I. Voir chapitre vn
royaux suspendent alors les privilèges et suppriment la sauvegarde. L'Université en appelle au roi, qui pardonne, reconnaissant que sont exemptés des aides le chancelier, le recteur, les vrais étudiants et quelques officiers, syndics et bedeaux. C'est à cette époque de troubles que le pape Clément VII prescrivit une réforme promulguée en 1394. Mais le conflit, terminé avec le roi, renaît avec les capitouls. Les étudiants se refusent à payer le « souquet » ou impôt sur le vin au cabaret; et, d'une manière générale, toute l'Université se refuse à acquitter les tailles municipales. Nous avons une requête des capitouls au roi, qui nous montre, toutes réserves faites sur l'exagération de la supplique, la singulière puissance de l'Eglise à Toulouse au début du xv^ siècle. « Toulouse la Gailharde est ruyneuse, dépeuplée, pauvre, mal habitée, fort désolée au regard de ce qu'elle devrait être... Les monastères, églises et collèges tiennent et possèdent presque toutes les propriétés, terres, possessions et revenus, et les fiefs nobles que tenaient et possédaient anciennement les chevaliers, excuyers, marchands, bourgeois et aultres de la dite cité et lesquels étaient contribuables aux charges et affaires de la dite ville; et tiennent presque tout et en est, par ce moyen, moult appauvrie la dite cité... (^). » L'Eglise, y compris l'Université, aurait, si nous en croyons ce document, possédé les neuf dixièmes du sol de la ville et du gardiage. En 1409, Charles VI ordonne aux universitaires de payer les impôts municipaux. Peine perdue ! La querelle dure encore en 1440, par un procès entre le syndic et les capitouls.
A partir de l'établissement du Parlement de Toulouse, cette Assujettissement Cour s'arroge sur l'Université un droit de regard, qui devint ^^ . , rapidement un privilège de surveillance et même de régie- ^^
mentation. Dès la fin du xv® siècle, à l'autorité supérieure. Parlement, mais lointaine, du Saint-Siège, déjà balancée par celle du roi, se substitue l'autorité plus proche et plus effective des gens du roi. Nos parlementaires, bientôt issus du personnel des maîtres ou des gradués es lois, avaient intérêt à maintenir ou élever le niveau des études juridiques, les plus importantes, et par là intervenaient fréquemment dans l'organisation et
I. Arch. mun. 2130. Cité par Saiiit-Charles, Le collège de Maguelone (Mém. Acad. des Sciences, 1883).
Rôle
de rUmversité
de
Toulouse.
la vie du Corps universitaire. Nombreux sont les arrêts du Parlement relatifs à la réglementation des « lectures » et « répétitions », au recrutement des maîtres par le choix ou le concours, aux élections rectorales, aux droits des assemblées générales, aux conditions d'admission des écoliers, aux tarifs d'examen et d'immatriculation, au salaire des maîtres, à l'échelle des grades (13 septembre 1470, 29 janvier 1480, 14 août i486, 4 septembre 1499) (^). Ces divers arrêts constituent une véritable réformation, dont le résultat fut de mettre fin aux abus qui s'étaient glissés dans l'Université, vénalité des chaires, négligences des maîtres, avilissement des grades, gaspillage des fonds des collèges, indiscipline des étudiants. En même temps, le Parlement veillait avec soin au maintien des privilèges et franchises du Corps universitaire, privilèges fiscaux ou juridictionnels, qu'ils fussent d'origine royale ou apostolique.
I^e rôle de l'Université, dans la pensée du moyen âge, correspond-il à la place qu'elle occupait à Toulouse? On en peut douter. Aucun grand théologien, aucun grand philosophe scolastique n'occupa une de ses chaires. On a conservé le souvenir de Raimon Sebonde, né à Barcelone, mort en 1432 maître-régent de la Faculté de médecine, à Toulouse, où il était professeur de théologie, auteur célèbre de la Théologie naturelle; ce fut un penseur, un mathématicien non moins qu'un médecin {^). Seul, le droit civil a toujours été florissant. Quelques juristes de ces temps lointains ont été sauvés de l'oubli. Nous avons déjà mentionné, dès la fin du xiii^ siècle, des maîtres remarquables. Au xiv^ siècle, on doit signaler Guillaume de Montlauzun et Guillaume de Cun, évêque de Bazas et de Comminges (^), canonistes célèbres; Pierre de Ferrières, maître en droit romain, qui devint évêque de Noyon, puis archevêque d'Arles et chancelier du royaume de Sicile, et fut le professeur du futur pape Jean XXII, Jean
1. Jtiliette Puget. L'Université de Toulouse aux XI V et XV^ siècles (Annales du Midi, 1929-30, pp. 362 et suiv.).
2. Il existe de lui un traité de philosophie religieuse, qui a été traduit et discuté par Montaigne (1569). Son nom est à jamais sauvé de l'oubli grâce au fameux chapitre des Essais (liv. II, cliap. xn). Apologie de Raimon Sebonde.
3. Voir Chanoine Touniier, Guillaume de Cun, professeur à l'Université de Toulouse, Toulouse, 1927.
de Costa (^), et, surtout, à la fin du xv^ siècle, après la renaissance des études juridiques dues aux réformes du Parlement, Guillaume Benoît, dont la science se pénètre déjà d'humanisme et annonce — timidement — les grands maîtres du siècle suivant (^). Le rôle politique de l'Université ne peut se comparer à celui qu'a joué l'Université de Paris. Les Toulousains, restés fidèles au roi pendant la guerre de Cent ans, au moment où Paris se ralliait au roi d'Angleterre (1422), n'ont pas suivi davantage la capitale dans la grande querelle du Schisme. Ils ont soutenu Benoît XIII, le pape d'Avignon, et mérité d'être censurés par le Parlement et l'Université de Paris. Nos députés au concile de Bâle (1432) n'ont pas joué le rôle de premier plan des docteurs de Sorbonne et ont suivi docilement le pape Eugène IV au concile de Ferrare (1437); leur rôle paraît avoir été un rôle de conciliation et de modération, à rencontre des fougueux Parisiens. Il n'en reste pas moins que notre Université, florissante surtout au xiv^ siècle, a constitué un foyer d'études à peu près unique dans le Midi, si l'on excepte Montpellier, et contribué, pour sa part, à donner à Toulouse son caractère de ville intellectuelle.
A considérer la place que tiennent dans notre cité le capi- l'^s
toulat, les fonctionnaires rovaux et les parlementaires, l'Uni- ^^^^^^ ^°^^^ ^■''• ^ ' ' ^ 'La noblesse.
versité et l'Eglise, on peut se demander ce qui reste de la noblesse urbaine (^). En tait, elle a presque disparu dans les tourmentes albigeoises ou anglaises. Les cadastres du xv^ siècle
1. Chanoiiie-chantre de Bayeux, évêque de Chalon-sur-Saône, puis de Mende, légat de Benoît XIII au concile de Pise.
2. Voir L'Université de Toulouse, 1929. La Faculté de droit, M. M. Thomas et Boyer, pp. 114-115.
3. Décadence seigneuriale. — I<es xiv« et xv*' siècles ont cruellement atteint le seigneur dans son autorité et dans sa fortune. Crise d'autorité d'abord, pour deux causes juridiques : décadence des justices seigneuriales, devenues moins lucratives par la concurrence des tribunaux de l'Etat; transformation progressive du servage, dont le mouvement de disparition, commencé au xni« siècle, va s'accentuant jusqu'au milieu du xvi^ siècle, favorisé par le seigneur, qui vend les affranchissements et arrête ainsi, à une époque où la main-d'œuvre est rare, la fuite des serfs vers les villes neuves. Crise de fortune ensuite, la plus grave, pour des raisons politiques et économiques, dont les premières doivent être recherchées dans les conséquences immédiates de la guerre de Cent ans : dévastation et dépeuplement. (Robert Boutruche, loc. cit.)
permettent de relever quelques noms de survivants comme Roger d'Espanha ou d'Espagne, seigneur de Montespan, de Seysses et de Launaguet, qui fut un des propriétaires de r hôtel dit de Duranti (^) ; comme Jean de Nogaret, seigneur de Gragnague, qui habitait rue des Arts ( ^) ; comme les Carmaing, une des plus vieilles dynasties nobiliaires toulousaines, qui a donné son nom à la rue Nazareth, qu'on appelait aussi de la Souque-d'Albigès ou de Carmaing. A cette noblesse d'épée commence à s'ajouter, au xv^ siècle, la noblesse de fonctions ou de robe, comme celle de ces Bertier dont le plus ancien, lieutenant ou sénéchal et grand maître des eaux et forêts, possédait un hôtel rue des Marchands (^) ; comme celle de ce Gatien du Faur, chancelier du comte d'Armagnac en 1468, puis troisième président du Parlement, ancêtre des du Faur de Saint-Jory, qui habitait 10, rue Croix-Baragnon (*) ; comme celle de Georges d'Olmières, baron de Saint-Sernin, juge de Comminges et fils d'un Jean Etienne, capitoul, dont la tour octogonale, 3, rue Peyrolières, rappelle encore aujourd'hui la résidence. Cette classe va se développer magnifiquement au xvi^ siècle.
Bourgeoisie Ce que révèle, au mo^^en âge, l'étude des cadastres, c'est la
des marchands, richesse des marchands, dont les plus considérables s'élèvent '^ ■ jusqu'au capitoulat et jusqu'aux fonctions royales de finance ou de justice — et, par cette double voie, jusqu'à la noblesse. Le cas de notre ville n'est pas isolé. La société a évolué de même partout en France, où les hautes classes, nullement fermées, se recrutent incessamment par en bas. Le plus bel exemple est celui de la famille Ysalguier, fameuse dans les fastes capitulaires, où elle figure quarante-huit fois, la dernière, en 1530, avec Bertrand Ysalguier, et dont les ancêtres les plus lointains, au xiii^ siècle, firent le métier de changeur, tandis qu'un de ses membres, au xv^ siècle, est noble homme et commandant d'une compagnie. Ces grandes familles bourgeoises ont leur histoire écrite dans les rues de la ville, où de