‹ Histoire de ToulouseChapitre 86 sur 317 · N»^ 67 à 71, rue du Taur · texte numérisé non relu

N»^ 67 à 71, rue du Taur

c'était une manière de petit lycée, réservé aux arts et aux écoliers ne suivant pas les cours de l'Université, possédant ses maîtres particuliers. Il disparaît en 1551.

Organisation Avec quelques légères variantes, l'organisation de ces col-

IVs s lèges apparaît assez uniforme. I^es collégiats étaient désignés

d'après les volontés du testateur et fondateur, et dans la province spécifiée par lui. Sur vingt-trois boursiers du collège de Foix, trois étaient de Foix, cinq de Lectoure, trois du Béarn, un d'Acqs, un du Nébouzan, deux de Tarbes, un du comté de Castelbon, un de l'Andorre, deux du lyautrec, deux de Narbonne et deux de Villemur. Comme les compétitions pour ces places se produisaient fort vives dans quelques collèges, on avait introduit la cooptation, ce qui ne simplifiait pas les choses. lyCS collégiats élisaient parmi eux un prieur ou recteur, qui ne pouvait refuser sa charge ; il avait à administrer les biens, de sorte que l'administration en était le plus souvent fort imparfaite. La durée du séjour variait suivant le collège : douze ans au collège de Foix, sept ans au collège de Maguelone, six ans au collège de Périgord. Xa bourse d'entretien variait également. Au collège de Périgord, les collégiats recevaient par an un tonneau de vin, un demicarton de froment et 2 florins par semaine; mais ils étaient exemptés des droits universitaires, que payaient, au contraire, les collégiats de Foix. A côté des collégiats vivaient les prêtres chapelains et les serviteurs ; plusieurs de ces derniers transportaient à l'Université les livres et cahiers des étudiants; il y en avait six au collège de Foix, dont un pour le pain et le vin et un pour préparer les aliments; de plus, au même collège, étaient attachés un notaire ou secrétaire et un médecin. Tout ce personnel dépendait de la juridiction ecclésiastique, notamment de celle de l'abbé de Saint-Sernin, sur les possessions de qui quelques collèges se sont édifiés.

Richesse I^es ressources des collèges étaient très variables, et celles

d'un même établissement pouvaient soit augmenter par des dons, soit diminuer par une administration défectueuse. Il y avait des collèges très pauvres, qu'on a supprimés en 1551 parce qu'ils ne pouvaient plus se soutenir. Mais le collège Saint-Martial, le premier en dignité et dans les cérémonies universitaires, possédait des rentes considérables. Maguelone

des collèges.

avait 4.800 livres et 4 sous tournois de revenus à la fin du xiv^ siècle; la liste de ses propriétés, à Toulouse et hors les murs, est très longue. Périgord, en dehors des trois immeubles du collège, était propriétaire de onze maisons dans la ville, d'une ferme avec juridiction à Labège et de rentes en six localités des environs. Le collège de Foix, qui avait la deuxième place dans les cérémonies et prétendait à la première, s'enorgueillissait des reliques que son fondateur lui avait léguées et de sa bibliothèque, une des plus belles de la région, que Louis XIV ne dédaigna pas de s'annexer; les prieurés de Rieumes, de Martres, de Galan lui appartenaient. Le roi multipliait pour lui ses privilèges. Le collège était fief noble, exempt pourtant du ban et de l' arrière-ban, et protégé par la sauvegarde royale contre les tentatives des justices religieuses ou municipales.

CoUégiats et étudiants libres formaient, à Toulouse, une La vie

population assurément nombreuse (^) et extrêmement re- ^^^ étudiants, muante. Dans les collèges, les statuts recevaient de fréquents accrocs. Les écoliers recevaient des tiers dans leurs chambres, vendaient leur part de vin, cabalaient contre le prieur, contre les chapelains; le luxe s'introduisait dans le costume, dans la vie journalière, et les études en soufi'raient. Plus turbulente encore était la foule des étudiants libres, parmi lesquels se glissait plus d'un mauvais garçon taillé sur le patron du poète Villon. Rivalité de nation ou province, rivalités des Facultés, rivalités de maîtres même, tout servait de prétexte à des violences ou à des rixes. Mais tous se trouvaient d'accord contre la police, représentée par le guet municipal. Ils étaient également infatués de leurs privilèges de juridiction et de leurs exemptions d'impôts, et ils défendaient l'immunité dont jouissait le quartier des écoles, sorte de cité réservée, lieu d'asile interdit à tous agents de l'autorité, si ce n'est l'autorité ecclésiastique; en quoi ils étaient soutenus par l'archevêque, le chancelier et tout le corps des maîtres.

I. Communication de l'abbé Annat (Bull. Soc. Arch., 1904). — ■ L'abbé Aimat, à la fin du xv^ siècle, estime à 2.000 le nombre des seuls étudiants clercs, à la vérité les plus nombreux; en estimant à 3.000 le nombre total, on ne serait probablement pas loin de la vérité.

Conflits

entre

l 'Université

et

le Capitoulat.

Conflits

de

juridiction.

Conflit fiscal.

Les conflits de l'Université et du Capitoulat n'ont jamais cessé sur le double terrain juridictionnel et financier. Dès 1292, Philippe le Bel avait interdit au sénéchal et aux capitouls de poursuivre les écoliers pour crime. En 1324, Charles IV, prenant l'Université sous sa sauvegarde, soustrayait ses membres, par lettres patentes, à la juridiction capitulaire. Mais, en 1325, le roi revint sur sa décision et, en 1331, Philippe VI ordonna au sénéchal de ne pas mettre obstacle à la justice municipale quand il s'agira d'écoliers et ce, malgré la sauvegarde royale. Ce revirement était dû, sans doute, aux réclamations du chapitre, excédé des désordres auxquels les étudiants se livraient, ly' affaire Aymeri Béranger (1332) (^) montre le degré d'acuité de la crise, puisque l'existence même du capitoulat fut alors mise en question. Les excès des étudiants ne cessèrent pas; en 1351, le syndic de l'Université est tué par l'un d'eux, en pleine église du Taur. Les capitouls eux-mêmes sont obligés de protéger cette jeunesse indisciplinée contre les représailles. On la trouve toujours les armes à la main, prête à l'émeute lorsque l'occasion s'en présente. En 1406, elle envahit Saint-Etienne pour soutenir Pierre Ravot; en 1432, elle déchaînera, en faveur de Pierre de Rousergue, une véritable guerre de rues. La municipalité demeure désarmée par le privilège toujours invoqué, toujours contesté. Si, en 1427, les capitouls, un Nogaret en tête, viennent arrêter, dans le collège même de Narbonne, le prieur Saint-Cricq, partisan des Anglais, l'Université proteste malgré son patriotisme, se pourvoit devant le juge mage, puis devant le Parlement de Béziers. En 1443, Charles VII finit par attribuer aux capitouls la connaissance des délits ou crimes commis par les écoliers. Mais, en 1461, Louis XI confirme les privilèges universitaires.

Sur le terrain fiscal, le conflit apparaît aussi grave. Les membres de l'Université revendiquent l'exemption d'impôt, comme privilège de cléricature. En 13Ç2, ses suppôts même se prétendent dispensés de payer les aides ou autres subsides au roi ; les fermiers des aides ayant voulu les obliger à payer, l'Université les excommunie et proclame la grève des études, parce que les gens du roi lui avaient donné tort. Les officiers

Page 1