LE COUTÉ DE TOULOUSE JUSQU'A LA GUERRE DES ALBIGEOIS
Les siècles qui suivent la chute de l'Empire romain sont pour Toulouse une période de ténèbres, où de rares textes ne jettent, çà et là, qu'une faible lueur. Les vestiges matériels sont très peu nombreux. En dépit de l'ingéniosité des historiens et des archéologues, nous sommes, à dire vrai, moins informés sur cette époque que sur la précédente, où les fouilles remplacent, jusqu'à un certain point, les témoignages écrits.
Le christianisme, venu d'Orient, a dû se répandre de bonne Le christianisme, heure dans une ville que son commerce mettait en rapports ^^^^^ baturnm. avec la Méditerranée. On a pu soutenir que saint Saturnin, premier évêque de Toulouse, suivant la tradition, a vécu au 1^^ siècle de notre ère. En fait, il est plus probable qu'il fut martyrisé sous Décius, vers 250, ou sous Dioclétien, cinquante ans plus tard : son corps, attaché à la queue d'un taureau, aurait été traîné du Capitole, temple romain supposé bâti en face des arcades actuelles, jusqu'à l'endroit où s'élève l'église du Taur et où son corps fut inhumé avec pompe. C'est lui qui ordonna la construction, en un lieu ignoré, du premier sanctuaire chrétien. Il eut pour successeur saint Honorât, dont on sait seulement que sa dépouille repose auprès de l'apôtre martyr. Au début du iv^ siècle, saint Hilaire, troisième évêque de Toulouse, fit édifier un oratoire
Les invasions Wisigoths.
Le royaume
wisigothique
de
Toulouse.
autour de leur tombe. A la fin de ce même siècle, saint Silvius, ou saint Sylve, cinquième évêque, commença la construction d'une église plus grande et plus belle, terminée par saint Exupère, et où furent transportées les reliques. Ce serait la primitive basilique Saint-Sernin. L'Eglise de Toulouse paraît être restée fidèle à l'orthodoxie au milieu de l'arianisme envahissant. Rhodanius, quatrième évêque, combattit l'hérésie favorisée par l'empereur Constance et l'évêque d'Arles; il mérita ainsi d'être exilé en Phrygie.
Toulouse subit, comme le reste de la Gaule, les invasions barbares. Ce furent d'abord les Suèves, Alains et Vandales, en 406 ou 411. vSi nous en cro5^ons un texte hagiographique, les prières de saint Exupère détournèrent le fléau de ses murs ; mais, les habitants ayant persévéré dans leurs désordres, le ciel les punit de nouveau : les Wisigoths, venus d'Italie, s'emparèrent de Narbonne et de Toulouse (413). A leur retour d'Espagne, ces barbares obtinrent de l'Empire la permission de s'établir dans la deuxième Aquitaine, à Toulouse, Bordeaux, Angoulême, Saintes, Périgueux, Auch, Bazas et Lectoure. Leur installation ne se fit pas sans brutalités. Orientius, évêque d'Auch, écrivait, vers 430 ou 440, que partout avec eux « sévissaient la mort, la destruction, les massacres, les incendies, les deuils. Toute la Gaule a brûlé sur un même bûcher ».
Théodoric I^r (419-451) fit de Toulouse la capitale de son royaume; il la défendit avec succès (422 ou 435) contre un retour offensif des Romains aidés d'auxiliaires Huns et commandés par le patrice Litorius. La seconde délivrance de Toulouse, la défaite et la capture de Litorius seraient dues à l'intercession de ce même Orientius, honoré sous le nom de saint Orens, qui, sans doute, considérait les Wisigoths comme un moindre mal.
Le domination wisigothique s'étend de 413 à 507. Toulouse eut le privilège d'être la résidence des rois Théodoric, Euric et Alaric II. Ceux-ci occupaient, soit le castellum de la porte Narbonnaise, soit, plus probablement, une grande villa de la rive gauche, à Purpan, où quelques substructions ont été retrouvées. Mais leur atelier monétaire demeurait à Narbonne. Ivcur cour paraît avoir été assez brillante, car ces
chefs s'étaient alliés à d'autres rois germains d'Italie ou d'Allemagne. Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont, mentionne dans ses vers « le Saxon aux 3'eux bleus, le Sicambre aux longs cheveux, l'Hercule aux joues verdâtres qui habite les rives reculées de l'Océan, l'Ostrogoth délivré des Huns, des ambassadeurs du lointain roi de Perse, le Romain luimême qui vient demander à la Garonne de protéger le Tibre affaibli ». Théodoric, en effet, aux cours de ses démêlés avec l'Empire et son préfet du prétoire en Gaule, Aétius, nomma un empereur de sa façon, le rhéteur Avitus, beau-père de Sidoine Apollinaire, qui prit la pourpre à Toulouse, en 455, pour être déposé un an plus tard. Euric (466'-485), le plus grand des souverains wisigoths, jeta sur Toulouse un certain éclat par ses conquêtes. Il posséda la Gaule jusqu'à la Loire et toute la Provence. Mais cette prospérité ne devait pas lui survivre; arien convaincu, il mécontenta ses sujets demeurés orthodoxes. Son fils, Alaric II, eut le tort de persécuter les évêques. De sorte que Clovis, vainqueur des Wisigoths à Vouillé, put s'emparer sans résistance de leur capitale, Toulouse, et de leurs trésors, en 508.
La culture romaine paraît s'être maintenue sous les Les écoles Wisigoths ; Toulouse a vu se réunir des congrès de grammairiens; un de ces derniers est Sedulus Vergilius Mars Tolosanus. Des écoles existent, florissantes, spécialement des écoles de droit, si nous en croyons le témoignage de Sidoine Apollinaire. Ce sont, sans doute, des juristes méridionaux, peutêtre toulousains, qui ont rédigé la Lex romana Wisigothorum. La tradition s'est imposée à l'Eglise, seule puissance qui ait survécu à la dissolution de l'Empire romain et aux éphémères renaissances des royaumes romano-barbares. Les écoles épiscopales, ici comme ailleurs, apparaissent comme les héritières des écoles romaines. Peut-être, conformément au capitulaire de Charlemagne {De litteris colendis, 789), les cloîtres Saint-Etienne et Saint-Sernin ont-ils abrité les premières et lointaines ébauches de notre Université (^). Plus tard, la nécessité de former des notaires pour rédiger chartes et diplômes, ou pour conserver et interpréter la coutume, a dû maintenir à Toulouse une école de droit purement pra-