Exemple, les parclieminiers et les naypiers
débitent demeure assujettie à certaines conditions; ils ne pouvaient écouler leurs produits que les jours de marché et de foire, aux lieux accoutumés, en versant, en certains cas, une caution qui devait garantir les réclamations (^).
Mais la majorité des ouvriers a senti l'avantage que présentait l'association, à la fois pour le producteur et pour le consommateur. A une époque où la plupart des objets fabriqués se vendaient sur place, l'offre et la demande s'équilibraient généralement. La corporation assurait au producteur la sécurité, à l'ouvrier une existence sans chômage et la certitude de ne pas mourir de faim, au consommateur la garantie d'une besogne bien surveillée et, en général, bien faite. La corporation était placée sous l'égide de la religion, si puissante sur les âmes au moyen âge. Tous les métiers formaient des confréries, avaient leurs saints, leurs chapelles dans les églises de la ville ou du bourg, leurs fêtes patronales. Les chapeliers, confrères de saint Jacques, célébraient leurs cérémonies aux Carmes; les barbiers, confrères de saint Côme et saint Damien, aux Jacobins (2); les enlumineurs, confrères de saint Jean l'Evangéliste, au Taur; les argentiers, confrères de saint Eloi, aux Jacobins. Les premiers articles des statuts avaient trait aux devoirs religieux; les serments exigés, l'obligation, pour être admis, d'être de bonnes vie et mœurs, tout contribuait à créer et entretenir l'esprit de fraternité chrétienne et à développer, comme nous dirions aujourd'hui, la solidarité. Ajoutons encore que, habitant généralement le même quartier, souvent la même rue, travaillant ensemble dans de petits ateliers familiaux tout le long d'une année coupée d'innombrables fêtes chômées, maîtres et ouvriers formaient un monde aussi uni que peuvent l'être des hommes et, à tout prendre, assez heureux.
Les corporations gardent toujours avec le capitoulat des rapports très étroits. Leurs statuts ont été établis ou réformés, au xv^ ou au xvi^ siècle, avec l'approbation ou la collaboration des capitouls et sont déposés à l'Hôtel de ville. Aucune nouvelle corporation ne peut se fonder sans l'autorisation des capitouls. Au xiii^ et xiv® siècles, ils nomment les bailes. Leur
Caractère
des
corporations.
Rapports
avec
le Capitoulat.
T. Autre exemple, lo livres petits tournois pour les bouchers. 2. Voir la peinture de la chapelle des Jacobins.
Les trois degrés
Apprentis,
Compagnons.
T.es Maîtres.
I<e Chef-d'œuvre.
juridiction est la plus haute dans les conflits de métiers et ils reçoivent l'appel du tribunal des bailes. C'est devant la maison commune qu'on met au pilori les marchandises fraudées; les corporations, avec leurs costumes et emblèmes, figurent dans toutes les grandes solennités.
I^a corporation comprend toujours ces trois degrés : apprenti, compagnon, maître; mais, au xv^ siècle, les conditions se fixent où l'on peut déjà discerner la menace de castes. Iv' apprenti est un enfant ou un adolescent dont les statuts stipulent le temps d'apprentissage, deux ou trois ans au moins ; il paie un droit d'entrée à la corporation et un subside annuel, en nature ou en argent, à son maître qui doit l'instruire. I^e maître était ainsi tenté de prendre beaucoup d'apprentis à son service; aussi les statuts en limitaient-ils le nombre. Les compagnons (ou massips, ou ouvriers, ou valets) mettaient la main à l'ouvrage, pa^^aient un droit d'entrée et une cotisation annuelle pour les offrandes aux saints; ils juraient les statuts, faisaient partie de la confrérie; on devenait compagnon quand le maître jugeait l'apprentissage suffisant. Le compagnon touchait un salaire. Mais, dès 1494, on voit les compagnons boulangers former une confrérie spéciale, sous le vocable de saint Honoré, avec ses statuts, ses cotisations et ses bailes : début de scission qui deviendra grave plus tard.
Les conditions d'accès à la maîtrise se sont aggravées au xv^ siècle. Les statuts exigent un minimum de résidence, un minimum de compagnonnage, des garanties morales et professionnelles; à la vérité, les capitouls peuvent délivrer des dispenses, et la qualité de fils de maître en tient lieu dans bien des cas. Le maître est astreint au chef-d'œuvre, difficile et coûteux, au moins pour qui n'est pas fils de maître, celui-ci n'étant pas obligé très souvent de subir cet examen. Unespasier devait forger une épée d'armes, que les bailes rompaient à quatre travers de doigt de la pointe pour s'assurer de la loyauté de la matière, et que le candidat devait appointer, garnir et finir en présence du jury. Un pâtissier, outre qu'il devait être sain de corps, devait fabriquer, faits à point, trois pâtés de chapon, six pâtés d'assiette, quatre tartes, quatre darioles à la crème, un dauphin et une fleur de lis à la crème. De plus, il était tenu de déposer 25 livres tournois, sorte de
cautionnement garantissant les fraudes possibles ou seulement un plat manqué. Après ces épreuves, le maître paj-ait un dîner de bienvenue à ses nouveaux collègues. Au xv^ siècle, il prononce le serment d'observer les règles et de faire de la marchandise honnête; ce n'était pas là un vain engagement; l'oublier exposait le maître, non seulement à la confiscation de la marchandise et aux amendes, mais à des peines corporelles pouvant aller jusqu'à la mort : la prison pour les naypiers fabriquant des cartes truquées, la mort pour l'apothicaire qui aurait vendu des poisons. Mais la maîtrise conférait, avec le droit à peu près exclusif d'ouvrir boutique, des privilèges pour la vente, une situation morale enviable, la possibilité de transmettre, temporairement à la veuve et définitivement au fils, l'atelier de fabrication. Beaucoup de maîtres s'enrichissent, s'élèvent et parviennent aux honneurs administratifs (^).
Parmi les maîtres, les bailes formaient comme la magistrature de la corporation. Au xv^ siècle, l'ancien mode de désignation des capitouls est abandonné ; les bailes se recrutent soit par cooptation, soit par le suffrage des maîtres, mais les capitouls confirment l'élection; ils reçoivent leur serment de bien remplir leur charge et d'observer les statuts. Le nombre des bailes variait selon les corporations. Leur office principal était de surveiller la fabrication en visitant les boutiques et ateliers. La visite avait lieu deux fois par semaine chez les chandeliers, une fois chez les serruriers, quatre fois chez les chaussetiers, une fois l'an seulement chez les apothicaires et les drapiers. Rien ne pouvait être vendu avant examen des bailes, point essentiel pour les denrées alimentaires. La ville et les faubourgs étaient divisés, pour les métiers dispersés (^), en bailles ou zones d'inspection. Les bailes inspectaient les mesures et balances trois fois par semaine, sous la halle de la Maison de ville, après les vêpres ; ils apposaient la marque sur les draps tissés, après en avoir vérifié le poids; ils pouvaient ordonner la destruction ou la mise au pilori des marchandises avariées ou fabriquées en contravention des règlements. C'était une charge lourde que les maîtres choisis comme bailes
Bailes.
Agents
subalternes.
1. lyorsque l'aspirant était sorti avec honnturdes épreuves de l'examen, son nom était inscrit sur les registres de la corporation.