‹ Histoire de TouraineChapitre 10 sur 16 · Il · texte numérisé non relu

Il

talens, surtout en 1598, pour la rédaction du célèbre édit de Nantes dans laquelle il fut secondé par Daniel Charnier. Ce fut également à lui que ce monarque s'adressa, en i5g3, pour répondre ' à la déclaration publiée par le duc de Mayenne. Cette réponse est intitulée : La Fleur de lys qui est le discours d'un français, où l'on réfute la Déclaration du duc de Mayenne publiée au mois de janvier dernier. Paris, i593, in-8. A la vérité Arnaud d'Andilly prétend que cette réponse est l'ouvrage d'Antoine Arnaud, son père; mais il semble que l'on doit plutôt ajouter foi au chancelier de Chiverny, qui devait être mieux instruit à cet égard, et qui dit dans ses Mémoires : « M. du May ne ayant publié, en : '>. 1 '>. « une déclaration pour justifier sa conduite en faisant la « guerre au roi , ce monarque fut conseillé d'en faire publier « une autre, et commanda à M. Dufresne, un de ses secré- « taires d'estat, qui couchoit très-bien par escrit, de la « dresser, etc. » La chronologie novennaire (tom. II, p. 147) parle de cet écrit , mais sans en indiquer l'auteur.

Nous av ons encore de Pierre Forget un recueil de lettres manuscrites en un vol. in-4, q11* était à la bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés, qui , comme on sait, a été en grande partie la proie des flammes. En outre un autre manuscrit in-fol. , intitulé : Instructions et Négociations de M. de Fresne-Forget, cuvoyé par le roi Henri III en Espagne en i58g. Ce manuscrit se trouve actuellement à la bibliothèque du roi. M. de Fontette a commis une erreur en disant que ces négociations sont de Jean de Fresne-Forget, président à mortier. Le président ne portait point le surnom de de Fresne, et n'avait jamais été ambassadeur en Espagne ni ailleurs.

Il mourut vers la fin de 1610. Il avait épousé Anne de Beauvilliers de Saint-Aignan , de laquelle il n'eut point d'enfans.

III. FORGET (Pierre), seigneur de Beauvais et de la Picardière , conseiller du roi en ses conseils d'état et privé , l'un de ses maîtres-d'hôtel ordinaires, né à Tours en iSKk),

BIOGRAPHIK. 1 79

de Jean Forget, sieur de la Tortinière, maître des requêtes de la reine et de Margueritte Baret.

Il fut pourvu de la charge de généalogiste de l'ordre du Saint-Esprit, par lettres patentes du 8 juillet 1607 , sur la démission de Du Haillan , en faveur duquel elle avait été créée par Henri IV , le g janvier i5g5. Il fut envoyé ambassadeur à Constantinople , d'où il fit deux voyages dans la Grèce, et ce fut à son retour en France que le roi le nomma conseiller-d'état et l'un de ses raaîtres^d'bôtel.

Il est connu dans la littérature par son ouvrage intitulé: Les Sentimens Universels , dédiés à monseigneur l'éminentissime cardinal de Richelieu ; Lyon, i63o, in-4; Paris, Toussaint Dubray , i636, in~4« C'est un recueil de mille quarante-deux quatrains moraux parmi lesquels on rencontre fréquemment des maximes assez heureusement exprimées. En voici quelques échantillons :

Nul chez soi ne doit rien souffrir Qu'il craigne que les hommes sachent :

Les maisons nous doivent couvrir, Il ne faut pas qu'elles nous cachent.

Jamais satisfaits nous ne sommes , Quelques biens qu'on ait amassés, Et la Fortune donne aux hommes Souvent trop , et jamais assés.

Ce dernier quatrain est la traduction de la dixième épigramme du douzième livre de Martial :

Fortuna multis dat nimis, satis nulli.

Il en est aussi dont la doctrine ne paraftra pas très-saine en politique ainsi qu'en morale, tels que ceux-ci sur l'obéissance passive :

Le seul vouloir du souverain Nous est une valable excuse, Quoi qu'il veuille que notre main Exécute ou qu'elle refuse.

l8o HISTOIRE DE TOUR AINE.

Quand l'obéissance nous guide Où Dieu seul nous attire à soi, Alors même le parricide Est un parfait acte de foi.

Avec de pareils principes, on pourrait trouver de fort bonnes raisons pour violer, sous le masque de la religion, les droits les plus sacrés de la nature. Cette doctrine au surplus était celle des jésuites, qui ne s'en sont pas toujours tenus à la théorie. On aime mieux y rencontrer des maximes de la nature de celles-ci :

Ne sois plus sage qu'il ne faut, Et règle ta mélancholie; La sagesse en un point si haut Touche du doigt à la folie.

Ce proverbe est fort en pratique, Bien qu'il n'y soit pas tout entier , Que tout riche est un homme inique , Ou bien qu'il est son héritier.

A ne les considérer que sous le rapport du style , ces vers ne paraîtront pas tout-à-fait sans mérite , surtout si Ton fait attention qu'ils avaient été imprimés six ans avant la première représentation du Cid. Il est vrai pourtant de dire que déjà Malherbe n'était plus.

Indépendamment de ces quatrains , nous avons encore de Forget: L'Hymne à la reine régente mère du roi; Paris, i6i3, in-4, et quelques autres pièces qui se trouvent dans le recueil de François de Rosset , intitulé : Délices de la Poésie française; Paris, Toussaint Dubray , 1618, in-8. Ce sont douze sonnets, des stances et une élégie, où l'on retrouve toute la fadeur du bel-esprit qui veut faire parler le gentiment. Voici l'un de ces sonnets :

Un céleste penser m'élève sur la nue, Et si l'opinion ne me va décevant ,

BIOGRAPHIE. l8l

Je ne suis plus mortel , ainsi qu'auparavant , Du jour que mon esprit vous eut bien reconnue ;

Car d'un si beau sujet mon ame entretenue , Et franche des liens de ce tombeau vivant , Dans le plus haut du ciel superbe s'élevant , Va cherchant la beauté d'où la vôtre est venue.

Mon esprit est au ciel, et mon corps ici-bas; Aussi suis-je vivant comme ne vivant pas, Triste , morne , pensif , taciturne , sauvage.

Et si l'être où je suis vivre se peut nommer , Je vis comme un palmier, planté sur un rivage , Qui n'a de sentiment sinon que pour aimer.

Pierre Forget mourut en i638, âgé de soixante-neuf ans, sans laisser d'enfans de Céleste de Maillé son épouse.

IV. FORGET (Louis), troisième frère du précédent, sieur de Beauregard, conseiller, aumônier du roi , chanoine et chancelier, en 1620 , de l'église de Tours, né dans cette ville en i5^8. Il se rendit recommandable par l'exercice de toutes les vertus de son état. Cependant, malgré sa piété et son humilité chrétienne , il se montra l'un des plus zélés défenseurs des droits de sa dignité de chancelier. Il légua même un capital de mille francs à ses successeurs pour les aider au besoin à maintenir leur rang et leur place au chœur. Il a laissé plusieurs ouvrages qui tous ont pour objet des sujets de dévotion : i° Les Hautes Pratiques des Saints ; 20 le Triomphe de saint Louis ; 3# un Traité de la Miséricorde de Dieu ; 4° Exercices Spirituels pour les ames dévotes ; Paris , Bill ai ne, l65o, in-8.

Il mourut à Tours au mois d'avril i658 et fut enterré dans la cathédrale.

FORTIN (François) , religieux de l'ordre de Grandmont, dit le Solitaire Inventif, était né à Tours en 1592, d'une famille riche , <|Ui y jouissait de beaucoup de considération.

l$1 HISTOIRE DE TOÏJRAINE.

Ce bon religieux consacra tous les loisirs de sa vie à observer les habitudes des oiseaux, leurs diflerens ramages, leurs nids , leurs œufs , leur manière de se nourrir , et il fit son étude particulière de les élever, et surtout de les prendre par des ruses déjà connues ou de son invention. La situation de son couvent semblait encore favoriser ses goûts. Placé au haut d'une colline couverte de bois, de vignes, de vergers; avant à ses pieds une vaste prairie arrosée par [le Cher et voisine de pluisieurs ruisseaux , il pouvait s'y procurer toutes sortes d'oiseaux, sédentaires ou passagers, soit terrestres, soit aquatiques. Souvent même il s'écartait au loin pour tâcher de découvrir de nouvelles espèces, et tous les oiseleurs du pays lui apportaient ce qu'ils avaient de plus curieux. Cette longue étude lui avait fait remarquer plusieurs erreurs échappées à Pline , à Élien , à Aldrovand et à Belon , qui ont traité cette matière. Le fruit de ces observations a fait naître son ouvrage intitulé : Les Ruses Innocentes, dans lesquelles se voit comment on prend les oiseaux passagers et non passagers , avec les plus beaux secrets pour la pèche dans les rivières et dans les étangs, et un traité très-utile pour la chasse, etc., par F. F. F. R. D. G. (frère François Fortin, religieux de Grandmont); Paris, De Sercy , 1688, gr. in-4- Cet ouvrage curieux est devenu assez rare. Pour qu'il soit complet, il faut qu'il contienne soixante-six planches gravées en bois, savoir : sept au livre premier, dix-sept au second , seize au troisième , dix au quatrième et seize au cinquième.

Le style du frère Fortin est peu soigné ; mais aussi n'estce pas la partie essentielle de ces sortes d'ouvrages , quoique pourtant une imagination riche et riante eût pu répandre beaucoup de charme sur quelques chapitres de cette tactique des bocages, où Bulliard a puisé en grande partie son Âviceptologie française ; Paris, 1778 et 1796, in- 121.

Fr. Fortin est mort dans son couvent de Grandmont le 21 juillet 1661 .

FOUCHER (l'abbk Paul), secrétaire du duc d'Orléans,

BIOGRAPHIE. l83

censeur royal et membre <le l'académie des Inscriptions et Belles-Lettres, naquit à Tours en 1704. Ses parens, ne jouissant que d'une fortune très-médiocre , le destinèrent à l'état ecclésiastique dans l'espoir de le voir succéder à l'un de ses oncles , qui était chanoine de l'église de Tours. Ce fut cette * perspective qui le fit entrer, en 1718, à l'Oratoire , où il acheva les études qu'il avait commencées au collège des jésuites. Cependant ses espérances ne se réalisant point, et n'ayant pu obtenir d'autre bénéfice que celui de chapelain dans la cathédrale , ce qui ne lui produisait pas plus de cent livres de revenu annuel , il prit la résolution de se suffire à soi-même. Il quitta donc sa congrégation, et vint à Paris avec le projet de s'y livrer à quelques éducations particulières. Il fut en effet chargé de celle du jeune chevalier de Chatellux. Quand elle fut terminée, on lui confia celle du duc de la Trémouille. L'attachement de l'élève pour le maître fut tel que celui-ci ne quitta plus l'hôtel de la Trémouille, où il passa le reste de ses jours.

Le premier , ou plutôt le seul ouvrage que l'abbé Foucher fit imprimer, fut sa Géométrie Métaphysique, ou Essay d'Analyse sur les Élémens de l'étendue bornée ; Paris, 1 768, in-8. Malgré les succès que ce premier essai devait lui promettre dans la carrière des sciences exactes , il paraît qu'il y renonça puisqu'il ne publia depuis rien en ce genre. Son admission, en 1753, à l'académie des Inscriptions, lui fit ambitionner sans doute de justifier le choix qu'elle avait fait de lui , et il consacra tous ses travanx à compléter son traité historique sur la religion des Perses. Il est divisé en cinq mémoires qui se trouvent dans les tomes 26, 27, 29, 3i et 34 du recueil de cette académie. Cet ouvrage, plein de recherches savantes, écrit avec méthode et clarté, porta un plus grand jour sur l'histoire religieuse de cet ancien peuple qui jusque-là n'avait été connue que d'une manière inexacte et imparfaite.

Ses recherches sur l'origine de l'hellénisme ou religion de la Grèce en sont comme le complément. Elles se compo-

l84 HISTOIRE DE TOUR AI NE.

sent également de cinq mémoires insérés dans les tomes &4> 35, 36 et 38 du même recueil, avec un sixième en forme de supplément, tome 39.

Il est étonnant qu'on n'ait pas réuni toutes ces parties éparses pour en former un volume dont le talent de'l'auteur et l'importance de la matière pouvait garantir le succès. Peut- * être était-ce un hommage que devait à sa mémoire la ville où il vit le jour.

Paul Foucher mourut à Paris dans l'hôtel de La Trémouille

au mois d'avril 1 779, âgé de soixante-quinze ans.

Jean Foucher , chanoine de Saint-Gatien, théologal et promoteur de l'officialité de Tours sa patrie, oncle de Paul Foucher, est auteur de l'oraison funèbre de Mathieu Isoré d'Hervault , archevêque de Tours, prononcée dans sa cathédrale le i5 février 1717 et imprimée à Tours chez Jeau Massou , 1717, in-4«

I. FRANÇOIS (Isaac), sieur de la Girardie , grandvoyer de Touraine, né à Tours en i566. Ce fut à lui qu'on dut la première carte géographique de la province. Elle fut faite pour l'ouvrage qu'il publia sous ce titre : Topographie du duché de Touraine avec quelques remarques sur les antiquités de cette province; Tours, Bouguereau, 1592, in-8. La description du pays de Touraine, des antiquités de la ville et cité de Tours, des seigneurs qui y ont commandé et de ses évêques ; Tours,' Bouguereau , iSgz , in-8, n'est probablement que le même ouvrage avec un titre différent. François mourut à Tours à la fin de 1649.

II. FRANÇOIS (SiMOx), fils du précédent, peintre du roi> né à Tours en 1606. Il prit les premières leçons de peinture sous Michel et Charles Bobrun ses compatriotes. A l'âge de dix-neuf ans, il fit le voyage d'Italie pour se perfectionner, ou plutôt pour se former par l'étude des chefsd'œuvre des grands maîtres qui illustraient alors cette terre classique des beaux-arts. En passant à Bologne pour s'en revenir en France, en i638, il eut occasion d'y connaître Le Guide , qui était alors dans tout l'éclat de sa gloire , et

ce qui ne peut que faire honneur à François, c'est qu'il se lia d'une étroite amitié avec- cet illustre artiste.

Il avait un penchant particulier pour peindre des sujets profanes et voluptueux tirés de la faille ou de l'histoire ; mais quoique ses pinceaux fussent très-modestes, des amis scrupuleux lui représentèrent que ses succès en ce geure n'étaient > pas sans danger pour les mœurs. Il les crut peut-être un peu trop facilement, et depuis il se consacra tout entier aax ouvrages de dévotion , dont les principaux sont : i° un tahleau pour le grand-autel de l'institution de l'Oratoire , représentant la Vierge avec saint Joseph offrant l'enfant Jésus au temple, et qui y est reçu par saint Siméon ; 2° à la maison professe des je'suitcs , pour le grand-autel , l'Assomption de la Vierge, et la Descente du Saint-Esprit sur les apôtres ; 3° dans la chapelle de la congrégation, la présentation de l'enfant Jésus au temple, mais sur un dessin différent de son premier tableau ; 4° dans l'église de l'Oratoire de la rue Saint-Honoré, le tahleau qu'on voit dans la chapelle de la famille Séguier, représentant l'enfant Jésus sur un troue de uuages, les pieds posés sur le globe de la terre et entouré par les anges. Ce tableau a été gravé par Poilly le jeune; 5° aux Minimes de la Place Royale, dans le chapitre, Jésus mourant en croix, accompagné de la Vierge, de saint Jean, de la Madelainc et de Marie Cléophé ; 6° dans l'église des Incurables, une Annonciation; 70 une Fuite de la Vierge et de saint Joseph en Égyptc , gravée par Nicolas Pitau à qui l'on doit la belle gravure de la Sainte Famille de Raphaël; 8° dans la même église, aux deux côtés de l'autel, deux tableaux , dont l'un représente une Vierge qui lile et l'enfant Jésus qui tient dans ses mains l'écheveau , et l'autre saint Joseph travaillant de son métier de charpentier, avec un enfant Jésus qui soutient le bois qu'il est occupé à scier; 90 enfin , au Palais, sur l'autel de la cour des monnaies , une Assomption de la Vierge.

U existait encore heaucoup d'autres tableaux de lui, soit à Paris , soit daus les provinces.

l86 HISTOIRE DE TOUR AINE. '

L'abbé de Marolles, dans son catalogue d'estampes de

1666, dît de lui : « Simon François, de U ville de Tours,

« peintre considérable , a fait graver sept pièces de son in-

« vention par Jean Courvay et Nicolas Pitau. » On cite aussi de François plusieurs portraits , entre autres

celui de Louis XIV à l'âge de dix-huit mois , dans lequel tous les autres peintres avaient échoué, et qui le 6t nommer peintre du roi ; celui de saint Vincent-de-Paule qu'il fit de mémoire et très-ressemblant, quoiqu'il ne l'eût vu qu'à l'église et au réfectoire , le saint homme, par humilité, n'ayant jamais voulu consentir à se laisser peindre. Ce portrait a été gravé par N. Pitau et par plusieurs autres. Celui de l'abbé de Saint-Germain , gravé par le même artiste , et enfin celui de l'abbé de Chandenier , mort à Rome en odeur de sainteté, qu'il fit pareillement de mémoire, ne l'ayant vu que cinq ou six fois.

Ce peintre, peu connu, est mort à Paris au mois de mai 1680, âgé de soixante-quatorze ans, et non en 1671 comme le dit Moréri.

Il y a eu dans le seizième siècle un artiste habile du nom de François , né à Amboise , qui gravait fort bien les figures ; mais principalement renommé par son taleut pour la gravure sur les pierres précieuses , talent qui a toujours été assez rare en France , où long-temps les artistes en ve genre ne se sont pas élevés au-dessus du médiocre.

FOUQUET (Jean ) , né à Tours vers 1420 , a été l'un des peintres les plus célèbres de son temps. Il fut en grande réputation sous les règnes de Charles VII et de Louis XI. François Florius , Florentin , dans son éloge de la ville de Tours, intitulé : De Commendatione urbis Turonicae , dit que Fouquet avait laissé bien loin derrière lui tous ses rivaux , surtout pour le portrait , genre dans lequel il excellait tellement que l'on jugea digne d'être placé dans l'église de la Minerve celui du pape Eugène IV qu'il fit à Rome, n'étant âgé que d'environ vingt-un ou vingt-deux ans. Il est vrai qu'à cette époque le maître de Raphaël n'était pas né ; que

Mantegue était trop jeune encore pour s'être fait connaître,

et que la distance est immense entre les productions de ce temps et celles que vit naître la fin de ce même siècle. Fouquet n'eu eut pas moins le mérite de tenir le premier rang parmi ceux qui couraient la même carrière que lui.

On est fondé à croire qu'il réussissait également dans la miniature ; car c'est de lui qu'il est parlé dans la préface du catalogue des manuscrits delà bibliothèque du roi, torn. 1, pag. 7, où Tondit: « Louis XI avoit pour sa bibliothèque u un enlumineur en titre, nommé Jean Fouquet de Tours, « dont l'habileté parait surtout dans les tableaux historiques « du manuscrit des antiquités de Josèphe. » Ce manuscrit qu'on voit encore à la bibliothèque du roi est peut-être le seul monument qui nous reste des taleus de ce peintre.

Jean Ihèche, qui vivait dans le siéele suivant, nous apprend qu'il eut deux enfans, Louis et François, peintres connue lui, et qui soutinrent glorieusement la réputation de leur père. « Quo certe alter uon fuit pnestantior inter pietores « Joaunes Foucquettus, utque ejusdem lilii , Lodoicus et «« Franciscus. »

I. FREMONT (Charles) ; né a Tours en 1620. A l'âge de dix—huit ans il entra dans l'ordre de Grandinout , au monastère qui est auprès de Tours, dont il obtint le prieuré eu i(>35 ; mais le relâchement général qui s'était introduit dans toutes les maisons de cet ordre, lui lit concevoir le projet d'y porter la réforme. Cependant il sentit que pour y réussir il lui fallait quelques puissans appuis. Il alla donc à Paris, où il parvint à se faire présenter au cardinal de Kichelieu. Ce ministre en effet lui lit donner, en 1042, un prieuré de nature à pouvoir y établir l'ancienne discipline , mais mitigée et conforme à la bulle du pape Innocent IV. Les succès de D. Frérnont ne purent, malgré son zèle , s'étendre que sur six ou sept maisons presque entièrement abandonnées , et qu'il peupla <le nouveaux religieux. Au nombre de ces monastères on doit compter la maison de Thiers en Auvergne, patrie de saint Étienne, dont les habitans firent tous les frais

à la considération de D. Frémont. Ce pieux religieux, jouifsant du fruit de son zèle et de ses travaux, passa le reste de ses jours dans ce monastère, qu'il édifia pendant plus de trente ans, et où il mourut, en 1689, âgé de soixante-dixneuf ans.

Nous avons de lui : i° Vie, Mort et Miracles de saint Étienne, fondateur de l'ordre de Grandmont ; Dijon, 1647, in-8. On trouve a la fin de cet ouvrage une Vie de Hugues de Lacerta, disciple de saint Étienne; 2° l'Esprit de l'ordre de Grandmont; Paris, Després, 1666, in-8; 3° de la Dévotion qu'on doit avoir pour les trois personnes Adorables de la Trinité ; pour la famille de Jésus ; au Saint Évangile ; de la Dévotion que les religieux de Grandmont doivent avoir à saint Étienne leur fondateur ; Paris, 1668, in-8; et quelques autres ouvrages ascétiques, entre, autres une chronique de l'ordre de Grandmont, parmi les manuscrits de Marmoutier, n° 162, in«4 de quatre-vingt-quinze feuillets , mais qui n'est pas achevée, car d'après le titre du manuscrit elle devait être divisée en quatre livres , et ce volume ne contient que les deux premiers.

II. FRÉMONT (Alexandre), abbé et général de l'ordre de Grandmont , frère puîné du précédent , né à Tours en 1612. A peine âgé de vingt ans, il professa la philosophie, fut reçu bachelier en Sôrbonne, et aurait eu le bonnet de docteur sans la nouvelle constitution de l'ordre, qui défendit à ses religieux de prendre à l'avenir aucuns degrés. Élu pour être l'un des définiteurs au chapitre général tenu eu i643 , il en lit l'ouverture par un très-beau discours latin. Envoyé supérieur à Notre-Dame-dû-Parc à Rouen , il s'y concilia l'amitié et l'estime de François de Harlay , qui en était archevêque, et qui, dans différentes occasions, avait pu apprécier son mérite et ses talens. Aussi répétait-il souvent que D. Frémont était ué pour être miuistre d'état.

L'habileté qu'il montra dans tous les emplois de l'ordre et dans les affaires dont il fut chargé par lui, l'y fit jouir d'une très-grande considération dont il reçut enfin le plus éclatant

témoignage. Le général D. Antoine Chevaroche étant mort au mois d'octobre 1677, la nomination de son successeur

éprouva des difficultés qu'il ne semblait p;is facile de surmonter, parce que la cour avait assez formellement exprimé l'intention devoir an cardinal à la tète de cet ordre. D. Fré— mont, après un an de débat infructueux, fut envoyé pour en soutenir les droits et défendre la liberté des élections. Il le fit avec tant de persuasion et d'éloquence que tous les suffrages se réunirent en sa faveur, et qu'il fut élu unanimement le 5 novembre 1G78. Malgré le dessous que cette nomination donnait à la cour, D. Frémont n'en fut pas moins agréé par le roi et confirmé ensuite , le 19 janvier 1^79, suivant l'usage, parles deux supérieurs, l'un de Grandmont-îès-Tours et l'autre de Puy-Chevrier en Poitou, auxquels appartenait la confirmation des généraux. Il fut ensuite béni par Par— cbevèque de Limoges , le 2.5 mars de la même année, et mourut dans l'abbaye de Grandmont d'une attaque d'apoplexie le 9 juillet 10*87 , Agé de soixante-quinze ans.

Il avait laisse des mémoires imparfaits, ce qui fut cause qu'ils ne furent point imprimés. On a seulement de lui : Les Articles du ebapitre général tenu à l'abbaye de Grandmont dans la Marche en i643; Paris, i()/[3, in-4- On y trouve le discours latin qu'il prononça dans cette circonstance.

I. FUMEE (AdamJ, chevalier, seigneur des Roehes- Saint-Quentin et de Genillé , premier médecin du roi , maître des requêtes et garde-des-sceaux de Franee, naquit à Tours vers i/[i(> de Pierre Fumée, receveur des deniers communs de cette ville, ainsi qu'on le voit par les registres de l'an i44$J d'où il résulte qu'il ne suivait point la profession des armes, ainsi que l'a prétendu Scévole de Sainte-Marthe, souvent plus panégyriste qu'historien , et qu'il n'était point capitaine gouverneur de la ville de Nantes.

Adam, i'aîué de ses six enfans, se destina à l'étude de la médecine, et prit le degré de docteur dans l'université de Moutpelîier. Il se distingua tellement par son savoir dans l'exercice de cette profession , que Charles YTT le choisit pour

ÏC)0 HISTOIRE DE TOOR/llNE.

son premier médecin. Ce fut Louis XI, auprès duquel il conserva le même titre , qui le nomma maître des requêtes , par ses lettres du 12 août 1 4^4 y e* °îu*î 'a ™me année, le chargea de quelques négociations en Bretagne. Il fut l'un des commissaires qui, en juillet i477» instruisirent le procès de ceux qui avaient tenté de faire évader le comte de Rouey , alors détenu au château de Loches, et deux ans après, en septembre i479> ^ ^ut envoy^ en Bourgogne pour des affaires secrètes et de la plus haute importance.

Après la mort de Louis XI , il eut le même titre et le même crédit auprès de son successeur. Le chancelier Guillaume de Rochefort étant venu à mourir, en î/jc)?. , Adam Fumée, qui était alors le doyen des maîtres des requêtes, fut charge, en cette qualité, de la garde des sceaux. C'est une particularité que Naudé dit tenir du garde-des*sceaux de son temps lui-même , et qu'il ignorait sans doute lorsqu'il publia son addition à l'histoire de Louis XI , dans laquelle il lui donne le titre de chancelier qu'il n'eut et qu'il ne prit jamais ; mais, en rectifiant une erreur , Naudé est tombé dans une autre plus grave, car il avance qu'Adam Fume'e garda les sceaux jusqu'à la nomination d'Antoine Duprat. Ainsi, d'un trait de plume il efface de la liste des chanceliers Robert Briçonnet, Guy de Rochefort , Jean de Gannay et même Étienne Poncher, puisque Duprat ne fut élevé à ce poste éminent que sous François Ier , en i5i5.

Charles VIII , en i4g3 , confirma , à la prière d'Adam Fumée, les privilèges de Beaulieu près Loches, par lettres patentes données à Gergeau au mois d'août.

Il mourut en t /jo4 ? dans la ville de Lyon, d'où son corps fut rapporte à sa terre des Roches Saint-Quentin. Fr. Ranchin , chancelier de l'université de Montpellier , s'est trompé sur la date de sa mort, en la reculant jusqu'en i5oo, dans l'inscription qu'il lit graver sur la porte de l'École de Médecine vers là fin du seizième siècle. « Adam Fumée, patria « turonensi , tam gravitatis qnam nobilitatis gratia inclytum « et clarum medicinae doctorem univevsitatis Montispessulani

« aluit. Qui cum primo conciliarius niagislerque requesta- ,

<i rum ordinarius , ac mcdicus primus Caroli VII , Ludo- « \ ici XI arque Caroli VIII , Francorum regum fuit, tanta <« probitate refulsit , quod Franeiœ canccllarius merito tan— « de m efTcctus sit, dumque dierum maturus esset , Lugduni « animam exhalavit, MGCCCC. » Mais par un passage du compte de Nicolas Herbelot , changeur du trésor, en 1494 , rapporté par le P. Labbe dans ses éloges des rois de France, on voit que Fumée ne vivait déjà plus le 2t5 novembre 1 5g4-

Il aimait les lettres et les savans, et le P. Jacob , dans son traité des plus belles bibliothèques, dit qu'il en avait une des plus magnifiques qui fussent en Europe. Il ne paraît pas qu'il ait jamais rien écrit, et les auteurs du nouveau Dictionnaire Historique, cn.le peignant comme un homme universel, mathématicien , médecin , poète , historien, l'ont confondu avec un autre Adam, l'un de ses arrière-petits-fils , auquel La Croix du Maine accorde ces mêmes qualités.

Il avait épousé Thoniine Ruzé, fille de Jean Ruzé , seineur de Rcaulieu ; elle mourut également à Lyon quinze - '. jours après lui. Il avait eu d'elle Adam , deuxième du nom, qui fut aussi maître des requêtes ; Hardouin , abbé de Beaulieu , et François, tige de la branche des seigneurs des Fourneaux.

IL FUMÉE (Antoine), premier du nom, seigneur de Blandé, troisième fils d'Adam II, et petit-fils du garde-dessecaux, né en i5i 1 aux Roches Saint-Quentin. Il fut d'abord conseiller au parlement en i536 jusqu'en i 563 ; second président au parlement de Rouen , maître des requêtes en 1667 ; premier président à celui de Bretagne, et enfin conseiller d'état sous Henri III , en i574*

Le Laboureur , dans ses additions aux mémoires de Castelnau , dit qu'Antoine Fumée fut un des conseillers que le roi fit arrêter en sa présence à la mercuriale du parlement , le 10 juin i559, pour avoir dans leurs avis parlé trop librement contre la foi ; mais qu'il fut sur-le— champ remis en liberté , ainsi qu'Eustache de la Porte.

19a HISTOIRE DE TOURAINE.

Scévole de Sainte-Marthe assure qu'il possédait tout le savoir et toutes les qualités nécessaires pour occuper dignement les emplois les plus importans de Fétat. Il fallait en effet qu'il passât pour un homme très-savaut , car Févèque de Saintes, en réponse à la lettre par laquelle Fumée lui adresse le premier livre de ses histoires, lui dit: « Nous admirons en « vous une estrange vigilance et diligence , que sçavons de- «« puis vostre jeunesse avoir esté assiduement occupée aux « premiers estats de judicature, ambassades et affaires pu- « bliques, et néanmoins qu'a vés eu le loisir, mesme parmi « tant de troubles, d'avoir autant et plus leu de divers livres « qu'homme pourroit lire n'ayant d'autre vacation en sa vie.»

On voit par ce passage que ce fut lui, et non Antoine son neveu ; comme l'a avancé le P. Anselme , que le roi Charles IX envoya en ambassade, en 1668, vers l'empereur Maximilien II, avec l'instruction détacher de faire échouer les préparatifs hostiles "qui se faisaient contre la France ; mais, suivant De Thou, liv. /\2, , il revint sans avoir réussi. En 1662, il avait élé chargé par le même monarque, ainsi que le comte Antoine de Crussol et Jean Ponat, conseiller au parlement de Grenoble, d'aller faire enregistrer au parlement d'Aix l'édit de pacification donné au mois de janvier de cette même annéè en faveur des religionnaires, et d'en assurer l'exécution en Provence.

Il aimait et cultivait les belles-lettres et la poésie latine. Il avait laissé plusieurs poèmes manuscrits dont ses contemporains parlent avec éloge.

Le principal ouvrage par lequel il est connu est une espèce de chronique depuis le commencement du monde jusqu'en 1573. Elle est imprimée sous ce titre : Les Histoires d'Antoine Fumée , chevalier , seigneur de Blandé , conseiller du conseil privé du roi; Paris, Nicolas Chesneau, 1 et i588, 1 vol. in-fol. Il paraît qu'il avait dessein d'en faire une histoire universelle , car il termine son quatrième et dernier livre par ces mots : « Quant aux autres parties d'Asie, nous « en parlerons parmi les gestes des autres nations. » On a

BIOGRAPHIE. ig3

encore de lui un panégyrique de Henri III , imprimé à Paris en *574 et réimprimé au commencement de l'ouvrage précédent.

Il mourut à Lyon en 1587. Il avait épousé Françoise Dufau dont il eut Adam , Louis et Jacques , chevalier de Malte , dont il sera parlé plus bas. Ce fut lui qui commença la tige des seigneurs de Blandé.

III. FUMÉE (Adam), quatrième du nom, maître des requêtes, était l'aîné des neuf enfans de Martin P'et de Martine d'AHais , et par conséquent frère d'Antoine , de Nicolas et de Martin dont il va être fait mention.

Il fallait qu'il eût la réputation d'être très-savant , car La Croix du Maine dit qu'il était « homme très-docte ès langues, « poète frauçois, mathématicien, jurisconsulte, orateur, « historien et philosophe. >> Cependant, malgré tant de qualités réunies, il ne nous est rien resté de lui, et notre bibliographe lui-même ne cite aucun ouvrage sorti de sa plume. Il ajoute qu'il mourut au Mans en 1 5 7 5 , dans l'abbaye de La Couture dont son frère était abbé. Le P. Anselme place sa mort au 17 octobre iS?^

Ayant vécu jusqu'en 1492, on doit en conclure qu'Adam, qui était son aîné, est mort peu avancé en âge; mais Auguste Galland, qui a écrit la généalogie de cette maison, a négligé de rechercher les époques les plus importantes, c'està-dire , celles de la naissance et de la mort de plusieurs personnages que l'identité des noms a quelquefois fait confondre!

IV. FUMÉE (Antoine), deuxième du nom. frère du précédent , et neveu d'Antoine I". Il débuta dans la magistrature par être conseiller au parlement. En 1674, il fut pourvu d'une charge de maître des requêtes, fut conseiller du conseil privé du roi , et enfin chevalier de l'ordre de Saint-Michel. On l'a assez souvent confondu avec- son oncle en lui attribuant les négociations dont celui— ci fut chargé.

Il nous reste de lui trois traités de jurisprudence en latin. i° De eo quod Interest; 20 de Subslitutionibus ; 3* de Conjunctionibus. Ces ouvrages très-estimés par les jurisconsultes

ont été imprimés à Lyon , à Spire et à Cologne et ensuite recueillis dans la grande collection de François Ziletti , connue sous le titre de Tractatus Tractatuum , 18 vol., 29 tom. in-fol. ; Venise, i584- Le premier traité, de ce qui touche rintérêt, se trouve dans le tom. V, vol. vi. Le traité des Substitutions dans le tom. vin, vol. xi , pars i°, enfin le traité des Alliances fait partie du tom. xvm , vol. xxv. Tl est également auteur d'un ouvrage intitulé : Histoire de la Constitution du Monde, contenant les interprétations des docteurs ecclésiastiques sur le premier chapitre du premier livre de Moïse; Lyon, 1574 » in-fol.

Il avait épousé Claude de Riants dont il eut huit enfans , trois garçons et cinq filles.

V. FUMÉE (Nicolas), frère du précédent, fut d'abord pourvu de l'abbaye de La Couture du Mans, qu'il conserva toujours quoique ayant été nommé, en, 15^5, à l'évêché de Beauvais. Il fut du petit nombre des prélats qui, ne voyant que la patrie et les droits du sang, se tinrent constamment attachés au parti de Henri IV. Il se trouva à l'assemblée de Nantes et y souscrivit le mandement qu'on y publia pour repousser l'excommunication lancée contre ce monarque par le pape Grégoire XIV.

Les auteurs de la Gallia Chnstiaua remarquent qu'il assista aux états-généraux de Blois, en i5^6; mais, suivant le rapport de Guillaume de Taix, qui nous a donné le récit de ce qui s'était passé à ces états, il ne fit qu'y accompagner le roi en sa qualité de pair de France, et n'y siégea point comme député.

Il est mort à Chartres le 23 mars 1592.

VI. FUMÉE (Martin), deuxième du nom, sieur eje Genillé en Touraine et de Marly-le-Chàtel , gentilhomme de la chambre du duc d'Anjou , né en i54°* U ( ta'l ^e neuvième fils de Martin Ie* et de Martine d' Allais, et frère des deux précédens. Il fut reçu conseiller au parlement le 1 5 octobre i565 à la place de son père qui venait d'être nommé maître des requêtes.

La Croix du Maine s'est trompé dans la distinction qu'il a faite de deux écrivains du nom de Martin Fumée, l'un sieur de Genillé et l'autre de Marly— le-Châtel , car c'est incontestablement un seul et même personnage. Si l'on en admettait deux, l'autre ne pourrait être que le père ou le neveu de celui dout il s'agit ici qui tous deux ont le prénom de Martin ; mais l'un était mort lorsque celui-ci publia son premier ouvrage , et l'autre était beaucoup trop jeune encore.

Nous avons du sieur de Genillé : i" L'Histoire des guerres faites par l'empereur Justinien contre les Vandales et les Goths, écrite en grec par Procope et Agathias, et mise en françois par Martin Fumée, sieur de Genillé , chevalier de l'ordre du roi , avec aunotations contenant les appellations modernes et explications des plus difficile* passages d'icelle, ensemble une table très-ample de toutes les matières principales et noms propres; Paris, Sonnius, i587, in-fol. Cette histoire se compose de la traduction de Procope seulement , car quant à Agathias , il n'en est question que darts l'intitulé; 2* Histoire générale des Indes occidentales et Terres- Neuves, traduite de l'espagnol de François Lopès de Gomara; Paris, Sonnius, 158?, in-8 ; 3° Traité pour l'Union et Concorde éntre ceux qui se disent chrétiens , au roi , par le sieur de Genillé, M. Fumée , chevalier de l'ordre du roi ; Tours , Mathurin Lemcrcier, i59i , in-8 de 288 pag. ; t? Histoire des Troubles de Hongrie; Paris, Sonnius, i5o4, in-8. La même histoire a reparu sous ce titre : Histoire générale des Troubles de Hougrie et de Transylvanie, divisée en deux tomes, le premier par Martin Fumée, sieur de Genillé, et le deuxième par N. de Montreux , sieur du Monlsacré , gentilhomme du Maine; Paris, Robert Fouet, 1608, in-4. Cette histoire contient ce qui s'est passé sous les règnes de Louis II et de ses successeurs jusqu'à la trêve entre Rodolphe II et Achmet, c'est-à-dire, depuis 1 5 16 jusqu'en i583. J'observe que le deuxième volume a pour titre : Histoire universelle des guerres du Turc depuis l'an 1 565 jusqu'à la trêve faite en l'année i6o5 ; où sont compris le siège de

I96 IirSTOIRE DÉ TOUR AINE.

Malte , divers combats et prises de villes tant en Hongrie , Dalmatic et Transylvanie qu'antres provinces de l'Europe ; avec les exploits et hauts faits de Philippe- Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur , lieutenant— général de l'empereur contre les Turcs ; 5* du Vrai et Parfait Amour, écrit en grec par Athénagoras , contenant les amours de Théagènevet de Charide, de Phélicide et de Mélangénie, traduit en français par le sieur Fumée de Genillé; Paris, Dubray, 1612. Cette prétendue traduction, faite en 1569, avait été imprimée pour la première fois en i5gg. On assure que ce fut Guillaume Philander qui supposa l'original d' Athénagoras, et que l'ayant envoyé à Fumée comme une découverte nouvelle, celui-ci le traduisit de bonne foi.

On ignore en quelle année il est mort. Il avait épousé, en i$73, Marie, fille de Clément Louet, maître des requêtes, dont il n'eut qu'une seule fille qui s'allia à Jean de Menou , seigneur de Boussay en Touraine.

VII. FUMÉE (Jacques ) , sieur de Bourdeilles , fils d'Antoine, premier du nom , entra de bonne heure dans l'ordre de Malte , et fut pourvu par la suite de la commanderie de Castres.

Nous avous de lui : i* de l'Origine, Progrès, Institut et Cérémonies des Chevaliers de Malte; Paris, 1606, in-8; 2° l'Arsenac de la Milice françoise avec plusieurs belles et notables instructions aux chefs et conducteurs d'armée, pour faire la guerre tant sur mer que sur terre , pratiqué des plus grands capitaines tant anciens que modernes; Paris, Jean Corrozet, 1607 , in-8 de 200 feuillets.

Louis Fumée , l'un des fils d'Antoine II, fut également chevalier de Malte et vice-amiral de Guienne. Plusieurs autres de la même famille se sont aussi distingués dans la magistrature et dans les armes , mais n'ont pas acquis assez de célébrité pour que l'on puisse faire d'eux une mention particulière.

La Croix du Maine parle d'un Gilles Fumée , précepteur des in l'an s de M. de Long-Aulnay, auteur du Miroir de

Loyauté, imitation en vers d'un épisode de l'Arioste ; mais il est étranger à cette famille dans la généalogie de laquelle il ne se trouve aucun individu du prénom de Gilles. D'ailleurs elle avait alors trop de splendeur pour qu'un des siens fût réduit à la nécessité d'être précepteur d'un simple gentilhomme.

I. GABEROT ( Louis ) , avocat au présidial de Tours , né vers la fin du seizième siècle , dans la petite ville de Blérésur-€her dont il fut bailli. Il est auteur d'une traduction en vers des odes d'Horace, que même l'abbé de Marolles trouvait très-médiocre. A la vérité elle est littérale , mais d'une faiblesse qui passe la médiocrité.

II. GABEROT (Jean), neveu du précédent, né ainsi que lui à Bléré vers 1620. Quoique prêtre et chapelain de Saint- Jean de Bléré , il voulut courir la carrière dramatique ; mais ses tragédies sont loin de répondre à la réputation qu'il eut d'être un des bons poètes de son temps, et ce temps était celui ou Corneille avait déjà donné le Cid et les Horaces. Des trois pièces de Gaberot l'une est uue tragédie sainte intitulée : Le Martyr des Saints Innocents; et les autres ont pour titre : Caton et la Mort de César , sujet qui depuis a été traité , je ne dirai pas par mademoiselle Barbier , mais par Voltaire. Ces tragédies n'ont point été représentées. L'auteur est mort en 1692.

I. GABRIEL ( Jacques et Louis), ces deux frères, architectes à Paris, étaient nés dans le bourg de Saint-Pater vers la fin du seizième siècle. Ils furent dans leur temps en assez grande réputation, et surtout l'aîné, Jacques, qui passait alors pour un des plus habiles artistes en ce genre.

Les talens dans l'art de l'architecture ont été long-temps héréditaires dans cette famille. Jacques , deuxième du nom , architecte du roi , mort en 1686, était fils de l'aîné de ces deux frères. Ce fut lui qui fut chargé de bâtir le château de Choisy, et qui commença la construction du Pont-Royal.

Son fils, comme lui nommé Jacques, né à Paris en 1667 et mort en 1742, fut de même architecte du roi et l'un des continuateurs du Louvre.

Enfin on doit à Jacques-Ange , fils de ce dernier, né en 17 10, les bâtimens de l'École Militaire et les colonnades de la place Louis XV. Il est mort en 1780. En lui s'est éteinte pour les arts cette famille qui depuis plus de deux cents, ans avait constamment suivi et honoré la même carrière.

II. GABRIEL (Le Père N. ), capucin, né à Chinon au commencement du dix-septième siècle. Il ne s'est fait connaître que sous son prénom, ou peut-être même sous son nom de religion , en sorte que celui de sa famille est resté inconnu.

Moreri , dans une longue préface qu'il a mise à la tête des relations écrites par le P. Gabriel , nous a transmis sur ce religieux des détails qui sans lui seraient restés ignorés.

Le P. Gabriel, envoyé comme missionnaire à Ispahan vers 1640, sut par sa douceur, ses manières prévenantes et surtout par son instruction, s'y concilier l'amitié des grands du pays. Il est vrai qu'il avait pour lui l'avantage de parler parfaitement non-seulement le persan, mais encore le turc , l'arménien et les autres dialectes de l'Orient. Ces qualités et le succès qu'obtenait sa mission lui suscitèrent la jalousie des prélats arméniens. Il en craignit les elFets, et se retira à Tauris , où, grâce à la protection du vice-roi, il put prêcher en toute liberté. Il en obtint même l'ogrément d'établir dans cette ville un couvent de capucins. Après trente années de séjour dans ces contrées, le supérieur général des missions des Indes l'envoya à Télischeri , où quelque temps après son arrivée il fut attaqué du ténesme ou dyssenterie, maladie presque toujours mortelle pour les Européens dans les pays chauds. Le médecin Dellon, auteur de l'histoire de l'Inquisition de Goa, se trouvait alors à Télischeri. Il donna ses soins au P. Gabriel ; mais ce bon religieux, se persuadant que les habitans du pays connaîtraient mieux le traitement convenable à cette maladie, insista pour avoir un pandite ou

médecin indien , «'est-à-dire tout ce qu'on peut imaginer de plus superstitieux et de plus ignorant dans la médecine. On en appela un qui promit en effet de le guérir en peu de temps; mais quatre jours après , le 27 juin 1670, le P. Gabriel succomba à son mal et à la dose d'opium que le pandite lui avait donnée; n'étant probablement pas âgé de plus de soixante-cinq ans.

11 avait rédigé par écrit les observation^ qu'il avait été à portée de faire pendant le cours de ses missions. Conformément à ses dernières volontés, sort manuscrit fut envoyé à François Picquet, ancien consul de France à Alep en Syrie où il avait en même temps fait les fonctions de missionnaire. Picquet, qui venait d'embrasser l'état ecclésiastique, remit le manuscrit à Moreri qui y fit quelques corrections, et le publia sous ce titre : Relations nouvelles du Levant, ou traité de la Religion , du Gouvernement et des Coutumes des Perses, des Arméniens et des Gaures, \ivec une description particulière de l'établissement et des progrès qu'y font les missionnaires, et diverses disputes qu'iitf ont eues avec les Orientaux, par le P. G. D. C. C. (le père Gabriel de Chinon capucin), dounée au public par le sieur L. M. P. D. È. T. (Louis Moreri, prêtre, docteur eu théologie ); Lyon, 1671 , in-:2.

Aux disputes près avec les Orientaux , cet ouvrage est dùssi important que curieux.

I. GALLAND (Simon), sieur de La Coste et de Viîlomer, chanoine, trésorier de l'église de Tours, et grand-vicaire de l'archevêque Simon de Maillé, ne à Tours vers î525. Il fut l'uu des deux promoteurs du concile assemblé à Tours, en i583 , et que l'on fut, à cause de la peste qui venaif de se déclarer dans cette ville, obligé de transférer à Angers. Les articles de ce concile ayant été publiés en latin à Piris, en i585, Galland en fît paraître la même année une traduction sous ce titre : Décrets du Concile provincial de Tours, tenu partie à Tours partie à Anger* au mois de may i583, traduits en françois, par Simon Galïant, Tourangeau; Paris,

aOO HISTOIRE DE TOURAINi:.

Gilles Beys, i585, in-8, et Tours, MarcNyon, i65o, in-ia. Le nom de l'auteur est ici écrit Gallant; peut-être par une faute typographique , car il est constant, d'après les titres, que tous ceux de la même famille terminaient leur nom par un D.

11 descendait de Jean Galland , argentier du roi Louis XI, qui fut chargé de l'exécution du treillis d'argent du tombeau de saint Martin , et qui s'était établi à Tours, où depuis cette époque sa famille occupa les premiers emplois.

Simon Galland mourut à Tours, et fut enterré dans le chœur de la cathédrale du côté de l'évangile où l'on plaça son épitaphe.

II. GALLAND (Auguste), neveu du précédent, né à Tours en 1672. Son père ayant embrassé la religion réformée, qui avait trouvé beaucoup de prosélytes en Touraine, le fils fut élevé dans les mêmés principes. Il commença sa carrière par être avocat au parlement de Paris où il plaida avec quelque succès. Ses plaidoyers ont été recueillis après sa mort et imprimés chez Besogne, en t655, in-4- Il fut eusuite nommé proeureur-général du domaine de Navarre, avocat-général du conseil souverain de la princesse de Gonti , et enfin conseiller d'état , distinction que lui méritèrent ses travaux sur l'histoire de France , et surtout ses savantes recherches sur tout ce qui pouvait intéresser le domaine de la couronne à laquelle celle de Navarre avait été réunie. Son nom sans doute ne serait pas venu jusqu'à nous s'il n'eût publié que ses plaidoyers; mais il a des titres plus solides à la gloire littéraire, et ses ouvrages imprimés ne sont que la moindre partie de ses travaux. Nous avons de lui : i° Discours au roy sur la naissance , ancien état , progrès et accroissement de la \ille de La Rochelle; Paris , Richer, 1626, in-4, el* 1629, in-8 de 160 pages. On le trouve annexé au tom. xiii du Mercure Français; 2* contre le Franc -Alleu sans titre prétendu par quelques provinces de droit écrit au préjudice du Roi; Paris, 1629, in-4 et in- 12. ^a deuxième édition, plus complète , .était plus recherchée; elle parut

sous ce titre : du Franc-Alleu et de l'Origine des droits seigneuriaux, avec les lois données au pays des Albigeois par Simon comte de Montfort, l'an 1212; Paris, Richer, 1637, in-4. Cet écrit a joui d'abord d'une très-grande réputation ; mais de savans domanistes ont ensuite démontré que Galland avait souvent sacrifié la vérité aux intérêts des traitans dont il était l'avocat. Il fut surtout victorieusement réfuté par le traité de Pierre Caseneuve ; Tolose , 1641 , iiw}; 3° des anciennes Enseignes et Élendarts de France, de la Chappe de Saint-Martin, de l'Office du grand-sénéchal , dit Dapifer, qui portait cette écharpe aux batailles; de l'Oriflamme ou étendart de Saint-Denis, de la Bannière de France et Cornette blanche ; Paris , Richer, 1637 , in-4- Il est inséré dans les Antiquités de Sauvai , tom. 11, pag. 732. On l'a réimprimé à Paris, Perlet, 1782, in-12; 4° Mémoires pour l'histoire de Navarre et de Flandre , contenant le droit du roi au royaume de Navarre et aux duchés de Pegnafiel usurpés et détenus par les rois d'Espagne avec le royaume de Navarre depuis l'an i5i2. Le droit particulier du roi comme seigneur des villes et chatellenies de Dunkerque, de Rourbourg et de Gravelines en Flandre, et comme seigneur châtelain de Lille, avec l'histoire de cent cinquante années de guerres d'entre la France et la Flandre, depuis 1 180 jusqu'en i33i, qui justifient le droit de la couronne de France sur les villes et chatellenies de Lille, Douay et Oivhies; sur le comté de Flandre et le pays de Waes, avec les preuves authentiques, le tout dressé sur les titres et mémoires du cabinet de feu M. Auguste Galland; Paris, i(»48, in-fol. Ce fut son fils, oratorien , qui présida à la publication de cet ouvrage ainsi qu'à celle du suivant; 5° Histoire de la Réforme de France avec les réfutations des mémoires du duc de Rohan. Galland était peu ménagé dans ces mémoires.

Ses principaux mauuscrits sont : i° Recherches et Preuves des fiefs , in-fol., i3 vol. ; 20 Généalogie des illustres maisons d'Europe tt de France, in-fol., 8 vol.; 3° Généalogies des principales familles de Paris , in-fol., 2 vol. Ces deux ou-

lOI HISTOIftE DE TOURAINE.

vrages se trouvent réunis en 5 vol. în-fol. dans les manuscrits provenant de la bibliothèque de Marmouticr. 4° Traité des Vaudois et des Albigeois, in-fol.;, 4 vol.; 5° Mémoire concernaiitle Domaine, in-fol., i vol. ; 6* Titres et Mémoires concernant l'Artois, la Franche-Comté, la Bourgogne, le Brabant et Limbourg; in-fol., i vol.; 7* Mémoire concernant la principauté de Château-Regnault depuis l'an 1575 jusqu'en l'an i632, ift-fol., 1 vol. Il s'agit en ce mémoire de Château-Regnault en Champagne. 8° Inventaire du Trésor des Chartres de la Sainte-Chapelle de Paris, in-fol. , 1 vol. ; 9* Mémoires de la maison d'Albret, in-fol. , 1 vol. Le tout formant 3s vol. in-fol.

On igudre la date de la mort d'Auguste Galland ; mais son fils ajant publié ses mémoires pour l'histoire de Navarre et de Flandre , en 1648 , il n'y a point de doute qu'il ne vivait plus à cette époque.

GALLET ( N.) , né à Chinoh dans le seizième siècle. Cet homme s'est en quelque façon rendu célèbre par sa passion pour le jeu qui le réduisit , ainsi que tous ceux de son espèce, à mourir dans la misère. Il ne lui restait plus qu'une maison , dans la rue Saint-Antoine, auprès de l'hôtel Sully; il fut obligé de la vendre pour payer ses créanciers. Gallet était ou très-riche , ou avait dû gagner au jeu des sommes considérables, s'il n'y a point d'exagération dans ce vers de la huitième satire de Boileau :

Eût-on plus de trésors que n'en perdit Gallet.

Régnier, contemporain de ce joueur, l'a mis avec raison au nombre des fous dont il fait le tableau dans sa quatorzième satire, vers 3 :

Gallet seul a raisou, et , qui croira son dire , Le hasard pour le moins lui promet un empire : Toutefois au contraire étant léger et net , N'ayant que l'espérance et trois dés au cornet ,

BIOGRAPHIE. ao3

Comme sur un bon fonds de rente et de recettes , Dessus sept et quatorze il assigne ses dettes.

Je crois pouvoir observer , quoique peut-être ce ne soit pas ici le lieu , que Brossette , dans ses remarques . n'a pas entendu ce dernier vers. Il l'explique en disant que les chances de sept et de quatorze sont les plus difficiles à amener. C'est tout le contraire par rapport à la chance de sept qui est produite de trois manières, lorsque toutes les autres ne le sont que de deux façons. Le véritable sens est que le joueur fonde son espérance sur la chance de quatorze pour lui , et pour son adversaire sur celle de sept, qui est la plus fréquente, et qui reste au-dessous de dix.

Le même commentateur cite des vers d'un ballet danse par Louis XIII , en 1627 , où le nom de ce joueur se trouve encore, ce qui pourrait indiquer qu'il n'était pas mort a cette époque.

Là , ceux qui prêtent le collet

Aux chances que livre Gallet, Après quelques faveurs souffrent mille disgrâces,

ht ne rencontrent volontiers

Que l'hôpital , dont les portiers Ce sont les digolis , les taupes et les maces.

Rabelais , dans le premier livre de Gargantua , chap. xxx , a fait un Ulrich Gallet, maître des requêtes de Grand- Gousier. Ce n'est très-probablement qu'un personnage factice ; mais dans ses Étymologies Ménage a prétendu sérieusement que le Gallet dont il s'agit ici était de la même famille que cet UJrich , et plusieurs autres l'ont répété après lui.

GAS^IER (Jean), prèlre de la paroisse de Saint-Saturnin, né à Tours en i63g. La facilité de son élocution l'avait fait choisir par l'archevêque de Tours pour réfuter sur-le-champ les discours que faisaient les ministres protestans dans leurs assemblées aux environs de Tours. Ces controverses furent la matière de deux ouvrages qu'il nous a laissés, Le premier est

intitulé : Défense de la Foy de l'Église catholique contre les calomnies des ministres de la Butte à une lieue de Tours ; Tours, Flosseau, i685, in-8. Cette butte, au-dessus de la rivière de la Choisille, était le lieu où les ministres se réunissaient, la maison des Tourelles dont elle dépend appartenant alors à un protestant; c'est ce qui les fit appeler les ministres de la Butte. Gasnier se montra l'apologiste de l'édit funeste et impolitique qui révoquait celui de Nantes. Il essaya de le justifier dans son second ouvrage qui a pour titre : le Triomphe de Louis-lc-Grand sur l'hérésie par la justice et la sainteté de ses lois , contre les prétendus réformés, prouvées par saint Augustin ; Tours, Flosseau, 1687 , in-12.

L'époque de sa mort n'est pas connue.

GAUDIN (Jacques), né à Saint-Epain en 161 2, chanoine de Notre-Dame de Paris, docteur de la maison de Sorbonne dont il avait été prieur et dont il devint bibliothécaire. Une indiscrétion l'arrêta dans le chemin de la fortune qui lui avait été ouvert par un M. Des Roches, grand-chantre de l'église de Paris, à qui le cardinal de Richelieu avait demandé un lecteur. L'abbé Des Roches présenta le jeune Gandin, qui joignait aux avantages de l'esprit tous les agrémens de la figure : mais le cardinal , qui avait pour habitude de mettre à l'épreuve tous ceux qu'il voulait attacher à son service, feignit un jour de dormir laissant quelques lettres ouvertes sous les yeux de Gaudin, qui fut surpris à les parcourir; ainsi le lecteur indiscret fut congédié. Ce jeune homme a trop cV esprit , dit le cardinal à son protecteur, apprenez-lui à en avoir moins.

Cependant il lui fit avoir par la suite un canonicat à Notre-Dame, et l'archevêque Péréfixe lui procura la dignité d'officiel. Ce prélat étant mort#en 167 1 , Gaudin prononça, le 4 février, dans l'église de la Sorbonne, son oraison funèbre, qui fut imprimée la même année in-4- On a aussi de lui un éloge historique du P. Lallemant, chanoine régulier.

11 est mort à Paris le 18 juillet 1695, âgé de quatre-vingttrois ans.

I. GAULT (Eustache), né à Tours en i 5go de Jean Gault, sieur des Hautes -Roches et de Marguerite Poitevin. Son oncle Eustache Gault fut maire de Tours en 1595.

Après avoir fait sa philosophie au collège de La Flèche , il alla à Paris étudier la théologie sous Duval et Gamaches , célèbres professeurs de cette faculté. De là il fit le voyage de Rome, où il se trouvait avec son frère lorsqu'ils reçurent la nouvelle de la mort de leur père. Ils revinrent à Tours, en 1618, recueillir sa succession et tous les deux se détermi- * lièrent à entrer dans la congrégation de l'Oratoire.

Eustache passait pour un des plus savans hommes de son temps, non-seulement dans la doctrine des pères, mais encore dans l'histoire ecclésiastique et profane, et surtout dans la géographie et la chronologie. Il imagina , pour enseigner ces deux sciences avec plus de facilité , de faire soutenir des thèses ainsi qu'on le faisait pour la théologie.

Le cardinal de Richelieu, qui connaissait toute l'étendue de son mérite, et qui faisait de lui un cas particulier, le fit nommer, en 1639, à l'évêché de Marseille. Il était alors à Bordeaux dont il dirigeait le séminaire. Il refusa d'abord, mais enfin il se décida à accepter par les sollicitations de son frère Jean-Baptiste. Il attendait ses bulles chez l'évêque de Bazas lorsque la mort l'y surprit le i3 mars 1639 âgé de quarante-neuf ans.

11 a laissé plusieurs ouvrages manuscrits que son frère, occupé tout entier des fonctions de son ministère , n'a pas eu le loisir de rendre publics, quoique quelques-uns d'entre eux en fussent très-susceptibles , tels, par exemple, que son discours sur le Rhin , où il est traité de l'origine et des raretés de toutes les places et de toutes les villes qui sont arrosées par ce fleuve, ainsi qu'un autre discours pour justifier les prétentions du roi sur la Navarre. Il avait en outre composé un traité de la Suède ; celui-ci a été imprimé sous ce titre : Discours sur l'État et couronne de Suède par E. G. T. P. D. L. D. J. (Eustache Gault, Tourangeau, prêtre de l'Oratoire de Jésus); au Mans, Gervais Olivier, 1673, in-12;

3t>6 HISTOIRE DE TOUR AINE.

un traite des Conciles, un abrégé de toute l'Histoire de l'ancien Testament, et un discours pour montrer que l'enseignement ne doit pas toujours être exclusivement l'attribution d'un seul ordre. Lorsqu'il mourut, il était occupé, sur l'invitation du cardinal de Richelieu, d'un ouvrage important, i lit-on , pour l'état et pour la religion, dont le cardinal comptait se servir pour un grand dessein , mais sa mort prématurée fit échouer ce projet.

II. GAULT (Le Bienheureux Jean-Baptiste) , né à Tours le 29 décembre i5o,5, frère puîné du précédent, avec lequel il fit ses études à Lyon, à La Flèche et à Paris.

A son retour de Rome il entra , comme on l'a vu , dans la congrégation de l'Oratoire , où il eut pour directeur M. de Bérulle lui-même, fondateur de cet ordre, qui, trouvant en lui les plus grandes dispositions pour la vie intérieure , prit soin de le former, et d'un excellent disciple en fit bientôt un excellent maître.

Ayant reçu la prêtrise àTroyes, il fut nommé peu de temps après supérieur à Langres. De là il passa à Madrid avec son frère Eustache pour y fonder une maison de l'Oratoire. De retour en France, il en établit une à Dijon. Il dirigeait celle du Mans en qualité de supérieur lorsqu'il fut choisi pour prêcher la mission en Flandres, où il se signala, non-seuUment par sa ferveur , mais encore par son attention à maintenir la paix dans les familles, à faire oublier les haines, et à rétablir la concorde, indépendamment de la diversité des opinions; but que souvent est bien loin d'atteindre un zèle outré dans ces missions apostoliques. Cependant malgré toute sa douceur, celui-ci pensa être victime de la violence de quelques-uns de ses adversaires, qui le maltraitèrent si rudement à coups ^de bâton qu'ils le laissèrent pour mort sur la place.

Cet événement ne l'empêcha point de répondre aux intentions de Louis XIII , qui avait ordonné une mission pour Montauban. Il y déploya tant de douceur et de persuasion que les minisires protestans eux-mêmes l'écoutaient avec

plaisir, et disaient que si tons les catholiques parlaient et agissaient comme lui, les dissidens seraient bientôt convertis.

Ce fut surtout dans la cure de Sainte-Eulalie de Bordeaux que l'archevêque de cette ville le pressa d'accepter, qu'il eut occasion de déployer les vertus sacerdotales dans leur plus haut degré de perfection. Son plus grand soin était surtout d'entretenir l'harmonie dans les familles. Il disait souvent que les curés sont des anges de paix envoyés de Dieu pour pacifier la terre avec le ciel et les hommes avec les hommes. Dans une émeute populaire dont cette grande ville fut le théâtre, il parvint seul à calmer les mutins qui pillaient les maisons et assommaient indistinctement tous ceux qui se trouvaient sur leur passage.

C'estainsi qu'il remplissait les fonctions de sa cure, lorsque le roi, ayant été instruit de la mort d'Euslache Gault, le nomma à l'évèché de Marseille. Il se rendit aussitôt à Paris, où il fut sacré dans l'église de Saint-Magloirc par l'archevêque de Tours, Victor Le Bouthillicr, le 5 octobre 1642.

11 entra dans Marseille sans aucunes cérémonies, et ce fut dans la chaire qu'il se montra pour la première fois en public. Sa bienfaisance ne connaissait point de bornes, et excédait presque toujours ses facultés, quoiqu'il fût très-riche de son patrimoine. Étant allé voir un pauvre gentilhomme malade, et connaissant son extrême détresse, il laissa cent écus d'or sur son lit sans lui en rien dire. Une autre fois il vendit ses chevaux pour venir au secours de quelqu'un qui lui avait hit part de ses besoins.

Ce fut surtout le bagne qui fut le théâtre de ses vertus apostoliques. Il passait des jours entiers sur les bancs infects des galériens, sur ces paroisses flottantes, ainsi qu'il les appelait, et il parvint à y établir un ordre, une décence qui jusque-là y avaient été inconnus. La fin de cette mission pénible et même imprudente fut le commencement de la maladie contagieuse qu'il y contracta et qui mit un terme à es jours. U disait, quand on lui en parlait, qu'il était aussi glorieux vlr son mal que le soldat le serait de blessures reçues pour le

service de la patrie. Il expira doucement, comme il avait vécu, le samedi 23 mai 1643, dans la quarante-huitième année de son âge, n'ayant tenu le siège que sept mois et demi.

Malgré la conrte durée de son épiscopat, sa mémoire e t toujours restée en grande vénération à Marseille où on ne l'appelle communément que le Béat. Le clergé de France, dans son assemblée de 1646, écrivit au pape pour solliciter sa canonisation ; mais cette demande est restée sans effet. D. Martene s'en explique ainsi dans son voyage littéraire uu plutôt liturgique. « Il se fit après sa mort des miracles en si « grande quantité et si avérés , qu'on songea dès lors à pro- « céder à sa canonisation, et tous les Marseillais avaient « pour lui une si grande vénération qu'ils étaient disposés à » fournir tous les frais nécessaires à cela ; mais une personne « qu'on crut fort intelligente en ces sortes de procédures, « leur ayant dit qu'il fallait faire cesser toute sorte de culte, « et faire un procès-verbal de non culte , on l'a, si bien fait « cesser qu'à présent on n'y pense plus. »

Sa vie a été écrite par Fr. Marchetti et par le P. Giry.

I. GAULTIER (Adrien), docteur en théologie de la faculté et maison de Sorbonne, né à Tours vers i5()5. Il entra dans l'ordre de Saint-Benoît, et devint chantre de l'abbaye de Marmoutier d'où il passa abbé de Labrie en Poitou. Il était neveu de Mathieu Gaultier évêque de Négrepont , qui fut abbé de Marmoutier depuis i5ii jusqu'à iSi^.

Il a fait en latin un petit traité dans lequel il établit la comparaison de saint Paul et de saint Martin. En voici le titre : jEquilibrum virtutum summaeque perfectionis sanctorum Pauli et Martini, autore fratre Adriano Gualtero majoris monasterii monacho et bajulo ; Turonis , Mathieu Chercèle, i635, in-12. Il y en a une autre édition de 1639. On a encore de lui deux homélies pour l'assomption de la Vierge sur le texte de Saint-Luc, chap. x : Intravit Jésus in quoddam castellum. Et enfin un petit ouvrage latin en vers touchant la primauté de saint Pierre, dans lequel il dit

que cet apôtre est quelquefois le chef de l'église et que quelquefois il n'en est qu'un seul membre.

Petrus in «de sacra est caput, est et quandoque membrum. Pars est ut raembram ; prœcipit ut caput est.

On ignore la date de sa mort.

II. GAULTIER LA FERRIÈRE ( Philippe) , né à Loches en 1688. Après avoir fait ses études en cette ville sous les 1m r nabi tes, il se décida à entrer dans leur congrégation. Ayant rempli avec distinction tous les emplois que ses supérieurs lui avaient confiés , il fut envoyé à Paris, où il se livra tout entier à la direction des consciences , emploi dans lequel il se fit une très-grande réputation. Nous avons de lui un ouvrage intitulé : Essay sur la Perfection chrétienne ; Paris , 1748, in-8.

Il est mort le i3 décembre 1760, âgé de soixantedouze ans.

GENDRON (Louis), carme , docteur de la faculté de Sorbonne, vicaire- général des Carmélites de Nazareth près Vannes, né dans le bourg de Sonzay vers i535. Il fut appelé de son temps le fléau des hérétiques. Le protestantisme avant fait des progrès rapides en Touraine , le P. Gendron le combattit avec une chaleur quelquefois indiscrète; car on le voyait parcourant les rues de Tours et prêchant contre la nouvelle doctrine aux portes et sous les yeux même des sectaires qu'il ne craignait pas de désigner. Aussi tentèrent-ils de s'en venger. S'étant portés en foule à l'église des Carmes, où il prêchait un jour de Pentecôte , il eût été infailliblement victime de leur ressentiment si les catholiques ne lui eussent fait un rempart de leurs corps; mais le gouverneur de Tours, craignant une seconde tentative, le fit mettre dans une barque qui descendait à Nantes, où il resta jusqu'à ce que l'orage qui s'était formé contre lui se fût apaisé.

Il fut élevé par son mérite aux premières dignités de son

ordre, et fut élu provincial de la province de Touraine en i5g3. Il mourut à Vannes le 9 février 1604, après avoir publié un traité du Saint-Sacrifice de la Messe et du Saint— Sacrement du Corps et du Sang de J.-C. ; Limoges, i5gi , in-12.

GEOFFROY, deuxième du nom, baron de Preuilly, seigneur de la Roche-Posay , né en Touraine au château de Preuilly vers le commencement du onzième siècle. Il était fils de Geoffroy Iw et d'Almodie. On le considérait comme le seigneur le plus puissant de la province. Ayant pris le parti de Foulques -Réchin contre Geoffroy-le-Barbu son frère, il fut tué avec plusieurs autres barons dans une affaire qui eut lieu le jeudi-saint 1 3 avril 10G6 ou 1067, nouveau style. Il avait épousé Ammeline dont il eut deux enfans, savoir , Échivard , qui continua la branche des seigneurs de Preuilly , et Geoffroy III , surnommé Jourdain , qui , par son mariage avec Euphrosine, fille de Foulques-l'Oison , devint la souche des comtes de Vendôme de la maison de Preuilly qui succéda à celle d'Anjou.

Geoffroy II passe communément pour avoir inventé les tournois en France, vers Tan io36 ; mais il paraît aujourd'hui démontré qu'il n'en fut pas précisément l'inventeur, et qu'il ne fit que les assujettir à des règles fixes inconnues jusqu'à lui ; car on voit qu'ils étaient déjà en usage sous le règne de Charles-le-Chauve , et qu'il y eut des jeux semblables lors de son entrevue avec Louis son frère, à Strasbourg en 842. Il y eut même des espèces de tournois au milieu du dixième siècle à la courte l'empereur Othon Ier; mais alors ils ne portaient pas encore le nom de tournois, étymologie sur laquelle on n'est pas trop d'accord. On a dit que c'était parce que ces jeux se faisaient en tournant, ce qui n'est pas très-exact, puisque c'était plutôt en courant la carrière dans sa longueur, ce qui me porterait à croire qu'ils ont pris cette de- < nomination parce qu'ils étaient dus à un seigneur de Touraine, et qu'on les nomma jeux tournois , ainsi qu'on disait livres et sous tournois.

BIOGRAPHIE. 2II GEORGE D'ESCLAVONIE. Un ancien nécrologe de l'église de Tours le nomme Georgius Henrieus de Ralvin prœsbiter Sclavoniœ in diocesi Aquilœensi (George-Henri de Ralvin, prêtre d'Esclavonie , dans le diocèse d'Aquilée). On ignore quel événement l'amena en Touraine, où il fut chanoine et pénitencier de la cathédrale. Sa mort, arrivée à Tours le i3 mai i4i6, est sans doute le motif qui lui a fait assigner la Touraine pour patrie, et c'est ce qni m'a déterminé à lui donner place ici.

Il paraît qu'il avait fait ses études à Paris, où il reçut le bonnet de docteur ; car on lui donne ce titre , quoique pourtant Duboullay ne fasse point mention de lui dans son histoire de l'université de Paris.

Des ouvrages de George d'Esclavonie, les uns sont restés manuscrits et les autres ont été imprimés. Les premiers suivant le catalogue de la bibliothèque de SainkGatien publiés par Guill. Jouan et Victor d'Avannc , étaient conservés parmi les manuscrits de cette cathédrale sous les n°'34, 192 et 208; savoir: i* Lectura magistri Georgii de Sclavonia super Danielem ; 2" notabilia excerpta de secunda secunda» sancti Thom* Aquinatis , per Georgium de Sclavonia canonicum Turonenscm ; 3° Epistola magistri Georgii de Sclavonia ad Sancti -Moniales conventus Belli MontensispropeTuronesdevirginitate servanda. Quoiqu'on ait mis cette lettre au nombre des manuscrits , il n'en est pas moins certain qu'elle est imprimée à Paris chez Simon \ostre. L'autre ouvrage imprimé est intitulé : la Vierge Sacrée; Paris, Simon Vostre, sans date; mais le temps auquel vivait cet imprimeur indique que cette édition date des premières années du seizième siècle.

Si l'on s'en rapporte au Moreri de i759, le véritable titre de ce livre serait, le Chasteau de Virginité; Paris, Jean Trepperel, i5o6, in-4 gothique, divisé en huit chapitres, et terminé par une exhortation à Isabelle de Villebïanche abbesse de Beaumont. La ressemblance entre ces deux titres et celui de la lettre de Firginitatè servandd me fait

aia HISTOIRE DE TOURAINE.

croire que c'est nn seul et même ouvrage composé d'abord en latin, puis traduit en français pour l'usage des religieuses auxquelles il est adressé.

Il est à remarquer que Corneille de Beughem , dans son catalogue des éditions dont la date est inconnue , à l'article de George d'Esclavonie , cite une instruction pour dame Isabelle de Villebranche (sic) religieuse, Paris, in-4; et que dans la liste des éditions dont la date et les auteurs sont connus, il parle d'un ouvrage intitulé : le Chastelet de Virginité', débat du vin et de l'eau, le Cuisinier, in-4; m»is Beughem n'étant pas très-exact, et l'impression de ses traités bibliographiques étant très-fautive , il est à croire que ce titre comprend deux ou trois ouvrages différens en ponctuant ainsi : le Chastelet de Virginité : Débat du Vin et de l'Eau: le Cuisinier.

La lettre de Firginitate servandd étant adressée aux religieuses de Beaumont collectivement , il est à présumer que l'exhortation qui la termine dans l'édition de Trepperel est adressée en particulier à Isabelle de Villeblanche , qui fut abbesse de Beaumont en i456, et qui mourut en 1469.

George d'Esclavonie en mourant témoigna son attachement pour son église à laquelle il laissa plusieurs livres de chant, tous écrits et notés de sa main, ainsi qu'une partie de son bien pour célébrer son anniversaire le lendemain de Saint-Jérôme , c'est-à-dire le premier octobre.

GEORGET ( Étïenne Jean ) , médecin , né le 9 avril 1 790, à Vernou près Tours , mort à Paris en avril 1828. Après des études et des connaissances préliminaires qu'il ne dut, pour ainsi dire, qu'à lui-même, il se rendit à Paris à l'âge de dixsept ans pour les perfectionner sous les savans professeurs dont s'honore la capitale. Il entra d'abord comme élève interne à l'hôpital Saint-Louis, et passa ensuite en la même qualité à celui de la Salpétrière, où le traitement des aliénés a été l'objet constant des travaux et de la sollicitude du docteur Pinel, si dignement remplacé par le docteur Esquirol. Particulièrement chargé sous celui-ci du service des aliénés,

le jeune Georget s'y livra avec tout le talent d'observation dont il était doué et sans lequel la plus longue pratique dans l'art de guérir ne ferait jamais faire un pas à la science. Aussi ne tarda-t-il pas à prouver qu'aucun mieux que lui n'avait su se pénétrer des leçons de son habile professeur. Ce fut lui en effet qui remporta le prix fondé par M. Es— quirol lui-même sur cette question : Établir Vexistence des altérations cadavériques dans les aliènes.

Depuis ce moment toutes les études de Georget se dirigèrent vers l'observation de ces infirmités si affligeantes , nous dirions même si humiliantes pour l'esprit humain.

Reçu docteur à vingt-quatre ans, et poursuivant la carrière qu'il avait commencée par un succès , il publia l'année suivante son Traité sur la Folie; Paris, Migneret, 1820, in-8.

Si cet ouvrage , ainsi que cela devait être , n'annonce pas un talent consommé, si on peut y désirer plus de méthode et de correction , du moins y reconnaît-on un esprit observateur impatient de se développer , ce qui se remarque aisément à la force et à la chaleur de plusieurs passages.

Très-peu de temps après il mit au jour un travail plus important , fruit des nombreuses expériences qu'il avait été à même de faire à la Salpétrière sur les maladies qui portent le désordre dans les facultés intellectuelles. Il a pour titre : Physiologie du Système Nerveux et spécialement du Cerveau , suivie de recherches sur les maladies nerveuses en général , et en particulier sur le siège , la nature et le traitement de l'Épilepsie, de l'Hystérie , de l'Hypocondrie et de l'Àstnme convulsif ; Paris, Baillière, 1821, in-8, 2 vol.

C'est dans ce livre que, traitant du cerveau et de ses fonctions intellectuelles, l'auteur est entré dans des développemens qui l'ont peut-être conduit plus loin qu'il ne s'en doutait lui-même, et dans la crainte que quelques-uns ne fussent tentés d'y découvrir quelques symptômes de matérialisme , peu de temps avant sa mort il écrivit sa profession de foi, et confia à l'amitié le soin de la lire sur sa tombe.

Mais c'est surtout dans les Archives générales de méde-

cine , journal créé et enrichi par lui , que le docteur Georget a déployé tout ce qu'une raison puissante , jointe à la vigueur du style, peut donner de poids à des opinions, ou plutôt à des sentimens inspirés par l'amour de la justice et de l'humanité. Ces qualités se font principalement remarquer dans les divers articles de ces archives écrits en faveur de ces malheureux qu'un penchant irrésistible pousse au crime contre leur propre volonté. La monomanie à la vérité, difficile à reconnaître et à constater , pourrait servir d'égide à des scélérats consommés. C'est ici que se fait sentir toute l'importance de la médecine légale sur cette matière. Ce n'est donc pas un léger service à rendre à la société que de se livrer avec un soin scrupuleux à la recherche des nuances qui distinguent les différentes sortes d'aliénations mentales. C'est le but vers lequel tendaient les travaux du docteur Georget, et il est à regretter que la mort l'ait, à l'âge de trente-trois ans , arrêté dans une carrière qu'il avait commencé à parcourir d'une manière si brillante et avant qu'il eût atteint la maturité de son talent.

GIRON ^ Don Mathieu), bénédictin, né à Bourgueil vers i53o. Il était sacristain de l'abbaye de Marmoutier à l'époque du sacre de Henri IV. Ce fut lui qui fut chargé de porter à Chartres la Sainte Ampoule dont on fit usage à défaut de celle de Reims. Il fit le voyage de Tours à Chartres monté sur une haquenée blanche et sous un dais de damas de même couleur semé de fleurs de lis d'or et soutenu par quatre religieux. De Thou se trompe en disant qu'elle fut apportée dans un char.

Nous avons de ce religieux, à ce sujet, un petit ouvrage intitulé ; Lettre de Mathieu Giron , religieux de Marmoutier, écrite au roi sur le sacre de Sa Majesté; Chartres, i5q4, in-4- D. Giron y prouve que les rois peuvent se faire sacrer dans la ville qu'il leur plaît de choisir, et que la Sainte Ampoule de Marmoutier, plus ancienne ,et plus authentique que celle de Reims, devait au moins avoir autant de vertu. Une pareille discussion était du plus grand intérêt à une

BIOGRAPHIE. ai 5

époque où tout était mis en usage pour contester à Henri IV SCS droits et ses prérogatives.

GODEREAU (Martin), chanoine d'Amboise, né à Noizay vers i685. Quoiqu'il ne soit connu que par une oraison funèbre du grand dauphin imprimée à Paris eo 1712, la conformité de sa destinée avec celle de Valentiu Jameray Du val, doit le placer, sinon au rang des hommes célèbres, du moins parmi ceux dont on aime à conserver le souvenir.

Né de parens qui étaient dans l'indigence, sa première occupation fut de garder les troupeaux. Ses dispositions naturelles se développant avec l'âge , le hasard le fit remarquer par un ecclésiastique de Tours , qui , charmé de l'esprit du jeune pâtre , le demanda à son père, et n'eut pas de peine à l'obtenir. Il fit des progrès rapides dans les humanités, et allait commencer . son cours de philosophie lorsqu'il perdit son bienfaiteur et avec lui toutes ses ressources et ses espérances. Ce qui doit étonner, c'est qu'il ne se trouva personne alors qui eût la générosité de lui tendre une main secourable, et qu'il se vit réduit à entrer comme portier au séminaire de Tours. Un pareil poste était une espèce de consolation dans son malheur, parce qu'il ne perdit pas l'espoir de continuer les études qu'il avait si heureusement commencées. En effet, son application au travail et ses progrès frappèrent enfin les supérieurs de cette maison qui l'admirent au nombre des élèves. Après avoir reçu les ordres il entra dans les missions étrangères, fut envoyé dans l'Orient, et alla jusque dans la Perse, où il exerça son ministère avec autant de zèle que de succès. Il avait étudié les langues orientales, il en perfectionna la connaissance pendant un séjour de plusieurs années dans ces contrées. De retour en France il vint revoir sa patrie, où il obtint un canonic.it dans la collégiale d'Amboise. Nommé ensuite interprète du roi pour les langues orientales, il fixa sa résidence à Paris, où il est mort, en 1760, âgé de soixante-quinze ans, sans avoir rien publié comme orientaliste.

GODON ou G AU DON (Silvain), chanoine de Notre-Dame

ai6 HISTOIRE DE TOURAINE.

de Rouen , né à Mézières en Touraine vers IÔ25. Charmé de son esprit et de son savoir, l'avocat-général Jérôme Bignon l'avait pris dans une telle affection que, étant tombé dangereusement malade, il le désigna pour être son exécuteur testamentaire , quoique Godon ne fût alors âgé que de vingt-un ans. Cette preuve de confiance et d'estime ne fit que l'attacher encore plus étroitement à cet illustre magistrat pendant les dix ou onze années que celui-ci vécut encore.

Il avait recueilli avec soin ses pensées , ses observations et les traits les plus remarquables de sa vie qu'il avait promis de donner sous le titre de Bignoniana. Mais ce recueil n'a jamais été publié, non plus que sa traduction de l'histoire du concile de Trente par Pierre Sf'orza Pallavicini.

Le seul ouvrage que nous ayons de lui est la traduction des quatre livres de lettres d'Auger-Gislen de Busbeck, ambassadeur de l'empereur Ferdinand II auprès du sultan Soliman II; Paris, 1649, in-8. L'abbé Louis-Étienne de Foy en a donné une nouvelle traduction avec des notes en 3 vol. in-12; Paris, 1748.

Godon est mort à Paris en 1699.

GORION ou GORIONIDES (Joseph-Ben), c'est-à-dire fils de Gorion , écrivain juif. Je le place parmi les auteurs de notre pays sur la foi de Joseph Scaliger. Ce célèbre critique dit qu'il est aisé de recueillir de plusieurs passages des ouvrages de ce rabbin qu'il était de Touraine, et Papyre Masson ajoute que les juifs assurent qu'il était né à Amboise. On n'est pas trop d'accord sur le temps où il a vécu. Scaliger , Casaubon et Vossius croient qu'il n'a écrit que postérieurement à l'an 660 ; Baillet prétend au contraire qu'il n'est que du douzième siècle ; mais il y a bien plus d'apparence qu'il vivait à la fin du neuvième siècle ou au commencement du .dixième, puisqu'il en est parlé par le rabbin Saadias-Gaon , mort en 943.

Il a écrit en hébreu une histoire des Juifs qu'il a eu la prétention de faire passer pour un ouvrage du célèbre his-

torien Josèphe ou du moins pour être d'un auteur contemporain , se fondant probablement sur la conformité de nom d'un Joseph-Ben-Gorion , dont l'auteur de la Guerre des Juifs parle dans son liv. 11 , cbap. 42, ct qui fut chargé avec le sacrificateur Ananus de faire relever les murailles de Jérusalem pour défendre cette ville contre les Romains.

Cette histoire fut d'abord reçue comme un ouvrage de l'ancien Josèphe ; mais on ne tarda pas à être désabusé quand on eut reconnu que le nouveau était en contradiction nonseulement avec l'ancien , mais encore avec lui-même. On voit qu'il manque de mémoire , ayant écrit dans un endroit qu'il n'avait pu pénétrer dans le sanctuaire du temple , parce que l'entrée n'en était permise qu'aux pontifes, quand ailleurs il dit qu'il en était le grand sacrificateur.

Vossius fait peu de cas de cet ouvrage. Scaliger et Casaubon en pensent différemment, et, tout en le traitant d'imposteur, ils avouent qu'il ne manque ni d'intérêt ni d'élégance. Jean Driesches ou Drusius, savant professeur d'hébreu, assure que ceux qui savent cette langue le lisent avec plaisir à cause de son éloquence. C'est aussi l'opinion de Sébastien Levraud, qui, en i55o„ en a donné une édition sous le nom de son véritable auteur ; mais à cet égard les éloges d'un éditeur peuvent paraître suspects.

L'ouvrage de Gorion a été imprimé en hébreu à Constantinople en i5ao, à Worms, en 1529, avec une version latine; à Pâle , en 1 54 1 et i54q; à Venise, en i544> à Cracovie , en i5Sg , et enfin à Gotha , en hébreu et en latin , 1707, in-4. Il en parut une traduction allemande à Zurich en i546. Jean Gagnier l'a traduit en français; Oxford, 1760, in-4-

GOUFFIER (Henri), marquis de Boisy , comte de Maulévrier, seigneur d'Oiron , né à Sonnay près Chinon , en ifio3, de Louis Gouffier, ducdeRoanès, pair de France et de Claude Éléonore de Lorraine. Il se signala par son courage et surtout par son humanité dans les trop célèbres expéditions de Provence et de Languedoc , et il ne tint pas à sa

2l8 HISTOIRE DE TOUR AINE.

sagesse que le sang français ne fût pas répandu en combattant des opinions. Sa bravoure se montra d'une manière plus digne de lui en Italie , en Allemagne et dans les Pays-Bas. Vainqueur aux combats de Saint-Venant et de Saint-Nico- . las, il fut atteint d'un coup mortel à celui de Saint-Iberkerque, et mourut sur le champ de bataille le 24 août 1639, à l'âge de trente-six ans. Son corps fut apporté à Amboisc et inhumé aux Cordeliers , dans la chapelle de Notre-Damede-Piété, destinée aux sépultures de sa famille, où on lui érigea un tombeau. Une longue épitaphe latine en style lapidaire contient l'énumération de ses actions guerrières. A côté de celle-ci est grave le sonnet de Coslardeau , que nous avons cité, pag. 20 de notre troisième volume. Indépendamment de ces deux épitaphes , il y en avait une troisième que nous allons rapporter également, puisque aujourd'hui tous ces monumens ont disparu avec les édifices qui les renfermaient.

Dedans cette petite espace

Est le cœur d'un jeune guerrier

Qui, par une immortelle audace , Alla chercher la mort à l'ombre d'un laurier.

Passant, s'il te prend quelque envie

De savoir quelle fut sa vie , Apprends qu'il vit toujours le danger sans effroy ; Qu^il fut si généreux et digne de mémoire Que, s'étaut empêché de mourir pour sa gloire , Il a voulu mourir pour celle de son roy.

1639. Duvebdier.

Il descendait en septième ligne de Guillaume Goufficr , premier du nom , aïeul du célèbre amiral Bonnivct; ce Guillaume avait son tombeau dans la même chapelle. Il était surmonté d'une figure en marbre blanc représentant un chevalier armé de toutes pièces , avec un casque et un griffon ailé à ses pieds. C'est à lui que Charles VII avait fait don de

BIOGRAPHIE. a 1 9

la terre de Sonnay. Son épitaphe porte qu'il mourut à Amboise le a3 mai i49^.

GOUY (Philippe de), né en Touraine vers le milieu du seizième siècle. A vaut embrassé la profession des armes, il se jeta dans le parti de la Ligue qu'il défendit de son épée, et en faveur de laquelle il publia quelques écrits en vers et en prose. Nous avons de lui en ce genre : Discours sur l'arrivée du duc de Nemours , avec un poème ou prière en vers françois pour la prospérité de ce seigneur et de toute la sainte union de l'église catholique ; Paris, Micbel Jouin , i5go, in-12. Ou trouve à la fin quelques odes de l'auteur qui probablement avait composé d'autres ouvrages restés inconnus, car il dit, qu'il a repris la plume qu'il avait depuis peu changée en une épée pour défendre les remparts de Paris.

GRASLIN (Je an- Joseph-Louis) , né à Tours en 1627, entra de bonne heure dans l'administration des fermes dont il fut, à l'âge de trente ans, nommé receveur-général a Nantes. La richesse de cette ville ayant acquis une très-grande extension par le commerce des colonies , Graslin conçut l'idée d'en agrandir l'enceinte par la construction d'un nouveau quartier qui ne s'éloignât pas trop de la Loire, et quoique le terrain sur lequel il se proposait de bâtir fût inégal et bien au-dessus du niveau du reste de la ville , il ne fut point rebuté par les difficultés. Il mit la plus grande ténacité dans son entreprise; plusieurs particuliers imitèrent son exemple, et dans l'espace de dix ans la ville de Nantes se vit accrue et embellie par un nouveau quartier qui prit et qui conserve encore le nom de quartier Graslin. La réputation de probité de cet excellent citoyen était telle qu'à défaut de monnaie les ouvriers étaient journellement payés avec des espèces de bons nommés Grastins , qui partout étaient reçus pour comptant, et que les porteurs pouvaient se faire rembourser à bureau ouvert , ce que même ils ne s'empressaient pas de faire.

Il est mort à Nantes en 1790, laissant la réputation d'un

220 HISTOIRE DE TOCRÀINE.

citoyen recommandante par ses talens , sod patriotisme et par d'importans services rendus à une grande cité à qui sa mémoire doit long-temps être chère.

. Nous avons de lui un excellent ouvrage intitulé : Essay analytique sur la Richesse et l'Impôt; Londres (Nantes), 1767, in-8; dédié à la société d'agriculture de Tours. Loin de s'abandonner à ces théories métaphysiques qui discréditèrent bientôt les systèmes des économistes, Graslin traite cette importante question avec une méthode et une clarté qui ne prouvent pas moins l'étendue de ses lumières en finances que la justesse de ses vues en économie politique; et quoiqu'il eût écrit dans un sens tout-à-fait opposé au programme de la société de Limoges , son ouvrage n'en fut pas moins l'objet, de ses éloges.

GRECOURT (Jean-Baptiste Yillart de), né à Tours au mois de juin i683. Sa mère devenue veuve, et n'ayant pour toute fortune que la direction de la poste aux lettres de Tours , se reposa pour l'éducation de Grécourt, le plus jeune de ses 61s, sur les soins de M. Villart, son beau-frère, qui habitait Paris. Grécourt fut destiné à l'état ecclésiastique, et avant qu'il eût terminé ses études , son parent M. Rouillé, conseiller au parlement, se démit en sa faveur, en 1697, d'un canouicat qu'il avait à Saint-Martin de Tours. Lorsqu'il fut entré dans les ordres, il débuta par des sermons 5 mais naturellement dissipe et peu capable d'études sérieuses, il sentit lui-même qu'il n'était pas fait pour cette carrière où il faut au moins prêcher d'exemple. Plein d'esprit et d'enjouement, il se v it bien accueilli dans les meilleures sociétés de Paris. Aussi y faisait-il de fréquens voyages, et s'il restait en Touraine, son séjour presque continuel était au château de Vérets où le duc d'Aiguillon et la princesse de Conti ne pouvaient plus se passer de lui. Sa société n'était pas moins agréable au maréchal d'Estrées qui le mettait presque toujours de ses voyages de Bretagne , lorsqu'il allait y présider les états. Enfin s'il était un mauvais chanoine , il était du moins un homme de très-bonne compagnie. Au surplus , se

bornant à son canonicat, il n'employa jamais le crédit puissant de ses amis pour accroître sa fortune et se procurer d'autres bénéfices. Il fut épicurien de bonne foi, et sut apprécier tous les avantages de la médiocrité qu'il appelait dame de bon repos,

Grécourt, comme versificateur, n'aura jamais qu'un rang très-secondaire. Le principal mérite de ses poésies était dans le talent de les lire, et l'on assure qu'il portait ce talent à la dernière perfection. Du reste il manque presque toujours de grâces et très-souvent de naturel. Son extrême facilité le conduit à la faiblesse et à l'incorrection. Si le travail ne doit pas se faire sentir dans les vers , ce n'est pas à dire pour cela que les vers ne doivent pas être travaillés , et l'on voit trop que ceux de Grécourt ne le sont presque jamais. C'est ce qu'on remarque principalement dans ses épîtres. Il avait l'habitude de les écrire en toutes lignes, ainsi que Ton écrit la prose, et quelquefois on dut s'y méprendre. Même avec un autre fond les poésies de Grécourt «e se seraient jamais fait lire. Cependant son poème de Philotanus , dont la première édition parut en 1720, prouve qu'avec du travail et de l'attention, il eût été capable de quelques productions qui auraient pu lui assigner une place plus honorable sur le Parnasse. Le sujet et la circonstance donnèrent une très-grande vogue à cet opuscule, et en effet il n'avait encore rien paru d'aussi plaisant sur cette matière. On a prétendu, sans aucun fondement, qu'il n'était pas de Grécourt ; ce serait lui ôter le plus beau fleuron de sa couronne ; car ce poème peut encore se lire avec plaisir , quoique les circonstances qui l'ont fait naître soient presque entièrement oubliées. Nicolas Larchant en a fait une bonne traduction latine en vers hexamètres. D'autres l'attribuent à l'abbé Bizot, traducteur du Lutrin de Boilcau , mais sans faire attention que celui-ci était mort en 1696.

Quelques-uns ont reproché à Grécourt son humeur satirique : on en trouve cependant peu de traces dans ses écrits, et son habitude de vivre dans la société des grands semble-

mit devoir repousser cette inculpation. Quoi qu'il en soit , on ne peut pas douter qu'il en eût la réputation par la manière dont il s'en défend lui-même à la fin de l'épître en vers qu'il écrit au duc d'Aiguillon ,

Sur le duvet d'une molle indolence, etc.

En ajoutant quelques lignes de prose, il lui dit : « Faites-moi « donc la grâce de m'envoyer des canevas joyeux ; tout « sujet m'est égal , pourvu qu'en badinant je ne m'attire « point d'ennemis, car j'ai une passion démesurée de me « faire aimer, et une aversion mortelle contre tout ce qui « pourrait me faire craindre :

« Plus d'une fois, dans ma propre querelle, « J'ai lâchement fermé mon arsenal, « Et néanmoins ma renommée est telle « Que l'on me croit un critique banal. »

On doit conclure de ce passage que dans ses contes il ne faisait pas les frais de l'invention , et comme il ne lui restait que la peine de les habiller, il eût dû en mieux soigner la parure.

Grécourt s'est peint assez fidèlement dans son petit conte intitulé l'Amour et la Fortune. Cette pièce fait regretter qu'il n'en ait pas fait davantage en ce genre.

Un solitaire , ennemi de la gène ,

Et sectateur de toute volupté

Qui , répétée , après elle n'entraîne

Ni le remords ni la satiété,

Vivait content, sans embarras ni crainte,

Avec un livre , un verre et son Aminte.

Advint un soir qu'il entend un grand bruit,

Gros équipage , et tout le train qui suit

Dame Fortune. Elle-même en personne

Frappe à sa porte, en lui criant, c'est moi.

BIOGRAPHIE. a*3

— C'est vous; qui vous? — Ouvrez, je vous l'ordonne. Il n'en fit rien. — Comment ! dit-elle, quoi!

Vous n'ouvrez pas ? vous refusez un gîte

A la Fortune, et ne courez pas vite

La recevoir ? — Je ne vous connais pas,

Répondit-il. Elle crie» elle gronde,

Le tout en vain. — Allez , frappez plus bas;

Je n'aurais pas à loger tant de monde.

— Ah ! logez-en seulement la moitié.

Il n'en fit rien. — De grâce ayez pitié, Mon cher ami , de la Magnificence

Qui se morfond; la Grandeur, l'Opulence, La Dignité , la Gloire sont ici , Réduits, hélas 1 à vous crier merci.

— J'en suis fâché ; mais je ne puis qu'y faire.

— Vous logerez tout au moins le Désir. Je ne saurais , répond le solitaire ,

Je n'ai qu'un lit que je garde au Plaisir.

Si Ton trouvait dans Grécourt beaucoup de morceaux de cette nature , on lui aurait pardonné plus volontiers quelques écarts de sa muse , qui souvent a excédé les bornes permises au badinagc.

On a donné, en i ^7» une édition de ses poésies en 2 vol. in-12, et c'est la seule qui ne contienne que ce qui est véritablement de lui , car les éditions postérieures ont été ridiculement grossies des pièces de vingt auteurs différens. Rousseau, Piron, Voltaire, La Monnoye, etc., y sont indistinctement mis à contribution. Il en est de même de celle qui a paru , en 1789, en trois volumes in-8; et quoique l'éditeur promette de ne rien donner qui ne soit de l'auteur dont elle porte le nom , on y trouve le même mélange , et jusqu'à la traduction du commencement de Lucrèce, par Hénault, en sorte qu'il devient très-difficile, pour un grand nombre de lecteurs, de distinguer ce qui appartient à Grécourt dans ces trois volumes, dont la moitié au moins lui est étrangère.

Il publia sous le titre de Maranzakiana, 1780, in-24 de

224 HISTOIRE DE TOURÀIÎCE.

54 pages, un Recueil des bons mots de Maranzac, espèce de fou ou de bouffon.

Il est mort à Tours le 2 avril 1 yfô , âgé de cinquanteneuf ans et deux mois , et a été inhumé au milieu de la nef de Saint-Martin, mais sans aucune épitaphe. Son portrait, qui avait été placé dans la salle capitulaire , est maintenant au musée de Tours.

GRÉGOIRE (Martin) , docteur en médecine de la faculté de Paris, né à Tours au commencement du seizième siècle. Jean Brèche, son compatriote et sou contemporain, assure qu'il était un des plus savans hellénistes de son temps.

Il a traduit, soit en français soit en latin, divers traités de Galien , sa Méthode , son Introduction pour la connaissance du Pouls, son Traité du Mouvement des Muscles, etc. Nous avons en outre de lui : i* Opuscules de divers médecins avec un Traité des Poids et Mesures usités en médecine , avec la composition des médicamens prise de Galien ; Lyon , Jean de Tournes, i55a, in-16; 2* Claudii Galeni libri m de Alimentorum Facultatibus ; Parisiis, i558, in-fol. Il avait long-temps exercé à Tours, avec beaucoup de distinction, la profession de médecin. Il y est mort, sans laisser de postérité, dans un âge avancé; mais on ignore en quelle année.

GRIPON (Charles), né à Tours dans le courant du dix-septième siècle. Il est auteur d'un, ouvrage intitulé : l'Arithmétique nouvelle tirée de ses obscurités; Tours, 1678, in-8. Il nous apprend dans sa préface qu'il n'a jamais reçu d'instruction de personne , et qu'il était parvenu de luimême à force de travail et d'étude à acquérir la connaissance et à donner la solution des règles les plus difficiles de cette science. C'est tout ce que nous savons de lui.

GRUGET (François), conseiller du roi et référendaire en la chancellerie de France, né à Loches en 1 5 1 1 • Il avait écrit la description de Loches, avec les antiquités du pays, dont Belle-Forest, qui en fait l'éloge, a tiré parti dans le deuxième volume de sa cosmographie universelle ; mais je n'ai aucune connaissance que cet ouvrage ait été imprimé.

biograpjiie. aa5

Nous en avons un autre de lui qui a pour titre : Recueil de Prophéties et Révélations tant ancienues que modernes f qui contiennent un sommaire des Révélations de sainte Brigitte, de saint Cyrille et de plusieurs autres saints personnages; Paris, Rob. LeMaigner, i565, in-8.

Claude Gruget , son frère, auteur de plusieurs traductions, était né à Paris.

I. GUÉRIN (Martin), prêtre, né à Loches où il vivait sous les rois Louis XI , Charles VIII et Louis XII. Il fut surnommé l'ami des pauvres. Plus d'une fois, en effet, il se priva du nécessaire pour leur donner des secours. Il refusa cependant tous les bénéfices et toutes les dignités ecclésiastiques qu'on lui offrit , et voulut toujours se borner à son ministère de simple prêtre.

On voyait dans la cathédrale de Tours , du côté de l'horloge, un opuscule de lui en vers français écrit sur vélin, intitulé : la Paix impélrée de la Roy ne du ciel, révélée en Tan de salut i5oo. Il a été imprimé dans la deuxième partie du Liber mirabilis, et peut en effet figurer parmi les rêveries dont ce livre est rempli.

Il ne faut pas le confondre avec un autre Martin Guérin, prieur de Saint-Hilaire d'Orléans sa patrie , duquel on a : Discours chrétien sur l'établissement de l'hôpital général d'Orléans, etc.; Orléans, Hotot, 1672, in-4-

II. GUÉRIN (François), né à Loch es en 1681. Il consacra toute sa vie à l'enseignement dans l'emploi de professeur qu'il occupa au collège de Beauvais à Paris, emploi pour lequel il réunissait tous les talens et toutes les qualités qu'on a droit d'exiger de ceux qui sont chargés du soin de former la jeunesse. Au milieu de ces devoirs , quelquefois arides, il trouvait un délassement dans la culture de la poésie latine. Ses productions en ce genre prouvent qu'il était profondément imbu de la lecture des grands modèles. L'élégance du style, la finesse des pensées, la justesse de l'expression sont les qualités qui les distinguent et qui les ont fait juger dignes d'entrer dans le recueil intitulé : Sclecta

226 HISTOIRE DE TOURAIHE.

carmin a professorum universitatis Parisiensis; Paris; 1727, in-12. Elles en composent le cinquième livre.

Il manquait à la langue française une traduction de Tite- Live que Dur ver avait étrangement défiguré : Gu*érin entreprit cette tâche difficile, et son travail fut couronné du succès. Beaucoup de fidélité, un style clair, farcile et qui n'est pas dépourvu d'une certaine élégance , firent lire avec plaisir l'historien latin par ceux qui ne pouvaient le lire dans l'original. Cette traduction parut d'ahord en 1739,6 vol. in-12; mais la meilleure e'dition est celle-ci : Histoire romaine de Tite-Live, traduite en français avec les Supplémens de Freinshemius ; Paris, J. Barbou, 1770, in-12, 10 vol. Enhardi par ce succès, Guérin voulut tenter une traduction de Tacite. Il avait bien reconnu toute l'insuffisance des précédens traducteurs; mais il ne sentit pas assez la sienne. La force et la précision étaient surtout les qualités qui lui manquaient. On ne put voir que le squelette de Tacite dans cet ouvrage , qui fut bientôt relégué avec ceux de Perrot d'Ablancourt et d'Àmelot de La Houssaie. Il est oublié bien plus complètement encore depuis que Durean de La Malle a su conserver dans sa traduction les principaux traits de la physionomie de son original, mérite indispensable, qne jusquelà aucun traducteur n'avait pas même aperçu. La traduction de Guérin fut imprimée sous ce titre : Les Annales et les Histoires de Tacite , avec la Vie du Julius Agricola , traduites par M. Guérin ; Paris, Bupuis, 1.7 42, in-12, 3 vol. Je ne crois pas qu'il y en ait eu d'autre édition.

Guérin est mort a Paris au collège de Beau vais, le 29, mai 1761, âgé de soixante-dix ans.

GUIGHARD (Pierre), religieux bénédictin , né à Tours vers i58o, fit profession à l'abbaye de Marmoutier, d'où il passa dans celle de Glanfeuil , et ensuite dans celle de Saiut- Ouen de Rouen. Le seul ouvrage que nous ayons de lui, et qui est étranger à son état de religieux , a pour titre : le Guide des Arpenteurs, coutenant les quatre règles d'arithmétique, avec un Traité pour l'Arpentage; Rouen, 162$, in-8.

On conçoit aisément quelle peut être la distance entre ces sortes de livres élémentaires et ceux que nous possédons aujourd'hui.

GUILLAUME ou WILLELMUS, patriarche de Jérusalem, né en Touraine .vers 1070, fut l'un des premiers solitaires qui habitèrent le monastère de Fontaines-] es- Blanches , même avant qu'il fût constitué en abbaye. Il était assej commun dans ces temps d'aller par dévotion visiter le Saint-Sépulcre. Guillaume en ayant obtenu la permission de Geoffroy, son supérieur, ainsi que d'Hildebert, archevêque de Tours, partit pour Jérusalem vers le commencement de l'an n3o, époque de la mort du patriarche Étienne. Nous ignorons les circonstances qui le firent élire sur ce siège. Si l'on en croit Pérégrin , qui a écrit l'histoire de l'abbaye de Fontaines, elle eut lieu d'une manière miraculeuse. Guillaume s'étant rendu au sépulcre le samedi , jour do la célébration de la Pâque, une lumière céleste vint, aux yeux de tous les assistai! s, allumer le cierge qu'il tenait à la main. Le peuple et le clergé, frappés de ce miracle, l'élurent d'une commune voix, et il gouverna l'église de Jérusalem jusqu'en 1 144? époque de sa mort.

D'autres auteurs assurent qu'il était natif de Malincs, et même qu'il était prieur du Saint-Sépulcre lorsqu'il fut élu, ce qui serait plus vraisemblable que la version de l'abbé Pérégrin, qui pourtant écrivait en 1200, c'est-à-dire cinquante-six ans après.

GUILLEBERT, évêque de Châlons-sur-Marne , né en Touraine, d'une famille libre, dans le cours du neuvième siècle. Il fut élevé aux écoles de Saint-Martin de Tours, et obtint ensuite l'emploi de recèVeur des deniers publics de la province; mais cette place contrariant ses inclinations, il la quitta pour embrasser l'état ecclésiastique. L'archevêque de Tours, Hérard , lui conféra les premiers ordres, et il reçut la prêtrise des mains d'Erpoin , évêque de Senlis. Il était prévôt du monastère de Saint-Waast d'Àrras, lorsque l'é— vêque de Châlous, Erchandus, étant mort en 868, le clergé

et le peuple réunis s'accordèrent pour nommer Guillebertà sa place. Cette élection fut confirmée le 3 décembre de la même année par l'assemblée de Quiersy-sur-Oise , que présidait Hincmar, archevêque de Reims, et Hérard, archevèque de Tours.

Guillebert dressa un capitulaire ou corps de statuts pour l'instruction du clergé et du peuple confiés à ses soins. Ces statuts, auxquels ceux d'Hérard avaient servi de modèle, sont très-concis et divisés en articles très-courts. Les neuf premiers ont pour objet l'instruction du clergé, encore fort ignorant à cette époque, et indiquent aux curés les livres qui leur sont nécessaires pour acquérir les connaissances que leur ministère exige.

JD. Antoine Rivet a donné l'histoire de la vie et des écrits de Guillebert dans le tom. v de son histoire littéraire de la France.

I. GUY, fils de Foulqucs-lc-Bon , comte d'Anjou, et frère de Geoffroy Grisegonnel le, né en Touraine l'angi3. Il embrassa la vie monastique dans l'abbaye de Cormery, dont ensuite il devint abbé. L'éclat de sa naissance le fit pourvoir également des abbayes de Villeloin , de Ferrière-en-Gatinois, et de Saint-Aubin d'Angers, provinces soumises à la domination de son père. Il jouissait d'une haute réputation de sagesse et de piété , et le roi Lothaire le consulta souvent dans les affaires qui concernaient l'état et l'église. L'évêché du Puy-en-Vclay étant veuu à vaquer, en 97$, le clergé et le peuple députèrent vers le même roi pour lui demander l'abbé de Cormery, ce qui leur fut accordé. Guy fut reçu avec une joie universelle dans son église qu'il gouverna pendant vingt et un ans sans jamais s'en éloigner.

Il est mort en 996, âgé de quatre-vingt-trois ans. Sa mère était Gcrberge, sœur de Thibaut, premier comte de Blois.

II. GUY (Michel), surnommé de Tours, naquit dans cette ville , en i55i , de Michel Guy, procureur au présidial, et lui-même y exerça la profession d'avocat, ainsi qu'il nous l'apprend daos les stances qu'il adresse à son livre :

Dis-lui que, suivant sa voie, Le plus souvent je m'emploie A soutenir au parquet La défense d'un pauvre homme Que quelque avare consomme Pour moins d'uu petit bouquet.

Cependant, malgré ses liaisons avec notre célèbre jurisconsulte Jean Brèche, on sait qu'il s'occupa plus de la poésie que du barreau. Il est assez étonnant que les biographes n'aient fait aucune mention de lui, à commencer par La Croix du Maine et Duverdier. Tl serait possible qu'on l'eût confondu avec Guillaume Michel, dit de Tours, quoique celui-ci fût antérieur de plus de cinquante ans. L'abbé Gouget est le premier qui ait réparé cet oubli dans le tom. xiv de sa Bibliothèque française.

Guy fit, de son vivant, imprimer ses poésies sous ce titre: Les premières OEuvres poétiques et Soupirs amoureux de Guy de Tours, dédiées à monseigneur le grand-écuyer de France; Paris, Nicolas de Louvain, i5g8, in-12. On est tenté de croire, d'après le silence qu'on a gardé à leur sujet, qu'elles ne firent pas grand bruit dans leur temps, quoiqu'elles ne soient guère plus mauvaises que celles de plusieurs autres poètes contemporains dont on a beaucoup parlé. Elles ont en général de la facilité et une certaine douceur qui ressemble souvent à de la faiblesse. A beaucoup de ces expressions locales que Grécourt appelait ses tourangélismes, on voit que l'auteur habita constamment sa province, ce qui n'aura pas peu contribué sans doute à y concentrer sa réputation.

Les rédacteurs des Annales poétiques ont fait un choix des meilleures pièces qu'ils ont insérées dans le treizième volume de leur collection.

Les poésies de Guy sont divisées en cinq livres, indépendamment des mélanges. Le premier a pour titre : Sonnets eu faveur de son Ente; le second et le troisième sont : en faveur de son Annc^ le quatrième est intitulé : Mignardises amou-

23o HISTOIRE DE TOU RAINE.

reuses en faveur de sa Ncréc ; et le cinquième est : en faveur de sa Claude. Ainsi voilà quatre maîtresses célébrées par lui; mais on sait ce que sont ces maîtresses poétiques.

L'ouvrage de plus longue haleine qui se trouve parmi les mélanges est le Paradis d'amour. Cette espèce de poème, de huit cent cinquante-quatre vers , n'a ni plan ni distribution, et n'est qu'une nomenclature assez fastidieuse aujourd'hui de toutes les dames de Tours dont l'auteur a entrepris de faire l'éloge. Toute sa fiction consiste à imaginer que dans le silence de la nuit une voix surnaturelle lui prescrit de bâtir un temple à l'Amour pour y placer toutes ces nouvelles divinités.

Prends donc la plume en main , et commence à décrire

Un temple à la façon que je vais te le dire.

Fais -lui les fondemens du plus riche métal,

Sur lesquels asseoiras cent piliers de cristal ,

Dont les bases seront à la forme dorique ;

Les chapiteaux brisés à la façon antique :

Son pavé blanchira de marbre parien ,

Mieux gravé que celui du tombeau Carien.

Les frises, guillochis, ovales et corniches

Seront de diamans et d'émeraudes riches ;

Les murs de fin coral ; les voûtes seront d'or ,

Les arboutans d'agathe , et les termes encor

F lam boiront de rubis taillés de mains fort braves;

D'écarboucles luiront les fermes architraves.

Opales et saphirs enchâssés uniement

Couvriront tout le corps de ce beau bâtiment.

Son frontispice soit de jaspe et de porphyre ,

Où paroisse en maint lieu la topaze reluire.

Dans le chœur de ce temple érige en double rang

Cent sièges fabriqués d'un bel ivoire blanc,

Puis en chacun d'iceux sieds-y selon sa race ,

Son âge , sa beauté , sa prudence et sa grâce ,

Chaque nymphe de Tours , etc.

Ou voit par celte citation que la poésie descriptive n'était pas la partie brillante du talent de l'auteur.

On trouve encore parmi ces mélanges deu* traductions

BIOGHAPIIIE. a3l

prises daus les quarante-troisième et quarante-cinquième chants de l'Arioste , des imitations d'Ovide, telles que l'épîlre d'Ariane à Thésée ; les amours de Mcdée et de Jason ; les amours de Biblis envers son frère Caunus ; enfin une traduction de l'épisode de Cacus au huitième livre de l'Énéide.

La muse aimable et trop modeste de l'un de nos compatriotes ne se doutait probablement pas, en traduisant ce même épisode, qu'elle se trouverait en rivalité avec un autre Tourangeau. Je citerai un fragment de l'un et de l'autre pour faire connaître la différence des temps et plus encore celle du talent. Guy s'exprime ainsi :

Or, un jour qu'Hercules s'en retournoit juyeux

Et superbe, d'avoir esté victorieux

Du triple Géryon, qui, suivant sa furie,

De meurtres remplissait la petite Hespérie,

Il dressa son chemin vers le Pays latin ,

Ayant avecques soy un opulent butin

De taureaux et de bœufs. Lui désireux d'apprendre

Quel estoit le pays , se logea chez Kvandre ,

Et laissa tous ses bœufs dans un pré qui estoit

Voisin de l'antre infect où Cacus habitoit ,

Qui voyant près de lui une si riche proye

Sauteloit dans le cœur de plaisir et de joye, *

Et cuidant qu'il osoit toute meschanceté ,

Sans crainte de justice et du fiel dépité

Du grand Tyrinthien, en vola de la troupe

Quatre qu'il conlraignoit marcher ayant la croupe

Devant , et par la queue il les tiroit , afin

Qu'on ne peust descouvrir quel estoit leur chemin.

De la même façon il embla quatre vaches r

Et le tout enferma dans ses ombreuses caches.

Voici la traduction de M. Dreux, dont nous avons parlé pag. 148. Elle ne le cède à aucune de celles qui ont paru jusqu'ici :

Ce fils de Jupiter, si grand par ses travaux , Qui du fier Géryon trancha la triple vie ,

a3a HISTOIRE DE TOURAINE.

Conduisait triomphant dans les champs d'Hespérie De ee tyran vaincu les taureaux monstrueux ; ' Mais du fils de Vulcain l'esprit audacieux , De nouveaux attentats imprudemment avide ,

Ne sut pas respecter les richesses d'Alcide. Tandis que le héros se livrait au sommeil , Le brigand, prévenant l'heure de son réveil, Et prenant de la nuit les ombres pour complices , Osa lui dérober quatre blanches génisses; D'autant de fiers taureaux augmenta son larcin , Et dans son antre avare entraîna son butin. Seulement, pour cacher sa criminelle audace , Des pas de ces taureaux il fit mentir la trace ; Cet indice trop sûr eût pu le déceler ; Jusqu'à son noir repaire il les fit reculer, etc.

On trouve dans les œuvres de Guy quelques poésies latines assez médiocres , si l'on en excepte pourtant l'ode qui commence le volume. Elle est adressée à Clio , relativement a l'anagramme du nom de l'auteur, Micael Guido, où il trouve Gaude mi, Clio. Il lui dit dans une strophe :

Me redde , Clio , carminé uobilem , Vatumquc turmas inter amabiles Me pone : sic placebo dulcis Turonicœ fidicem camenœ.

Il en avait composé un livre entier qui n'a pas été imprimé. On a encore de lui la Sainte-Semaine, divisée par stances, Tours, 1600, in-8; et une chronique scandaleuse intitulée en langage du pays: La Seille aux Bourriers (te Seau aux Ordures); mais elle est restée manuscrite.

Michel Guy mourut , selon toute apparence , dans sa patrie ; mais rien ne nous indique l'époque de sa mort.

GUYARD de CHEZERAY (Jean), né à Tours vers le milieu du seizième siècle. Il quitta de bonne heure sa patrie pour aller exercer au Mans la profession d'avocat dans laquelle il se fit une grande réputation par son savoir. Vers

la fin de ses jours il se retira dans une propriété qu'il avait acquise auprès du bourg de Lucé où il termina sa carrière; mais on ignore en quelle année.

Il nous reste de lui deux petits traités assez curieux, et qui ne se trouvent pas facilement. Ils sont pour l'ordinaire réunis dans le même volume. Le premier est intitulé : De l'Origine, Vérité et Usance de la loi salique fondamentale et conservatrice de la Monarchie française, au Roi, par J. G. (Jean Guyart); Tours, Claude de Montr'œil et Jean Richcr, i5go, in-4 de vingt-quatre feuillets.

Les preuves que donne l'auteur de la vérité de la loi salique , par rapport à la succession à la couronne , se bornent à la considérer comme un grand fief, et à lui faire en conséquence l'application de ce passage de la loi : « De terra « vero saliqua in muliercm nulla portio hereditatis transit , « sed hoc virilis sexus acquirit; » mais il démontre par des raisons plus solides, que le neveu, fils d'un aîné, exclut de la succession l'oncle puîné. On voit par là que cet écrit fut fait en faveur de Henri IV, et il ne put produire alors qu'une sensation favorable à la cause de ce monarque.

Le second a pour titre : Traité de l'origine, ancienne noblesse et droits royaux de Hugues Capet , roi de France, souche de nos rois et de la maison de Bourbon , extrait des paradoxes de l'Histoire françoisc de J. G. ; Tours, Claude de Montr'œil et Jean Richer, i5o/2 , in~4 de dix-sept feuillets. Ce traité a été composé dans les mêmes vues que le précédent. Il développe la généalogie de la maison de Bourbon, depuis Hugues Càpet jusqu'à Henri IV, détails qui pouvaient avoir leur utilité au moment où l'auteur écrivait.

Par le titre de ce second traité on voit que Guyart avait composé un ouvrage intitulé : les Paradoxes de l'Histoire française; mais je n'ai jamais eu connaissance qu'il eût été imprimé. Il ne l'était pas du moins à l'époque où ces deux traités ont paru. C'est ce que prouve une note autographe placée en tête d'un exemplaire de la loi salique qui parait avoir appartenu à l'auteur. Elle ne sera pas déplacée ici.

« Je soupçonne que les Troyens et antres Gaulois, habi- « tués en Allemagne au-delà le Rhin , estoient de tout temps « gouvernés par roys observant en la succession du royaume « la loi salique , suivant laquelle Pbaramond fut roy des « François antuariens de delà le Rhin , lequel dressa une « grande armée pour passer le Rhin et venir en Gaule; mais a mourant premier qu'exécuter sou entre pri use , son fils Clo- « dion loi ayant succédé , print son armée , et , passant le « Rhin, se joignit à Mérouée, roy des François saliens qui « demeuroient en la Toxandrie , deçà le Rhin , qui est la « Hollande; et estant advenu queClodion seroit mort, cette « guerre ne laissant enfans d'âge et capables de conduire « l'armée des Antuariens, ils se rangèrent tous sousl'obéis- « sance de Mérouée, lequel estoit fils ou arrière -fils de « Hoxtaire , qui estoit roy des François saliens du temps de « Julien l'apostat, environ l'an de Christ 363. C'est là l'ori- « gine de nôsroys, comme j'espère , Dieu aidant, monstrer « quelque jour en mon Histoire françoise. >»

On pourrait être tenté de croire qu'il avait traduit Bérosc, ou plutôt Annius de Viterbe qui a usurpé son nom , d'après un passage du même traité de la loi salique où il s'exprime ainsi , fol. 3 , verso : « Combien qu'aucuns estiment ce Bérose « estre un auteur supposé, et dont j'ai dit mon avis en la « préface que j'ai faite sur sa traduction françoise. » Cependant il paraît plus probable qu'il n'avait fait que la préface, parce que dans le cas contraire il aurait dit, suivant toute apparence, en la préface de ma Traduction.

GUYERT (Marie), connue sous le nom de Marie de l'Incarnation, née à Tours le 18 octobre i5gg. Veuve à l'âge de vingt ans de Claude-Joseph Martin , qui exerçait à Tours le commerce des soieries , elle forma dès ce moment le projet de se retirer du monde ; mais les soins qu'elle devait à un fils encore au berceau lui firent ajourner l'exécution de cette résolution. Elle s'occupa de l'éducation de ce fils qu'elle aimait, dit-elle, teudrement, quoique depuis l'âge de deux ans elle ne lui eût donné aucun baiser ni fait aucune

BIOGRAPHIE. a35

caresse. Quand il eut atteint sa douzième année elle le conliu aux soins et à la générosité de sa sœur, et fit profession aux Ursulines de Tours. Cette sœur, en effet, assigna sur ses Liens une pension au jeune Claude Martin, qui restait orphelin et sans fortune.

En 1639, la mère Marie de l'Incarnation pari it pour le Canada , avec le dessein d'y établir un couvent de son ordre. A son passage à Paris, les dames les plus illustres de la cour voulurent la voir, et surtout la duchesse d'Aiguillon, sœur du cardinal de Richelieu qui,. sachant qu'elle avait un fils, s'offrit d'en prendre soin et de se charger de sa fortune ; mais ces offres ne la séduisirent point, et lui parurent au contraire des écueils trop dangereux pour son fils. Sa sœur, dans la vue de la détourner de sou projet , avait rétracté la pension du jeune Martin , et lui en avait fait parvenir l'acle authentique; mais rien ne put ébranler sa résolution.

Arrivée à Québec , elle y fonda un couvent dont elle fut trente-deux ans supérieure, partageant ses soins entre l'éducation des novices , l'instruction et la conversion de ces peuples sauvages, et l'administration intérieure de son établissement qu'elle dirigeait avec une piété exemplaire et une intelligence qui lui fut très-utile dans la détresse où il se trouva plusieurs fois réduit.

Elle y mourut en odeur de sainteté le 3o avril 1672.

Nous avons d'elle plusieurs ouvrages pleins d'onction et d'une piélé douce et persuasive. i° L'École Chrétienne, qu'elle composa à Tours pour l'instruction des novices; 2° Lettres de la mère Marie de l'Incarnation; Paris, 1681 , in-4 ; 3° Retraites avec une brève exposition du Cantique des Cantiques et un Catéchisme àdKusage des pensionnaires et des novices , 1682, in-8; ,{° l'E^e sainte ou Explication des Mystères de la Foy , i685 , in-8. Ces trois derniers ouvrages n'ont été publiés qu'après sa mort, par les soins de son fils, qui y a ajouté des préfaces. Tl a aussi écrit sa vie, imprimée à Paris, en 1677 > in~4- Nous en avons une autre par le P. François-Xavier Charlevoix ; Paris , 1712, in-12.

236 HISTOIRE DE TOURAIWE.

Son portrait a été gravé par Edelinck et par Poilly. Voy. Martin II,

GUYET (Charles), né à Tours en 1601. Il entra en 1621 dans la société des jésuites chez lesquels il professa les belles-lettres pendant cinq aus, et la théologie-morale pendant deux ans. Il se consacra ensuite à la prédication , ministère qu'il exerça pendant fort long-temps et avec assez de succès.

Il a publié deux ouvrages sur les cérémonies de l'église dont il avait fait l'objet de ses études particulières, i* Ordo gcneralis et perpetuus divini Officii recitandi ; Parisiis, i632, in-8; 2° Heorlologia sive de festis propriis locorum ; Parisiis, Cramoisy, 1657, in-fol. C'est à peu près le même ouvrage que le précédent, mais auquel il a donné plus de développement. Ce livre est plein de recherches et d'érudition, et quoique l'auteur y eût suivi la méthode de l'école, il avait su le rendre clair et intelligible. Il y a ajouté un recueil d'hymnes particuliers à plusieurs églises de France» corrigés et réformés par lui , sur le modèle de ceux du bréviaire romain , revu par ordre du pape Urbain VIII. 11 devait publier un second volume contenant les saints particuliers des lieux , selon les mois et les jours de Tannée, avec un traité des cérémonies de chaque église; mais la mort l'empêcha d'exécuter ce dessein. Il termina ses jours au lieu de sa naissance, le 3o mars 1664.

HARDION ( JàcquesV de l'académie française et de celle des inscriptions et bcllefelettres , né à Tours le 17 octobre 1686. Il fit ses études W collège de cette ville, et les heureuses dispositions qu'il y montra intéressèrent en sa faveur l'intendant de la province, Jacques-Éticnne Turgot , dont la protection cependant se borna à lui procurer, en 1705, l'emploi de précepteur chez uu M. de La Chapelle, premier

commis de la marine. De là il entra en la même qualité auprès du jeune comte de Morvillc, qui, lorsqu'il fut fait ministre de la marine, lui donna le grade d'écrivain principal ou sous-commissaire. Hardion, qui était en même temps secrétaire particulier du comte, le suivit, en 1721 , lorsqu'il passa au département des affaires étrangères , sans perdre ni son grade ni le traitement qui y était attaché.

Dès 1715 il avait été reçu membre associé de l'académie des inscriptions qui l'admit définitivement en 1728; mais lorsque le comte de Morville eut quitté le ministère , livré tout eutier à ses occupations favorites, il ne voulut accepter aucun emploi qui aurait pu l'en distraire. On ne doit pas mettre de ce nombre celui de garde des livres du cabinet du roi que lui procura le comte de Maurepas en i^3o. Dans la même année il fut admis à l'académie française. Ses talens, sa modestie et sa probité le firent choisir par Louis XV, en 1^4^) pour présider à l'instruction de Mesdames dont quelques-unes , madame Adélaïde surtout , joignaient à beaucoup ' d'esprit et à une grande pénétration le désir d'acquérir des connaissances inoins superficielles que celles dont on pare habituellement l'ignorance des enfans des rois. Hardion , à tous égards, était digne de ce choix, et l'on doit remarquer que non-seulement il n'abusa point de la faveur que devait lui procurer une telle intimité, mais encore qu'il n'en usa jamais ni pour lui ni pour les siens , dans un temps où il suffisait d'approcher le monarque pour en obtenir tout ce qu'il n'avait pas la force de refuser.

Il composa, pour l'usage particulier de ses élèves, une histoire poétique avec deux traités, l'un de la rhétorique, l'autre, de la poésie française, qui furent imprimés à Paris, en I75i, 3 vol. in-12; mais c'est par son histoire universelle qu'il est principalement connu. Elle dut également naissance aux fonctions qu'il remplissait auprès de Mesdames, et c'est jusqu'à ce jour ce que nous avons de meilleur en ce genre; car l'ouvrage de l'illustre cvêque de Meaux n'est guère qu'un beau monument d'éloquence, qui, comme l'observe M. Le

a 38 HISTOlAE pe tour ai ne.

Beau , laisse le lecteur plus rempli d'admiration que dâ connaissances historiques. Quant à l'histoire universelle écrite en anglais , dont nous avons uue traduction en 45 vol. in-4 ou vol. in-8, il faut avouer qu'il est peu de lecteurs assez courageux pour aller jusqu'au bout de cette volumineuse compilation. C'est moins une histoire universelle, telle que la conçoit un esprit méthodique, qu'une collection d'histoires de divers pays enfilées les unes après lies autres. Il en est à peu près de cet ouvrage, comme de la nouvelle Encyclopédie , qui n'est autre chose qu'une réunion de dictionnaires dont la coUection peut n'avoir de bornes que celles des connaissances humaines.

L'histoire universelle d'Hardion , imprimée à Paris en 1754 et années suivantes, contient 18 vol. in-12 et finit en au règne de Charles VIII. Linguet y a ajouté deux volumes qui la continuent jusqu'en 1609, wn an avant la mort de Henri IV. Cette histoire a été traduite en italien ; Torino, Stamp. Reale, 1769, i3 vol. in-t2.

Les dissertations philologiques qui avaient ouvert à Hardion les' portes de l'académie des inscriptions , se trouvent éparses dans les mémoires de cette compagnie. La plus étendue est l'histoire de l'origine et des progrès de la rhétorique dans la Grèce , ouvrage neuf en ce genre et qu'une grande érudition, éclairée par une critique judicieuse , pouvait lui permettre de conduire heureusement jusqu'au siècle d'Alexandre , but qu'il s'était proposé ; mais peut-être l'auteur s'est-il trop facilement abaudonné à l'étendue de son savoir, qui l'a quelquefois entraîné dans des digressions, sinon étrangères, du moins inutiles au sujet qu'il traitait et qui l'ont fait s'arrêter au siècle de Socrate. Ce morceau est divisé en douze mémoires.

On trouve dans le même recueil quatre dissertations sur l'oracle et le temple de Delphes ; une autre sur le saut de Leucade et une histoire non achevée de la ville de Cyrène. Les autres morceaux ont pour objet des points de critique qui tendent à éclaircir des passages obscurs, ou à rétablir des

textes d'auteurs grecs altérés , ou mal interprétés. Hardion , qui s'était rendu savant dans la langue grecque, en suivant les cours de Boivin et de Massieu , semblait appelé plus particulièrement à ce genre de discussions qui exige du savoir, du jugement, une saine critique, un style clair et facile, et ce sont là principalement les qualités qui distinguent cet écrivain.

Les dissertations dont il a enrichi les mémoires de l'académie des inscriptions sont au nombre de trente-sept. Tous ces ouvrages réunis auraient pu former deux volumes recherchés par les philologues, et à l'impression desquels le public et la réputation de l'auteur auraient gagné également.

En travaillant à son histoire universelle, Hardion avait composé des cartes ou tableaux chronologiques si parfaits pour la rédaction et pour l'exécution , que, quoiqu'ils fussent dépourvus de tout ornement étranger, ces tableaux, au nombre de quatre seulement, furent portés à sa vente jusqu'à i35o liv. Ce fut madame Victoire qui en fit faire l'acquisition.

Jacques Hardion est mort à Versailles le 18 septembre 1766, âgé de quatre-vingts ans moins un mois.

HERVE (le Bienheureux), né en Touraine vers 944 °u 945. Il était fils de Sulpice de Busançois , surnommé Mille Boucliers, seigneur de Châtillon , de Verneuil et de la Tour d'Amboise. Ayant embrassé l'état ecclésiastique contre le gré de ses parens, il se retira secrètement dans un^monastère. Son père ayant découvert le lieu de sa retraite viot l'en arracher de force et le conduisit à la cour de Robert. Mais ce pieux monarque engagea Sulpice à ne pas contrarier les inclinations de son fils. Sulpice ayant cédé aux instances du roi , Hervé fut pourvu de la dignité de trésorier de l'église de Saint-Martin, et lorsque cet édifice fut consumé en 994, il entreprit de le relever à ses frais, ce qu'il exécuta en trèspeu d'années, puisque la dédicace en fut faite l'an 1014. Ce lut également lui qui fit construire et qui dota de son propre bien l'abbaye de Beaumont-les-Tours, où il fit transférer, en 1007 , les religieuses de Notre-Darae-àe-l'Écrignole.

a4o HISTOIRE DE TOURAJNE.

Il était d'une vie si exemplaire que tous les historiens de son temps lui ont donné le nom de Saint ou de Bienheureux, et Glaber, qui vivait au douzième siècle, assure que si l'on eût pris soin de recueillir toutes, ses actions depuis son jeune âge , on eût écrit la vie d'un homme incomparable. Ce qu'il y a de certain , c'est que l'immense fortune dont il jouissait fut employée à des fondations pieuses.

A l'âge d'environ soixante-sept ans , il résolut de se retirer du monde. Il se démit donc de sa dignité de trésorier en faveur de Sulpice de Busançois son neveu , et choisit pour sa retraite une petite île formée par la Loire , un peu au-dessous de Tours, dans laquelle il fit construire une chapelle sous le nom de Saint-Côme. Cependant les chanoines de Saint- Martin à qui , dans plusieurs circonstances difficiles, ses conseils et son appui avaient été nécessaires , le déterminèrent , non sans peine, à quitter sa solitude, qui fut occupée par cinq chanoines de son église , jaloux d'imiter son exemple. Il se contenta d'une simple chambre avec la chapelle de Saint-Basile, voisine de l'Ecrignole, que le chapitre lui donna pour sa retraite. Ce fut là qu'il termina ses jours vers l'an 1021. Les historiens cependant ne sont pas d'accord sur l'époque de sa mort. Ademar la met le 17 avril 10 10; la chronique de Tours la plaee en 10 1 1 et celle de Saint-Pierrele-Vif en 10 16. Mais des chartre3 authentiques prouvent qu'il vivait encore en 1020. Son corps fut porté dans l'église de Saint-Martin et enterré auprès de la porte du Change, vis-àvis la chapelle du Crucifix Vert où l'on voyait une espèce de monument taillé dans le mur. Quelques pattes de fer et d'autres vestiges indiquaient que son tombeau avait été aufois entouré d'une grille de fer. On conservait dans le chartrier de Saint-Martin un fragment d'une lame de plomb sur laquelle il paraît que son épitaphe avait été gravée : mais on ne pouvait plus y distinguer que ces mots dont les premiers

même étaient tronqués er.veus hujus ....t.ni

thesaurarius qui hune locum post incendium edificavit et construxit.... Ce qui peut être lu ainsi : Ilic jacet Heriveus hujus

BIOGRAPHIE. 24 î

teropli beati Martini thesaurarius, etc. C'est cette même église de Saint-Martin, reconstruite par Hervé, qui s'était conservée jusqu'à nos jours.

HEURTELOUP (Nicolas) , premier chirurgien et inspecteur-général du service de sauté des armées , né à Tours le 26 novembre 1750. Il étudia sous de très-bons maîtres les premiers élémens de la chirurgie à l'hospice général de Tours. Son travail , son aptitude , son esprit d'observation ne tardèrent pas à en faire un élève assez distingué pour qu'on lui confiât, dès 1770, du service dans l'île de Corse, où il exerça son art avec beaucoup de talent et de succès. Mais il était appelé à développer ces talens sur un plus grand théâtre. Après avoir été successivement chirurgien-major à l'hôpital de Toulon , chirurgien consultant des armées du midi et des côtes en 1792, membre du conseil de santé en 1793, ses services lui méritèrent le titre de premier chirurgien des armées en 1800, et enfin celui d'inspecteur— général du service de santé dès armées en 1804. C'est dans ces deux derniers emplois surtout qu'il a rendu les plus importans services à l'état dans les campagnes d'Autriche et de Prusse, par son zèle à détruire les nombreux abus qui s'étaient glissés dans le service chirurgical. Il établit une correspondance active avec les chirurgiens principaux des difterens corps, fit renaître la discipline et la subordination graduelle, rectifia et assura le service des ambulances tant pour le matériel que pour le personnel, enfin remit tout dans l'ordre convenable sans presque éprouver d'obstacles , parce qu'il ne s'écarta jamais de ce ton d'égards , de douceur et de convenance, toujours d'autant plus sûr de réussir, qu'il semble demander à la bonne volonté ce qu'un ton plus impérieux et plus sévère exige au nom de l'obéissance et du devoir.

Son exemple n'eut pas une influence moins puissante dans ces momens difficiles qui suivent la défaite ou la victoire; « C'est là, dit M. Sédillot, qu'il fallait voir le premier chi- « rurgien des armées signaler son dévouement sur le champ « de bataille, animer par son exemple tous ses collabora^ 4. 16

HISTOIRE DE TOTJRAïffE.

« teurs, se confondre avec eux pour agir du conseil et de la m main dans les occasions les plus importantes et les plus m périlleuses; les étonner autant par son saog^froid et sa u dextérité que par la justesse et la rapidité de son coup- « d'oeil; visiter avec une infatigable activité les hôpitaux, u amhulanset temporaires, y établir un ordre admirable en a y portant les lumières de l'art. >» /

La chirurgie de l'armée fut la première à apprécier l'étendue des services qu'il lui rendait à elle-même, en extirpant tous les abus qui souvent avaient rendu infructueux son art et ses secours, et elle consigna sa reconnaissance dans un médaillon de six pouces et demi de diamètre qu'elle fit coulera Vienne en 1809, lorsqu'après la bataille de Wagram le chef de l'empire eut rendu un témoignage éclatant du dévouement des chirurgiens des armées. Ce médaillon porte d'un côté le buste d'Heurteloup avec cette inscription circulaire: « N. Heurteloup Turonensis, exercituum impe- « rator. gallor. chirurg. primarius; et dans l'exergue : Vin- « dobon. XVIII Juli MDCCCIX. » Sur le revers on lit circulairement : « Les chirurgiens des armées d'Allemagne. » Et dans le champ : « S. M. a témoigné sa satisfaction de la u manière dont la chirurgie a servi, et particulièrement des « services du chirurgien en chef Heurteloup. Plus bas, en « forme d'exergue : XXVIII' bulletin de l'armée. »

L'empereur d'Autriche, informé des soins qu'Heurteloup avait donnés au service des hôpitaux de Vienne , lui fit remettre une boîte d'or renfermant 200 ducats (2200 lîv. ).

La croix d'officier de la Légion-d'Honueur, le titre de baron de l'empire et une dotation de 3ooo liv. avec une cinquième place de chirurgien consultant de LL. MM. créée exprès pour lui , furent les récompenses qu'il obtint de la patrie reconnaissaute ; mais son désintéressement et sa générosité lui méritèrent plus d'éloges qu'ils ne lui acquirent de richesses. Quoique d'une santé assez robuste, et dans toute la plénitude de ses facultés intellectuelles, une maladie de quatre mois l'enleva, à l'âge de soixante-deux ans, le 27 mars

2812, ii sa famille, a ses amis , et a l'art qu'il avait honoré autant par ses vertus que par ses taleos. L'une de ses plus grandes jouissances était dans les services qu'il pouvait rendre à ceux de ses jeunes compatriotes qui se destinaient à la même carrière que lui,

Il nous a laissé: i° Précis sur le Tétanos des Adultes; Paris , de l'imprimerie du département de la guerre , 1793 , in-8 de 4° Pag* L'auteur pense que le musc administré à, forte dose est un des traitemens les plus efficaces dans le plus grand nombre des cas de cette maladie ; 2" Rapport de la commission chirurgicale de Milan sur la découverte de la vaccine , traduit de l'italien ; 3* Notice sur Manne , premier chirurgien en chef du sixième arrondissement maritime au port de Toulon , lue à la séance publique de la société médicale de Paris le premier novembre 1807 ; Berlin , Umlang, 1808, in-8 de 27 pag. ; 4° &e *a Nature des Fièvres et de la meilleure méthode de les traiter, par le docteur Gjannini, médecin du grand hôpital de Milan, traduit de l'italien; Paris, Léopold Collin , 1808, in-8, 2 vol.; 5° Instruction sur la Culture et la Récolte des Betteraves par C. F. Achard, traduite de l'allemand par M. Chopin , et publiée avec des notes par M. Heurteloup ; Paris , Tastu, 181 1 , in-8 de 84 pag. ; 6° Réflexions sur un rapport de Chirurgie légale. On les trouve dans le deuxième volume du recueil de la société médicale de Paris .

Il préparait une édition du traité des anévrismes d'Antoine Scarpa, et c'est à lui qu'on doit l'article Abcès dans le premier volume du nouveau Dictionnaire des sciences médicales. Enfin, sans compter beaucoup d'autres travaux qui sont restés manuscrits dans son portefeuille, il avait achevé un traité complet des Tumeurs, dont la publication serait d'autant plus utile que cet ouvrage manque à la science.

Quoique ces différens écrits décèlent un esprit juste, et beaucoup desavoir, leur auteur fut encore plus recommandable par ses travaux actifs que par ses travaux littéraires.

HOUDAN DES LANDES ( François-Silvain Denis), né à

244 HISTOIRE DE TOURAIHE.

Vernou, près Tours, le 6 juin 1 754. Il fut élevé à l'école militaire, d'où il sortit pour entrer en qualité de sous-lieutenant dans le régiment de Bretagne, et il y servit quelque temps avec le général Desaix. Il était capitaine lorsque la révolution éclata. Quoiqu'il n'en partageât pas les principes, il continua cependant ses services qu'il ne cessa probablement que lorsqu'un décret de la convention eut éloigné tous les nobles des armées. Alors il obtint sa retraite avec le grade de chef de brigade, et vécut paisiblement dans le sein de sa famille dans sa terre d'Usage auprès de Cl» i non , où il consacra tous ses loisirs à l'étude et à la poésie. Il y est mort presque subite- t ment le 28 juin 1807, âgé de cinquante-trois ans , emportant les regrets de tous ceux qui l'avaient connu.

Il aspirait au moment de mettre au jour un poëme descriptif qu'il avait commencé depuis fort long-temps , mais auquel il se proposait de faire encore quelques ebangemens , ' non pas dans la distribution , mais seulement dans le style, qui en effet aurait eu besoin d'être retouché en plusieurs endroits. L'auteur vécut peut-être trop isolé. Des amis sévères l'auraient engagé à faire disparaître des endroits faibles , des tournures forcées et très-probablement cet hémistiche qu'il a pris pour de l'harmonie imitative , mais qui n'est que dur et rude à l'oreille :

Sous leurs mordantes dents, etc.

C'est ainsi que Roucher s'est mépris quand il a cru peindre l'action de la meule par un vers que l'oreille et le goût repoussent également :

La meule tourne, crie, elle écrase le grain.

L'ouvrage de Houdan des Landes n'a été publié qu'après sa mort sous ce titre : La Nature Sauvage et Pittoresque , poëme en trois chants ; Paris, Giguet et Michaud, 1808, in-i6. Quoi qu'en puissent dire dans leurs préfaces les au-

teurs de poèmes descriptifs, ce serait en vain que Ton y chercherait ce qui constitue essentiellement le poème, .c'est-àdire , une fable, une action. De ce vide résulte nécessairement l'ennui inséparable d'une continuité de descriptions qui, malgré leur variété, n'en présentent pas moins sans cesse les mêmes tons et les mêmes images. En vain le poète décrira les grands accidens de la nature , vous fera parcourir les mers et les montagnes , les fleuves et les forêts , comme il n'avance vers aucun but, on se décide difficilement à le suivre dans ses écarts, et on l'abandonne au milieu de sa route et de ses descriptions. Chénier a dit avec raison :

Sans même avoir l'honneur d'être battu des flots,

Le chantre .monotone endort les matelots,

Et , dans un calme plat faisant tous ses naufrages ,

Traverse avec l'ennui de stériles rivages,

Jusque sous l'équateur va porter les hivers ,

Et gravit sur des monts moins glacés que ses vers.

Le poème de Houdan est frappé de ce vice radical. Nul plan , par conséquent nul intérêt ; aucun épisode qui y porte de la chaleur , car à peine peut-on donner ce nom à deux ou trois morceaux de très-peu d'étendue qui se rencontrent dans le poème; encore ne sont-ils ni neufs, ni heureux. Les trois chants pourraient n'en former qu'un seul, comme ils pourraient également être partagés en cinq ou six, parce que le sujet par lui-même ne trace aucune division , et que ce qui est au commencement pourrait aussi bien se trouver à la fin. Il n'en faut pas davantage pour concevoir que de pareilles productions doivent toujours être froides et même fatigantes, et que les plus beaux vers les feraient à peine supporter. Au surplus ce vice est celui du genre, et noûs avons à regretter que l'auteur n'en ait pas choisi un plus heureux. Son talent poétique eût pu lui garantir un succès plus brillant et plus durable , parce que sans doute il eût été mieux inspiré.

Quoique le poème ait été imprimé récemment, on ne me

itfi HISTOIRE DE TOURAINE.

saura pas mauvais gré de reproduire ici la description de la pèche de la baleine qui se trouve au troisième chant :

Aux bords du Groenland , au sein des mers de glace, L'industrieux sauvage exerce son audace.

Calisto l'aperçoit de son char lumineux Lutter contre sa zone, et les flots et les cieux. Aux énormes tyrans de l'Océan polaire , Voguant sur sa pirogue, il déclare la guerre; Seul, impassible aux lieux où languit l'univers, Il attend fièrement la reine de ces mers. La baleine bondit sous la voûte des ondes, / Soulève des glaçons les. montagnes profondes ,

Respire ; mais soudain l'intrépide nocher S'élance sur son front comme sur un rocher, Et d'un bras vigoureux , que le courage anime, Porté par le colosse, il le frappe en victime. Le monstre épouvanté disparait sous les flots , S'y précipite, entraîne, engloutit le héros: Incapable de crainte, acharné sur sa proie, Sous l'onde boréale il la suit avec joie; Avec elle remonte , et de l'air la privant , Deux fois d'un bras nerveux ferme sou double évent. L'eau se refoule au loin dans sa poitrine immense , L'étouffé : l'Océan la porte et la balance.

Il est affligeant pour le genre , d'avouer que quand même le poème entier serait écrit de ce style, il n'en serait pas moins ce qu'Horace appelle infélix operis summa.

L'auteur, né sur les bords de la Loire, n'a point oublié sa patrie, qu'il a célébrée dans ces vers faciles et harmonieux :

La Loire enorgueillit ses antiques cités ,

Et couronne ses bords de coteaux enchantés.

Dans ses vallons heureux , sur ses rives aimées,

Les prés ont déployé leurs robes parfumées ;

Le saule humide et souple y borde les hameaux ;

La vigne sur le saule y lance ses rameaux.

Ses coteaux sont peuplés, et le rocher docile A l'homme qui le creuse offre un champêtre asile. De notre vieille Gaule 6 fleuve paternel ! Fleuve des doux climats ! La Vallière et Sorel Sur tes bords fortunés naquirent , et la gloire A Tune dut l'amour, à l'autre la victoire.

Le même motif qui m'a fait transcrire ce morceau m'engage à citer encore le suivant :

Aux lieux où roulent l'Indre, et la Vienne , et la Creuse,

Où divise le Cher son onde généreuse ,

Sous les tours dont le sceptre ennoblissait leurs bords,

Sous les bois dont leurs flots nourrissent les trésors,

De Charles idolâtre Agnès idolâuée ,

D'altières voluptés et de gloire enivrée,

Au cœur de son amant, endormi sur son cœur,

Ralluma l'héroïsme et la soif de l'honneur.

De3 cinq fleuves charmans qu'adopta la Touraine, Et qui dans cinq Éden partagent son domaine , L'Indre est le moins allier , non le moins fortuné. Serpentant sous un ciel d'heureux coteaux borné, Il n'a point la fierté du Rhône et de la Loire; Mais aimant sans orgueil la bienfaisante gloire, Sans faste il embellit de ses bords verdoyans L'écharpe sinueuse et les plis ondoyans; Et c'est avec respect que sa nymphe attendrie Contemple ces palais , l'orgueil de ma patrie, Ces châteaux qu'habita, que peupla la valeur, Et dont l'aspect imprime et commande l'honneur.

Ces vers offrent une image assez juste de la manière dont tout le poème est écrit; c'est-à-dire qu'on y trouve de la facilité et de l'incorrection , des idées heureusement exprimées et des mots impropres, de la verve et de la faiblesse , quelquefois même de la recherche et des tournures pénibles. L'auteur a malheureusement été séduit par la vogue qu'à eue long-temps la poésie descriptive, qui est bien, à la vérité,

$48 HISTOIRE DE TOUBAIWE.

une partie essentielle de la poésie , mais dont on a vainement prétendu faire un genre, quand elle ne peut être qu'un accessoire.

On doit encore à Houdan des Landes l'histoire du dernier siège de Gibraltar, où il s'était trouvé avec son régiment.

HOUDRY (Vincent), né à Tours le 22 janvier i63i, entra dans la compagnie de Jésus en i644> et y prononça son dernier vœu en i665. Suivant l'usage reçu dans cet ordre, il commença par professer les humanités , puis la rhétorique et la philosophie, ensuite il se consacra entièrement à la carrière de la prédication. Cependant au milieu de ces travaux il cultivait avec succès les muses latines. Son poème sur l'Art Typographique et sa pièce intitulée la Collation , donnent une idée très-avantageuse de ses talens en ce genre , quoiqu'on ne puisse pas le mettre au même rang que ses deux compatriotes Rapin et Commire.

Le P. Houdry prêcha pendant vingt-cinq années consécutives. Une grande facilité à s'exprimer, une facilité non moins grande dans la composition lui rendaient ce ministère beaucoup moins pénible, et lui permettaient de mettre plus de variété dans ses sermons. Lorsqu'il eut tout-à-fait abandonné la chaire, il ne s'occupa plus que du soin de les revoir, ou de les mettre par écrit , et il en forma un corps complet divisé en six parties sur tous les points de la doctrine chrétienne, auquel il ajouta des panégyriques. Le tout forme 20 vol. in-12 ; Paris , Boudot , 1696 et années suivantes. Ces discours, dépouillés des avantages que leur prêtait nécessairement le débit de l'orateur , paraissent froids parce qu'ils manquent de mouvement et que le style en est faible et même languissant. Comme ils ont paru à différentes reprises, il est assez difficile d'en rassembler la collection.

Ce fut Une idée heureuse que celle de réunir , sous le titre de Bibliothèque des Prédicateurs , tout ce que l'éloquence de la chaire avait produit de plus parfait en ce genre ; mais il fallait pour son exécution un goût sûr et sévère, et c'est ce qui paraît avoir manqué au P. Houdry. Il a trop négligé

les anciens auteurs parénétiques , qu'il importait surtout d'analyser et de faire connaître , et il n'a pas mis assez de choix dans les auteurs modernes, de manière qu'on peut assurer que ce serait encore un ouvrage à refaire.Cette Bibliothèque, dont la meilleure édition est celle de Lyon, Bmisset, 1733, 22 vol. in-4, est divisée en trois parties principales. La morale forme dix volumes, les panégyriques cinq, les mystères quatre , les tables , les cérémonies de l'église et le traité de l'éloquènce chrétienne par le P. Biaise Gisbert, jésuite, forment les trois derniers.

Nous avons encore du P. Houdry , i°' Traité de la Manière d'imiter les bons prédicateurs , avec des tables pour les différons usages qu'on peut faire des sermons sur tous les sujets de la morale chrétienne; Paris, Boudot, 1702, in- 12 ; 2° Ars Typographica , carmen , Parisiis.

Le P. Houdry est mort à Paris au collège de Louis-le- Grand le 19 mars 1729, âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans et trois mois, sans jamais avoir fait usage de lunettes, malgré les travaux auxquels il s'était livré. Arrivé à la fin de sa longue carrière, il témoignait seulement le regret de ne pouvoir la prolonger assez pour mourir centenaire.

HUGUES ou HUGO, archid iacre et chanoine de l'église de Tours, né en Touraine, vivait dans les commencemens du onzième siècle. Il nous a laissé un dialogue entre lui et Fulbert, évéque de Chartres, concernant l'apparition de saint Martin au trésorier Hervé , dont il était très-probablement contemporain. Cet ouvrage se trouve dans le second volume des Analecta de don Mabillon , avec des notes sur la vie. du Bienheureux Hervé.

Maan n'a point compris Hugues dans sa nomenclature des archidiacres de Tours. Il cite bien un Hugo archidiacre d'Outre-Vienne en r 174, mais cette date ne peut être applicable à celui dont il s'agit ici.

HUGUET (Fa. -Armand), comédien connu plus communément sous son simple prénom d'Armand , né à Richelieu en 1699. Son père, qui occupait un emploi dans le barreau

a5o HISTOIRE DE TOUR AI NE.

voulut lui faire suivre la même carrière, et le plaça chez un notaire de Paris; mais l'étude de la jurisprudence ayant peu d'attraits pour lui, et la fréquentation des spectacles lui ayant inspiré le goût de la comédie, il la joua d'abord en province, où il obtint les plus brillans succès ; et quoiqu'il ne fût alors âgé que de vingt-quatre ans , il débuta et fut admis , en 1 723, k la Comédie-Française dans l'emploi des valets. Sa gaieté, la mobilité de sa figure, son habileté à saisir la tournure, les inflexions, les gestes de ceux qu'il voulait imiter, le firent toujours voir avec un nouveau plaisir , parce qu'il était véritablement comédien et qu'il sut s'abstenir de ce genre bas et trivial que depuis on a pris trop souvent pour du comique. On rapporte de lui que dans le divertissement de Legrand, intitulé la Française-Italienne , il contrefit avec tant de naturel et de vérité le pantalon des Italiens, que celui-ci, qui se trouvait à la représentation , ne put s'empêcher de dire : Si je ne me sentais au parterre , je me croirais sur le théâtre. Il portait dans la société le même caractère de gaieté et de facétie.

Dorât a dit de lui dans son poème de la Déclamation , à une époque où cet acteur était déjà sur le retour :

L'ingénieux Armand , ce Nestor du théâtre , Oublié par le temps , était éncor folâtre. Que j'aimais son adresse et sa naïveté ! Son œil élîncelait du feu de la gaîté; Mais rempli de l'objet qu'il avait à nous peindre, Sous un flegme éloquent il savait la contraindre : Au plaisir qu'il donnait il savait se borner, Et saus montrer le sien le laissait soupçonner.

Il est auteur de V Heureux Événement , divertissement en un acte, représenté en 1 761 , qu'il fit en société avec Derozée. 11 a laissé un fils qui est auteur de diverses petites pièces composées pour le théâtre de la cour à Fontainebleau. m

HUMIÈRES. ( Fay. Crevant. )

BIOGRAPHIE. 25l

JACQUEMIN (Jean-Bernard), géomètre du chapitre de Saint-Gatien ds Tours, né à A m boise en 1720. Pendant le long cours de ses fonctions, l'église de Tours ne lui offrit point l'occasion de développer dans quelque ouvrage important ses talens pour l'architecture, et sa probité sévère lui imposa toujours, bien plus encore que l'engagement qu'il avait contracté , la loi de ne rien entreprendre d'étranger au chapitre qui le salariait. Si de ce côté ses talens se virent en quelque façon enchaînés, d'un autre il consacra du moins tous ses momens de loisir à des travaux utiles à l'art qu'il professait; mais comme il n'avait pas moins de modestie que de savoir , il craignit toujours de les rendre publics par la voie de l'impression. Il a laissé en manuscrit : i° Essai sur la structure, percussion et suspension des Cloches, accompagné de tables et de douze planches dessinées par lui. Cet ouvrage , qui fut le fruit de longues méditations et d'expériences réitérées, renferme une théorie complète qui rectifie dans ses bases les plus importantes celle qui a été donnée dans l'Encyclopédie. Les démonstrations en sont si solides et si claires qu'il eût pu devenir le guide de tous ceux qui s'occupent de la fonte des cloches, et pourrait entrer dans la collections des arts et métier sous le titre à' Art du Fondeur de Cloches. Si jamais cette grande entreprise était continuée, son fils , héritier de ses talens , s'empresserait à coup sûr de rendre cet hommage h la mémoire de son père ; 20 Traité

ique , remarquable par sa concision , sa clarté et la simplicité des pi «bédés imaginés par l'auteur , au moyen desquels, pour ïk plans levés à la boussole, on rapporte en deux heures, sur uue seule méridienne, ce qu'on rapporterait à peine en huit heures par les méthodes connues qui exigent autant de parallèles que de côtés; 3° Traité de Constructions de diverses espèces , accompagné

défigures, tables et tarifs; ouvrage rempli de vues neuves et qui se fait également remarquer par son extrême concision ; 4" enfin un Traité de Charpentcrie , contenant entre autres objets la comparaison des combles à la Philibert de L'Orme avec celui des meilleurs constructeurs modernes, ensemble le nouveau système perfectionné de l'auteur, qui , outre l'avantage de l'économie sur les deux précède ns, concilie la légèreté de l'un avec la solidité de l'autre. Suit une série d'excellens profils de formes de charpentes retroussées suivant ce nouveau système.

Il est mort à Tours en 1786, âgé de soixante-six ans.

Son fils a laissé manuscrite une traduction du poè'me de la Peinture de Dufresnoy; et le second des fils de ce dernier, M. Maxime Jacquemin , officier de cavalerie très-distingué de l'école de Saumur, a publié un Cours d'Hippiatrique , à l'usage de la cavalerie, qui est déjà à sa troisième édition.

JEAN, moine de Marmoutier , né vers la fin du onzième siècle , vivait encore en 1 1 37 sous le règne de Louis-le-Jeune. 11 est auteur d'uue histoire de Geoffroy-lc-Bel , duc de Normandie , comte de Touraine, d'Anjou et du Maine, que l'on trouve communément à la fin de l'édition de Grégoire de Tours donnée par Laurent Bochel en 1610, et dont voici le titre : « Joannis monachi majoris monasterii , qui rege Ludo- « vico Junior vixit, historia? Gauffredi ducis Normannorura « et comitis Andegavorum , Turonorum et Cœnomannorum, « libriduo, etc.; Parisiis, Nicolas Dufossé, 1610, in-8. » D'après plusieurs passages de cette histoire qui se trouvent répétés mot pour mot dans les Gestes des comtes d'Anjou , il est évident que ce moiue en est également l'auteur, ainsi que de l'histoire de la construction du château d'Amboise. On voit d'ailleurs par son pi€Wue, qui est une espèce de dédicace à Guillaume évéque du Mans, qu'il s'annonce comme ayant déjà écrit ou recueilli plusieurs autres histoires « et cum raultorum aliorum principum historias colligeri- « mus, circa hune affectuosius immoramur. » Ces derniers mots peuvent expliquer la différence de style que l'on re-

marque entre l'histoire de Geoffroy et celle des comtes d'Anjou. Si celui de la première est plus élevé, on doit en attribuer la cause au sujet, celui-ci étant une espèce de panégyrique , et l'autre au contraire n'étant qu'une simple narration. Ces deux derniers ouvrages ont été insérés dans le Spicilège de d'Achery , tom. m, in-fol., ou tom. x, in-4- « Gesta con- « suluxn andegavensium et ambasiensium , autore monacho « benedictino majoris monasterii ad Henricum Anglise regem. « — Liber de compositione castri Ambasiae et ipsius domino- « rum gestis. » L'abbé de Marolles en a donné une traduction qui n'est ni élégante ni fidèle.

C'est encore à ce même religieux que l'on doit attribuer le Chronicon Turonense autore Joanne monaého majoris monasterii , manuscrit qui se trouve à la bibliothèque du roi. Cette chronique commence à la naissance de J.-C . , et finit à l'an 1 227 ; ce qui indique qu'elle a été continuée par une autre main , puisque son auteur est désigné comme florissant vers n5o, ce qui s'accorde parfaitement avec l'âge du moine Jean dont il s'agit ici. Il est très-probable également que ce même moine est l'auteur de l 'ouvrage intitulé : Tractatusde commendatione turonicae provincial , etc., que l'on trouve aussi dans l'édition du Grégoire de Laur. Bochel, deuxième part., pag. 7g. L'éditeur observe nvec raison que ce traité commence de la même manière que la vie de Geoffroy duc de Normandie, ce qui indique que les deux ouvrages sont dus à la même plume. Cependant le traité de Commendatione n'est pas entièrement de lui, et une autre main l'a continué jusqu'en i^7&.

JENSON (Nicolas), imprimeur, né en Touraine dans les premières années du quinzième siècle. Il était maître de la monnaie de Tours lorsque l'imprimerie commença à être connue en Europe par la publication , en 1457 et en ilficjy du fameux Psalmorum Codex , et par celle de la Bible en 1462. Louis XI, qui venait de monter sur le trône, parut jaloux de faire jouir la France de cette précieuse découverte. Comme il tenait sa cour au Plessis-les-Tours , il eut occasion

de distinguer

les yeux pour

Mayenee avec l'instruction secrète de tout mettre en usage pour tâcher de découvrir les procèdes de cet art nouveau. Jenson partit, selon toute apparence, vers Il eut l'a-

dresse de s'introduire auprès de Faust et de Schœtfer sous lesquels il s'instruisit à fond de tout ce qui tenait à Fart typographique ; il y joignit de plus ses talcns d'habile graveur qui ne furent pas inutiles à ses maîtres eux-mêmes.

Après environ quatre ans de séjour à Mayenee, Jenson rapporta en France le dépôt précieux des connaissances qu'il avait acquises; mais il n'y trouva point la protection et les encouragemens sur lesquels il avait dû compter. Les guerres dans lesquelles le roi se trouvait engagé, les embarras toujours renaissans dans lesquels le plongeait sa politique tortueuse, l'empêchèrent probablement de donner de la suite à un projet qu'il avait lui-même conçu , et c'est ainsi que la ville de Tours fut privée de l'honneur d'avoir été le berceau de l'imprimerie en France. Jenson , sans chercher à rentrer dans sa place de maître de la monnaie dont on avait disposé en faveur de Jean Basire , et plus empressé sans doute de suivre la carrière nouvelle dans laquelle il venait de se former, Jenson quitta la France et alla enrichir l'Italie des fruits de son industrie. Vers la fin de 1468, il alla s'établir à Venise, où Jean de Spire s'était déjà fait connaître par son édition des Lettres familières de Cicéron. Il s'occupa d y monter une imprimerie dont il fut en quelque sorte le seul créateur, soit pour la gravure des poinçons, soit pour la fonte des caractères. Ces travaux préliminaires ayant exigé un certain espace de temps, il ne commença à imprimer qu'en i/^o, quoique le Puellarum décor porte la date de i46l , époque où il était encore à Tours : mais on sait aujourd'hui que cette date est une erreur typographique, et comme il y cite plusieurs autres ouvrages qu'il avait déjà imprimés en ifol , il est clair que l'édition du Puellarum décor ne pouvait être que postérieure. Au surplus cette edi-

. . BIOGRAPHIE. a 55

tion est extraordinairement rare, et un exemplaire bien conservé ne vaudrait pas moins de 900 à 1000 fr.

Jenson fut aussi laborieux qu'habile imprimeur. Nous avons de lui une grande quantité d'éditions qui toutes sont recherchées des curieux, non-seulement pour leur rareté, mais encore pour la beauté de leur exécution qui , même encore aujourd'hui les fait considérer comme des chefsd'œuvre de typographie. On distingue dans ce nombre le Justin de 1470, les Épîtres de Cicéron, le Macrobe, le Quintilien, le César, le Puellarum décor, Gloria Mulierum , Christianorum Luctus , Palma Virtutum^ Parole dévote delV anima innamorata in messer Jesu, tous de i47i> Aulu-Gelle de i472> Solin de i^S, Diogène Laè'rce de i475, les vies de Plutarque de 1476 , Editio princeps, et beaucoup d'autres non moins précieuses qui donnèrent à ses presses la réputation d'être les plus belles de toute l'Europe. En effet il fit faire à son art des progrès si rapides qu'il le porta en naissant à peu près à sa perfection. Aussi le pape Sixte IV le décora-t-il du titre honorifique de comte Palatin. C'est à lui qu'on doit d'avoir imaginé et déterminé la forme et les propoi lions du caractère romain substitué au gothique, et tel qu'il existe encore aujourd'hui , ainsi que d'avoir formé les majuscules des capitales latines et simplifié les muntscules des lettres des langues vivantes. Cependant on doit dire que vers la fin il sacrifia lui-même au mauvais goût dominant du gothique qui s'était introduit dans les nombreuses imprimeries de Venise.

Le savant Omnibonus Leonicenus de Vieencc fut le correcteur de ses meilleures éditions. Comme on n'en connaît plus de lui depuis 1482, il est à présumer qu'il est mort dans cette même année , ou du moins peu de temps après. On trouve dans les mémoires de l'académie des inscriptions, tom. 14, pag. 227, une notice sur Jenson par Claude de Boze.

JOU1N (Saint). Foj. Saint Maximin,

a 56 HTSTorafc pe touraibte.

I. LA BARRE (Jean de), baron de Vérets, comte <TÉtampes, vicomte de Bridieu, premier gentilhomme de la chambre du roi Charles VIII , et prévôt de Paris , né en Touraine en 1480.

Ce fut lui qui fit construire l'ancien château de Vérets, où il fit placer au-dessus du grand escalier la statue équestre de Charles VIII , armé de toutes pièces et tel qu'il était à la bataille de Fornoue à l'âge de vingt-cinq ans. Cette statue en pierre était d'assez bon goût et avait été conservée par le duc d'Aiguillon lorsqu'il fit rebâtir ce château dans un goût plus moderne.

Il a laissé des mémoires sur tout ce dont il avait été témoin à la cour de François I". Louis Guyon de la Nauche en cite plusieurs morceaux dans ses diverses leçons ; mais ils n'ont point été imprimés.

Son fils, d'abord évêque d'Angoulême, fut ensuite nommé par François V* à l'archevêché de Tours en 1527.

II. LA BARRE J Jean-Baptiste de) , de la compagnie de Jésus, né à Chinon en 1608, a eu la réputation d'être l'un des meilleurs prédicateurs de son ordre. Il entra dans la société, en 1625, à l'âge de dix-sept ans, et y fit ses quatre vœux. Après avoir prêché pendant plus de trente ans dans les chaires des principales églises de France , il fut appelé à Paris pour être directeur de la maison professe où il est mort en 1681.

Aucun de ses sermons n'a été imprimé , mais il a laissé plusieurs ouvrages ascétiques : i° de la présence de J.-C. au Saint-Sacrement; Nîmes, i65o , in-12 ; 20 Dévots Entretiens pour la Semaine Sainte; Cahors, 1661, in-12; 3° Lettres contre les Ministres calvinistes de Cahors; Cahors, 1660, in-12; 4° Oraison Funèbre de M. l'évêquc du Mans; le Mans, i645, in-4«

BIOGRAPHIE. a5y J'ai trouvé les vers suivans du P. La Barre à la tête de Té-

dition de l'Anthologie-, imprimée à La Flèche en 1624.

Qualis apis, cum vere novo per amena vagatur

G ranima , odoratas depopulatur opes.

Talis in lia* redigis graios alvearia flores,

Fertiliore legens séria pelasga manu.

Qnod superest, et melia dabis , sed hymettia; namque

Atticus iste labos attica mella feret.

Il était alors âgé de seize ans, et il étudiait au collège de cette même ville.

III. LA BARRE (César- Alexis Chichereau , chevalier de), sieur de la Doineterie, né à Langeais vers i63o, de Jean de La Barre , sieur de Fontenay , trésorier de France , et de Made laine de Gaulepied , servit d'abord en qualité de volontaire et finit par être capitaine au régiment royal. Au milieu du tumulte des armes il se fit connaître par quelques poésies qui furentinsérées dans le Mercure galant ; ensuite il publia un recueil de fables nouvelles dédiées à M. le marquis de Dangeau, alors gouverneur de la Touraine ; Cologne, 1687, in-8. Quoique l'auteur convienne qu'il a puisé plusieurs de ses sujets chez les Italiens, et même parmi nos anciens poètes, il n'en est pas moins vrai que la majeure partie est de son invention. Ses fables ne manquent ni de naturel ni de facilité , mais sa versification est faible et son style inégal. Il dit dans sa préface que sa muse , après avoir fait parler les héros d'Ésope , va prendre un vol plus élevé ; mais il ne paraît pas qu'il ait tenu parole, car ses Conseils pour une jeune dame qui entre dans le monde, Tours, François Bully, in~4» de 3o pages (sans date et sans nom d'auteur) , sont écrits d'un Ayle très-familier. Le chevalier de La Barre était alors âgé de plus de soixante ans , à en juger par le début de cette pièce, qui contient 83o vers libres :

Douze lustres et plus me donnent l'assurance Que de sages conseils 11e vous déplairont pas.

On y trouve, comme dans ses fables, de l'aisance, de l'inégalité , de l'esprit et de l'incorrection ; mais le défaut de goût s'y fait trop souvent sentir, soit dans le choix des exem pies, soit dans celui des expressions : le passage suivant suffira pour donner la preuve de l'un et de l'autre :

Vous huvez nuit et jour, Lise, le puis-je croire? Vous aimez, et je sais le nom de votre amant.

Femme qui sait aimer et boire Passe le temps fort agréablement.

Dans le fond êtes-vous heureuse?

Qu'en pense le monde malin ?

Il est rare, dit-il , qu'une femme buveuse Borne tous ses plaisirs au seul plaisir du vin.

Souvent la noblesse de race

A moins .de splendeur que de crasse Si l'on ne la soutient par de nobles exploits, etc.

L'aufeur termine la pièce par ces vers, qui sont d'un meilleur ton et d'un meilleur goût :

Iris, au bel âge où vous êtes, Laissez l'hypocrisie à de vieilles coquettes, Et conservez en tout un honnête milieu. Vous vivrez avec tous dans une paix profonde

Si vous craignez un peu le monde ,

Et surtout si vous craignez Dieu.

Le chevalier de La Barre vivait encore dans les premières années du dix-huitième siècle.

LADORE (Jacques) , minime , procureur-général de son ordre et docteur en théologie, né en Touraine au commencement du dix-septième siècle.

Ses fonctions de procureur-général le retinrent long-temps à Rome, où il paraît qu'il composa son Horace chrétien. Étant de retour en France, il se noya en passant l'eau à Joigny, et

il y fut enterré ; mais on ne sait pas précisément en quelle année, Il était encore à Rome en 1664.

Il a écrit en francaiset en latin. Ses ouvrages dans ces deux languessont: i* le Vol de l'Ame sur les autels; Paris, 1 656, in-8; 20 le Bonheur de la fréquente Communion, Paris, i658, in-8 ; 3° Digestum Sapientiacminimitana?, sive de'Jure Minimorum, Romm, 1660, in -4; 4° Horatiï christiani tripartitus in B. Francisci Salesii canonizationis iuauguratione , fidei sciliect, spei et charitatis Triumphus, authore fratre Jacobo La— dorco turonensi theologo; Romae , Ign. de Lazaris, 1662, in— 4- C'est un recueil, d'odes au nombre de quarante-quatre, et d'hymnes au nombre de quinze, toutes composées en l'honneur de saint François de Sales, au sujet de sa canonisation que préparait Alexandre VIL Deux poètes tourangeaux ont, à peu près dnns le meinc temps, publié un Horace chrétien. Ainsi qu'on l'a vu , Dufour, dans le sien, a suivi exactement son modèle, soit pour la coupe, soit pour le nombre des vers de chaque ode; mais le père Ladore ne s'est point assujetti à ces entraves , et il n'a donné à son ouvrage le titre d'Iloratius christianus que parce qu'il a employé quelquesuns des rhythmes dont Horace a fait usage : « Horatii nomen » imposituin,» dit-il dans sa préface, « propter alïinitatem « versuum cum antiquo. »» Il est vrai qu'on ne sait pas trop comment il eût pu en employer d'autres. Du reste, c'est tout ce qu'il a de commun avec le poète de Vénuse, ainsi qu'on peut en juger par la seule imitation qui se trouve dans tout l'ouvrage, et dans lequel il paraît avoir eu en vue le commencement de l'ode ix du 2e liv. , Non semper imbres, etc.

Non semper seritur; gramina collait Opportua suo tempore qui met il :

Non semper glacies fl u mina corripit; Tei is tempo ri bus fltumî.

Non Bellona ferox classica personat, Nec stringit gladîi semper acumiua; Succedunt viridi fœdera taures, Armorura et strepitus périt.

Q.6o mSTOIRE DE TOURAINE.

Le style de ces odes est assez pur ; mais il n'y a ni mouvement, ni chaleur, ni élévation, et par conséquent point de • poésie.

Son frère, Jean Ladore , avocat à Tours , cultivait la poésie française, mais avec peu de succès. On pourra juger de son talent et surtout de son goût par ces vers adressés à Etienne Pallu , commentateur de la coutume de Tours:

En ce temps où chacun s* empresse De mettre son nom sous la presse, Il se fait beaucoup plus d'auteurs Qu'on ne peut trouver de lecteurs.

Les livres à troupe infinie Sont vierges dans la librairie ; Mais pour le tien , savant Pallu , Ne crains pas qu'il ne soit pas lu.

Il s'est borné à des pièces fugitives qui n'ont point été recueillies.

LA FORGE (François de), né à Tours, vers la fin du seizième siècle, avocat au présidial de cette ville, a fait un très— bon commentaire sur la coutume de Touraine. Etienne Pallu , qui en parle avec éloge , convient en même temps que le travail de La Forge ne lui a pas été de peu d'utilité pour son propre commentaire , qui, comme on sait, avait éclipsé non-seulement tous ce»x qui étaient venus avant lui , mais encore ceux qui ont paru depuis, tels que Louis Poitevin, Jean Houdry, N. de Miré au nombre des anciens, et parmi les nouveaux MJVf. Dubois, Bouault, Baudouin, Verdier , dont je n'ai pas cru devoir faire mention, leurs ouvrages n'ayant pas été imprimés.

LAHUÉTERIE (Charles de), secrétaire de Charles de Bourbon , premier du nom , duc de Vendôme, né à Amboise vers la fin du quinzième ou au commencement du seizième siècle.

La part qu'il prit dans la querelle de Sagon et de Clément Marot lui donna, dans le temps, plus de renom que ses propres

vers qui sont en général dépourvus du sel de la plaisanterie que Marot savait si bien répandre dans les siens, quoiqu'il dégénère quelquefois en injures , comme il n'arrive que trop souvent dans ces sortes de querelles littéraires. Voici un échantillon du style de Lahuéterie :

Car sans aller chercher plus Ioing

Ryma Sagoing dessus groing,

Et autres où je ne m'arreste,

Où Ton cognoist bien qu'il est bus le,

Voire en des endroits plus de dix ,

Que pour ceste heure je ne dis.

* 1 On trouve les vers que Lahuéterie fit en cette occasion dans le recueil imprimé en i53g, chez Charles Langelier , et dans le 6e vol. des œuvres de Marot, édition de 173 1.

Les ouvrages qu'il a publiés sont : i° le Concile des dieux sur le mariage de Jacques V, roi d'Écosse, avec Madelainc, fille aînée du roi François- 1"; Paris, i536, in-8; 2* le Dangereux Passage de la vie et Çonsolatif Voyage de vertu ; Lyon, i536, in-8; 3° Protologies françoiscs, ou Épîtres, Rondeaux, Blasons et autres poésies; Lyon, in-8; 4° Contre- Blason de la beauté des membres du corps humain ; Paris, Charles Langelier, i55o, in-8.

Quelques-uns ont cru que, dans la querelle de Sagon , Lahuéterie s'était déguisé sous le nom du poète champêtre ; mais plusieurs passages indiquent que. c'étaient deux personnages différons. On le voit surtout par ces vers de François Gaucher :

« A Sagon , à Lahuéterie et au poète champeslre. »

Sagon , veux-tu plus dire mot :

H net, et toy poète champestre , Ce n'est ny Clément ny Marot Qui vous donne tant à repaistre, elc.

J'observe , à cet égard, qu'on le nomme quelquefois Huet :

Huet, mon beau protenotaire , Apprends à rymer autrement, etc.

O Huet de mauvaise' grâce ,

Beau poëte de neige et de glace , etc.

Mais peut-être était-ce par une espèce de dérision , peutêtre aussi se nommait-il effectivement Huet de Lahuéterie. On ignore l'époque de sa mort.

LAILLIER (Jacques), né à Montrichard , dans le quinzième siècle , eut en son temps la réputation d'un célèbre astrologue, c'est-à-dire qu'il avait quelque teinture d'astronomie. Il parait aussi qu'il y réunissait des connaissances en géographie et en hydrographie ; c'est du moins ce qu'on pourrait conjecturer de l'éloge que l'on trouva dans l'anagramme de son nom.

Jacobus Lallaerius Mons-Ricardensis Orbes, rura, undam sciens, cœli, aoli, sali.

Il s'appliqua à la composition des almanachs, ce qui supposait alors une espèce de savoir , et publia en outre un traité d'astrologie et un autre d'arithmétique.

LAMARRE (Martin de), né dans le Bréhemont, en 1667, exerça à Tours avec distinction la profession de maître en chirurgie , ce qui ne l'empêcha point de cultiver les belleslettres. Il n'a point écrit sur son art ; mais on a de lui la relation des fêtes publiques et réjouissances faites à Tours à l'occasion de la naissance du dauphin fiïs de Louis XV, avec des inscriptions et des chansons, etc.; Tours , 1729, in-8. En 1735, il fit représenter sur le théâtre de la même ville une comédie en trois actes et en vers, intitulée : les Dupes de l'amour; Tours, 1735, in-8. L'auteur y est mort en 1 742 , âgé de soixante-quinze ans.

LAMBERT (Michel) , musicien , né à Champigny-sur-

Vcude en 161 1 et non à Vivonne en Poitou en 1610, comme le disent le Dictionnaire historique des grands hommes et Dreux du Radier dans sa bibliothèque historique du Poitou.

Ce futMoulinier, le plus célèbre maître de musique de son temps, qui le retira de Champigny, prit soin de son éducation, et le plaça page de la musique du duc d'Orléans , frère unique du roi. Il se perfectionna tellement dans son art qu'il ne larda pas à surpasser Moulinier lui-même et à acquérir la réputation d'être l'homme de France qui savait le mieux unir aux agrémens naturels de la voix les avantages de la méthode et la justesse de l'expression. Mais on conçoit bien que cette supériorité n'était que relative ; et l'on peut se faire une idée de ce que devaient être et la méthode et l'expression à une époque où même Lulli commençait à peine à se faire connaître. Quoi qu'il en soit, Lambert fit faire quelques pas à la musique ; mais les progrès de cet art ont toujours été si lents en France qu'à peine put-on les apercevoir dans l'espace d'un siècle et demi , qui s'écoula depuis Lulli jusqu'à Philidor et à Grétrj.

Lorsque Lambert eut été pourvu de l'une des deux charges de maître de la chapelle du roi , il tint dans sa maison une espèce de conservatoire où les personnes de la première distinction se réunissaient pour prendre des leçons de goût dans le chant. Il excellait également à jouer du luth, dont il s'accompagnait avec beaucoup d'art et de grâce, ce qui le faisait rechercher des meilleures compagnies de la capitale. On peut à peu près juger de la réputation dont il jouissait par ces vers de la troisième satire de Boileau :

Molière avec Tartuffe y doit jouer son rôle,

Et Lambert , qui plus est , m'a donné sa parole.

C'est tout dire en un mot , et vous le connaissez.

— Quoi ! Lambert ? — Oui , Lambert. A demain , c'est assez.

Il est mort à Paris , le 27 juin 1696, âgé de quatre-vingtcinq ans , et a eu sa sépulture dans l'église de Sai n t-Roch ,

vis-à-vis la chaire, sans aucune épitaphe. Sa fille unique, Madelaine Lambert , épousa Jean-Baptiste Lulli.

On a de lui un Recueil d'airs à quatre parties , imprimé à Paris , chea Ballard ; quelques Motets et des Leçons de ténèbres , le tout oublié depuis long-temps , grâces au perfectionnement de l'art .

Selon toute apparence, il n'était pas de la même famille qu'un autre Lambert , célèbre violon sous Henri II, et à qui ce roi donna, en i556, pour présent de noces, la terre et seigneurie de Gannat en Auvergne , prodigalité consacrée par des lettres patentes que le parlement refusa d'enregistrer.

LAMBLARDIE (Jacques-Élie), ne' à Loches en 1747, inspecteur-général , directeur de l'école des Ponts-et-Chaussées, et professeur à l'École Polytechnique, dont il avait été directeur pendant les deux premières années.

Né sans fortune , il dut son éducation à l'amitié d'un frère, ecclésiastique à Paris, qui l'appela auprès de lui et le fit placer au collège de Sainte-Barbe , où , malgré la discipline sévère de cette maison, il se livra bien plus à l'étude des mathématiques qu'à celle de la théologie. Heureusement pour lui il fut renvoyé du séminaire pour une légère faute. Dépourvu de ressources, il sut s'en procurer dans les talcns qu'il avait acquis, et il se trouva en état de donner des leçons de mathématiques. L'amitié qui s'était formée entre lui et un élève des Ponts-et-Chaussées le fit connaître du célèbre Perronet, qui ne tarda pas à distinguer en lui le germe des grands talens qu'il de'veloppa par la suite. Il le fit admettre au nombre des élèves, et pendant les cinq années qu'il passa à l'école, Lamblardie remporta le prix dans presque tous les concours. Nommé sous-ingénieur en Normandie, alors théâtre des plus grands travaux de l'art, il-s'y distingua par des observations neuves et profondes sur l'établissement et la direction des jetées dans les ports sujets aux alluvions. Le mémoire qu'il publia à ce sujet le fit connaître sous les rapports les plus favorables, et lui mérita la confiance du gouvernement qui le

BIOGRAPHIE. Li65

chargea des travaux à faire dans les ports de Dieppe, du Havre et de T réport. Ce fui lui qui imagina les moyens aussi simples qu'ingénieux de tenir les bàtimcns à flot dans les ports d'assèchement sans le secours des portes, idée qu'il développa dans un mémoire spécial. Occupé du perfectionnement des portes-tournantes, il en fit l'objet d'un autre mémoire non moins intéressant. Enfin on n'oubliera point que ce fut au génie inventeur de Lamblardie qu'on fut redevable de l'écluse de Dieppe, la plus grande que l'on connaisse, et du pont-à-bascule qu'il a fait construire sur l'écluse neuve qui sépare les deux bassins. Ce dernier travail a donne lieu à un mémoire dans lequel il présente de la manière la plus lumineuse toute la théorie des ponts mobiles.

Ingénieur en chef du département de la Somme, il fit sur la navigation de cette rivière un mémoire qui contient des observations neuves, et qui donne des preuves nouvelles de la sagesse et de la profondeur de ses vues. On en trouve un extrait dans le Journal des Mines.

Nous avons de lui un cours d'architecture hydraulique, inséré dans l'excellent journal de l'École Polytechnique, années 1 79^ et 1796.

Perronet, malgré les obstacles qu'il eut à surmonter, parvint à lui faire obtenir le brevet d'inspectcur-général , grade indispensable pour qu'il pût erre son adjoint et son successeur à la direction des Ponts-et-Chaussées. Il l'obtint en effet , en 1794» après la mort de Perronet, son protecteur et son ami.

Les nombreux travaux de Lamblardie, son incroyable activité avaient insensiblement épuisé ses forces. Il mourut le 6 frimaire an VI (26 novembre 1797). S'il fut recommandable par l'étendue de ses connaissances, surtout dans la partie hydraulique, il ne le fut pas moins par sa probité et son désintéressement. Il porta si loin la sévérité de ses principes à cet égard, que, malgré les emplois importans dont il fut revêtu, il a laissé sa famille dans un état voisin de l'indigence.

2Ô6 HISTOIRE DE TOURÀWE.

LANDOIS (Pierre), né à Tours, d'un chaussetier ou marchand de bas, suivant Nicole Gilles et Bouchet, et selon d'autres, fils d'un tailleur de Vitré, fut trésorier principal, ministre et favori de François II, duc de Bretagne, sur lequel il prit un ascendant pareil à celui qu'Olivier Le Dain exerçait sur l'esprit de Louis XI. Comme lui, et bien plus qttelui il abusa de son crédit, s'attira la haine de toutes les classes de l'État , et eut une fin aussi funeste.

Au lieu de se faire pardonner son extraction par les vertus qui convenaient au poste où il était élevé, il crut se mettre au niveau dés grands en affichant envers eux l'insulte et le mépris. Mais il fallait du moins se concilier le peuple, et c'est ce qu'il ne sut pas faire. Il ne manquait cependant ni de talens ni d'hdbileté dans les affaires , et il en donna des preuves dans le projet qu'il conçut de faire restituer la couronne d'Angleterre à Henri de Richement, depuis roi sous le nom de Henri VIL Mais peu de temps après il eut la lâcheté de se vendre au féroce Richard III pour lui livrer ce même prince, qui fut informé de cette trahison assez à temps pour se sauver à traversiez bots, et pour gagner la ville d'Angers.

Landois, au plus haut degré de sa faveur, fit arrêter le chancelier Chauvin eh 1484. C*étnit l'un des hommes les plus vertueux qui fussent en Bretagne, et par conséquent l'un de ceux dont il atfait le plus h redouter la probfté sévère. N'osant pas s'exposer aux hasards d'une procédure, quoique dans tous les temps et dans tous les pays on ne manque pas de juges complaisans et de commissions vénales pour qui la justice ne consiste que dans les ordres qu'on leur intime, il trouva pins sûr et plus expédient de le faire périr en prison où l'on eroit qu'il mourut de faim. Les gardiens du chancelier, eraignant qu'on ne les accusât de l'avoir assassiné , exposèrent son corps dux veux du peuple que ce spectacle révolta. Les Bretons indignés foi nièrent le projet d'enlever le favori ; mais soit qu'il en eût été instruit , soit qu'on eût mal pris ses mesures, le complot échoua. Landois voulut en poursuivre les auteurs ; alors identifiant ses intérêts avec ceux de son

maître il eut recours aux proscriptions, fit dresser des potences et donner des lettres patentes qui déclaraient criminels de lèse-majesté un grand nombre d'officiers et de gentilshommes. Cependant le nouveau chancelier, François Chrétien , eut le courage de refuser de les sceller. La Bretagne était menacée d'une guerre civile; déjà les armées étaient en présence et sur le point d'en venir aux mains, lorsque leurs chefs se rapprochèrent, s'entendirent et firent un accord par lequel ils jurèrent mutuellement la perte du ministre tyran du prince et des sujets.

Le duc était alors à Nantes avec son favori. Le peuple de cette ville, instruit de ce qui s'était passé entre les deux armées , se porta en foule dans le palais du duc demandant à grands cris qu'on lui livrât l'ennemi commun. En vain le vicomte de Narbonne essaya-t-il de calmer cette multitude , il ne s'en retira lui-même qu'avec beaucoup de peine.

A la sollicitation du peuple, le chancelier vint demander au duc de permettre qu'on arrêtât Landois, et qu'on lui fit son procès. François s'en défendit d'abord : ««Comment, chan- «1 celierî dit-il, pourquoi veut donc mon peuple que le pre— « niez? quel mal a-t-il fait? »Mais enfin il céda à la nécessité, et le livra lui-même en faisant promettre au chancelier quil ne lui serait fait que justice ; ce que celui-ci n'eut pas de peine à promettre. Elle lui fut faite effectivement. Son procès fut instruit; il fut condamné à être pendu, et fut exécuté, le ig juillet 1 485 , avant même que le due eut eu connaissance de la sentence, car il s'était expliqué que. quelque cas qu'il eût commis, il ne voulait pas qu'il mourût. Lorsqu'il apprit son exécution il en témoigna beaucoup de douleur; mais la joie publique dut lui faire honte de sa faiblesse et de son aveuglement.

L'année précédente Olivier Le Dain avait expié à Montfaucon, par le inèine supplice, les richesses et les honneurs dont il avait été 1 omble par LoujsXI; maison le condamna pour des crimes imaginaires, au lieu que la mort du chancelier Chauvin et celle de Jacques de L'Espinay, évêque de

Hernies, cassent suffi pour rendre légitime celle de Landois, quand bien même elle ne l'eût pas été déjà par son oppression, ses dépradalions et par tous les actes arbitraires qui peuvent rendre un ministre coupable et un favori odieux.

Si, comme il est probable, la Tourainc est véritablement le lieu de sa naissance , il est le second favori de cette espèce auquel elle ait donné le jour. Je dis le second, car il n'est pas raisonnable de mettre sur la même ligne que Pierre De Brosse et Pierre Landois, l'infortuné Jacques de Beaune de Semblançay, quoiqu'il ait fini de la même manière.

LANGLOIS ( PfERRE ) , sieur de Bclestat, né en Tourainc à quelques lieues de Loudun, versi53o. Il est connu par un ouvrage intitulé : Discours des hiéroglyphes égyptiens, emblèmes, devises, armoiries, ensemble cinquaute— quatre tableaux hiéroglyphiques pour exprimer toutes conceptions, à la façon des Égyptiens , par figures et images des choses au lieu de lettres, avec plusieurs interprétations des songes et prodiges; dédié à M. Huraut de Chiverny, gouverneur du Loudunois; Paris, Abel Langelier, i583, in-8.

Il eût fallu, pour traiter un pareil sujet, beaucoup plus d'érudition et de critique que l'auteur n'en montre dans cet ouvrage .

I. LA NOUE (Martin de), maître ès-arts et professeur d'arithmétique en l'université d'Angers, né à Tours en 162C1. Il est auteur d'un livre qui a pour titre : l'Art de Vérifier, où sont enseignés les véritables moyens de découvrir la fausseté des écritures ; Nantes , 1682 , in-8. Cet ouvrage renferme des principes solides autant qu'il est possible d'en avoir sur une matière aussi conjecturale. L'auteur distingue quatre sortes de faussetés en écriture : i° le déguisement volontaire; 2° l'imitation naturelle ; 3° l'imitation artificielle; 4° l'enlèvement. Il enseigne ensuite les moyens de s'en garantir par l'encre , les marques du papier , les attaches des feuillets , la ponctuation et autres moyens semblables dont il n'est pas difficile de reconnaître l'insuffisance. On a encore de lui deux autres traités : l'Arithmétique abrégée , Angers, 1668, iu-8,

et les OEuvres secondes d'Arithmétique abrégée, Nantes, 1671 , in-8.

Il est mort à Angers en 1696.

II. LA NOUE (Stanislas-Louis de Véko de), comte de Vair, né au château de Nazelles, auprès de Chinon, en 1729, fut l'un des militaires les plus distingués du milieu du dixhuitième siècle, dont la fin a été si féconde en ce genre; et l'on est fondé à croire que le comte de Vair se fût placé à côté des plus grands capitaines si le sort des armes lui eût permis de" fournir une plus longue carrière. 11 donna des preuves nomhreuses de sa bravoure et de ses talens militaires dans les guerres de 1 7^1 et de 1756. Ce fut pendant cette dernière qu'il obtint le commandement d'un corps de seize cents volontaires, à la tète desquels il se signala par plusieurs exploits qui lui assurèrent la réputation d'un officier aussi entreprenant qu'habile. Mais en 1760 il fut tué dans une affaire qui eut lieu ù Saxen-Hauseo , faubourg de Francfort, de l'autre côté du Mcin. Lorsque Louis XV apprit la nouvelle de sa mort, « Je viens, dit-il, de perdre un homme qui serait « dcvenule Laudhon delà France. *> Il avait en effet beaucoup des qualités de ce célèbre général autrichien , et comme lui possédait au plus haut degré l'estime et la confiance de ceux auxquels il commandait. Il joignait à la pratique du métier des armes des connaissances théoriques qu'il a développées dans son ouvrage intitulé : Nouvelles Constitutions militaires avec une tactique adaptée à leurs principes; Francfort (Paris), 1 760 , in-8 avec 20 planches.

Il était le cinquième de six frères qui tous ont porté les armes avec distinction , et de la même famille que le fameux La Noue surnomme Bras-de-Fer.

Le vicomte de Toustain , major de cavalerie, a écrit sa vie sous ce titre : Précis historique sur le comte de Vair, commandant les volontaires de l'armée; Rennes, 1782, in-8.

LA REBERTER1E (Jeax de), avocat au parlement et professeur de droit aux écoles de Paris, né à Loches en i5i7, étudia à l'université de Bourges , sous le célèbre jurisconsulte

J>70 niSTOIRE DE TOURA.INE.

François lcDouarin, et fut ensuite le précepteur d'Anne de Joyeuse, fils aîné de Guillaume duc de Joyeuse , gouverneur de Languedoc. Quand il eut fini cette éducation il vint habiter Paris, où il enseigna long— temps le droit, sur lequel il a écrit plusieurs livres. Le premier qu'il publia fut son traité du Délai , de l'Intérêt et de FUsure ; les deux autres sont des ouvrages purement élémentaires ou classiques. En voici les titres : i° Opus de Moràquo Jurisconsultorum bac de re senlentia et mens explicantur. Huic accedit de co quod interest cl de usuris disputatio; Parisiis, Frid. Morelli, 1567 , in-4« Il est dédié à Pierre Bruslart, intendant de Tours; i° Joanuîs à Heberteria , Turonensis jurisconsulti et in Parisiensi academia legum professorc, ïopicon libri IV; Parisiis, Bartb. Morel , i58o, in-8. Ce traité, qui ne contient que lo5 feuillcls, est dédié à Henri III ; 3° Joannis à Rebcrteriâ, etc., disputationum juris libri IV in libros inslitutionum imperatoriarum; Paris. , Baltbasar Morel , i58o, in— 8. Celui-ci est dédié à son élève, Anne de Joyeuse , et contient 1 i4 feuillets. L'auteur est mort vers 1590.

LA SALL1L ( Antoine de), Louis Gollutle fait Franc-Comtois; dom Iloussault et le rédacteur de l'Almanacb de Touraine le font naître à Tours. Dans l'incertitude je n'ai point vu d'inconvénient à adopter l'opinion de ces derniers.

Il naquit, selon toute apparence, vers le commencement du quinzième siècle, puisque son livre intitulé la Salade a été écrit vers l44°- ^ paraît qu'il fut secrétaire de Jean d'Anjou duc de Calabre et de Lorraine, fils de René roi de Sicile, et que même il fut chargé de son éducation , ainsi qu'il le laisse entrevoir dans la dédicace qu'il lui fait de ce même ouvrage.

Nous en avons plusieurs de lui : i° l'Histoire plaisante et chronique du petit Jehan de Saintré et de la jeune dame des Belles Cousines sans autres noms nommer, avec l'histoire de Floridan et de la belle Ellinde , et un extrait des Chroniques* de Flandres; Paris, Michel Lenoir , i5ï 7 , petit in-fol. Cette chronique qui eut long-temps beaucoup de vogue, n'est qu'un roman qui ne contient qu'un très-petit nombre de faits vrai-

ment historiques, mais dans lequel on trouve cependant quelques détails qui peignent assez bien les mœurs du temps de Saintré, dont l'auteur n'était éloigné que d'un siècle tout au plus. Elle a été réimprimée plusieurs fois à Paris, eni525,chez Ph. Lenoir, in— 4 ; en 1 5x8, chezJ. Trepperel, in-8; en 1 553 , chez Bonfons, in-4» Geulette en a donné une éditiou avec des notes; Paris, Saugrin, 1724, in-i2,3 vol. Enfin le comte de Tressan l 'a rajeunie et abrégée de manière à en rendre la lecture plus agréable ; 2* Cérémonies observées au sacre et couronnement des rois de France et à la création des nouveaux ducs, comtes, marquis et autres; Paris, Lenoir, ^27, in-8. Cet ouvrage a été effacé par celui que le conseiller Ménin a publié en 1723, 1 vol. in-12; 3° la Chronologie et Généalogie des comtes d'Anjou de la maison de France qui furent roys et roynes de Sicile depuis Charles frère du roy saint Louis, comte d'Anjou, de Provence et du Maine; Paris, 1 5i 7, in-4. Ces deux derniers ouvrages se trouvent aussi dans celui qui suit; 4° 1° Salade, laquelle fait mention du tous pays du monde , etc. ; Paris , Philip. Lenoir, 1527, in-fol. Le nom de Salade a été donné à ce recueil relativement à la diversité des objets qu'il contient, ou, suivant la remarque de LaMonnoie, probablement par allusion au nom de l'auteur. On y trouve entre autres les traités suivons : i° Chroniques abrégées de très-excellcns princes les comtes de Normandie qui par leurs reluisantes prouesses furent les premiers roys du royaume de Sicile; 2° noms des nobles qui vinrent à la eonquestc avec Charles d'Anjou comte de Provence, plus ceux que ce prince et ses successeurs ont faits seigneurs; 3° les Serimonies et Ordonnances qui se appartiennent à gaige de bataille faietpar querelles suivant les constitutions faictes par le bon roy Philippe de France; 5° la bibliothèque du roi a encore de lui en manuscrit sous le n° 745 1 : Déclaration de Noblesse et choses qui lui appartiennent, et comment on doit faire Blazons.

On estime qu'il vivait encore vers i4ô\>, temps auquel

27a HISTOIRE DE TOURAINE.

Louis XI, alors dauphin, était en Brabant, puisque la cinquantième des Cent Nouvelles nouvelles est mise sous son nom. « Nouvelle racontée et dite par Antoine de La Salle d'un père « qui voulut tuer son 61s, etc. »

Au surplus si La Salle reçut des bienfaits de la maison d'Anjou, il s'en montra reconnaissant dans ses écrits , qui, pour la plupart, ont son illustration pour objet.

LA SAUVA GÈRE (Félix François Le Roter de), des académies de Munich, de Hesse-Cassel , d'Angers, etc. , né en Touraine le 5 octobre 1707, servit d'abord dans le régiment de Champagne infanterie. II était déjà capitaine quand il quitta cette arme pour entrer dans celle du génie militaire à laquelle il était préparé par ses études précédentes et par un goût déterminé pour les sciences exactes. Parvenu au grade de colonel directeur, il se retira du service pour se livrer tout entier à l'étude des antiquités qui avait toujours été l'objet de ses occupations favorites.

11 était propriétaire de la terre des Places près Chinon ; ce fut là qu'il observa les coquillages fossiles qui se trouvent dans la pièce d'eau de cette maison , et qu'il crut remarquer qu'ils se reproduisaient par une végétation spontanée, système qu'il a établi dans un mémoire d'une trentaine de pages qui n'a convaincu personne de la réalité de ce phénomène. Il est en effet assez difficile de supposer la préexistence d'une infinité de coquilles de tant d'espèces différentes, sans admettre préalablement celle des vers qui les contournent suivant les formes de leurs individus. Il en est de même du fossile qui suppose toujours un analogue vivant. Le savant Vallisnieri dans son traité : De* corpi marini cke su monti si Irovano , est bien plus réserve' dans ses conjectures.

Ses recherches sur les antiquités prouvent plus de sagacité, et quoique sur certains points on ne puisse pas toujours être de l'opinion de l'auteur, on n'en rend pas inoins justice à ses connaissances et à son esprit d'observation. Ces qualités se remarquent principalement dans la description

qu'il a donnée des deux caisses de momies qui se trouvaient au château d'Ussé et dont Court de Gcbelin a tenté d'expliquer quelques caractères hiéroglyphiques.

Toutes les dissertations de La Sauvagèrc ont été réunies dans deux volumes, l'un in-4, Pautre in-8. Le premier a pour titre : Recueil d'Antiquités dans les Gaules , enrichi de planches et figures , pians , vues, cartes topographiques ; ouvrage qui peut servir de suite aux antiquités de feu M. le comte de Caylus; Paris, Hérissant, 1770 , in-/{. Cet ouvrage, en effet, forme assez ordinairement le huitième volume des antiquités de Caylus. Il contient : i° les recherches sur les ruines de Saintes; 2° sur quelques antiquités des environs de Tours ; 3* sur la Pile de Saint-Mars ; 4° sur le brique tage de Marsal ; 5° sur quelques Antiquités des environs de Vannes ; 6° sur l'ancien Bablia ; 70 sur les deux caisses de momies. Le second est intitulé : Recueil de Dissertations ou recherches historiques et critiques, etc.; Paris, veuve Duchesne , 1776, in-8, fig. Ce volume se compose des articles suivans : i° Recherches sur le Qœsarodunum des Turones, le tombeau de Turnus, le camp de César et les Ponts-de-Ce'; 2* Recherches sur un camp romain à deux lieues au-dessous de Saumur; 3° mémoire sur la végétation spontanée des fossiles et sur les falunières de Touraine. En général toutes ces dissertations sont plus recommandables par le savoir que par le style, que l'auteur aurait pu soigner davantage.

Il parait que La Sauvagère s'était occupé d'écrire l'histoire de la Touraine pour laquelle il avait rassemblé beaucoup de matériaux ; mais peut-être attendait-il pour les mettre en œuvre le résultat d'une souscription qu'il proposa en 1781 , et dont le peu de succès le détourna sans doute de son projet. \ oici le prospectus qu'il publia dans le temps : Histoire ecclésiastique et civile de la province de Touraine depuis la conquête des Gaules par les Romains jusqu'au siècle de Louis XVI , enrichie de pièces justificatives; Angers, Marne, 1781 , in-^. D'après ce prospectus, qui est tout ce qui en a paru, l'ouvrage devait former un gros volume in-4- H en

avait précédemment publié un autre par lequel il annonçait également l'histoire de Chinon, qui devait être intitulée: Recherches historiques sur la Touraine, et histoire civile, ecclésiastique et critique de la ville de Chinon ; Paris, veuve Hérissant, 1773, in-4. Cette histoire aurait formé trois vol. in-4 de 700 pag. chacun. Elle n'a point été imprimée; mais le manuscrit existe , dit-on , entre les mai us de ses héritiers. Ces trois gros volumes pour l'histoire de Chinon seulement, lorsque celle de la Touraine n'en devait former qu'un, seront probablement un préjugé contre la publication de cet ouvrage qui, restreint dans de justes bornes, aurait pu être accueilli favorablement.

Cet auteur est mort dans sa terre des Places , commune de Savigny en Véron , le 26 mars 1781 , âgé de soixante-quatorze ans. On a prétendu qu'il était né à Strasbourg ; mais il semble lui-même ne laisser aucune incertitude à cet égard. Voici comme il s'en explique dans le prospectus de l'histoire de Chinon dont il vient d'être parlé. « J'en dois donc « l'exécution, je le répète, à ces loisirs de ma retraite dont u j'offre avec plaisir les fruits à cette patrie qui m'est chère, u m'acquittant ainsi d'une dette pour laquelle j'ai pris des « engngemens. »

LASSERÉ (Louis), chanoine et granger de l'église de Saint-Martin de Tours, né en cette ville vers 1480, fut nommé, en 1 5 j<>. grand— maître du collège de Navarre, fondé dans l'université de Paris. Son savoir l'avait fait appeler à ces fonctions; sa piété et sa bienfaisance le firent choisir pour occuper la cure de Saint-Benoit de Paris. Jacques Merlin ,: cure de Montmartre, célèbre théologien, contemporain de Lasser c, en parle avec beaucoup d'éloges dans son apologie d'Oigèue, et dit qu£ c'était l'homme de son temps qui s'était rendu le plus recommandable par son érudition et par ses vertus. II fut aussi chanoine de Notre-Dame de Paris.

IJ a laissé plusieurs ouvrages ascétiques et biographiques: i° l'Explication de l'Oraison dominicale, de la Salutation augélique et du Symbole des Apôtres; Paris, i532, in-12;

2° Traité du Sacrement de l'autel; 3° les Cérémonies de la Messe à l'usage des religieuses de Fontevrault ; 4* un recueil d'Épîtres latines ; 5° la Vie de monseigneur saint Jérôme , Paris, i528, in-4; 6° la Vie de sainte Paule; 7° la Vie de saint Louis; Paris, i54i , in-4. ^cs trois derniers ouvrages ont été réunis en un seul vol. in-4; Paris, i588. Ses Vies de saint Jérôme et de saint Louis sont encore estimées, et ne sont pas sans mérite.

Il mourut le 6 septembre i546 et fut enterré dans le chœur de l'église du collège de Navarre.

LATERON (Mathieu), imprimeur. Ses presses n'ont eu aucune célébrité, et l'on n'en fait ici mention que parce qu'il est le premier et même le seul qui ait imprimé à Tours dans le quinzième siècle. On ne connaît de lui que : la Vie et Miracles de monseigneur saint Martin; Tours, Mathieu Lateron , 7 mai 1496 , petit in-fol. Cette édition est extrêmement rare; la bibliothèque du roi en possède un exemplaire sur vélin.

Maittaiie, dans ses annales typographiques, a cru que Tours avait été la première ville de France où l'on eût commencé à imprimer dès avant l'année i470» H » été trompé en cela par la souscription de cet ouvrage de François Florius, Florentin, qui habitait la ville de Tours. « Francisci « Florii Florenlini de duobus amantibus lîber féliciter expiea lus est Turonis ; cditus in domo domini Guillermi archie— « piscopi turonensis pridie kalendas januarii , anno domini « millesimo quadringentesimo sexagesimo septimo (1467). » Mais il est bien reconnu maintenant que non-seulement cette édition est bien postérieure à l'année 1 4^7 > niais encore qu'elle n'a point été imprimée à Tours, et que les mots expletus et editus indiquent seulement que l'ouvrage a été composé et achevé à Tours en 1 4^7 dans la maison de Guillaume Larchevêque, des barons de Semblançay et de Saint- Christophe.

On voit par leBreviarium sancti Martini, in-iG, que Late-

276 HrSTOIRE DE TOUR AINE.

ron imprimait encore à Tours en 1 5 19. En i5o8 il avait imprimé le Missel de Marmoutier, in-fol.

I. LE BLANC (Pierre de La Baume), deuxième du nom, d'une ancienne famille de la Touraine, né vers Tan ]3^5, servit avec distinction sous Charles VII. Ayant été chargé par le duc de Bourbon de défendre les rives de l'Allier contre les Anglais et les Bourguignons , il se conduisit avec tant de bravoure et de prudence que, suivant un ancien titre, « il ne perdit aucune chose qui lui avoit été baillée en garde, « et ne purent jamais lesdits Bourguignons et Anglois prendre « aucune place ni maison forte de la charge dudit capitaine. » Il commanda l' arrière-ban de la province en 1428 , ravitailla Cufh, dont il contraignit les ennemis à lever le siège, et commanda, en 1 4 29 ? Pavant-garde à la prise de Saint-Pierre-le- Moutier. On Py vit planter son étendart sur les bords du fosse, monter le premier à Passaut, et quand la place fut rendue , il y entra le premier avec la Pucelle d'Orléans.

On ignore en quel temps mourut ce brave capitaine. II fut Parrière-grand-père de Laurent Le Blanc qui fit l'acquisition de la terre de La Vallière. Ce dernier était l'aïeul de Jean Le Blanc , qui , au moyen de l'extinction de la branche aînée, obtint, en i635, l'autorisation de prendre le nom de La Baume-le-Blanc , quoique la terre de La Baume fût passée dans une autre famille.

II. LE BLANC (François de La Baume), seigneur de La Vallière , chevalier de Malte , de la même famille que le précédent, né au château de La Vallière en 1609, de Jean, cinquième du nom, baron de La Maisonfort, lieutenant pour le roi des ville et château d'Araboise.

Son admission dans l'ordre de Malte fit qu'il porta les armesde fort bonne heure et sa réputation militaire fut également précoce. Le grand-maître et la république de Venise tentèrent inutilement de l'attirer à leur service, il voulut se consacrer entièrement à celui de sa patrie. Son avancement fut aussi rapide que ses succès avaient été brillans. A vingt-

six ans il était déjà maréchal de bataille , et Louis XIV venait de le nommer lieutenant-général des armées lorsqu'il fut tué, en i644> au siège de Lérida.

Jaloux d'approfondir l'art militaire jusque dans ses moindres détails, il avait composé une espèce de tactique qu'i). intitula le Général d'Armée , dont il envoya le manuscrit au baron de Penacors son ami, pour le présenter au cardinal Vautrin, auquel il l'avait dédié. Mais, par un événement assez singulier et qu'on ne peut guère attribuer qu'à un abus de confiance, ce livre fut rendu public sous le nom du maréchal de Biron avec le titre de Maximes de Guerre. Cependant , après la mort du chevalier de La Vallière , sa famille s'empressa de restituer à sa mémoire l'honneur qui lui appartenait, et l'ouvrage fut imprimé sous son titre primitif du Général d'Armée; Paris , Loyson , 1667 , avec un avertissement contenant les motifs de cette restitution. C'est à tort que quelques-uns en ont fait deux ouvrages différens. On s'est trompé également en disant que son père était mort au siège d'Ostende , qui fut pris en 1609. François n'était pas né à cette époque. Le Laurent de, La Vallière qui y fut tué était son oncle et ne ' * fut jamais marié; son père d'ailleurs se nommait Jean.

IILîLE BLANC (Gilles de La Baume), abbé de La Vallière^frère du précédent, était le cinquième fils de Jean , cinquième du nom ; il naquit en 1616 au château de La Vallière , fut d'abord chanoine de Saint-Martin de Tours et ensuite nommé à l'évêché de Nantes. Il eût pu facilement employer la faveur de sa nièce, la duchesse de La Vallière, pour obtenir un archevêché, mais sa modestie et sa piété lui interdirent toute espèce d'ambition. Il se contenta de sou évêché dont il se démit en 1677, tro*s ans aPr^s ^a retraite de ta nièce, et mourut à Tulle le 10 juin 1709, âgé de qualre-vingt-treize ans, avec la réputation d'un prélat non moins recommandable par son savoir que par ses vertus. On a de lui un livre de dévotion intitulé : la Lumière du Chrétien , imprimé à Paris en 1681 , et réimprimé à Nantes, 1693, a vol. in-12.

L'un de ses frères, Jacques de La Raume-Ie-Blanc , jésuite est mort aux Indes occidentales où il était allé en qualité de missionnaire, et Élisabeth, la plus jeune de ses trois soeurs, se fit religieuse au couvent des Ursulines de Tours.

IV. LE BLANC (Françoise-Louise de La Baume), duchesse de La Vallière, née à Àmboise au mois d'août i645, de Laurent, baron de La Maisonfort, seigneur de La Vallière, Boissay et Reugny , lieutenant pour le roi des villes et château d* Amboise , et de Françoise , fine de Jean Le Prév ôt, chevalier de Saint-Lazare, chambellan du duc d'Alençon.

Il n'est aucune des favorites de nos rois qui se présente dans l'histoire sous un aspect aussi intéressant. Née bonne , douce et sensible, incapable d'intrigue et par conséquent peu faite pour le théâtre de la cour, La Yallière s'y vit cependant placée dès l'âge de quinze ans , et s'y fit remarquer par ce caractère aimable , égal et prévenant qu'elle conserva toujours , et qui faisait dire à madame de Sévigné ; On n'en fera plus sur ce moule-là. Louis XIV était alors à peine âgé de vingt-deux ans, et La Vallière l'aima avec autant de bonne foi et de naïveté qu'elle aurait aimé un simple particulier. Comme l'amour se déguise difficilement, ses compagnes l'en raillèrent, et ce furent ces plaisanteries même qui firent connaître au roi les sentimens de La Vallière. Quoiqu'elle ne fût pas précisément belle , et que son plus grand charme fût celui de la jeunesse, son eutretien, sa douceur, sa modestie lui plurent, et comme nous nous défendons difficilement d'aimer ceux qui nous aiment, il conçut pour elle une inclination que l'attrait du mystère ne 6t qu'accroître encore chez les deux amans. Elle avait été placée par les amis que sa mère avait à la cour, en qualité de fille d'honneur chez Madame, belle-sœur du roi; ces sortes d'emplois étaient ambitionnés par les parens, dans l'espoir d'un mariage avantageux pour leurs filles, et tel avait été le projet de la mère delà jeune La Vallière. Le roi, plein de son amour naissant, mais n'en voulant rien faire connaître, redoubla de soins auprès de Madame; ses visites dès ce moment devinrent beau-

coup plus fréquentes , et comme il n'en laissait pas apercevoir le motif, on les attribua à une inclination pour Madame, qui ellé-même y fut trompée quelque temps. Un commerce secret de lettres et de petits soins s'établit entre les deux amans depuis la fiu de 1602 jusqu'au commencement de 1664. Pendant ce temps La Vallière fut l'objet caché de ces fêtes où le monarque déployait une magnificence et une galanterie dont la cour n'avait point encore offert d'exemples. Ce fut pour l'une de ces fêtes que Molière composa la Princesse d'Élide , et dans une autre le roi voulut qu'on jouât les trois premiers actes du Tartuffe qui n'était pas encore achevé, anecdote qui prouve quelle sage lenteur ce grand homme mettait daus la composition de ses chefs-d'œuvre, puisque, même pour complaire au monarque , il ne se hâta point d'achever celui-ci.

Cependant en 1664 le voile du mystère fut déchiré par un événement qui pouvait avoir un résultat tout différent si le roi n'eût pas été véritablement amoureux. Madame n'avait pas été long-temps sans deviner le véritable sujet de ses visites. Elle en instruisit les deux reines, qui firent un jour éprouver à La Vallière quelques mortifications assez vives. Dans l'excès de la douleur qu'elle en ressentit, elle se retira au couvent de Chaillot , avec le projet de s'y ensevelir; mais aussitôt que le roi en fut instruit , il alla lui-même la chercher, et la ramena à Paris, où il lui fit meubler un hôtel, et dès ce moment elle fut maîtresse en titre. Peut-être n'y eûtelle jamais consenti si l'amour-propre blessé ne se fût joint à l'amour pour surmonter sa délicatesse.

Ce fut pendant le cours de sa faveur que l'on fut à même déjuger de toute la candeur de son arac. Étrangère à toutes les tracasseries de cour, plus étrangère encore aux affaires de l'état sur lesquelles les femmes n'ont que trop souvent une influence dangereuse; ne demandant rien, ne desservant personne , 'obligeant tout le monde, elle était tout entière concentrée dans son amour pour le roi ; car c'était une véritable passion à laquelle l'ambition n'avait jamais eu de part, et elle'le fit bien voir par la suite. Il ne paraît pas même

280 HISTOIRE DE TOCRAINl-.

qu'elle ait cherché à répandre sur sa famille ni les dignités ni les richesses, et l'on ne peut assez admirer son désintéressement, qu'elle porta jusqu'à laisser ignorer au roi qu'elle avait un frère, Jean-François, qui servait dans les cadets. Il n'en eût peut-être jamais été informé si un jour ce jeune homme, dans une revue, n'eût souri à sa sœur avec cet air d'aisance qui annonce la familiarité. Louis XIV ayant voulu savoir quel était ce jeune militaire, La Vallière, pour calmer ce mouvement de jalousie, qui au fond devait la flatter; fut obligée de lui déclarer que c'était son frère , et ce fut là la seule cause et le principe de son avancement.

Le 2 octobre 1666 elle fut mère d'une fille nommée Marie- Anne, ou mademoiselle de Blois, légitimée en mai 1667, qui épousa depuis Louis-Armand, prince de Conti, dont elle n'eut point d'enfans. Elle mourut en 1739, et par sa mort le duché de La Vallière passa au fils de Jean-François dont il vient d'être parlé, mort au mois d'octobre 1679.

Louis de Bourbon , comte de Vermandois , son second enfant, vit le jour en 1667, et fut légitimé le 22 février 1669. Il est mort le 18 novembre i683. Ce fut à cette occasion que sa mère, qui était alors carmélite, dit : Je dois pleurer sa naissance encore plus que sa mort. Il e&t un de ceux qu'on a prétendu être l'homme au masque de fer , pour avoir , diton , donné un soufflet au dauphin; mais cette anecdote controuvée se réfute par son absurdité.

Voltaire a donné à la duchesse de La Vallière un premier fils du même nom de Louis de Bourbon , né le 27 septembre i663 ; mais ce fait semble dénué de preuves et même de vraisemblance, car, en i663, ainsi qu'il en convient luimême, l'amour du roi était encore un secret, ce qui n'eût pu être si La Vallière eût déjà été mère. Ce fut en 1667 (îue les terres de Va u jour , de La Vallière et de Saint-Christophe furent réunies pour en former un duché sous l'appellation de La Vallière.

L'inconstance naturelle du roi ne permit pas que la faveur de sa première maîtresse fût de longue durée. Dès Tannée

1669 elle s'aperçut de l'empire que prenait sur l'esprit du monarque la marquise de Montespan , qu'elle avait admise dans sa société, et qui ne négligeait rien pour la supplanter. En vain Louis XIV, en voyant ses agaceries , disuit-il à La Vallièrc : « La marquise voudrait bien que je l'uimasse, « mais je n'en ferai rien. » Il finit par l'aimer ou du moins par en faire sa maîtresse. Il rompit ouvertement en 1670 , lors du voyage de Flandres où madame de Montespan parut avec tout l'éclat et les distinctions attachées au titre qu'elle venait d'acquérir. La Vallière supporta cette disgrâce avec une résignation et une douceur angéliques. Elle se contenta seulement, dit-on, d'envoyer au roi ce sonnet que Benserade, à ce que l'on croit, avait fait pour elle.

Tout se détruit, tout passe, et le cœur le plus teudre Ne peut du même objet se contenter toujours. Le passé n'a point eu d'éternelles amours, Et les siècles suivans n'en doivent point attendre.

La constance a des lois qu'on ne veut point entendre : Des désirs d'un grand roi rien n'arrête le cours : Ce qui plait aujourd'hui déplaît en peu de jours ; Son inégalité ne saurait se comprendre.

Tous ces défauts, Louis, font tort à vos vertus. Vous m'aimiez autrefois , mais vous ne m'aimez plus : Mes sentimens, hélas! diffèrent bien des vôtres, j

Amour! à qui je dois et mon mal et mon bien, Que ne lui donniez- vous un cœur comme le mien? Ou que n'avez-vous fait le mien comme les autres?

Mais les reproches, même les plus tendres, étaient un faible moyen de ramener un cœur déjà détaché. Elle se résigna et vécut encore à la cour quelques années sans laisser apercevoir les moindres traces de dépit ou de ressentiment, même envers sa rivale dont la prodigalité, l'humeur impérieuse et bizarre formaient un étrange contraste avec la conduite qu'elle avait tenue.

28a histoire de touraine.

Les amcs aimantes et sensibles ayant 'en général un penchant naturel vers la dévotion , la duchesse de La Vallière , désabusée facilement du prestige des grandeurs qui ne l'avaient jamais trop éblouie, forma dès ce moment le projet de se retirer du monde. Elle entra au couvent des Carmélites de Paris le 2 juin 1674» et fit profession, le 4 j«in 1675, sous le nom de soeur Louise de la Miséricorde. Le lendemain la teine voulut lui donner elle-même de sa main le voile noir. $i une pareille résolution eût suivi immédiatement sa disgrâce, on eût pu en attribuer la cause au dépit; mais elle s'y fortifia pendant l'espace de quatre ans sans en rien faire - paraître. Au surplus, elle nous a peint en deux lignes la trempe de son aine et la teinte de sa piété. « Je sens , écrivait- « elle à un ami, que l'amour de Dieu aura plus de part à a mon sacrifice que la crainte de ses jugemens. » Elle porta cependant dans sa retraite l'austérité des jeûnes et des mortifications plus loin que ne le comportait une santé assez délicate qu'elles ne firent qu'afFaiblir encore. Elle n'avait voulu être què soeur converse; mais la supérieure s'y refusa. La reine et les dames les plus distinguées de la cour allaient assez souvent visiter l'illustre pénitente. Ces distractions lui firent solliciter son éloignement de la capitale ; mais on ne crut pas également devoir condescendre à son désir. Accablée d'infirmités qu'elle cachait le plus souvent et qu'elle supportait avec une étonnante résignation , elle mourut le 6 juin 1710 , âgée <lc soixante-cinq ans et dix mois.

Elle a composé un petit ouvrage qui a été imprimé avant sa mort sous ce titre : Réflexions sur la Miséricorde de Dieu par une ame pénitente ; Paris et Lyon , 1688 et 1690 , in-16. Ces reÛcxions , au nombre de vingt-quatre , portent l'empreinte du oaractère de leur auteur. C'est l'effusion d'une ame sensible et craintive qui s'exagère ses fautes sans désespérer du pardon. « Oui, seigneur, dit-elle, j'écris de ma « propre main cet abrégé de vos miséricordes et de la sévé— h rité de vos jugemens sur tous les pécheurs, afin d'y pouvoir

« lire tous les jours l'arrêt de mon éternelle réprobation si

BIOGRAPHIE. a83

« j'abuse davantage de vos bontés, et la certitude de mon « salut et de l'éternelle jouissance de vous-même si je vous « suis fidèle.

On trouve à la fin de quelques éditions : V Amante convertie, ou V illustre pénitente-, par M. B. AC'cst le discours qui fut prononcé à la prise d'habit de la sœur Louise de la Miséricorde, et c'est à tort que la Bibliothèque historique de France , n° i5oo6, assure que c'est l'histoire de la conversion de madame d'Épernon et de son entrée aux Carmélites. Il ne faut, pour s'en convaincre, que lire les passages suivans. «Une « mère plus ambitieuse pour la fortune de sa fille que pour « la conservation de son innocence , trouva les moyens de la « placer à la cour ; mais au moment que cette jeune personne « y est attachée et qu'elle en considère l'éclat , la grandeur « et la gloire, charmée de la douceur et du brillant de sa « nouvelle condition , elle est attirée par la félicité des filles « de cette terre étrangère, comme autrefois le fut Dina , fille « de Jacob, par la beauté des filles de Cananéc, en sorte que « la curiosité l'ayant portée non-seulement à les admirer , « mais encore à les imiter, elle attira, sans y penser, les ' « yeux d'un souverain , comme Dina le cœur du roi de Si- « cbem , et en même temps les affections de son ame et les « désirs de son cœur. » Personne ne doutera, d'après ces lignes, qu'il s'agit ici de la duchesse de La Vallière, 'et non de madame d'Epernon , à qui elles ne peuvent être en rien applicables.

C'est dans ce même discours que l'on remarque ces phrases éloquentes prononcées dans une circonstance dont Louis XIV se fit raconter les moindres détails : « Et néanmoins dans un « si grand nombre de personnes ecclésiastiques et religieuses, « s'en est-il trouvé une assez hardie ou assez zélée pour accu- « série crime, et reprendre le désordre d'une fille chrétienne? « a-t-on vu quelque autre Jonas prêcher la pénitence dans « cette autre Ninive? s'est-il rencontré un Elic pour mena— « ccr une tête couronnée de la vengeance de Dieu si elle dif- «< férait plus long-temps sa conversion ? cet ancien habitant

284 HISTOIRE DE TOITRAINE.

« du désert révéré par Oreb comme son oracle , a-t-il trouvé « quelque successeur de son esprit et quelque imitateur de « son zèle qui ait osé dire à d'illustres coupables, avec une u noble audace : Une vous est pas permis? Non-seulement a toutes les langues qui devaient parler avec un courage « apostolique sont demeurées muettes et létbargiquement as- « soupies; mais au contraire, à la honte du christianisme, « elles ont paru plus disposées, par une lâche complaisance, « à donner des louanges et à rendre des respects , qu'à fora mer des accusations ét des plaintes. » On ne pouvait reprocher à Louis* XIV avec plus de noblesse et de courage l'empire qu'exerçait alors sur son esprit la marquise de Montespau.

A la suite des réflexions sur la miséricorde de Dieu, imprimées chez Dezallier , en 17 12, on trouve le récit abrégé de la vie pénitente et de la sainte mort de madame la duchesse de La Vallière, connue, depuis sa retraite, sous le nom de sœur Louise de la Miséricorde. L'abbé Lcqueux a aussi donné un abrégé de sa vie à la tête de ses lettres; Liège (Paris), 1767, in-12. Nous avons encore sa vie imprimée à Rouen en I742> in-16. Enfin madame de Genlis l'a peinte avec beaucoup de vérité dans son ouvrage intitulé : la Duchesse de La Vallière, qui, comme tous les écrits de ce mauvais genre, participe du roman et de l'histoire sans être ni l'un ni l'autre.

Mignarda fait son portrait, où elle est avec ses deux enfans dont l'un tient un chalumeau d'où tombe une bulle de savon, avec ces mots : Sic transit gloria mundi, et l'on sait que ce sont ses traits qui sont exprimés dans le beau tableau de la Madelaine pénitente peinte par Lebrun. Son portrait a été gravé par Jonglic, Gole, Elisabeth Boucher, Lemoine et autres.

I. LE BRETON ou BRITO, né à Amboise vers la fin du onzième siècle, est un des premiers qui, avec un certain Robert ou Robin, aient écrit l'histoire des ducs d'Anjou et des seigneurs d' Amboise , ou du moins qui aient corrigé et

continué la chronique composée par Thomas Paccius de Loches. Jean, moine de Marmoutier, dont il a été parlé précédemment, dans sa préface des Gestes des comtes d'Anjou, dit précisément qu'il tenait ces détails d'eux-mêmes, ce qui indique que Le Breton était son contemporain. «Et quaedam, « ut vivâ voce ab ipsis audivi , addiderunt. >» Voyez, au sujet de cette chronique, l'article de Paccius. Par un titre de 1 i4<> on voit que'Le Breton était chanoiue de l'église de Tours. 11 vivait encore en 1 i5o.

II. LE BRETON (Jean), seigneur de Villandry , secrétaire de François Ier, sous lequel il remplit quelque temps les fouctions de secrétaire d'état. La Croix du Maine nous apprend qu'il avait écrit des mémoires sur les affaires du règne de François I", et qu'il les avait eus manuscrits entre les mains , d'où l'on peut conclure qu'ils n'ont point été imprimés. On trouve à la bibliothèque du roi un recueil de lettres de Claude Le Breton son fils, relatives au règ*ne du même prince, pendant les années i537 et i538.

Jean Le Breton est mort en i556. Ce fut lui qui fit l'acquisition des terres de Savonnières et de Colombiers décrétées sur Henry Bohier, et qui les réunit à celle de Villandry, dont il fit reconstruire le château. Elle fut érigée en marquisat, en faveur de son petit-fils Balthasar Le Breton, en 1619.

IIî: LE BRETON (Hector), sieur de la Doineterie et de la Chesnaye , maître-d'hôtel du roi Louis XIII, et roi d'armes de France au titre de Mont-Joye-Saint-Denis, né dans la commune de Neuillé, en i583. Sa charge de roi d'armes lui fit diriger ses études vers la science héraldique qu'il ne cultiva pas cependant exclusivement , car nous avons de lui onze chapitres de Salomon qu'il a paraphrasés en vers français ; Paris, i644? in-8; et en outre uu discours sur l'ordre observé à la cérémonie de l'acte de serment fait par le roi Louis XIII à Fontainebleau le 16 septembre 1619, au sujet du traité de paix conclu avec le roi d'Angleterre le 24 avril précédent, revu et corrige par le sieur de Marsillac, garde-

Si86 HISTOIRE DE TOUR AINE.

des-sceaux. Il en est fait mention dans le deuxième volume du Cérémonial de France.

Il a aussi composé plusieurs livres d'armoiries, et il y a de lui , à la bibliothèque du roi , parmi les manuscrits de M. de Gaignières, un mémorial en 1 vol. in-fol. ; mais le plus considérable de ses ouvrages est son instruction aux rois, hérauts et poursuivons d'armes qu'il composa pour François Le Breton son fils, reçu en survivance de sa charge. Il y traite de l'origine des rois d'armes et des hérauts, de leurs fonctions, droits et privilèges aux entrées des rois, aux états-généraux, aux batailles quand le roi s'y trouv e en personne , aux pompes funèbres , aux obsèques des rois , princes et princesses , et aux autres grandes cérémonies, le tout constaté par les extraits de la chambre des comptes et par le témoignage des anciens historiens. Cet ouvrage plein de recherches et de détails curieux aurait mérité d'être imprimé.

Il trouve que la marque distinctive du roi d'armes au titre de Mont-Joye est un bâton couvert de velours violet, semé de fleurs de lis d'or , ayant à l'extrémité une fleur de lis aussi d'or, surmontée d'une couronne fermée; au lieu que ceux des autres hérauts d'armes ne doivent point avoir de couronne ; que lui seul peut porter à son bonnet un cordon dediamans avec une plume blanche; qu'aux proclamations et aux sommations des villes il doit être accompagné de deux ou trois trompettes , et que les autres ne doivent en avoir qu'un seul. Tous ces détails, qui alors pouvaient avoir leur intérêt , seraient assez insipides aujourd'hui ; mais on y en trouve d'autres qui se rattachent à l'histoire. Il y traite aussi des armoiries, des supports, des couronnes , et par occasion, des cerfs ailés qui servaient de supports aux armes de Charles VI. Il prétend que les rois Charles VII et Louis XII s'en sont également servis , avec cette différence que les cerfs de ceux-ci ont chacun une couronne au cou d'où sort une banderolle d'azur semée de France, et qu'au-dessous del'écu de Louis XII il y a un porc-épic.

Ce manuscrit existait a Tours, mais j'ignore ce qu'il est

moGR^piiiE. 287

devenu. Son auteur est mort dans sa terre de la Doineterie vers i652 ou i653.

LECLERC DE BOÏSRIDEAU (Jean), protonotaire du saint*siège, chanoine et grand archidiacre de l'église de Tours, né dans cette ville eu 1610. Il commença sa carrière par occuper une charge de conseiller ou parlement de Metz; bientôt s'étant dégoûté de la magistrature, il revint dans sa patrie, où il embrassa l'état ecclésiastique et parvint aux premières dignités de son église. En 1670, après la mort de l'archevêque Victor Le Bouthillicr dont il était grand-vicaire, il en continua les fonctions par nomination du chapitre , pendant la vacance du siège qui dura près de deux ans. Il se démit, en 1677, de la dignité de grand-<archidiacre dont il avait été revêtu en 1648.

Il a fait imprimer l'histoire de Tobie , i644> l1im^ de 21 1 pag., sans nom de lieu ni d'imprimeur. C'est une paraphrase en vers extrêmement médiocres du livre de Tobie. Nous avons encore de lui une histoire des archevêques de Tours, depuis saint Lidoire jusqu'à Claude de Saint-George en 1687. Elle est en grande partie traduite de l'ouvrage deMaan,son coufrère et grand-chantre de la même église; mais écrite sans goût, sans critique et dénuée d'autorités pour la plupart des faits qui y sont avancés. Ce manuscrit de 822 pog. in-fol. est précédé des éloges en vers de chacun de ces cent quatre archevêques. Voici celui de saiut Perpétue, qui peut faire juger des autres.

Le sort fait succéder à l'oncle le neveu Qui , comme lui, travaille à former le fidèle , Et suivant ce dessein, porté d'un même lèle, Il montre aussi qu'il est brûlé du même feu : Mais son ardeur n'est pas encore satisfaite. Le corps de saint Martin se voit dans un tombeau Qui déplaît à ses yeux , n'étant pas assez beau. L'église de son nom dans Tours alors fut faite; Oui , cette église fut l'ouvrage de Pcrpète.

Voici ce qu'il dit de Sébastien Galigaï que la catastrophe

du maréchal d'Ancre, son beau— frère, empêcha de prendre possession de l'archevêché de Tours auquel il venait d'être nommé :

Cet homme est trop timide , et toutefois il monte

Au rang de nos prélats.

C'est un coup de faveur dont la fortune eut honte ; Aussi fort promptement le remit-elle à bas.

D'après cela, et si l'on se souvient des vers d'Olivier Chéreau, on conviendra que les archevêques de Tours n'ont pas été heureux dans les poètes qui les ont célébrés. A la vérité, il est peu de sujets moins poétiques.

Leclerc de Boisrideau , plus recommandable comme ecclésiastique que comme écrivain, est mort à Tours en 1692, et a été inhumé dans la cathédrale. Il était fils de Nicolle Leclerc de Courcelles, deuxième du nom, lieutenant-général au bailliage de Tours, et de Michel le d'Alesso, nièce de saint François de Paule et du chancelier Pierre de Morvil— liers.

LECOUSTELIER (François), seigneur d'Auzouer, con- « seiller du roi et de la reine Éléonore d'Autriche , lieutenantgénéral au bailliage de Tours, né en cette ville ern5o7, était, suivant le témoignage de Jean Brèche, un des plus sa vans hommes de sou siècle. La Croix du Maine parle également de son habileté pour l'architecture. Non-seulement il avait fait les plans des principales villes et forteresses de France, mais encore il y avait ajoute des remarques historiques qui formaient un gros volume. Il ne paraît pas que ces ouvrages aient été imprimés. Il vivait encore en 1575.

LEJUSTE (Jean et Juste), sculpteurs. Ces deux frères naquirent à Tours un peu après le milieu du quinzième siècle, mais on n'a point dit précisément en quelle année. François I", sur la réputation qu'ils s'étaient acquise, les retira de Tours pour les employer à la sculpture des ouvrages et statues dont il voulait décorer le château de Fontainebleau.

Félibien dit avoir vu sur les états de la chambre des comptes plusieurs articles où ces deux artistes étaient portés pour divers paiemens et gratifications; mais que depuis 1 535 jusqu'à i54<>, il n'était plus parlé que de Juste Lejuste, ce qui faisait présumer que Jean, son frère aîné, était déjà mort à cette époque.

Jean Lejuste avait été choisi, comme le plus habile, pour exécuter le tombeau de Louis XII et d'Anne de Bretagne que nous avons vu à Saint-Denis au côté gauche du chœur. Ce beau monument , tout en marbre blanc , était à deux étages et de dix-huit pieds de hauteur. Au premier , on voyait deux figures couchées, et au second le roi et la reine revêtus de leurs habits royaux , chacun devant un prie-Dieu. Aux quatre coins étaient les quatre Vertus cardinales, plus grandes que nature. Sur la corniche, régnant autour du premier étage, étaient les douze Apôtres, et dans les bas-reliefs, les victoires remportées par Louis XII.

A la vérité , l'on avait cru reconnaître que ce mausolée n'était pas tout entier de la môme main. Les quatre Vertus cardinales passaient, parmi les connaisseurs, pour des ouvrages de quelque maître d'Italie , et pour avoir été posées après coup, ainsi que les douze Apôtres, ce qui a fait présumer à quelques-uns que c'étaient les mêmes figures que Doublet, dans ses Antiquités de Saint-Denis, dit avoir été faitesà Venise par Paul Ponce, l'un des plus habiles sculpteurs de l'Europe , et de là apportées à Paris.

Cependant on est fondé à croire qu'elles ont été faites à Tours même , si l'on s'en rapporte au témoignage de notre savaut compatriote Jean Brèche, qui le dit positivement dans son commentaire sur le titre des Pandectes, de Verborum significatione , à la loi 202 (1); et comme il était contemporain de ces artistes, il est à présumer qu'il n'eût pas avancé,

(1) Miro et eleganti artiGcio factum in prœclarissima civitate nostra Turonensi, a Joanne Justo, statuario elegantissimo. Pag. 410.

agO HISTOIRE DE TOURAINE.

dans un ouvrage imprimé quelques années après (en i55i), un fait qui aurait pu être démenti par ses concitoyens. •feQn lisait sur la première colonne à droite ces quatre lettre S. P. Q. F. (senatus , populusque francicus), et sur les deux autres suivantes, 1527 et i528, pour indiquer les années où ce monument avait été achevé.

Voici ce qu'en dit M. Lenoir dans ses Archétypes des monumens antiques, pag. 118 : «Ce monument, dont la « conservation est importante pour la chronologie de l'art ,

* est celui qui a le plus souffert de la malveillance. Des

* têtes, des nez , des bras et des mains ont été abattus. J'eafpère avec le temps le rendre à son premier état; c'est un « engagement sacre que je me suis imposé pour Uns les « monumens que j'ai été assex heureux de réuuir dans ce u musée, malgré les dangers qu'il y avait à courir à cer-

* ta in es époques.

« On prétend qu'une partie de ce monument a été iabri-

* quée à Tours, par Jean Juste, sculpteur, et l'autre partie , «« c'est-à-dire les figures, à Paris, hôtel de Saint-Paul, par « Paul Ponce. »

Op voyait à Saint-rSaturpin de Tours un autre ouvrage des deux frères Lejuste : c'étaient les statues de Thomas Bohier et de Catherine Briconnet sa femme. Ces figures, eu marbre blanc, étaient à genoux sur des coussins de même marbre, le tout posé sur une table de marbre noir soutenue par une base de pierre blanche. Elles avaient beaucoup 4e rapport , pour le faire, à celles du roi et de la reine que l'on voyait sur le tombeau de Saint-Denis. Elles durent en effet être exécutées vers k même temps, Thomas Bohier étant en i5a4, et sa femme en i52Ô. La révolution a fait disparaître ce monument qui devait être si précieux pour la pro~ viuce, et qu'aucun ami de6 arts n'a songé à conserver; mais l'on a préservé de la destruction le tombeau en marbre blanc que ces artistes avaient fait pour les enfans de Charles VIII, placé originairement dans le chœur de l'église de Saint- Martin de Tours, et aujourd'hui dans une des chapelles de

BIOGRAPHIE. agi

la cathédrale. J'en ai parlé dans mon histoire de l'église de Saint-Martin.

Les deux monumens qui se trouvaient au prieuré de Bon- Désir, près la Bourdaisière , et qui ont été transférés à Amboise, émanaient très-probablement du même ciseau. C'est d'abord une figure en marbre blanc à demi couchée, que l'on assure être celle d'Agnès Morin, femme de Victor Gaudin , père de Marie Gaudin, qui épousa Philbert Babou ; et en second lieu , le mausolée de ce même Philbert Babou , composé de sept figures en terre cuite et peinte , que sa belle exécution a fait présumer être l'ouvrage de quelque sculpteur italien, mais qui, selon toute apparence , est de nos deux Tourangeaux , que François Ie' employait habituellement, surtout pour orner les maisons qu'il avait en Touraine, où l'attiraient souvent les charmes des habitantes de La Bourdaisière.

Rien n'indique précisément en quel temps est mort Juste Lejuste ; mais d'après les registres de la chambre des comptes on serait fondé à croire qu'il n'existait plus en i54o. D'après un passage de la Martinière , on pourrait croire qu'il eut un petit-fils qui suivit la même carrière que lui. Ce géographe dit à l'article Chantilly : « On voit au bout de cette galerie « un portrait de M. le prince fait par le vieux Juste, du « temps de la bataille de Rocroy (164 3). » On croit communémeut que Jean mourut en 1 533 ou i534 et Juste en i55o.

LEMAIR£ (Jacques), en latin Marius, né à Amboise au commencement du seizième siècle , s'était rendu très-savant dans les langues. La réputation qu'il s'était faite comme helléniste lui mérita une place de professeur de grec au collège royal de France, dont François I,r avait jeté les fondemens en i53o, en sorte qu'il fut un des premiers qui occupèrent cette chaire. On ne connaît de lui que ses trois livres des institutions dialectiques; Paris, 1677, in-8. Il est mort à Paris vers 1 58o .

I. LEMAISTRE (Martin), en latin Magister Martinus Magistri , docteur en théologie de la faculté de Paris au col-

HISTOIRE DE TOUKiLITÎE.

lège de Navarre, aumônier et confesseur du roi Louis XI, naquit à Tours en i432 de Jean Lemaistre et de Gillette de Neubourg. On lit dans la chronique scandaleuse de Louis XI, pag. 322, que maistre Martin Magistri était fils d'un boucher de Tours, ce qui n'est guère présumable, sa mère étant de Tune des meilleures familles de cette ville; mais l'auteur de cette chronique , qui ignore même le véritable nom de Lemaistre , pourrait bien n'être pas très-digne de foi sur le reste de ce qui le concerne. Quoiqu'il en soit, sa naissance importe peu à son mérite. Il avait la réputation d'être l'un des hommes les plus savans de son temps surtout pour la connaissance et l'interprétation de l'écriture sainte, et n'était pas moins recomraandable par sa piété. Claude Félix de Langres et Louis Lasseré de Tours assurent qu'il se montrait l'égal de Gerson, et qu'on le considérait comme le plus illustre personnage de l'église. Il fut quelque temps principal du collège de Sainte-Barbe dont il augmenta considérablement les revenus par son économie et par la sagesse de son administration. Reçu bachelier en i4%> H pr,t Ie bonnet de docteur en i473. Louis XI jeta les yeux sur lui comme sur l'homme le plus capable de défendre les intérêts de la France contre les prétentions de la cour de Rome, et il remplit, cette tâche avec une approbation si générale que le roi l'en récompensa en le nommant, en 1480, son aumônier et son confesseur ordinaire.

, Il est le premier auteur de Touraine dont les ouvrages aient été imprimés dans le quinzième siècle. Nous avons de lui: i° Quaestioncs morales magistri Martini Magistri, perspicacissimi theologioe professons de fortitudine; Parisiis, Wolfgang Ilopyl, i4%7 àie prima decembris, in-fol., min. de i46 feuillets. Ce traité, sans aucune subdivision, roule entièrement sur la force d'ame ; 2° de Temperantiâ in generali; Parisiis, Wolfgang Hopyl , i49<>, die X mensis bris, in-fol., min. Celui-ci, en vingt-deux chapitres ou ragraphes , comprend toutes les modifications de la tempérance. On doit réunir ces deux volumes pour former l'ensemble des

questions morales. Je crois devoir observer que le livre de la bibliothèque de La Vallière, n° 1282 , auquel on a donné le titre de Summa de Pirtutibus , n'est que le deuxième volume de ces questions morales dont la pagination cesse aux trois quarts du volume; 3* Liber de Rhetoricâ; Parisiis, Wolfgang Hopyl, >49! > în-foL, î 4° Quœstio de Fato; sans date. Indépendamment de ces ouvrages il a publié quelques autres traités latins, savoir : le Traité des Conséquences, suivant la doctrine des nominaux : Consequentioe Magistri Martini ; Parisiis, M. Anthoine de Nidel , i5oi , ainsi qu'on • le voit par cette souscription :

Has consequentias Antonius de Nidel In artibus magister , nec non civis Parisiensis in monte Sancti-Hilarii , \ Prima concurrente causa, miro caractère Exaravit anno i5oi.

Paris, in-fol., sans date, et l'explication des Universaux de Porphyre; Paris, i5gg, in- fol. ; enfin il a composé un livre de méditations sur le Salve Regina; mais je n'ai pu découvrir aucune trace de ces trois derniers ouvrages.

Martin Lemaistre ne fournit pas une longue carrière. Il mourut à Cléry au mois de juillet 1482, âgé de cinquante ans, et fut enterré dans l'église de la collégiale de Notre- Dame dont Louis XI venait de le nommer chanoine.

II. LEMAISTRE (Gilles), u\ à Tours en 1499. Il y épousa, le 18 septembre 1 525, Marie Sapin, fille de Jean Sapin, seigneur de Roziers et de la Bretqdie. Après avoir suivi le barreau en qualité d'avocat , il futreçu conseiller au parlement de Paris en i536. Il ne tarda pas à se faire, dans ces fonctions, la réputation d'un habile jurisconsulte, ainsi qu'il s'était montré comme un orateur distingué dans sa profession d'avocat. La réunion de ces qualités lui mérita d'être nommé, en i54o, par François Ier, son avocat-général au même parlement. Les services qu'il rendit à l'état dans ce poste ira-

portant, engagèrent Henri II à l'élever, en i55o, à la dignité de président à mortier et enfin à celle de premier président en i55i. Les funestes divisions qui naquirent sous le règne passager de François II , et qui s'accrurent encore sous les règnes suivans, ayant couvert la France de factions tour a tour victorieuses ou vaincues, Lemaistre ne quitta jamais le sentier de l'honneur et du devoir. Ni les caresses, ni les menaces ne purent ébranler sa fidélité envers le monarque. Sa prudence fut utile à l'état tout autant qu'il était possible dans ce conflit de toutes les passions , et sa fermeté imposa le silence et le respect aux fanatiques qui auraient voulu l'entraîner dans leur parti. Il mourut à l'époque des plus grands désordres dont la France ait eu à gémir, c'est-àdire en i5Ô2, le 5 décembre, âgé de soixante-trois ans, emportant la réputation de bon citoyen , de jurisconsulte profond et de magistrat incorruptible.

Ses oeurres de jurisprudence ont été imprimées à Paris en i653 et 1675, in-4- On y trouve : i# le Traité des Appellations comme d'abus; 2* celui des Régales publié séparément en 1601 , in-12; 3° celui des Criées; 4* celui des Fiefs, Hommages et Vassaux , qui a paru de même séparément en 1601 , in-12. Ce recueil avait été imprimé pour la première fois sous le titre de Décisions Notables ; Paris, Jacques Kerver, 1567 , in-4-

III. LEMAISTRE (Jean), neveu du précédent, président à mortier au parlement de Paris, était fils de Julien Lemaistre. Il commença pat être conseiller au parlement. Son éloquence et son savoir le firent rechercher par la Ligue, dont il suivit le parti ; mais pfpt-être en l'embrassant rendit-il à l'état des services plus signalés que s'il eut suivi ouvertement i celui du roi. Le duc de Mayenne Tayant fait nommer président à la place de Barnabe Brisson , il fut député par son corps à ce fantôme d'états-géncra-ux qui furent assemblés à Paris en i5q3; mais malgré la faction à laquelle il appartenait, sa droiture naturelle et son patriotisme ne lui permirent pas de transiger sur les propositions qu'il croyait con-

traires aux intérêts de son pays, et l'offre que lui fil le duc de Mayenne de la place de premier président ne fut pas capable de le faire changer de principes. Le cardinal de Pellevé, légat du pape , ayant proposé dans ces états l'adoption et la publication du concile de Trente sans réserve ni modification, l'affaire fut renvoyée à l'examen de Lemaistrc et deDuvair, magistrats intègres qui firent un rapport tout opposé aux intentions du légat. La faction qui dominait dans celte assemblée n'ayant point dissimulé son projet de faire nommer un roi à l'exclusion de Henri IV, Lemaistre convoqua le parlement, y proposa et y fit rendre, Je 28 juin i5g3 , cet arrêt 1 célèbre qui, en maintenant la loi sali que , déclare nulle l'é-

lection de tout prince étranger comme contraire aux principes fondamentaux de la monarchie française. On peut voir cet arrêt dans le troisième volume ,1e la satire Ménippée.

Ce coup mortel une fois porté à la Ligue par son propre parlement, Lemaistre travailla efficacement à faire rentrer Paris sous l'obéissance du roi , ce qui pourtant n'eut lieu que le 22 mars de l'année suivante. Henri IV, reconnaissant des services que Lemaistre lui avait rendus dans cette circonstance, le confirma dans le poste qu'il tenait du duc de Mayenne , et créa pour lui à cet effet une septième charge de président dans laquelle il fut installé le 3o mars i5o,4; mais son âge lui faisant seutir le besoin de la retraite , il obtint du roi l'agrément de se défaire de sa charge qu'il vendit, en février r5g?, à Nicolas Bruslart de Sillcry, moyennant seize mille écus, ainsi qu'on le voit dans le journal de l'Étoile. Il est évident, d'après celte date, que Moréri s'est trompe en le fnisanteesser de vivre en 1596. Jl mourut le 22 février 1601, âgé de quatre-vingts ans.

II a consigné son opinion aux états de Paris dans un ouvrage intitulé : Extraits des registres de l'assemblée tenue à Paris sous le nom d'États en i5c)3,sur la réception du concile de Trente ; Paris, i5o,3, in-8. Il a été réimprimé en 161 5 avec la consultation de Jean Bé.lé , Angevin, sur Ta question de savoir si le pape est supérieur au roi en ce qui est du tem-

296 HISTOIRE DE TOTJRÀINE.

porel. Mais ce qui fait le ^lus d'honneur à sa mémoire est la démarche qu'il fit au parlement et qui a été publiée par lui sous ce titre : Proposition de M. le président Lemaistre à la cour de parlement cfu mardi 29 juin 1593. Ces remontrances sont imprimées dans le recueil de Jean de Lannet ; Paris, Chevalier, 1623, in-4- La première a pour objet l'arrêt célèbre dont il a été parlé , et la seconde traite des misères du peuple et particulièrement de celui de Paris, auxquelles on prie le duc de Mayenne de remédier.

LE PLEIGNEY (Thibault), né en 1596 à Tours, où il exerçait la profession d'apothicaire. La Croix du Maine dit qu'il était Vendomois ; mais Le Pleigney convient lui-même qu'il était Tourangeau. Il a écrit en latin et en français, en prose et en vers, et nous a laissé quelques ouvrages sérieux ou plaisans relatifs à sa profession : i° Promptuaire des médecines simples en rhythme joyeuse, avec les vertus et qualités d'icelles, et plusieurs autres adjunctions facétieuses pour recréer l'esprit des bénivolens et gracieux lecteurs; composé par Thibault Lespleigncy, apothicaire à Tours; Tours, Mathieu Chercèle , i537, in-8, goth. Ce petit volume est au nombre des livres rares et curieux. 20 L'année suivante il donna un ouvrage dans le même genre, mais écrit sérieusement, intitulé : Theobaldi Le Pleigney Dispensarium medicinarum quibus vulgo utimur; Turoni, Chercèle, i538, in-12; 3* la Décoration du pays et duché de Touraine et de la fondation d'icellc, et aultres antiquités dignes de louenge et mémoire, avec plusieurs singularités estans en la dicte ville nouvellement traduictes par Thibault Le Pleigney, citoyen de la dicte ville, le dernier jour d'août i54i (Tours), mais sans nom de ville ni d'imprimeur. Ce petit volume, imprimé en lettres cursives, n'est composé que de 48 pages dont 8 de vers. Il ne contient que des fables ou des puérilités sur l'origine et l'état de la ville de Tours. Ce ne peut être que la traduction de difFérens passages de plusieurs chroniques, ou peut-être d'une épître de François Florius Florentin, intitulée: de CommendationeurbisTuronicœ ad Jacob umTarlatum9

épitre dout le manuscrit ne se retrouve plus. Du reste, l'ouvrage de Le Pleigney est extrêmement rare, et c'est son seul mérite , quoique l'auteur ait quelquefois la prétention de s'élever jusqu'au genre descriptif,' témoiu ce passage que l'on croirait extrait de Rabelais : «< Aussi à l'entour desdicts jar- « dins courent plusieurs fontaines belles et cleres, faisant « verdoyer et réfreschir lesdicls jardins pour l'arrousement « que icelles leur baille. Brief, je croy que si les dieux, « déesses et nymphes vouloient chercher lieux plus plaisans « pour prendre récréation solacieuse sous l'opacité des um- « braiges, que ils ne pourroient mieulx trouver. > Voici encore l'origine que l'auteur donne du nom de l'un de nos fruits. « Mais aultrefoys j'ai esté curieulx de sçavoir la raison « pourquoy on appelloit les poyres de bon chrestien , et de « là où ils prenoient leur nom , ce que j'ai sceu par ung ta— « bleau ancien que j'ai veu en une église , auquel tableau u estoit déclaré la vie de monsieur saint Martin, et de la « récréation queprenoit ledict sainct, lui estant en ce monde. « Une foys qu'il estoit en ung petit jardin auquel avoit di- « versités de plusieurs arbres portant fruicts bons et savou- « reux, et en regardant lesdicts fruits lui vint en mémoire « d'ung fruict qui estoit en Hongrie d'une grande odeur et « saveur, et bon à merveilles, comme de présent on peut «t veoir. Uug jour fust que ledict saint Martin mist peine « d'eu faire apporter des greffes en ce pays ici, pour veoir si « ledict fruict y pourroit profliter, ce qu'il a faict. Tantost « après que ledict sainct en eust ediflié, et que le fruict estoit « si bon, ung chascun mist peine de en édiffier. Toutes foys « ils ne sçavoient le nom duclict fruict; mais pour ce que *le- « dict sainct fust le premier inventif de édiflier en ce pays lc- « dict fruict, fust nommé bon chrestien, portant le nom de <; l'édificatcur, caraussy pour vray esloit-il le bon chrestien.» 4° Traité du bois de l'Esquine et la manière d'en préparer en breuvage et user d'icelui; Tours, Jean Koussclet, ï5^5 , in-8. Ce traité sur le quinquina est imprimé à la suite des trois premiers livres de la composition des médicamens

de Galien traduits par Jean Brèche ; 5" ra Déclaration des Abus et Tromperies que font les apothicaires , par Lisset Benancio ; Tours, Mathieu Chercèle, i553, in-8. Le Pleigney, ayant cédé sa pharmacie, s'avisa de dévoiler les secrets du métier dans un ouvrage auquel il se garda bien de mettre son propre nom. Il se servit du pseudonyme de Lisset Benancio que La Croix du Maine croit mal à propos être l'anagramme à* Antoine Bélisc, puisqu'on ne connaît aucun auteur de ce nom. Les presses de Mathieu Chercele, dont Le Pleigney s'était déjà Servi plusieurs fois, et quelques indiscrétions contribuèrent à l'en faffe reconnaître pour le véritable auteur. Il a été réimprimé à Lyon en t557, in-12, avec la Déclaratien des Abus et Ignorance des médecins, par Pierre Brailler; enfin il a été traduit par Thomas Bartholin : Liseti Benancii Déclara tio fraudura apud pharmacopaeos ex versionc Thom* Bartholini; Francof., 1671, in-12.

Thibault Le Pleigney est mort à Tours en 1 567.

LE ROY (Julien), horloger, né à Tours de Pierre Julien Le Roy qui y exerçait la même profession. Il montra dès son enfance tant d'adresse et de si heureuses dispositions que, lorsqu'il eut atteint sa dix-septième année , son père l'envoya à Paris où son talent trouva, plus qu'en province, les occasions de se développer. En fort peu d'années il acquit la réputation d'un ouvrier aussi intelligent qu'habile; enfin, en 1713, à l'âge de vingf-sept ans, il fut reçu maître horloger à Parts. Cet art avant lui n'avait fait en France que de très-faibles progrès, et tous les ouvrages un peu finis se tiraient #e l'Angleterre. Le Roi ne tarda pas à conquérir sur elle celte branché d'industrie, et cette fois dit moins les Français étirent le* bon esprit de préférer, à mérite égal, celle de leur pays. Cé fut à ce sujet que Voltaire dit un jour à Fan des fils de Le Roy, « le maréchal de Saxe et votre père ont battu les Angfais. » Mais les victoires de la nature de celle de ce: ingénieux ouvrier sont presque toujours pros utiles à une nation qué celle des grands capitaines. Les ouvrages de Julien Le Roy ont long-temps joui cVurté vogue qui n'était point h fruit dé hr

mode et de l'engoueraeut ; mais le résultat de la perfection qu'il mettait à tout ce qui sortait de ses mains , et malgré l'élégance des formes actuelles , malgré les raffinemeos qui ne sont pat toujours le perfectionnement, il n'est pas bien certain qu'on ait encore rien fait de plus solide.

On pourra juger des progrès que Le Roy a fait faire à l'art de l'horlogerie en lisant dans les étrennes économétriques de 1760, rédigées par Pierre son fils, l'analyse de ses travaux et le détail des découvertes nouvelles dues à son esprit exact et inventeur, parmi lesquelles on compte principalement les montres et les pendules à répétition ; les pendules à secondes, les horloges horizontales, le cadran universel à boussole et à pin ule , propre à tracer une méridienne pour trouver la déclinaison de l'aimant , le cadran horizontal universel , les montres et pendules à trois parties. L'horlogerie lui doit également la compensation des effets de la chaleur et du froid sur les régulateurs, au moyen de l'allongement de divers métaux. Le célèbre Graham qui avait eu et mérité la réputation d'être le plus habile horloger de l'Europe , après avoir vu une des répétitions à grands mouvemens de Julien Le Roy, dit à roilord Hamilton qui la lui montrait : « Je vou- « drais bien être moins âgé pour pouvoir en faire une sur ce • modèle. »

II prodiguait avec la même facilité aux jeunes artistes et sa bourse et ses lumières, mettant autant d'empressement à répandre ses nouvelles découvertes que l'Anglais jaloux en mettait à cacher les siennes. Son désintéressement n'était pas moins grand que sa générosité. Quoique le cardinal de Flewry lui eût fait entrevoir la perspective d'une pension Ju roi, lorsque Henri Suly mourut en 1728, non-seulement il ne voulut point consentir à solliciter celle de quinze cents livres dont cet habile artiste jouissait, mais encore il fit des démarches pour la faire obtenir à sa veuve. La seule faveur qu'il accepta fut,» en 1739, un logement aux galeries du Louvre.

Julien Le Roy mourut le 10 septembre 1769, et son plus

bel éloge peut-être fut ce concours uombreux d'ouvriers qui accompagnèrent en pleurs sa pompe funèbre en répétant qu'ils avaient perdu leur père et leur appui. Un journaliste a dit de lui : * Tel fut cet homme célèbre auquel il semble avoir été n donné d'enchaîner le temps et de forcer la matière à re- « présenter, dans la dernière précision , la route très-rapide « de nos années. »

De ses quatre fils deux se sont fait un nom dans les arts et par leurs écrits. Pierre Le Roy, horloger comme son père et héritier de son talent, porta la perfection des montres marines à un point qui lui mérita le prix de l'académie des Sciences. Bon astronome et bon physicien , on distingue parmi ses ouvrages l'Exposé des travaux de Harrisson et de Le Roy dans la recherche des longitudes en mer, 1768, in-4, ainsi que son précis des recherches pour la détermination des longitudes par la mesure artificielle du temps, 177 3, in-.-J.

Julien David Le Roy , architecte , outre plusieurs écrits sur les constructions civiles et navales des anciens , est connu principalement par ses Ruines des plus beaux monumens de la Grèce; Paris, 1770, in-fol., fig.

LE TELL 1ER (Jean-Baptiste), né à Tours, exerçait en cette ville la profession de fabricant d'étoffes ue soie dans le courant du seizième siècle. Aussitôt que Henri IV eut rendu son édit du 21 juillet 1602 , qui ordonnait de planter des mûriers aux environs des grandes villes et spécialement de celles de Paris, Lyon, Tours et Orléans, afin de faciliter dans l'intérieur de la France l'éducation des vers-à-soie , Le Tcllier s'occupa de seconder les intentions du monarque par la publication d'un ouvrage neuf autant qu'utile, dans lequel il enseignait la manière de nourrir et de soigner ces insectes, avec tous les détails relatifs à la plantation et à la culture du mûrier blanc. Cet ouvrage a pour titre : Mémoires et Instructions pour l'établissement des mûriers, et Art de faire la soie en France, par Jean-Baptiste Le Tellier; /aris, i6o3, in-4, fig. Voici le sentiment du savant bibliographe Mercier de Saint-Léger sur cet ouvrage : « Livre rarissime et fort cu-

BIOGRAPHIE. 3oi

« rieux, inconnu aux éditeurs delà Bibliothèque historique « ainsi qu'à L. A. P. Hérissant dans sa Bibliothèque physique « de la France où Ton cite seulement uu brief discours con- « tenant la manière de nourrir les vers-à-soie par J.-B. Le h Tellier, imprimé à Paris en 1602, in-12. >» Cette note est écrite de la main même de l'abbé de Saint-Léger en tête de l'exemplaire qui appartenait à l'héritier de Bru telle. Il aurait pu y ajouter que l'indication de Hérissant est doublement fautive quant à la date et au format, puisqu'il n'existe point d'édition de format in-i 2 ni de 1602.

De tous les ouvrages en effet qui ont été publiés depuis sur cette matière par Isnard -, Sauvages, Pomier, Bolet, Buffel, Kigaud, Thomé et autres, aucun n'est ni plus exact ni plus simple dans l'exposé des procédés , et c'était à lui qu'étaient dues en très-grande partie ces nombreuses plantations de mûriers qui couvraient les campagnes des environs de Tours et qui ont disparu à l'époque de la chute des fabriques de soieries. evra , > i

. LQPIN ( Dom Jacques), bénédictin, né à Tours en i654, d'une famille distinguée dans la magistrature, entra dans la congrégation de Saint-Maur à l'âge d'environ dix-neuf aus. l'étude particulière qu'il avait faite de la langue grecque et les connaissances qu'il y avait acquises, le firent associer au célèbre D. Montfaucon et à D. Pouget pour la collection qu'ils publièrent sous le titre d'Aualecta grœca et qui parut en 1688, 1 vol., in-4» Cet ouvrage, outre les notes des trois collaborateurs , contient les vies de saint Euthyme et de saint Étienne abbé, traduites par D. Lopin. Il avait entrepris de donner une nouvelle édition des œuvres de saint Athanase, et son ouvrage était en grande partie achevé lorsqu'une fluxion .de poitrine l'enleva à Paris le 29 décembre 1693, à l'âge de trente-neuf ans, dont il avait passé vingt dans la religion ,• altérant sa santé délicate par des travaux au-dessus de ses forces.

Le saint Athanase fut publié après sa mort, eu 1698, 3 vol. in-fol., par les soins de D. Montfaucon et de quelques

autres de «es confrères qui y mirent la dernière main. Cette édition est une des plus rares de la collection des pères donnée par les bénédictins.

D. Lopin n'était pas moins versé dans l'hébreu que dans le grec.

MAACHICOURT (Pierre di), né à Chateau-Regnault au commencement du seizième siècle, musicien, premier chantre de la cathédrale de Tours , a composé un reeueil de chansons par lui mises en musique, et dont les^airs notés , ainsi que les paroles, ont été imprimés à Paris chez Pierre Àttaignant, en i548, in-8. Ce recueil ne contient que dixneuf chansons.

MACICAU LT ( Pierre ) , né à Saint-Christophe. Il n'ect connu que par l'ouvrage suivant : Discours funèbre sur le décès de messire Jean de Bellièvre , sieur dUautefort et Abbeaux , premier président du parlement de Grenoble , avec plusieurs épitaphes du défunt, ensemble l'oraison prononcée à ses obsèques par frère Mathurin Gaultier prieur des jacobin.-, de Grenoble ; Lyon, Bcnoisf Rigawd, i584, in-if.

Du reste on ne sait rien de son état, ni l'époque de sa naissance non plus que de celle de sa mort.

L MAILLÉ ( Jacquelin de), fils atné de Hardouin, deuxième du nom, baron de Maillé, né au château de ce nom en 1088. Il se rendit célèbre par sa bravoure, ainsi que ses quatre autres frères , dans les guerres des comtes d'Anjou contre Henri Ier roi d'Angleterre. Il accompagna Foulquesle-Jeune dans toutes ses expéditions militaires et eut une grande part au gain de la bataille de Séez près Martain, en 1 1 15 , car ce fut lui qui fut choisi comme un des plus braves et des plus savans capitaines pour attaquer l'armée de Henri I" qui fut battue et mise en fuite. Il fut an nombre des cinq principaux barons de Touraine qui accompagnèrent à Rouen Geoffroy-le-Bel dit Plantagenet, lorsqu'il y alla, en 1127,

épouser Mathilde fille de Henri In et veuve de l'empereur Henri V. Il fit, en i i5i , la guerre à Sulpice d'Amboise par Tordre du comte d'Anjou; mais il se réconcilia avee lui, et eut occasion par la suite de lui rendre d'importans services.

Il avait épousé Adelaïs, dont il eut Hardouin III qui lui succéda. Il mourut vers 1 159-

L'abbaye de la Trinité de Vendôme ayant beaucoup à se plaindre des vexations qu'elle avait a souffrir de Hardouin , père de Jacquelin , qui même avait déjà été exeonununié pour ce motif par l'archevêque de Tours Raoul, Foulques-Réchin, pour les faire cesser, lui déclara la guerre, assiégea, prit et détruisit presque entièrement, en 1094, leehâteaude Maillé qui était l'un des plus forts de la Touraina.

II. MAILLÉ ( Jaoquïun de), deuxième du nom, fils de Hardouin III, né au château de Maillé, vers l'an u5o, entra dans l'ordre des templiers, et alla servir à la Terre-Sainte. Il s'y trouvait lorsque Rainaud de Châtillon , ayant violé la trêve de quatre ans qu'il avait faite avec le sultan Saladin » celui-ci, indigné d'une pareille perfidie, recommença la guerre avec plus de fureur. Il avait envoyé un oorps de sept mille musulmans pour ravager la campagne autour de la ville de Tibériade. Arrivés sur les bords du lac de Généaa* reth, ils rencontrèrent un corps de cinq cents cavaliers chré*tiens commandés par Gérard de Bédefort, grand-maître de la milice du Temple , et par Roger Desmoulin, grand-maître des Hospitaliers. Aussitôt les Sarrazins chargèrent avec impétuosité^, grâce à leur nombre, ils enveloppèrent les chrétiens, en sorte que presque tous furent tués ou foits prisonniers, à l'exception de Roger de Bédeiort qui se sauva avee un petit nombre de chevaliers. Jacquelin de Maillé fit dans cette occasion de tels prodiges de valeur, qu'il attira sur lui toute l'attention et toutes les forces des ennemis qui crurent . voir en lui quelque chose de surnaturel. Persuadés même que ce ne pouvait être que le saint George des chrétiens qui combattait pour eux en personne, ils furent saisis d'un tel sentiment d'étonnement et de respect, qu'ils lui proposèrent

3o4 HISTOIRE DE TOURAINE.

de se rendre avec la liberté de se retirer où il voudrait; mais l'intrépide chevalier ne voulut point y consentir. Après un long combat, resté seul de sa troupe, il ne cessa point de porter des coups si terribles à ses ennemis que beaucoup craignaient de rapprocher de trop près. Cependant il lui fallut succomber à la lassitude et à la perte du sang qui coulait de ses nombreuses blessures. Enfin il mourut au champ d'honneur plutôt fatigué que vaincu.

Sa mort excita des transports de joie parmi les ennemis, qui crurent véritablement avoir tué le saint guerrier protecteur des chrétiens. Dans cette persuasion, ils recueillirent superstitieusement la poussière teinte de son sang, et la répandirent sur leurs tètes et sur leurs habits, convaincus qu'elle devait leur communiquer une portion de la valeur étonnante dont ils avaient été témoins.

Telle fut , en 1 187 , la fin glorieuse de Jacquelin de Maillé qui ne fut pas témoin des désastres qu'éprouva l'armée des Francs par la perte de la bataille de Tibériadc, qui fut la suite funeste de la violation des traités.

III. MAILLÉ (la bienheureuse Jeanne-Marie de), née au château de Saint-Quentin-des-Prés, à deux lieues de Loches, le 14 avril i33i , de Hardouin YI de Maillé et de Jeanne de Montbazon.

Elle fut mariée à l'âge de seize ans à Robert de Silly par Barthélemi de Montbazon , son aïeul maternel , qui mourut subitement le jour même de la noce. Cette mort imprévue frappa tellement Robert de Silly qu'elle lui inspira, dit-on , le projejt de vivre avec sa femme dans une continence perpétuelle , projet dans lequel les deux époux persévérèrent jusqu'à la mort du mari arrivée en i36i.

Veuve à l'âge de trente ans, Jeanne de Maillé refusa les partis les plus avantageux , et résolue de se consacrer entièrement à Dieu, elle abandonna tous ses biens à ses parens, et se retira à Tours dans une petite maison située auprès de l'église de Saint-Martin, pour y passer ses jours dans les exercices de piété. Elle partageait son temps entre la prière et les

BIOGRAPHIE. 3o5

soins qu'elle prodiguait aux pauvres , mais surtout aux malades. Elle préparait elle-même leur nourriture et leurs médicamens , les pansait, et leur abandonnait souvent son propre lit. Il n'était point de maladie si hideuse qui pût la rebuter, et l'on, rapporte que parmi les le'preux qui étaient alors placés à Sainte-Radegonde , près l'abbaye de Marmoutier , il en était un dont les plaies étaient si infectes qu'on avait été « obligé de l'éloigner des autres et de lui construire exprès une espèce de loge dans le roc. Ce fut à celui-là qu'elle s'attacha particulièrement, et elle ne l'abandonna point qu'il ne fût entièrement guéri au moyen d'un onguent qu'elle avait préparé, et dont elle frottait elle-même ses plaies.

Elle déployait le même zèle dans les hôpitaux et dans les prisons, assistait les criminels et quelquefois obtenait du roi * leur grâce , lorsque leurs délits n'étaient pas trop graves ou de nature à inquiéter la société.

On admira surtout sa patience à endurer les mépris et les injures. Ses parens , qui tenaient le premier rang dans la Touraine, humiliés de la voir descendre à un étal qu'ils croyaient indigne d'elle et d'eux , traitèrent de folie son humilité chrétienne et souvent la firent insulter dans les rues de Tours par leurs domestiques. On assure que son hôte la mit un jour hors de sa maison, et que personne n'osant lui donner asile à cause du crédit et de l'autorité que sa famille avait dans la province, elle se vit réduite à passer les nuits sous les portiques des églises.

Elle avait une dévotion particulière à Notre-Dame de la Planche-de-Vaux dont elle fit reconstruire la chapelle, servant elle-même les manœuvres pour en accélérer les travaux.

L'auteur de sa vie dit qu'elle ne quitta jamais le cilice, et que par-dessus elle portait une ceinture de fer armée de clous qui lui entraient si profondément dans la chair que quelque* fois elle en était tout en sang. Il ajoute qu'elle jeûnait trèssévèreinent quatre fois la semaine, et qu'indépendamment du carême ordinaire , elle en observait eucore trois autres de la même durée. Malgré toutes ces austérités , elle parcourut

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