‹ Histoire de ToulouseChapitre 82 sur 317 · NOS · texte numérisé non relu

NOS

2. C'est probablement le couvent de religieuses dominicaines fondé par Geoffroy de Vayrols, dans la maison de la Couronne.

Couvent de Samt-Pantaléoti,

Maisons

religieuses.

Puissance

des

Bénédictins.

Hôpitaux

et léproseries.

Carmel, établissements sur lesquels nous avons peu ou point de renseignements.

Considérables étaient la puissance et la richesse des maisons religieuses à Toulouse, tout au moins des principales, dont les biens immeubles se dispersaient sur le sol de la ville et de la banlieue. Hospitaliers de la rue de la Dalbade, Bénédictins de la Daurade, Jacobins, Cordeliers, Carmes, Augustins possédaient des biens immenses. Le chapitre Saint-Etienne et les chanoines de Saint-Sernin étaient propriétaires, en pratique, de leur quartier et des faubourgs s'étendant hors des murailles : vSaint-Aubin pour Saint-Etienne, les Minimes et la Grande-Iyande (ou Croix-Daurade) pour Saint-Sernin. Le prévôt de Saint-Etienne, premier personnage du chapitre, le premier après l'archevêque, rêver cndus in Christo pater, possédait ses biens propres, son hôtel proche la porte Saint- Etienne (^), un appartement attenant pour deux chanoines, un revenu de vingt cartons de blé et vingt pipes de vin pour l'entretien de deux chapelains, deux clercs et un suisse; des rentes dans Toulouse, des terres dans le canton de Montmaur (arrondissement de Castelnaudary), le domaine des terres de Rieumajou (50 fermiers) inféodées à Pons Ysalguier, le droit à une geline, le jour de Noël, apportée par tous ceux qui tenaient un hospitium, une juridiction sur quelques parties du Lauraguais; il touchait une part des revenus des seize paroisses', nommait à treize cures, percevait le cens de cent quatre-vingts fermiers. A Toulouse seulement, l'étendue des possessions de l'abbaye de Saint-Sernin était évaluée à une trentaine d'hectares.

A la vérité, les moines jouaient un rôle social bien plus important qu'aujourd'hui. En dehors de la prédication et de l'enseignement, dont nous parlerons plus loin, religieux et religieuses assuraient le service de l'assistance publique et des soins aux malades. Le testament d'Arnaud d'Avignonet mentionne le nombre, véritablement surprenant, de quatorze hôpitaux et de trois léproseries. Ce sont : le vieil hôpital Saint- Jacques, au bout du Pont-Neuf; l'hôpital Pierre-Pons, grande rue Saint-Cyprien ; l'hôpital Saint-Orens, l'hôpital Saint-

I. I^a prévôté se trouvait à l'emplacement actuel de l'hôtel Razous, rue Sainte-Anne.

Martin-du-Touch, gardiage de Totdouse ; l'hôpital de la Grave, à Saint-Cyprien ; l'hôpital de Notre-Dame de la Daurade, l'hôpital Saint-Jacques du Bourg, l'hôpital du Corps du Christ, l'hôpital Saint-Antoine de Vienne, l'hôpital Saint-Antoine de Ivézat, l'hôpital Sainte-Catherine du Barri, l'hôpital de Labastide-Saint-Agne, l'hôpital d'Eutrope du couvent du Mont-Carmel, l'hôpital du Corps du Christ de la Cité. Il faut y joindre, au xv^ siècle, l'hôpital des Donats, près de la porte Saint-Etienne, et, en 1408, l'hôpital du Temple, établi par les Hospitaliers.

Pour les léproseries, le même document mentionne la léproserie de la Porte de la Fontaine Sainte-Marie, ceUe de la porte Arnaud-Bernard, dépendant de l'hôpital Saint- Jacques du Bourg, celle de la porte du château Narbonnais. Au total, on a pu dénombrer vingt- quatre établissements hospitaliers au moyen âge.

Les mesures adoptées contre les lépreux, ou ladres, augmentaient l'épouvante inspirée par la lèpre. Les malheureux affectés de ce mal étaient signalés par les médecins et remis au clergé, qui s'en emparait. Les prêtres, revêtus de surphs, d'étoles et précédés de la croix, conduisaient les lépreux à l'église; là, après avoir chanté les prières pour les morts, ils les plaçaient entre deux tréteaux, les aspergeaient d'eau bénite et les faisaient conduire soit à la léproserie, soit à une cabane isolée, avec obligation de signaler leur présence par le son d'une cliquette particulière. Il était défendu à ces malheureux parias de se laver dans des fontaines ou des ruisseaux, de pénétrer dans les églises, dans les fours servant à cuire le pain, de quitter la robe qui désignait de loin leur contagion, etc. (^).

Rien ne témoigne mieux de l'intensité de la vie religieuse, surtout au xiv^ siècle, que les simples inventaires ci-dessus. Le mysticisme et le goût de la vie contemplative paraît aussi dans nombre de recluses, dont le testament d'Arnaud d'Avignonet mentionne sept d'entre elles : sœur Lombarde et sœur Germaine, recluses

Intensité

de la

vie religieuse.

Recluses.

Ives reliques.

I. Au xm^ siècle, il existait 21.000 léproseries ou maladreries en Europe, où la lèpre a été importée par les années romaines. Encore aujourd'hui, la lèpre ou ladrerie est un fléau de l'humanité, surtout en Asie.

du Pont-Neuf; la recluse de Saint-C^^prien, celle de Saint- Barthélémy, celle de Saint-Michel du Barri; sœur Bertrande, recluse de Saint-Agne; sœur Jeanne, recluse du couvent du Mont-Carmel. Mais il en existait d'autres à la porte Saint- Etienne, à la porte Arnaud-Bernard et à la porte Narbonnaise, endroits fréquentés où leur exemple pouvait édifier les passants et provoquer des dons charitables. En nulle ville les reliques n'ont été plus nombreuses et plus vénérées. En 1369 fut solennellement transporté à Toulouse le corps de saint Thomas d'Aquin, donné par le pape Urbain V. I^e général des Dominicains, Hélie Raymond, le déposa à la chapelle Notre-Dame du Férétra, où vinrent le prendre, en grande procession, le duc Louis d'Anjou, l'archevêque Geoffroi de Vayrols, l'archevêque de Narbonne, les évêques de lyavaur, de Béziers, d'Aire, les abbés de Saint-Sernin et de Simorre, les officiers royaux, les capitouls, 150.000 personnes. Le frère du roi et de grands seigneurs portaient le dais qui abritait la relique vénérée, que l'on confia à la garde des Jacobins. En 1392, mêmes pompes accompagnèrent le Saint- Suaire transféré, à cause des Anglais, du moutier de Cadouin, en Périgord, à l'église du Taur. Pour de tels trésors, il n'était pas de coffrets assez précieux, assez artistement ciselés. L'archevêque Jean de Cardaillac, qui donna à la cathédrale la grosse cloche si populaire à Toulouse, fit fabriquer, en 1383, pour le saint éponyme de son siège, une magnifique châsse d'argent massif. Un de ses successeurs, Pierre de Saint-Martial, fit exécuter le reliquaire de Saint-Exupère pour le trésor de Saint-Sernin. Encore aujourd'hui, malgré les pertes subies, ce trésor constitue, pour l'orfèvrerie du moyen âge, un des musées les plus riches de France.

Signes Malheureusement, comme l'Eglise séculière, les réguliers,

^^ surtout au xv^ siècle, oublient souvent leurs devoirs spiri-

tuels pour songer à leurs intérêts temporels; des germes de corruption fermentent dans les communautés, germes qui lèveront au xvi^ siècle. De plus en plus, les hautes fonctions sont l'apanage de l'aristocratie. Dans la liste des prévôts de la cathédrale abondent les Comminges, les de l'Isle- Jourdain les Castelnau de Clermont-Lodève, les de Bertier; la liste des abbés de Saint-Sernin est une sorte d'armorial du Midi, où

figurent les Lautrec, les de Nogaret, les de Bruyères-Chalabre, les de Valignac, d'Orval, de la Rovère, de Juniac. Dès le XV® siècle, les abba^^es sont données en commende; l'archevêque de Toulouse Bernard de Rousergue est, en même temps, abbé de Saint-Sernin ; puis se succèdent au même titre Jean Jouffroy, l'archevêque d'Albi, le fameux cardinal d'Arras, Gilles de Laval, conseiller de lyouis XI et protonotaire apostolique, les deux Alleman, oncle et neveu, tous deux évêques de Grenoble. Les prévôts de la cathédrale se font suppléer par de grands vicaires, cumulent leurs fonctions avec celles d'évêque ou avec des charges civiles, considèrent leur poste comme une voie d'accès à l'épiscopat. La foi s'affaiblit, et Amélius de Lautrec peut être accusé d'hérésie par le viguier de Toulouse. A la fin du xv® siècle, la réforme de l'opulente abbaye de Saint-Sernin était devenue indispensable; elle fut réalisée, en 1520, par l'intervention du Parlement de Toulouse; les chanoines se sécularisèrent. A la même date (1522), les Cordeliers se réformaient aussi sous la pression de l'opinion publique.

Le Grand Schisme, connu sous le nom de Schisme d'Occi- î.e

dent, fut une des causes qui contribuèrent à affaiblir l'autorité Grand Schisme. de l'Eglise (^). On sait qu'à la mort du pape d'Avignon Clément VII {^) (16 septembre 1394), Pierre de Luna, docteur en droit et professeur à l'Université de Montpellier, fut élu sous le nom de Benoît XIII. L'Université de Paris ne le reconnut pas et, dans une assemblée de prélats réunis à Paris (Pâques 1398), la grande majorité se prononça pour la soustraction d'obédience, qui fut ordonnée par le roi. Le délégué de Toulouse était Vital de Castelmoron, prévôt de la cathédrale, envoyé par Pierre de Saint-Martial, trop âgé pour faire ce long voyage. Or, Benoît XIII fut reconnu par l'Université de Toulouse et par celle de ^Montpellier, qui l'avaient compté parmi leurs étudiants. Le 17 mars 1402, notre Université

1. En 1378, à la mort du pape Grégoire XI, qui avait quitté Avignon pour Rome, les cardinaux se divisèrent : une partie élut Urbain VI, qui resta à Rome; une autre élut Clément VII, qui revint à Avignon. Urbain VI eut pour successeurs Boniface IX (1389), Innocent VII (1404) et Grégoire XII (1406). I^e concile de Pise (1409) nomma pape Alexandre V sans obtenir de Benoît XIII et de Grégoire XII leur renonciation à la tiare. L,e concile de Constance déposa (14 14) les trois papes pour nommer Martin V, ce qui termina le schisme (141 7).

2. Du pipe Clément VII : « L'or n'édifie pas l'Eglise, mais la détruit. »

écrit au roi pour le supplier de rendre son obédience à Benoît XIII. En 1403, dans une période de lucidité, Charles VI se rallia à Pierre de lyuna; mais l'Université de Paris condamna (1406) la lettre de l'Université de Toulouse comme injurieuse et diffamatoire. Iv'abbé de Saint-Sernin, Améri Noël, évêque de Condom en 1411, se donnait beaucoup de mouvement pour Benoît XIII et entraîna plusieurs évêques du Midi dans son parti. C'est au milieu de toutes ces controverses que Pierre de Saint -Martial mourut et que se produisirent, entre le candidat de Benoît XIII, Pierre Ravot, soutenu par l'Université, et le candidat du chapitre. Vital de Castelmoron, soutenu par les chanoines et les royaux, le conflit et la guerre civile que nous avons racontés plus haut. I^e concile de Constance (1414), auquel prit part l'archevêque Dominique de Florence, mit fin au scandaleux partage de la papauté entre trois pontifes. Mais les esprits demeurent troublés; le concile de Bâle (1432) les étonna par ses violences contre le Saint- Siège. Au moment où les pères de Bâle se préparaient à déposer le pape Eugène IV (1439), les Etats de Languedoc émirent le vœu qu'on ne renouvelât pas les divisions de la chrétienté. Mais c'est précisément le moment où le roi, profitant des circonstances, appesantit sur l'Eglise son autorité, le moment où la papauté restaurée donne à la catholicité le déplorable spectacle du népotisme et d'un soin trop exclusif de ses intérêts temporels. Et cet exemple ne fut que trop suivi dans l'EgUse séculière et dans l'Eglise régulière, comme nous avons pu le constater à Toulouse.

L'Université. C'est au XIV® siècle que s'est véritablement formée et développée l'Université de Toulouse, (( plante nouvelle et frêle >> encore au xiii®. Alors, elle est devenue comme un petit monde à part dans la ville, monde très actif et très bruyant, avec ses multiples collèges peuplant des quartiers qui conservent encore, sinon tous leurs bâtiments, tout au moins leur souvenir vivant.

Par sa bulle du 22 septembre 1245, le pape Innocent IV lui donnait sa constitution fondamentale, avec ses trois pouvoirs : l'Université ou ensemble des maîtres et écoliers, l'Bvêque, le Chancelier (^).

L'Université, formée à l'image de celle de Bologne, avait un caractère nettement démocratique; ses assemblées générales comprenaient les écoliers, les bacheliers, les licenciés et les maîtres. Souvent fort tumultueuses, elles se tenaient au cloître des Jacobins ou des CordeHers, ou de la Daurade, obligatoirement une fois par trimestre dans les débuts; seules, elles pouvaient prendre des décisions, adresser des requêtes, engager des actions au nom du corps entier; elles élisaient le recteur tous les trois mois et, tous les ans, les autres officiers, bedeaux, taxateurs, conseillers. Ce pouvoir, trop étendu, fut restreint par diverses bulles pontificales. En 1313, le recteur reçoit le droit exclusif de convocation, avec l'avis du Conseil des maîtres, docteurs, procureurs et syndics; en 1329, Jean XXII stipule que le consentement des deux tiers du Conseil sera nécessaire. A la fin du xiv® siècle (1389-1394), la nomination du recteur est confiée aux seuls maîtres et docteurs; le pouvoir législatif est réservé aux seuls commissaires pontificaux; les assemblées générales ont perdu, à peu près, toute leur importance.

De cette manière d'Etat, le recteur était l'exécutif; il avait son ministre des finances, le syndic. L'élection du recteur se faisait, tous les trois mois, dans une assemblée que convoquaient les bedeaux, sorte d'appariteurs d'un ordre supérieur, soit dans la maison du chancelier, près de vSaint-Etienne, soit dans l'église Saint- Jacques. Choisi parmi les docteurs canonistes, légistes ou grammairiens, il disposait d'un temps trop court pour avoir un pouvoir effectif. Honoré, dans les cérémonies religieuses ou civiles, il se bornait en xéalité, comme chef de l'Université, à régler de menus détails d'administration, comme les horaires des cours; il percevait les droits de scolarité par l'entremise des banquiers ainsi que les amendes qui formaient le fonds de réserve du corps ; secondé par deux taxateurs, il veillait à la taxation du logis des écoliers. Le

Organisation.

Assemblée générale.

Recteur.

i. Si l'Université vécut pendant prés de deux siècles sous l'influence exclusive de l'Eglise, elle est cependant de création nationale et séculière.

Chancelier.

Evêques

ou

archevêques.

Les Facultés Théologie.

recteur était assisté d'un conseil de dix membres élus pour un an et rééligibles, sur lesquels deux étaient désignés par l'évêque et le chancelier.

La vrai maître de l'Université c'était le chancelier, directeur de l'enseignement ecclésiastique du diocèse. Ses pouvoirs n'ont cessé de se développer, fortifiés à dessein par les papes, soucieux de surveiller étroitement une région suspecte d'hérésie. La bulle d'Innocent IV lui donne le droit exclusif de délivrer la licentia docendi. En 1394, les statuts de réformation de Clément VII rendent ses pouvoirs en matière d'examen presque absolus; il a le droit de dispense, celui d'abréger le temps d'étude, de supprimer même l'examen pour les privilégiés. En 1430, il est mis, honorifiquement, sur le même rang que le recteur, et il continue à prêter serment devant l'assemblée générale. En fait, sous le nom de chancelier de l'Université, titre désormais officiel, il exerce sur les études une surveillance constante.

L'Université est dans l'Eglise. C'est l'évêque de Toulouse qui la tient sous sa juridiction; un de ses délégués siège au Conseil; c'est son tribunal, l'Officialité, qui juge les membres du corps, écoliers ou maîtres, tant au civil qu'au criminel. De plus, le prélat garde le droit de modifier les statuts ou d'en faire de nouveaux, sous l'autorité du pape. Les statuts de réformation furent nombreux au xiv*^ siècle. Les plus importants sont ceux de l'archevêque Guillaume de Loudun (1329) et, surtout, ceux de 1394, comprenant neuf ordonnances préparées par les trois commissaires apostoliques que désigna Clément VII : l'abbé de Saint-Sernin, le prévôt de la cathédrale et le vicaire général de l'archevêché.

A la fin du xiv^ siècle, l'enseignement se donnait dans trois Facultés : celle de théologie, celle de droit canon et de droit civil, celle des arts. La première, la moins fréquentée, était aux mains des Frères prêcheurs et des Frères mineurs. Leurs violences contre les hérétiques, la triste célébrité de l'Inquisition faisaient le vide autour de leurs chaires. Jusqu'en 1360, cette Faculté ne délivrait pas de licence ; il fallait se rendre à Paris pour conquérir ses grades. A cette date, le pape Innocent VI lui donna une organisation semblable à celle de la

Sorbonne; néanmoins, l'enseignement de la théologie ne fut jamais comparable à ce qu'il était à Paris (^).

Par contre, la Faculté de droit de Toulouse eut, dès les débuts, une destinée brillante. Très fréquentée, elle réunissait la majorité des étudiants de l'Université; deux recteurs sur quatre, au xiv® siècle, sont des professeurs de droit. Sa réputation s'étendait au delà même des limites du Languedoc, particulièrement pour les études de droit romain, dans lesquelles elle surpassait les écoles d'Orléans et rivalisait avec celles de Bologne, les plus célèbres d'Europe. La tradition juridique semble, au reste, avoir précédé la fondation de l'Université; et elle s'est maintenue avec éclat aux siècles suivants (^).

La Faculté des arts correspondait à un lycée et à une Faculté. On y enseignait la grammaire dans des écoles que l'on fréquentait très jeune (parfois à dix ans), la logique et la rhétorique, ainsi que les éléments des sciences. Elle comprenait aussi un enseignement de la médecine, sur lequel nous sommes très mal renseignés et qui restait, en tout cas, très inférieur à celui que donnait la célèbre Faculté de Montpellier; les écoles de médecine paraissent n'avoir été autonomes qu'au xv^ siècle. En 1483, les capitouls autorisent les chirurgiens-barbiers à s'établir au collège des Pauvrets pour

Droit.

Arts.

Médecine.

1. Entre les quatre maîtres qui composaient la Faculté de théologie au xiv<= siècle, Roland de Crémone, de l'ordre des Dominicains, fut le plus distingué. A partir de 1239, les maîtres ne furent plus payés par Raimon VII, mais l'Université de provisoire devint définitive et les théologiens furent pris de préférence parmi les religieux qui enseignaient dans les couvents et n'avaient pas besoin de gages.

2. Des maîtres célèbres enseignaient le droit à l'école de Toulouse et lui donnèrent un éclat particulier : Jacques de Revigny et Pierre de Belleperche, grands romanistes; Pierre de Ferrières; Guillaume de Cunh, originaire de Rabastens, qui paraît avoir eu pour condisciple enseignant, à Toulouse, le droit romain Bertrand de Montfavez, originaire de Castelnau-Montratier. I,e droit canonique classique fut codifié par Grégoire IX, dans son recueil des Décréiales, après avoir confirmé la création de l'Université de Toulouse. Les décrétistes imposés par le traité de Paris enseignaient, en dehors du droit canonique, le droit romain. Ils n'expliquaient que dix -sept livres du Digeste, qui fomiaicnt les Puncta taxata (liv. 1-5, 7-13, 16-20). Canonistes et légistes resteront groupés dans un même corps jusqu'à la Révolution. A partir de la fin du xiii^ siècle, l'école de droit de Toulouse prépare un grand nombre de professeurs aux plus hautes dignités : de Revigny devint évêque de Verdun; de Belleperche fut membre du Parlement et garde des sceaux; de Ferrières fut nommé archevêque d'Arles; Guillaume de Cunh devint évêque de Saint-Bertrand de Comminges. Trois papes sortirent de cette école : Jean XXII, Innocent VI et Urbain V.

Etudes

et

examens.

y ouvrir une école d'anatomie, origine du collège de chirurgie. Mais ce n'est qu'au xvi^ siècle que la médecine a été professée, à Toulouse avec quelque distinction (^). I^a Faculté des arts, dans l'ordre des préséances, venait après la Faculté de droit et celle de théologie; la maîtrise es arts constituait un grade indispensable et élémentaire sans lequel on ne pouvait devenir ni légiste, ni canoniste, ni théologien.

En 1366, le corps professoral se composait de neuf professeurs de théologie, de trois docteurs es lois, d'un maître et professeur es arts et de deux professeurs de grammaire. Chaque maître donnait ses cours en latin, dans un local qu'il louait. Il recevait une rétribution de ses auditeurs. Le premier local commun fut construit par les capitouls, en 1327, pour la Faculté de théologie, sur l'emplacement de l'ancien temple protestant (entre la rue Deville et la rue Pargaminières). L'année scolaire allait de la fête de saint Luc (18 octobre) à celle des saints Pierre et Paul (29 juin). Pendant les grandes vacances, il existait quelques cours. Noël, Pâques, la Pentecôte donnaient lieu à des congés réguliers, auxquels il fallait ajouter les congés extraordinaires, les lendemains de fête ou crastincB, les demi-journées de repos en l'honneur des licences. Hn fait, on travaillait cent vingt jours, le tiers de l'année. Si l'on excepte l'enseignement du droit, la scolastique régnait en maîtresse et Aristote demeurait l'unique source de toute science, de toute logique. Les grades étaient le baccalauréat, la licence et la maîtrise ou doctorat. Le baccalauréat en théologie exigeait au moins huit ans d'études; le baccalauréat en droit en demandait cinq pour le décret (droit canon), sept pour le droit civil. La licence s'obtenait après cinq ans d'explication des Décrétales et six années de cours de Corpus Juris Romani. La maîtrise était un grade encore plus long à obtenir. La difficulté et la longueur des études finissaient par décourager les étudiants, mais expliquaient l'autorité qui entourait alors maîtres et étudiants. Les statuts de 1394 réduisent le

I. C'est seulement, en effet, à la fin du xvi« siècle qu'à la Faculté de médecine commencent à briller avec éclat deixx professeurs : Augier Ferrier, né à Toulouse (1513-1588), médecin de l'Hôtel-Dieu Saint- Jacques, et Francisco Sanchez, médecin et philosophe, successeur de Ferrier à l'hôpital Saint- Jacques, qui mourut à Toulouse en 1623. Aux siècles suivants, des noms émergent, notamment : François Bayle, Jean- Joseph Courtial, Dufaur, Astruc, Gouazé, etc.

temps de scolarité, suppriment la publicité des examens, allongent les vacances. Ces mesures augmentèrent le nombre des écoliers, mais abaissèrent le niveau des études. Enfin, les droits d'examen, qui n'existaient pas au début, devinrent très onéreux. En 1430, les théologiens payaient 2 écus d'or pour le baccalauréat, 8 pour la licence et 2 pour le doctorat. Les examens, d'abord privés, puis publics, se passaient soit à l'église du Taur, soit à l'église vSaint- Jacques. Après un cycle complet d'études, le professeur décernait à l'étudiant inscrit à son cours, et s'il l'en jugeait digne, le grade de bachelier, sans contrôle.

Les étudiants se groupaient en nations, élisant chacune leurs Les étudiants, prieur et sous-prieur; ces sortes de S3aidicats avaient à Toulouse bien moins d'importance qu'à Paris; ils étaient plus nombreux et, à tout prendre, moins tranchés. On y voA^ait quelques étrangers, surtout des Espagnols, et même quelques Anglais, que le roi Charles VII prend sous sa protection par lettres datées de Bray-sur-Seine, 14 septembre 1427. L'immense majorité était formée de Gascons, Rouergats, Languedociens, Provençaux, Périgourdins, Auvergnats, Poitevins, Limousins, Bourguignons, Angevins, Bretons et Parisiens. Ils devaient payer des droits fixes plus des cotisations diverses perçues par les taxateurs, régies par le syndic et affectées en grande partie aux cérémonies religieuses, souvent quotidiennes : messes pour le repos de l'âme des maîtres de l'Université, messe du Saint-Esprit à l'ouverture des cours; achat de cierges; funérailles; messe hebdomadaire; toutes ces cérémonies se célébraient aux Jacobins et étaient strictement obligatoires, comme l'assistance aux sermons. Les étudiants devaient acheter leurs livres — leurs manuscrits — aux stationarii ou libraires, dont on taxe les prix dès 1329. Ils payaient aussi, plus joyeusement, leur quote-part dans les banquets qui fêtaient les nouveaux bacheliers ou licenciés, ou dans les cortèges de tambourins, trompettes et hautbois qui les accompagnaient à leur examen public. Ils pa3^aient les honoraires de leurs maîtres et le prix de leurs logis, toutes taxes étabhes par l'LTniversité. Honoraires et locations donnaient lieu, du reste, à bien des abus et des trafics. Dans le dessein d'empêcher le luxe et de maintenir une sorte d'égalité

démocratique entre les étudiants, un règlement de 1314 prescrivait un uniforme, une cape noire sans manches ou avec manches, agrafée ou boutonnée, obligatoire dans les cours, et que les étudiants portaient même dans la vie courante (^).

Les Collèges. Mais beaucoup d'étudiants étaient pauvres et ne pouvaient

supporter les frais d'études longues et dispendieuses. Dès le moyen âge, l'Eglise a imaginé le système des bourses. Les collèges étaient des maisons d'internes dont les hôtes étaient entretenus gratuitement ou à peu de frais, suivaient les cours de l'Université et, souvent, recevaient un enseignement particulier. lyCS étudiants aisés qui les habitaient nourrissaient des restes de la table un « beneficiatus », sorte de boursier de la communauté. Ces ' collèges se sont multipliés à Toulouse grâce à de pieux mécènes et restent une des originalités de l'Université.

Au xine siècle. La plus ancienne fondation mentionnée par les textes est Collège Qgilg (j^ collège de Bolbonne ou Boulbonne {^). En 1204,

Boulbonne Raimon Mascaron lègue à l'abbé de Bolbonne (comté de Foix) une maison entre la rue des Arts et la rue Boulbonne (le n^ 21 actuel). Les Cisterciens de Boulbonne venaient y faire leurs études religieuses; ce collège dura jusqu'en 1551. Le 29 mars 1242, Vital Gautié fait don de cinq maisons lui appartenant pour abriter vingt écoliers pauvres, dont deux prêtres. Nous ne savons si les volontés du donataire ont été exécutées.

1. Ordination. — I^es archives de la Haute-Garonne possèdent des registres d'ordination, à Toulouse, de 1482 à 1498. Pendant ces quinze années, ont reçu les ordres sacrés 4S80 sous-diacres, 4.522 diacres et 4.334 prêtres. Pendant cette même période, le recrutement du clergé de Toulouse compte 959 nouveaux prêtres, soit une moyenne de 64 prêtres par année. Ces prêtres appartenaient surtout à la classe des roturiers (Abbé Amat, du diocèsi de Bayonne). Après 1498, les registres ne fournissent plus les mêmes précisions. En 1370 (Fournier. Les statuts des Universités, t. I, p. 631), il y avait à l'Université de Toulouse 92 religieux, se décomposant ainsi : 43 bénédictins, 25 augustins, 13 religitux de l'ordre de Climy, 10 cisterciens et un trinitaire. Les séculiers se recrutaient presque exclusivement dans le Midi de la France. Le diocèse qui, toujours dans la même période, en a fourni le plus est celui de Cahors : 582, et ce fait est assez curieux à constater, car la ville de Cahors possédait aussi une Université depuis 1382; c'est donc que la tentative de Jean XXII de doter sa ville natale d'une école théologique n'eut pas grand succès.

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