< Licet prmceps sit solutus le gibus ; tamen secundum leges vivere débet. » Nous avons dit plus haut son conflit avec Louis XI, qui aboutit à son transfert temporaire à Montpellier. Un peu plus tard, sous Louis XII, à propos de trop fréquentes évocations du Grand Conseil, le Parlement entre en lutte avec ce dernier Corps (1509-1510) et s'attire des remontrances très sévères, dont Adam Fumée, maître des requêtes, lui donne lecture, entouré de six archers, hallebarde au poing. Enfin, le Parlement collabore au gouvernement de la province et contrôle de plus en plus étroitement l'administration municipale, cassant fréquemment les élections, désignant luimême les capitouls, essayant de leur enlever la direction de la police municipale et la nomination du capitaine du guet (^). Au xvi^ siècle, de nombreux parlementaires parviennent au capitoulat, de même que nombre de capitouls achètent des charges de justice; les deux noblesses se pénètrent; et nous avons déjà vu que Charles IX composa de juges du Parlement ime partie du Conseil de bourgeoisie (^).
1. lyC premier président Bernard L,auret, fort bien en cour auprès de I^ouis XI, qui lui confia des missions diplomatiques, maintint à la tête du guet Pierre de Villemur, « homme mal renommé « destitué p.ir les capitouls. Ceux-ci obtinrent gain de cause, Charles VIII ayant confié le jugement du litige au « tiers président » Garsias du Faur (Cf. Tournier. Revue historique de Toulouse, 1920, p. 302).
2. La Baillée aux roses. — ■ Chaque année, en mai, les pairs ecclésiastiques et laïques devaient présenter, à l'audience de la Grand'Chambre, des bouquets de roses à tous les présidents et conseillers de la Cour, au greffier, au premier huissier et aux avocats dont les causes étaient inscrites pour venir à l'audience de
Les premiers membres du Parlement de Toulouse sont ori- I-e personnel ginaires du Nord et proviennent du Parlement de Paris. ^^^ ^ en a e. Aynard de Bletterens, Jean de Meaux, Pierre Varinier, Pierre Daunet, Henri de Marie, premiers présidents de 1444 à 1468, ont fait leur carrière soit dans la première Cour de justice du royaume, soit dans les conseils du roi. A la fin du xv^ siècle, le personnel parlementaire est à peu près exclusivement méridional. Déjà, à cette époque, les charges de conseiller commencent à devenir des offices, et la nomination du roi ne fait souvent que sanctionner un achat dissimulé sous un prêt d'argent ou une survivance qui constitue un début d'hérédité. On sait que cet usage, en dépit des pharisaïsmes ofiiciels, devint courant sous François I^^ (1522). Ainsi va se former progressivement la noblesse parlementaire toulousaine qui brillera, au xvi^ siècle, d'un si vif éclat. Les plus anciens représentants en sont les premiers présidents de la Vernade, surtout Bernard Lauret (1472-1495), dont on a cru reconnaître les armes parlantes (le laurier de sinople dans les guirlandes de feuillages décorant les solives du plafond de la Chambre Dorée), Jean Sarrat et Nicolas de Saint- Pierre (1495-1506), ce dernier Toulousain de naissance, tous deux réputés pour leur activité et leur rigidité scrupuleuse. Dès l'origine, nos parlementaires maintiennent très haut le niveau moral de leur Compagnie pour obvier aux inconvénients de la vénalité et de l'hérédité. En 1508, le procureur général Arnaud du Faur, convaincu d'avoir fabriqué de faux documents pour justifier une levée de 54 livres sur la paroisse de Saint-Jory, fut privé de la chevalerie et de son office; il fit amende honorable au Parquet, à genoux, nu-tête, une torche à la main; de ses biens confisqués, un quart seulement revint à ses enfants. Ainsi se préparent des générations de magistrats intègres et s'établit une réputation de sévérité qui fut le premier trait distinctif du Parlement de Toulouse. Peutêtre avait-il plus de rigidité que de courage ; nous le voyons, en effet, lors des pestes si fréquentes, quitter les foyers d'in-
ce jour. Cet hommage était ainsi fait en reconnaissance du droit de ressort de la cour du roi. Une messe et un banquet précédaient la Baillée aux roses, qui a subsisté jusqu'en 1650.
I. Voir Henri Ramet, Le Capitol e et le Parlement de Toulouse, édit. Imprimerie Régionale.
fection et fuir devant 1' « empidémie », en 1472, à Albi et Réalmont; en 1475, à Revel et Gaillac; en 1482, à Saint-Félix et La Salvetat. Ces déplacements s'expliquaient, sans doute, par le désir d'éviter les affluences qui favorisent la contagion; ils n'en contrastent pas moins avec la fermeté des capitouls, qui, en ces circonstances, demeuraient à leur poste.
Le Palais L'installation du Parlement de Toulouse rendit obligatoire
du Parlement. ^^ aménagement du vieux château Narbonnais. A la salle Neuve, élevée au début du xiv^ siècle, au nord du château, rue de l'Inquisition, en face de la rue des Renforts, on ajouta (1492) la Grand'Salle {^), qui existe encore et dont un mur est visible avec ses cinq grands arcs ogivaux et ses fenêtres quadrangulaires auxquelles manquent les meneaux; elle est englobée dans les bâtiments actuels, magnifiquement décorée avec divers emblèmes, blasons, arabesques et couverte d'un plafond à caissons d'une belle ornementation; au chevet de cette salle, au premier étage, fut édifiée la chambre du Conseil (ou chambre dorée) , dont le splendide plafond a été conservé ; il est très postérieur et formé de solives décorées de , fleurs de lis alternant avec des guirlandes de feuillages (^). La Chancellerie, instituée par lettres patentes de Charles VII (1437) , s'établit sur le sol dcl'actuelle gendarmerie, adossée aux murs de la ville, à côté de la tour de l'Horloge, avec ses deux étages et sa galerie en encorbellement. Les prisons occupèrent les anciens locaux du château Narbonnais formant la Conciergerie. Le quartier du Palais commence à prendre la physionomie qui se fixera pour longtemps au xvi® siècle, après la démolition partielle de la vieille forteresse romaine (^).