‹ Histoire de TouraineChapitre 9 sur 16 · IO · texte numérisé non relu

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l/|8 HISTOIRE I>E TOURAIÎfE.

Dans ses charmans écrits l'esprit , le jugement , Les grâces , le bon goût , l'élégant badinage , Pour plaire , pour instruire nnissent leur langage , Et l'honnête homme y joint le sentiment.

Destouches, en effet, réunissait toutes les qualités estimables qui constituent le parfait honnête homme, et les critiques, même les plus injustes, de ses ouvrages ne le firent jamais sortir des bornes de sa modération philosophique. Son éloge a été fait par d'Alembert.

DORBELLES ou plutôt DORBEAU (Nicolas), en latin DorbeUus , de Tordre des frères-mineurs de la province de Tours, son pays natal, où il vivait en i455. Conrad Lycosthènes, dans son Compendium bibtiothecœ Gesneri , parle de plusieurs ouvrages qu'il avait composés en latin , entre autres sept livres sur les petites Sommes de Pierre d'Espagne, quatre livres sur les Sentences, et des Commentaires sur plusieurs traités d'Aristote, tels que ceux de l'Ame, du Ciel et du Monde, de la Génération et de la Corruption, et quelques autres encore.

Nous avons de lui : i° un Traité de la Science des Mathématiques , avec un Commentaire sur la morale d'Aristote, imprimé à Bâle en i5o3 ; 2* un Abrégé de Théologie selon la doctrine de Scot ; Hanau, i5o3 ; Parts, i5ii, i5i 7 et i52o; 3* deux Expositions sur les Épîtres du Carême; Lyon , i5qi. Tous ces ouvrages sont aujourd'hui condamnés à l'oubli, malgré la réputation qn'ils eurent dans leur temps, et qui les fit réimprimer plusieurs fois après sa mort, dont la date est inconnue.

DREUX (Pierre-Lucien-Joseph), né à Tours en 1756, mort dans la même ville le 14 février 1827. Un grand prix obtenu à l'université , à l'âge de quatorze ans , et quelques productions précoces pleines d'esprit et de goût firent con-» cevoir de lui les plus heureuses espérances. Mais elles furent sinon détruites, du moins très-contrariées par diverses circonst-iuces fâcheuses au nombre desquelles on peut placer

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une constitutiou extrêmement délicate, et le dénuement dans lequel il se trouva à la mort d'un père qui, notaire instruit et occupé dans une grande ville, devait lui donner l'espoir d'une aisance honnête. Obligé de se suffire à lui-même, il fut appelé à Liège pour y coopérer à la rédaction de l'Esprit des journaux, dont tous les mois il paraissait un volume in-12. Ce fut lui qui fit naître en cette ville l'idée d'une société littéraire dont il peut être considéré comme le fondateur. Les Liégeois, qu'il ne s'était pas moins attachés par les charmes de son esprit que par l'aménilé de son caractère, lui donnèrent un témoignage flatteur de leur estime en lui adressant à Paris , où la cessation de sou journal l'avait rappelé, le titre de citoyen de leur ville.

Placé bientôt auprès de M. de Vcrgcnnes, ministre des affaires étrangères, en qualité de secrétaire , il y resta jusqu'à l'époque de la révolution , dont les événemens le ramenèrent vers sa ville natale qu'il ne quitta plus. Il y occupait depuis 1810 la place de bibliothécaire de la ville, et se livra avec un zèle souvent au-dessus de ses forces à la rédaction du catalogue de cette volumineuse bibliothèque.

S'il ne s'est pas fait connaître par des ouvrages de longue haleine, on en doit surtout accuser les deux causes que j'ai indiquées plus haut, le défaut de santé qui lui défendait un travail assidu, et le défaut de fortune qui d'un autre côté lui en imposait la nécessité. On peut ajouter à ces causes une modestie poussée beaucoup trop loin , et surtout une sorte de paresse littéraire qui tenait à la faiblesse de sa complcxion.

En 1783, il publia, sans y mettre son nom, le premier chant d'un poème intitulé: La Journée des Enfans, écrit avec autant d'élégance que de pureté. Il est à regretter qu'il n'ait pas achevé un ouvrage qui aurait fait autant d'honneur à son cœur qu'à son esprit.

Ce ne fut qu'avec beaucoup de peine qu'on le détermina à réunir quelques-uns des morceaux épais dans son portefeuille , qu'il publia sous ce titre ; Essai sur l'Amour , par

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D***, augmenté de poésies diverses du même auteur; Paris, Guilleminet, an 10 — 1802, in-16. La première pièce de ces poésies est une épître au célèbre abbé Delille , qui bonorait l'auteur d'une amitié toute particulière. L'épître est digne de celui à qui elle est adressée.

Le second recueil, également composé de prose et de vers, a pour titre : Essais en divers genres de littérature et de poésie, par P. L. J. D***; Tours, Marne, 1809, in-16. Tous ces morceaux, ainsi que ceux du premier recueil, se font remarquer par un goût toujours pur et par un style qui décèle un écrivain nourri des principes de la bonne école. A la suite des poésies se trouve une comédie en un acte et en vers , intitulée : La Lecture ou le Début d'un poète , ouvrage fort bien écrit , mais froid , vide d'action et sans comique. Le volume est terminé par un intermède lyrique , petite pastorale dans le goût de ces actes qu'on jouait anciennement à l'Opéra sous le nom de fragmens, genre fade beureusement tout-à-fait passé de mode.

Il est très-peu d'auteurs , à l'exception de quelques-uns de nos grands maîtres, qui n'aient encouru le reproebe d'avoir trop écrit. Celui-ci est du petit nombre de ceux auxquels on pourrait faire un reproebe tout contraire.

I. DUCHESNE (André), conseiller du roi, bistoriograpbe et géograpbe de France , né à l'Ile-Boucbard au mois de mai i584, de Gabriel Ducbesne , écuyer , sieur de la Sansonnière et de Jeanne de Baudry. Par ses nombreux travaux et son immense érudition, il mérita d'être appelé le père de l'bistoire de France. Ce fut lui en effet qui le premier, par des recberebes pénibles dans le trésor des ebartres, dans les registres des parlemens , des chambres des comptes , et dans les archives des églises et des monastères de France, déterra tout ce qu'il y avait de matériaux utiles à l'histoire, soit du royaume, soit des grandes familles ; on a peine à concevoir qu'un seul homme, mort à cinquante-six ans, ait laissé plus de cent volumes in-fol. de pièces manuscrites, indépendamment de tous les ouvrages qu'il a publié». Aussi le Labou-

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reur, dans ses remarqués sur les mémoires de Gasteluau , avoue-t-il qu'il s'estimerait plus heureux de succéder à sa réputation qu'à toutes les rares quai i tés des plus grands hommes du monde.

Duchesne a rendu les plus grands services à l'histoire en en réunissant les matériaux épars dans les différens dépôts où ils étaient en quelque façon ensevelis, et que les écrivains qui sont venus après lui n'auraient pas toujours été à même de compulser. C'est sans doute à ces travaux en ce genre que nous sommes redevables de la précieuse collection qui porte le nom de D. Bouquet. Celle de Duchesne devait être portée à 24 v°ï« in-fol. ; mais sans la suppression de la savante congrégation de Saint-Maur, lanouvelle eût facilement atteint ce terme. C'est sous ce rapport, bien plus que sous celui d'écrivain, qu'André Duchesne s'est acquis le titre de père de l'histoire de France.

11 est peu d'ouvrages de ce savant exact et laborieux dans lesquels on n'ait pas puisé des choses neuves et utiles, même dans ceux qui sont mis au dernier rang, tels que son histoire des papes , celle d'Espagne et ses recherches et antiquités des villes. Oracle de son temps pour tout ce qui concernait l'histoire et les généalogies, il communiquait les fruits de ses veilles avec cette facilité généreuse qui caractérise le véritable savoir.

Je ne crois pas avoir vu nulle part la liste exacte et complète de tout ce qui est sorti de sa plume. Je vais donc la donner en suivant l'ordre chronologique.

Il n'était âgé que de dix-huit ans lorsqu'il publia son premier ouvrage sous ce titre : i° Àndreae Quernœi egregiorum seu electarum lectionum et antiquitatum liber; Paris., Jean Lebouc, 1602, in-8; 2* Januariae Kalendac, seu de Solemnitate anni tam ethnicâ quam christ unit brevis libellus; Paris., 1602, in-8. Ce traité est suivi d'un poëme latin intitulé : Gryphus de ternario numéro ; 3° les Figures mystiques du riche et précieux cabinet des dames , où sont représentées au vif tant les beautés, parures et pompes du corps féminin,

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que les perfections , ornemens el atours spirituels de l'ame ; Paris, iGo5, in-8. Cet ouvrage fut composé pour Suzanne Soudain, qu'il épousa en i6i5; 4° traduction des Satires de Juvénal avec des notes; Paris, 1607, in-8, extrêmement rare; 5° les Antiquités et recherches des villes, châteaux et places remarquables de toute la France , suivant l'ordre des huit parlemens; Paris, 1609, jGi/f» i6?4, ^29, i63i, 1637, in-8, revue par son fils; Paris, 1647 et '668, 2 vol. in— 12; 6° Chandelier de Justice, poème présenté au chancelier SUlery; Paris, i6io, iu-8; 70 et 8° Discours et panégyrique sur les cérémonies et magnificences du Sacre et Couronnement de la reine Marie de Médicis, — Traité de la Sainte Ampoule et des Fleurs de Lys. Ces deux ouvrages ont été perdus, et Ton dûii surtout regretter le dernier ; 90 les Titres d'Heur et de Vertu de Henry-le-Graud, où par abrégé sont représentées les plus grandes actions de sa vie et son lamentable trépas , ' ensemble ses obsèques, Paris, 1610, in-8; io° les Controverses et Recherches magiques de Martin Delrio ; Paris , 161 1 , in-8. C'est une traduction de l'ouvrage latin de ce jésuite intitulé : Disquisitiones rnagicœ ; 1 1° poésies et autres pièces de Démophile. Je n'ai pu parvenir à me procurer un exemplaire de ce livre qui doit être fort rare ; 12" Dessein de la description du royaume de France; Paris, 1614. Il y prend le titre de géographe du roi; i3° Bibliotheca cluniacensis; Paris, 161 4> in-fol. Il s'associa pour cette collection avec D. Marrier son ami ; i4° Histoire d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande; Paris, Rocolet, 1614 et i634, in-fol. , continuée ensuite jusqu'en 1640, revue et corrigée par Duverrier; Paris, 1657 et 1666, 2 vol. in-fol. C'est ici , proprement dit, que Duchesne commence sa carrière historique; i5° Histoire des Papes; Paris, 1616, in-fol. . 2 vol. François Duchesne fit disparaître les fautes nombreuses de cette édition dans celle qu'il donna en 1 653 avec les portraits; 16° Pétri Abelardi et Heloisie conjugis opéra mine primum édita, accedunt Andr. Quercetani notœ ad historiam calamitatum Pétri Abelardi ; Paris., Buon, 1616, in-4; 17° OEuvres d'Alain Cbartier ,

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publiées par A. Duchesne; Paris, Thiboust, 1617, in~4; 18° B. Flacci Albini , sive Alchuini opéra omnia édita studio et diligentia A. Quercetani; Paris, Cramoisy, 1617, in-fol.; 190 bibliothèque des auteurs qui ont écrit de l'Histoire et Topographie de la France; Paris, Cramoisy, 1618 et 1627, in-8. Ouvrage utile alors mais effacé par celui du P. Lelong, perfectionné par Févret de Fontette; 200 Historiée Normannorum scriptorcs antiqui, etc. ; Paris, Fouet, 1619, in-fol. Ce recueil précieux et très-recherché devait être composé de 3 vol. ; 21° Histoire généalogique de la maison de Châtillonsur— Marne avec les preuves ; Paris, Cramoisy, 1621, in-fol.; 22* Généalogie des seigneurs de Reis-Dubreuil ; Paris, 162 1, in-4; 23° Histoire Généalogique de la maison de Montmorency et de Laval, avec les preuves, Paris , Cramoisy, 1624, in-fol.; 24° Histoire Généalogique de la maison de Vergy avec ses preuves; Paris, Cramoisy, 1625, in-fol.; 25° Histoire des rois, ducs et comtes de Bourgogne et d'Arles; Paris , 1628 ; in-4, 2 vol. Le premier porte la date de 16 19, il parut alors sous le titre d'Histoire Généalogique des ducs et comtes de Bourgogne, etc.; 260 Histoire Généalogique des maisons de Guines, d'Ardres, de Gand et de Coucy ; Paris, Cramoisy , i63i, in-fol.; 27° Histoire Généalogique des maison de D'eux, Bar-le-Duc, Luxembourg, Limbourg, Le Plessis- Richelieu, Broyés et Château Vilain; Paris, Cramoisy, i632, in-fol.; 28* Histoire Généalogique de la maison des Chatei- , gniers avec les preuves; Paris, Cramoisy, i634, in-fol.; * 29°Historiae Francorum scriptores eoaetanei , etc. ; Paris, Cramoisy, i636 — '649, in-fol., 5 vol. Le troisième et le quatrième volume étaient sous presse lorsque l'auteur mourut; son fils en surveilla l'impression et publia le cinquième; 3o° Histoire Généalogique de la maison de Bcthune avec les preuves; Paris, Cramoisy , 1639, in-fol.

Quelque étendue que paraisse cette liste , elle ne forme cependant que la moindre partie des travaux de Duchesne .A sa mort on trouva beaucoup d'ouvrages commencés et quelques autres achevés. Au nombre de ces derniers sont : i° Ca- .

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talogue des archevêques et évêques de France ; 2* Réfutation de l'imposture et fausseté de Thierry Presport, touchant la première origine de la maison d'Autriche; 3° Généalogie dë la maison Bouthillicr de Senlis ; 4* Traité sur l'origine de Chftrlemagne ; 5° les Épîtres et Grstes des papes depuis Innc—; cent II juscju'à Grégoire XI ; 6* les Vies des Saints de France) 7° les Anciennes Coutumes locales du royaume ; 8° l'Histoire des Grands-Officiers de la couronne ; 90 la Chronique d'Alberic moine des Trois-Forttaines ; io» l'Histoire des Ministres d'état depuis le règne de Robert; 1 1° Discours du royaume de Lorraine où il est montré que c'est un ancien fiéf de la couronne ; 1 2° Mémôircs historiques et politiques de l'histoiré de France ; i3° la Vie de Gaston de Foix ; i4* Histoire de la tille de Rheims; i5° l'Histoire de France tirée des auteurs contemporains; 160 la Descente royale de M. le prince âé Condé; 17° Recherches de toutes les Villes, bourgs et villages j châteaux, fleuves, rivières et ruisseaux de France, avec les érections des terres en baronnies, comtés , marquisats èt duchés, ensemble les noms des seigneurs qui avaient autrefois le droit de battre monnaie et les figures de chacune.

Un accident imprévu vint interrompre tant de travaux utiles , dont il avait rassemblé les immenses matériaux. En revenant de sa maison de Verrière auprès de Longjumeau , il se tua en tombant d'une charrette sur laquelle il était monté, et mourut le 3o mai 1640, âgé de cinquante-six ans. L'abbé de Longuerue raconte ce malheur d'une manière toute différente. « Chassé de Paris par la misère, il se retira , « dit-il, en Touraine, où il avait une ferme. Un jour qu'il « revenoit de faire les foins , monté jusqu'aux nues sur « une charrette qui en étoit chargée, la charrette versa, et le « pauvre diable fut tué. » Mais l'abbé de Longuerue n'a pas fait attention que les foins ne se récoltent pas le 3o mai. Il*est d'ailleurs certain que Duchesne n'est pas mort en Touraine. Il n'est pas plus exact, quand il dit que le cardinal de Richelieu le laissait mourir de faim. 11 est vrai qu'il n'en reçut jamais aucune faveur, tandis qu'il les donnait à

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pleines mains à de mauvais poètes : mais Duchesne , sans être riche, était au-dessus du besoin. Il avait été marié deujt fois : la première à Suzanne Soudain, et la seconde à Valentine de Vaucorbeil , dont il n'eut point d'enfanâ. De la pré^mièreil n'eut que François, qui fait l'objet de l'article suivant.

Voici des vers qui dans le temps furent faits Sur lui , et sur le savant père Sirraond , jésuite :

En gemino, nostras quœ lustrant lamine terras,

Nondnm visa polo sidera clara micant Inde stupor Gallis solita plus luce coruscant

Quod Christi templum , régis et imperium. Sunt fratres Helenae , qui alterna sorte relucent

Sir tunnel u s templo , Querceus imperio. Conciliis radiât totum Sirmundus in orbem ,

Splendet et augusta Querceus historia.

Praesul et héros, du m tanto splendore refulgent,

Gallia fit gemino lumine lucidior.

II. DUCHESNE (François), historiographe de France ^ né le 22 mars 1616, à l'Ile-Bouchard , ainsi que son j>ère, auprès duquel il avait puisé le goût de l'étude , et principalement de celle de l'histoire ; mais malgré son érudition , il fut loin d'égaler la gloire que son père s'était acquise. Il s'occupa de rassembler ses manuscrits , et l'on a lieu d'être surpris qu'il n'ait pas publié la majeure partie de ceux qui étaient terminés, et que quelques écrivains se sont appropriés. Il mit en ordre, et fit paraître , en 1639 » ^e cinquième volume des historiens de France. Il en fit autant pour l'Histoire des Cardinaux français, en 2 voJ. in-fol., mais qui devait en former quatre. Ce fut le cardinal de Richelieu qui engagea André Duchesne à écrire cette histoire. En i653, il donna une nouvelle édition de l'Histoire des Papes , moins fautive que celle que son père avait publiée, mais qui , malgré cela , n'en est pas meilleure.

Nous avons de lui particulièrement : 1° Willelmi vita

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Sugerii, edente Fr. Duchesne; Paris, 1648, in-8. Ce n'est qu'une traduction de celle que son père avait écrite en français ; 2* Histoire des Chanceliers et Gardes-des-Sceaux de France; Paris, 1680, in-fol. On peut la considérer comme un fragment de l'histoire des grands-officiers de la couronne , entreprise par André Duchesne ; 3° Traité des Officiers qui composent le Conscil-d'Etat du Roi; Paris, 1662, in-4; 4* Mémoires de Jacques de Chaslenet, Seigneur de Puységur; Paris, i6yo , in-12, 2 vol. ; 5° Recherches historiques de l'Ordre du Saint— Esprit, continuées par Haudiguer de Blancourt; Paris, i6q5, in-12, 2 vol., et réimprimées en 17 10.

François Duchesne , aussitôt la mort de son père , avait obtenu la place d'historiographe , par lettres patentes du 1 } juin 1640. En 1676, il vendit au grand Colbert tous les mémoires que son père avait recueillis.

Il mourut à Paris le 8 juillet 1693, laissant quatre filles, dont la seconde épousa Jean Haudiguer, sieur de Blancourt , également historiographe de France, qui fut condamné aux galères, sur l'accusation intentée contre lui, d'avoir fabriqué de faux titres au détriment de quelques familles ; il y avait dans la bibliothèque de M. Leblanc , u° 32 1 3, un recueil manuscrit de toutes les pièces de ce procès, formant 3 vol. in— fol. On croit que le jugement infamant prononcé contre Haudiguer abrégea les jours de son beau-père, qui était âgé de soixante-dix-sept ans.

DUFOUR (Jean), poète latin. La qualité de Campanus qu'il prend à la tète de ses ouvrages, fait douter s'il était de la Champagne tourangelle, ou de la Champagne proprement dite. Cette dernière opinion cependant me paraît la plus probable, quoiqu'il ait été mis au nombre des auteurs tourangeaux par les rédacteurs de l'Almanach historique de Touraine.

11 était principal du collège de Tours, quand il publia son Horace chrétien sous ce titre : Horatius Christîanus a Joanne Dufour Campano t Turoni, Jacobus Poinsot ,

BIOGRAPHIE. l57 1629, in-12. Ce sont des imitations des cinq livres d'odes d'Horace, toutes écrites dans le même mètre, avec le même nombre de vers, et qui toutes ont pour objet des sujets chrétiens. Il faut pourtant en excepter l'ode treize du premier livre, qui fait une disparate assez frappante avec les autres. Les biographes ne faisant point mention de cet auteur, je rapporterai ici cette ode, pour donner une idée de son style, qui , malgré la contrainte qu'il s'était imposée a quelquefois de la facilité , et ne manque pas d'une certaine élégance.

ZELOTYPUS AD UXOREM.

Cum , Psyché , duo lumina Malas , colla , sioum , et lactea proximi

Laudas brachia ; va? , meum Fervet bile jecur, fluctibus ut fretum.

Annictas quoties viro , Quem forma egregium reris Adonidem ,

Tum nec frons mihi , nec color Certa sede manent. Summus ubi palam

Clamât Janus ab infimo Te pressis juvenum dente tuo labris

Impressisse notam , in sinus Humor labitur, et lapsus arat gênas.

Cum nonaria conjugi Praefers legitimo turpis adulterum ,

Cymbam portitor admonct Ripaî , meque \ per stygios lacus.

Felices ter et amplius Quos intacta probris vincula copulant !

Ac , ne dissimulera , puto Hic jam semideos vivere cœlibes.

L'auteur, dans son épilogue, promettait de publier les satires et les épitres;

Salyras, epistolasque proximo dabit Anno thalia nostra.

l58 HISTOIRE DE TomuuwE.

mais il ne put exécuter ce dessein , la mort l'ayant surpris dans le cours de Tannée qui suivit la publication de çette première partie. 11 avait, dit-on, un frère qui avait composé un Miles christiams en vers latins, et lui-môme en parle dans la préface de son Horace, comme d'un ouvrage terminé; celui de Dufour est précédé d'un éloge de la ville de fours, en forme de dédicace imitée de l'ode : Laudabwt Qui cîararn Rhodon. On y remarque ces vers, dans lesquels il décria la promenade connue sous le nom de Mail, ainsi que le jeu d'où lui vient cette dénomination.

Hic, via laevis ubi densas ter duplicat ulmos,

Exercet Diana choraeas Et Dryades : illuc juvenum chorus ordine longo

Cou Huit, innuptaeque puellae.

Hic teretem globulum repetito mail eus ictu

Puisât, init globus ostia mets.

Jean Dufour a été imité, dans ce genre de parodier les anciens, par le père Carlo d'Aquino, dans son Anacreon recantatus , et par Giuseppe Patrignani , dans PAnacreonte cristiano, publié sous le pseudonyme de Presepio Presepi.

Nous avons encore de lui un poème apologétique des lois et de la jurisprudence , qui a pour titre : J. Dufour Carmen nomotheticon, Trecis, Natalis Moreau, 1601 , in-12. Cet opuscule ne contient que trois cent neuf vers.

Il mourut à Tours en i63o ; on ne sait pas précisément Tannée de sa naissance.

DUFRÉMENTEL (Jacques), avocat en parlement, né à Tours le 22 mars 1698. Il s'était d'abord fait connaître par quelques poésies assez agréables; mais il ne tarda pas à renoncer à cette occupation frivole pour se livrer tout entier à l'étude de la jurisprudence, où il s'acquit autant de réputation que pouvait le permet! re le cercle étroit dans lequel il s'était circonscrit. Cependant avec du savoir, parlant et écrivant bien , on peut croire que partout il se fût fait un nom

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distingué, ainsi qu'on en peut juger par les mémoires qu'il fit imprimer dans quelques causes importantes.

Il avait laissé en manuscrit un travail complet sur la coutume de Tpuraine, dans lequel se trouvent fondues les observations des plus habiles jurisconsultes. L'ouvrage ne fut publié qu'en 1786 , par les soins de son fils, sous ce titre : If Conférence de la Rédaction de la Coutume de Touraine en 1640, et de ses deux Réformations en 1507 et i55ç). — Nouveau Commentaire sur la même Coutume ; Tours , Létourniy, 1 786-1 788, in-4 , 3 vol.; mais les changemens opérés par la révolution ont rendu infructueuse la plus grande partie de ce travail , dont le quatrième et dernier volume est resté manuscrit; a° Tableau Généalogique et Historique de la Maison de Brossard en Touraine ; Tours , 1765, in~4 de seize pages. La Chesnaye-des-Bois a inséré cet opuscule à la suite de son troisième volume du dictionnaire de Ja noblesse.

Il est mort à Tours le 1 1 juillet 1777 , doyen du barreau, et écbevin électif de cette ville.

Son fils, Jacques Dufrémentel, a fait graver ce distique au bas du portrait qui se trouve en tète du premier volume :

Vir fuit et civia; natos virtutis anoorem Edocuit; memon scripta ornent patri»,

Il réunissait en effet au plus haut degré toutes les vertus du citoyen , et tous les talens du jurisconsulte. Le fils , héritier des vertus du père , le fut aussi de ses talens. Né à Tours Je 28 janvier 1728, il se destina à la profession d'avocat; mais une Légère difficulté dans l'organe de la voix le fit renoncer au barreau , et il embrassa l'état ecclésiastique. Il (ut chauoine de Saint-Martin , officiai et grand-vicaire du diocèse. Il se faisait un amusement de la poésie latine , et une occupation sérieuse de l'histoire de son pays. Ce fut lui qui rédigea constamment l'Almanach historique de Touraine, dans lequel il inséra un grand nombre de notices sur les

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événemens, les productions, les curiosités, lesmonumens et les hommes célèbres de cette province. Il est mort à Tours le 1 5 juillet 1808.

DUPUY (Gilles), maître des requêtes ordinaire de la reine, conseiller au présidial, et maire de la ville de Tours, lieu de sa naissance. Dans Tannée de son mairat, c'est-à-dire en i632 , les jésuites ayant été autorisés à s'établir ù Tours contre le gré de la grande majorité des habitons , leur collège était peu fréquenté. Dupuy publia alors un discours dans lequel il développait tous les avantages de la méthode adoptée par ces pères pour renseignement de la jeunesse , et il parvint à dissiper la prévention. Ce discours dédié à M. Victor Le Bouthillier, alors coadjuteur de l'archevêque de Tours , fut imprimé dans cette même ville chez Jean Oudot, i63a, i n~4 .

DURAND (Don Ursin), religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, né à Tours le 3o mai 1682 , d'Ursin Durand, fils d'un autre Ursin Durand, lieutenant-général au bailliage de Touraine, fit profession à l'abbaye de Marmoutier le 23 février 1701, à l'âge de dix-neuf ans. îl se trouva bientôt, par son érudition, digne d'être associé au savant D. Martennc. Ce fut à leur zèle commun et à leurs recherches que l'on dut le perfectionnement de la Gallia Christiana. Quelque temps après , par ordre de la congrégation , ils parcoururent une partie de la France , avec le projet de fouiller dans les archives des églises et des monastères pour y recueillir tout ce qu'ils y trouveraient de pièces inédites. Il en résulta l'ouvrage connu sous le nom de Thésaurus novus anecdotorum; Paris, 1717, in-fol. , 5 vol. Dans la même année, ils firent imprimer la relation de leur voyage , sous le titre de Voyage littéraire de deux religieux bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur; Paris , 1 7 1 7 , in-4, orné de figures. En 1724, ils en donnèrent une nouvelle édition plus ample en 2 vol. inw}. Ils firent paraître en même temps un immense recueil , fruit des plus laborieuses recherches , et qui contient un assez grand nombre de pièces très-curieuses, inconnues jusque-là, et qui couraient les

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risques ou de périr, ou de rester ensevelies dans l'oubli. Ce recueil est intitulé : Veterum Scriplorum amplissima collectio ; Paris , 1 724- 1 733 , in-fol. 9 9 vol.

Nommé, en 1734, sous-prieur de Saint-Éloi de Noyon , I). Ursin fut contraint de se séparer de D. Martenne, donl il avait jusque-là partagé les travaux et les succès. Cette séparation lui ayant été très-pénible, il obtint au bout d'un an , par l'entremise du président Camus de Pontcarré , son parent d'être rappelé aux Blancs-Manteaux de Paris, où il continua la nouvelle édition des Lettres des Papes, dont le P. Constant avait publié le premier volume. Il travailla aussi a la Bible de D. Sabbathier. Enfin il fut le collaborateur de D. Clémencet et de D. Maurice d'Antine , pour un ouvrage célèbre , dont l'érudition , la saine critique, et l'utilité, sont reconnues de tous les savans, l'Art de vériûer les Dates, qui parut pour la première fois en 1750, in-4, et ensuite en 1770, in-fol. Quoique cette dernière édition ait été effacée par celle en 3 vol. in-fol., 1783- 1787, publiée par des religieux de la même congrégation, les premiers rédacteurs n'en ont pas moins le mérite d'en avoir frayé la route, et tracé le plan.

D. Ursin Durand est mort à Paris le 3i août 17-71 , â°-é de quatre-vingt-neuf ans. Son nom est honorablement associé à ceux des Mabillon, des Martenne, des d'Achery, c'est-àdire à tout ce tjue la savante congrégation de Saint-Maur a produit de plus recommandable.

L DUTENS (Louis), associé libre de l'académie des Inscriptions et Belles-Lettres, de la société royale de Londres, historiographe du roi d'Angleterre, ne à Tours le i5 janvier 1730. Après avoir fait ses études au collège de cette ville, il vint à Paris à l'âge de dix-huit ans pour chercher à s'y procurer quelque emploi, mais peut-être plus encore pour tâcher d'y faire recevoir une tragédie intitulée le Retour d'Ulysse à Ithaque. La pièce fut refusée , et il s'en dédommagea en la , faisant jouer à Orléans, où elle eut, dit-on, un grand succès, ce qui ne prouvait rien en faveur, de la pièce. Un évé- 4. II

\6l HISTOIRE DE TOURAINE.

nemcnt imprévu vint affliger sa famille qui était protestante. M. de Rastignac, archevêque de Tours, prélat assez tolérant d'ailleurs, fit arracher du sein de ses parens la jeune sœur de Dutens , âgée de douze ans, pour être placée dans un couvent et instruite dans la religion catholique. Cette violence le dégoûta d'une pairie où les consciences n'étaient pas libres, et lui fit concevoir et exécuter le projet de passer en Angleterre, où il avait un oncle établi par suite de la révocation de l'édit de Nantes ; mais n'ayant pu se procurer de l'emploi à Londres il revint dans le sein de sa famille. Cependant il ne tarda pas à y retourner , et après avoir été quelque temps chargé d'une éducation particulière , il fut nommé , en 1758, secrétaire du ministre d'Angleterre à la cour de Turin, où même il resta en qualité de chargé d'affaires jusqu'en pendant l'absence de l'ambassadeur, milord Mackensie , frère de lord Bute, qui, en se retirant du ministère, en i;63, accorda à Dutens une pension de six mille livres.

11 avait quitté Turin en 1762, mais il y fut renvoyé de nouveau en la même qualité pour remplacer W. Pitt, qui lui-même l'avait demandé. Quelque temps après le duc de Norlhumberland lui fit obtenir un prieuré assez considérable, et le chargea d'accompagner son fils dans les différentes cours de l'Europe. De retour en Angleterre, en 1776, il alla a. Naples avec milord et milady Mackensie.

Malgré la résolution que Dutens avait prise de vivre désormais libre et tranquille à la campagne , il se vit de nouveau reporté dans la carrière diplomatique. Le fils aîné de lord Bute, ayant été nommé ambassadeur à Turin , le sollicita de l'y accompagner. Dutens refusa d'abord , mais il céda ensuite aux instances qui lui furent faites, par reconnaissance pour les bienfaits qu'il avait reçus de lord Bute. Quelques désagrémens lui ayant fait quitter ce poste, il alla à Florence, à Rome, vint à Paris en 1783 et repassa en Angleterre en 1784. Ce fui là qu'il borna ses courses, jouissant paisiblement de la fortune que lui procuraient les revenus de son

TUOGRAPIIiE. i63

prieure joints à ceux d'un legs assez, considérable que lord Mackeosie lui avait fait en mourant.

Louis Dutens avait débuté par quelques poésies dans la carrière littéraire; mais il ne tarda pas à abandonner un genre qui lui promettait peu de succès. Nous avons de lui : i° Caprices poétiques; i"j5o, in-16; 2° Poésies diverses; 1767, in-i2; 3° Recherches sur l'Origine des découvertes attribuées aux modernes; Paris, veuve Duchesne, 1766, in-8 , 2 vol. C'est cet ouvrage qui a fait la réputation de Dutens. Quoiqu'il ne soit pas toujours exempt de prévention , qu'il ne soit pas toujours juste dans ses conséquences et impartial envers les modernes, on ne put que concevoir une idée très-avantageuse des talens et surtout de l'érudition de l'auteur, ainsi que de la variété de ses connaissances; 4° 1° Tocsin; Home, 1769, in-12, réimprimé à Londres, en 1777 , sous le titre d'Appel au Bon Sens; 5° Explication de quelques Médailles de peuples, de rois, de villes grecques et phéniciennes avec un alphabelh phénicien ; 6° Explication de quelques nouvelles Médailles du cabinet de Duane. Ces deux derniers ouvrages sont réimprimés avec le suivant; 7° Dissertation sur quelques Médailles grecques et phéniciennes, où se trouvent des observations , pour servir à l'étude de la paléographie numismatique ; Londres, Elsmly , 177G, in— 4 ; 8° la Logique ou l'art de Raisonner; Paris, Moliui, 1773, in-12, 1777, in-8; g° du Miroir ardent d'Archimède; 1775, 1777, in-8; io° des Pierres précieuses et <les Pierres fines ; Paris, Didot, 1776, in-16. Ce traité est rare et recherché ; 1 i° Itinéraires des routes les plus fréquentées de l'Europe; Paris, Barrois, 1775, in-8; Londres, Faden et Elsmly , 1779, 1783, 1788 et 1791. Ces dernières éditions sont augmentées d'un itinéraire d'Espagne , rédigé sur les notes de M. de Vo^lie, ingénieur en chef à Tours; 12° lettre à M. Debure sur la réfutation du livre de l'Esprit, par J. J. Rousseau , 1779, in-12; 1 3° de l'Église, du Pape, de quelques points de controverse et des moyens de réunion entre toutes les églises chrétiennes ; Genève , Bon nnut, 1 78 1 ,

l64 HISTOIRE DE TOUR AINE.

in-8; réimprimé en 1798 sous le titre de Considérations thcologico-politiques sur les moyens de réunir toutes les ises, etc. ; i4° OEuvres mêlées dans lesquelles se trouvent i° le Traité des Pierres précieuses; 20 l'Appel au bon sens ou le Tocsin ; 3° la Logique ; 4° du Miroir ardent d'Archimède; 5° Dissertation sur la famille des Scipions et leur généalogie; 6° différentes Lettres et poésies; Genève, 1784, in-4, 4v0^'j 1 5° l'Ami des Étrangers qui voyagent en Angleterre; 1789, in-8; réimprimé en 1792 sous le titre de Guide moral, physique et politique des étrangers, etc., 1 vol. in-12; 16° Histoire de ce qui s'est passé en 1789 pour rétablissement d'une régence en Angleterre ; Paris, Gattey, 1789, in-8 ; 1 70 Table généalogique des héros de romans en onze tableaux in-4, sails date; 18° Mémoires d'un Voyageur qui se repose; Paris, Bossange, 1806, in-8, 2 vol. Ce qu'il y a d'assez étonnant pour des mémoires, c'est que l'auteur n'indique ni l'époque de sa naissance, ni le lieu où il e9t né, ni même ses noms, que l'on ignorerait si on ne les trouvait sur le frontispice du livre, car il y prend toujours le nom de Duchillou , sous lequel il n'a jamais été connu , sinon dans son enfance.

En 1783, il avait fait imprimer ses mémoires en 3 vol. in-8 , mais il en supprima l'édition entière parce qu'il y avait fait figurer beaucoup de personnes vivantes. Il a publié aussi un petit opuscule sur l'Homme au Masque de Fer , qui n'instruit pas mieux que tout ce qu'on a écrit à ce sujet.

Dans la préface de ses mémoires il parle d'un autre ouvrage intitulé La Correspondance interceptée, auquel il n'avait pas mis son nom; mais il avoue lui-même que ce livre est peu connu. 11 fait aussi mention dans ces mémoires de deux comédies qu'il avait traduites de l'anglais. L'une de Congreeve : the IV ay of the TVorldy le Monde comme il Va, ou mot à mot, le Chemin du Monde , et l'autre de Garrick : the Ly in g Valet, la Valet Menteur. H les présenta toutes deux à la comédie française; mais elles furent refusées, l'une à cause de son extravagance, et l'autre

BIOGRAPHIE. l65

parce qu'elle n'était qu'une imitation du Souper Mal Apprêté tic Hauteroche; circonstance qu'il ignorait lorsqu'il entreprit cette traduction.

Indépendamment de ces ouvrages, L. Duteus est connu par une excellente édition qu'il a donnée des œuvres complètes de Leibnitz, qui jusque-là n'avaient pu être rassemblées. « G. G. Leibnitii opéra omnia nunc primum collecta , « in classes distributa, prœfationibus et indicibus exornata, « studio Ludovici Dutens; Genève, 1768, in~4 , 6 vol. »» On lui doit également une édition grecque de Longus : Longi pastoralium de Daphnide et Chloe , lib. 4- grœce, ex reeensione Lud. Dutens; Paris, Didot, 1776, in-i?.. Enfin il a publié le Manuel d'Épictète de la traduction de Dacier, Paris, 1775, in- 18.

Son Origine des Découvertes a été traduite en anglais.

Il est mort a Londres le a3 mai 181 2, âgé de quatre-vingtdeux ans.

II. DUTENS (Michel Fuançois), frère puîné du précédent, ne à Tours en 1782, mort dans cette même ville en juin i8o.f. Privé , par la religion dans laquelle il était né, de prétendre à aucun emploi public, il exerça à Tours la profession d'orfèvre; mais sa rare probité, ses talens, et ses vertus privées lui concilièrent dans tous les temps l'estime générale. Amateur éclairé de la peinture qu'il cultivait lui même avec succès, il avait rassemblé une collection de tableaux , au nombre desquels s'en trouvaient quelques-uns des bons maîtres des écoles d'Italie et de l'école flamande. Il avait surtout le talent de restaurer avec beaucoup d'art les parties que le temps avait altérées. Ses connaissances à cet égard sont consignées dans un ouvrage intitulé Principes abrégés de la Peinture , qu'il fit imprimer pour la première fois en 1779, et réimprimés ensuite avec des augmentations; Tours, ftillaut, an XII (i8o4), in-8.

Il a laissé un fils , aujourd'hui ingénieur des ponls-etchaussées, qui a publié dans la même année : l'Analyse raî-

l66 HISTOIllE DE TOURA1NE.

sonnée des principes fondamentaux de l'économie politique; Paris, Courcier, i8o4> in-8. Il nous a donné depuis un éloge de Montaigne. Il est à désirer qu'il ne se borne pas à ces premiers essais de ses talens héréditaires.

DUVAL (Jean), né à Tours vers la fin du quinzième siècle ; il s'acquit dans son temps une espèce de célébrité par l'art avec lequel il travaillait la tapisserie, et c'est sous ce rapport que j'ai cru devoir lui donner place ici, malgré l'intervalle immense qu'il y a entre les chefs-d'œuvre de ce siècle et les moindres productions sorties des ateliers des Gobclins. Quoi qu'il en soit, Duval eut alors la réputation d'être le plus habile ouvrier en ce genre , et il ne fut surpassé que par ses trois fils, Etienne, Maur et Hector, qui , au talent de leur père, joignirent une connaissance plus exacte de la perspective, partie tout— à-fait ignorée dans ces anciens ouvrages. Ils eurent ainsi le mérite d'avoir fait faire un grand pas vers l'imitation plus fidèle de la nature. « C'est une mer- « veille, dit Jean Brèche leur contemporain , que l'art avec « lequel ils nuancent les différentes couleurs. Ils entrelacent «< la laine et la soie avec une telle industrie que l'on prend «i facilement leurs tapisseries pour des peintures. »> 11 y avait alors à Tours une fabrique en ce genre, dont les productions étaient préférées par tous les connaisseurs et dont la réputation était due à la perfection que les Duval leur avaient donnée.

Les six pièces de haute-lisse qu'on voyait à Saint-Gatien derrière le grand-autel étaient de la main de ces trois frères, ainsi que huit autres pièces dans l'église de Saint-Saturnin , représentant la vie de Jésus-Christ en figures de grandeur naturelle. Mais l'ouvrage le plus considérable, et qu'on citait alors comme un chef-d'œuvre, était la tapisserie en cinq pièces faites pour un M. de La Barre , représentant les principales actions de la vie de saint Pierre et de saint Paul. On l'estimait non-seulement pour la perfection de son tissu, mais encore parce qu'elle était faite sur des dessins de Ra-

phaël. On y avait mis eu perspective la ville de Tours, comme indication du lieu où elle avait clé faite, avec Ja date des années i54i, i5r\2. , i543, 1 544 et 1 545-

Jean Duvabmourut à Tours en i55î, ainsi que nous l'apprend Jean Brèche lui-même dans son commentaire sur le titre De Verborum significatione, p. 4i°> qui parut en i555. « Jam sane totum triennium etfluxit ex quo eflflavit ani- « mam , elc. »

EBRARD ou EVRARD, et , selon d'autres, ECBERT , abbé de Siint- Julien de Tours, puis de Marmoutier, naquit en Tourainc vers la fin du dixième siècle. Il avait la réputation d'être un des hommes les plus savans de son temps. Gerbert, archevêque de Reims et depuis pape sous le nom de Silvestre II , fait son éloge dans plusieurs lettres où , en parlant de son éloquence et de l'austérité de ses moeurs , il dit que c'est une étoile qui brille continuellement sur l'église, et qu'il s'estime heureux d'avoir mérité son amitié.

Il ne nous reste qu'une partie de la lettre qu'il écrivit à Adalberon , évèque de Verdun, au sujet d'un certain abbé de Flcury et de son intrusion dans cette abbaye. Elle est rapportée par le même Gerbert dans celle qu'il adressa aux moines de Fleurv, sous le nom des abbés du diocèse de Reims.

Le moine anonyme de Marmoutier dit qu'il avait son tombeau sous le portique de l'église de cette abbaye qu'il conserva, suivant D. Badicr , depuis l'an 101 5 jusqu'à 1082, époque de sa mort.

ESTAMPES DE VALENÇAY (Achille d*), cardinal, né à Tours le 5 juillet 1 5c)3 , de Jean d'Estampes, seigneur de \alencay, chevalier des ordres du roi , et de Sara d'HapIincourt. En 161 1, il fut reçu chevalier de Malte, ensuite commandeur, puis grand' croix de l'ordre. Il se signala dans plusieurs combats, et surtout au siège de La Rochelle, où il tut fait maréchal-de-camp. Étant retourné à Malte, il fil. des prodiges de valeur à la prise de l'île de Sainte-Maure , l'ancienne Leucadc; les lalens et la brnvoure qu'il montra dans

1 68 HISTOIRE DE TOlIIt AINE.

les occasions les plus importantes le firent élever, en i635 , au grade de général des galères et de l'armée de terre de la religion. Sa réputation le fit appeler, en 1643, par le pape Urbain VIII , qui le nomma lieutenant-général de son armée, dans la guerre qu'il avait à soutenir contre le duc de Parme. Le saint-père, par reconnaissance des services qu'il en avait reçus, le créa, le i4 décembre de la même année, cardinal-diacre du titre de saint Adrien. Pendant son séjour à Rome, le cardinal de Valençây eut occasion de déployer sa fermeté accoutumée contre les prétentions de l'ambassadeur d'Espagne, et de défendre les intérêts delà France avec tant de zèle et de succès, qu'il contraignit cet ambassadeur à rendre visite au cardinal Renaud d'Est, qui résidait auprès du pape en qualité de protecteur des affaires de France.

Il mourut à Rome le 16 juillet 1646, âgé seulement de cinquante-trois ans, avec la réputation d'un général babile, brave et entreprenant, pour qui dire et faire étaient choses également faciles. D'après ses dernières volontés, il fut inhumé sous un tombeau tout simple et sans épitaphe.

Son frère puîné , Jean d'Étampes de Valençay , fut intendant de Tours, lieu de sa naissance, depuis i63o jusqu'en 1637, et mourut le 4 février 167 1 âgé de soixaute-dixsept ans.

ESTRÉES (Gaurielled'), née en i565 au château de la Bourdaisière en Touraine , d'Antoine d'Estrées, marquis deCœuvres, grand-maître de l'artillerie, et de Françoise Babou , fille de Jean Babou , seigneur de la Bourdaisière. Elle avait environ vingt-six ans, et n'était pas encore mariée, lorsque Henri IV eut occasion de la voir, en i5gi , au château de Cœuvres, où elle demeurait avec son père. Les agrémens de sa figure et de son esprit charmèrent tellement ce monarque, qu'il conçut dès ce moment le dessein d'en faire sa maîtresse. Malgré l'espèce d'inclination qu'elle avait déjà pour le duc de Bellegarde, Henri ne tarda pas à supplanter son rival. Il lui fit alors épouser Nicolas d'Armcval , seigueur de Liancourt, dont elle fut aussitôt séparée et avec

BIOGRAPHIE. 169 lequel clic n'habita jamais. Elle en porta seulement le nom pendant quelque temps; mais bientôt après le roi la fit marquise de Monceaux, puis duchesse de Beaufort en Vallée. Cependant elle était plus généralement connue sous le nom de la Belle Gabrielle.

Henri IV avait véritablement pour elle une passion que la possession ne fit qu'affermir encore. Dans les premiers temps où il commença à la connaître , il eut l'imprudence de se déguiser en paysan avec une botte de paille sur la tête , et de faire ainsi trois lieues à travers les garnisons de la Ligue , pour aller la voir au château de Cœuvres. Et au moment où elle mourut il était décidé à l'épouser , son premier mariage avec Marguerite de France étant sur le point d'être rompu, d'accord avec cette princesse.

Gabrielle, maîtresse absolue du cœur de Henri IV, n'eut pas toujours sur son esprit tout l'ascendant qu'elle aspirait à y prendre. Sa haine contre Sully fait peu d'honneur à sa mémoire; mais ce qui en fait beaucoup à la droiture et à la fermeté du roi , c'est que , malgré sa passion un peu aveugle, il loi dit un jour, avec quelqne dureté, qu'il se passerait mieux de dix maîtresses comme elle que d'un serviteur comme Sully. Du reste elle fît répandre sur sa famille et sur ses amis les emplois, les honneurs et les richesses. Elle se fit quelques partisans et beaucoup plus d'ennemis , l'amour du roi et la presque certitude de devenir son épouse lui ayant fait dédaigner les égards et les prévenances que son ambition semblait lui prescrire. Elle fit la reincun peu prématurément, et ce fut, selon toute apparence, ce qui contribua à abréger ses jours.

Le premier enfant qu'elle eut du roi, ou plutôt sous le nom du roi , fut César duc de Vendôme , qui naquit au château de Coucy en Picardie , au mois de juin i%4 , et qui fut légitimé en février i5c)5. Il fut marié à Françoise, fille unique de Philippe-Emmanuel de Lorraine, due deMercœur, et de Marie de Luxembourg.

Eu i5g7, elle accoucha d'une fdlc nommée Catherinc-

I7O HrSTOlM! DE TOUR AINE.

Henriette , légitimée au mois de mars de la même année , et qui, en 1619, épousa Charles II de Lorraine, duc d'EIbeuf. Ce fut à V occasion de sa naissance que Henri IV donna à Gabrielle le duché de Beaufort.

Enfin, au mois d'avril i5g8, elle eut pour troisième enfant Alexandre; connu sous le nom du chevalier de Vendôme , qui fut abbé de Marmoutier, grand-prieur de France et général des galères de Malte. Il fut arrêté à Blois dans la nuit du 11 au 12 juin 1626, et renfermé au donjon de Vincennes, où il mourut le 3 juin 1627, non sans quelque soupçon de poison.

Gabrielle était grosse d'un quatrième enfant lorsqu'une mort inattendue vint l'enlever à la haute destinée que tout semblait lui promettre; car le roi, fermement résolu de l'épouser, avait déjà envoyé à Rome Nicolas Bru] art de Sillery, président au parlement de Paris, et depuis chancelier de France, pour hâter la dissolution de son mariage suffisamment justifiée par les dcrégleraens de Marguerite.

Elle était revenue de Fontainebleau le lundi de la semaine sainte, et s'était établie près l'arsenal , dans la maison d'un très-riche financier nommé Sébastien Zamet , avec lequel elle avait d'abord vécu dès l'âge de seize à dix-sept ans , et où elle se proposait de faire ses couches, son terme étant alors tres-rapproché. Le jeudi-saint , après avoir bien diné, elle alla entendre les ténèbres au petit Saint-Antoine. Elle montrait à mademoiselle de Guise des lettres du roi et de Sillery relatives à son mariage, lorsqu'elle éprouva une si violente colique qu'on la rapporta sans connaissance. Revenue à ellemême, elle ordonna qu'on la transférât chez sa parente, madame de Sourdis, où elle éprouva de nouveaux accès, sans que les médecins osassent essayer quelques remèdes. Enfin elle succomba à son mal le samedi-saint 10 avril 1599 à sept heures du matin. Le brnit général fut qu'elle avait été empoisonnée. Ce qu'il y a de certain , c'est que peu d'instans après sa mort les convulsions qu'elle avait éprouvées avaient tellement défiguré ses traits qu'elle était alors aussi hideuse

qu'auparavant elle était belle, et que la violence des efforts ' avait tourné sa bouche vers la nuque du cou. On prétendit , peut-être avec quelque fondement , que ce coup d'état avait été préparé par le parti nombreux et puissant qui ne voyait pas sans inquiétude les approches du mariage de la duchesse. C'est ce qu'on exprima dans cette épitaphe satirique :

Cy git madame la marquise, D'un esprit plus grossier que fin t Qui mourut pour trop s'êlre enquise Qui seroit monsieur le dauphin.

Quoi qu'il en soit, Zamet ne fut aucunement inquiété; le roi cependant témoigna par ses larmes les regrets les plus vifs et les plus sincères. La cour prit le deuil ; il le porta luimême , d'abord en noir contre l'usage, et ne prit le violet que quelques jours après.

Le corps de la mère et celui de l'enfant furent présentés à Saint-Germain-l'Auxerrois et ensuite transférés à l'abbaye de Maubuisson, auprès de Pontoise , dont Angélique , sœur de Gabrielle , était abbesse. Ses cinq autres sœurs assistèrent également à ses funérailles qui se firent avec une pompe vraiment royale.

Le nom de Gabrielle se mêle souvent, on ne sait trop pourquoi, aux glorieux souvenirs attachés au nom de Henri IV, apparemment qu'on aura cru que l'intérêt qu'inspire tout ce qui a rapport à ce monarque devait se partager avec celle que l'on sait avoir été l'objet de ses plus tendres affections. Voltaire a fait ainsi son portrait dans la Hcnriadc :

D'Estrée était son nom : la maiu de la nature

De ses aimables dons la combla sans mesure.

Telle ne brillait point, aux bords de lEurotas,

La coupable beauté qui trahit Ménélas ;

Moins touchante et moins belle, à Tarse on vit paraître

(icllc qui des Romains avait dompté le maître,

HISTOIRE DK TOURAINE.

Lorsque les habitans des rives du Cydnus , L'encensoir à la main , la prirent pour Vénus.

Antoine d'Estrées avait eu huit enfans, dont Gabrielle était le sixième. Cette abbesse de Maubuisson , dont il est parlé plus haut, femme très-galante, fut déposée en 1618 et renfermée aux Filles-Pénitentes. Les cinq autres soeurs n'avaient pas la réputation d'être beaucoup plus sages, ce qui donna lieu à cette épigramme du poète Sigogne au sujet du cortège funèbre où se trouvaient réunies les six soeurs de Gabrielle :

J'ai vu passer sous ma fenêtre Les six péchés-mortels vi vans , Conduits par le bâtard d'un prêtre ,

Qui tous alloient chantans Un reqnicscat in pace Pour le septième trépassé.

On trouve des détails plus ou moins véridiques sur cette femme célèbre dans les Amours du Grand-Alcandre , par mademoiselle de Guise, tome iv du journal de Henri III, avec les lettres de Gabrielle, réimprimés par Didot aîné, 1786, 2 vol. in-12. Ou peut consulter aussi l'Histoire des Amours de H enri IV , avec un recueil de quelques actions et paroles mémorables de ce priuce ( par Louise Marguerite de Lorraine, princesse de Conti); Cologne, 1667, *""l2> réimprimé en 1807 ; et enfin les Amours de Henri IV, avec ses lettres galantes et les réponses de ses maîtresses ; Cologne , 1 74° » in-12.

On publia contre elle , après sa mort, une satire en vers intitulée : le Retour d'Enfer de la duchesse de Beaufort, avec des annotations historiques, par le baron de Montepineuse , in-8. Cette pièce est attribuée à d'Aubigné.

FAVEROLLES ( Joseph de ) , abbé du Plessis, né vers i64o d'une famille noble, descendant des seigneurs de Bléré, et qui a donné son nom à une commune de l'ancienne Touraine. Il s'était acquis une certaine réputation d'éloquence ; cependant il ne nous reste de lui qu'une Oraison funèbre du maréchal de Turenne , imprimée à Paris en 1675, in~4-

FEAU (Laurent et non Louis) , docteur en médecine de la faculté de Montpellier , né à Tours en i5g9- Il est connu par un traité latin sur l'épicrase, intitulé : Laurcntii Fealdi, Turonensis medici , tractatus de Epicrasi; Turonibus, i644» in-8. La circonstance qui fit naître cet ouvrage, que l'auteur divise en deux parties, fut une dispute qu'il eut avec Victor Pallu {Voy. ce mot), médecin de la faculté de Paris, au sujet de l'Épicrase de Galien. Pallu, qui avait déjà publié sa question : « An Epicraseos lex excludat omnem omnino phlebotomiam et catharsin? » soutint un jour, dans une consultation de plusieurs médecins, que, selon l'esprit de Galien , il fallait dans quelques maladies user de la saignée. Feau soutint au contraire que l'Épicrase de ce célèbre médecin l'excluait entièrement. Le doyen de la faculté de médecine de Paris, consulté par Pallu son confrère, lui donna gain de cause; mais Feau prétendit, avec quelque raison, qu'on l'avait condamné sans l'entendre, et publia son traité qui fit nu peu de bruit dans le temps. Il mourut à Tours en 1668.

FERET (Claude), conseiller, avocat du roi au siège royal de Loches, et maire de cette même ville où il naquit vers la fin du dix-septième siècle. 11 a fait imprimer, en un volume in-4, le recueil de ses ouvrages, dédié à M. le Pelletier , ministre. Ce recueil se compose du panégyrique d'un duc de Saiut-Aiguan , et de quelques harangues qu'il prononça en diverses occasions, soit comme maire, soit comme avocat du roi, aux installations des gouverneurs, intendans, archevêques , et autres grands fonctionnaires ; mais on con-

çoit aisément qu'il faudrait que ces sortes de lieux communs eussent un très-grand mérite pour survivre aux circonstances qui les ont fait naître.

FIRMAÏ (Saint-Guillaume), né à Tours en 1026. Il s'appliqua d'abord à l'étude de la médecine, qu'il exerça avec beaucoup de succès. Devenu chanoine de Saint- Venant, ses talons comme médecin, la fortune dont il jouissait, et les agrémens de sa figure qui le faisaient rechercher avec empressement, lui parurent contraires à l'austérité de son nouvel état, et il prit la résolution de s'affranchir de tous ces obstacles. Suivant Étienne de Fougères, évèque de Rennes, son contemporain, il vendit tous ses biens, en distribua l'argent aux pauvres , quitta ses bénéfices et sa famille, et se retira dans une grotte auprès de Fontaine- Gérard, au Maine. Bientôt après, s'y trouvant exposé à des visites importunes , il alla se construire -une petite cellule au fond de la forêt de Laval. On prétend que quelques incrédules doutant, ou feignant de douter de la pureté de ses mœurs, tentèrent d'ébranler sa vertu par un piège qu'ils lui tendirent. Ils envoyèrent une très-belle courtisane, qui vint pendant la nuit implorer son assistance et lui demander un asile au moyen d'une fable qu'elle inventa. Introduite dans la cellule, elle mit en usage, pour le séduire , tout ce qu'elle avait d'artifice et de charmes; mais Firmat prit un tison ardent qu'il imprima si fortement sur son propre bras qu'il en conserva la marque le reste de ses jours. Elle fut tellement touchée de repentir qu'elle tomba à ses pieds , reconnut sa faute, et rentra dans le sentier de la vertu. On ajoute même que ceux qui l'avaient envoyée, et qui se tenaient auprès de la cellule, témoins de ce qui se passait, imitèrent l'exemple de la courtisane.

Le bruit de la sainteté de Guillaume Firmat commenranl à se répandre, et la foule se portant déjà vers sa cellule, il résolut de la quitter et de faire le voyage de la Terre-Sainte. Gomme il en revenait par terre, il passa par une ville dont on ne dit pas le nom , mais qui dépendait du patriarcat de

Cnnstantinople. Il était venu faire sa prière dans l'église où se trouvaient alors réunis les principaux du clergé et de la noblesse peu d'accord entre eux, lorsque tout à coup l'assemblée jeta les yeux sur lui, comme par une espèce d'inspiratiou, et, malgré sa résistance, le fit ordonner évêque. Cependant le défaut d'indication de la ville où cet événement eut lieu peut aisément le faire révoquer en doute. Quoi qu'il en soit , après avoir gouverné quelque temps son église avec beaucoup de sainteté, il quitta , dit-on, son siège, et sortit secrètement de la ville pour revenir en France.

Il alla d'abord à Vitré en Bretagne, ensuite à Mantille; mais la persécution qu'on lit éprouver à sou clerc l'obligea de s'en éloigner, et de se retirer dans les rochers qui bordent le Rhône, où il se choisit un asile dans un lieu qu'on nommait Eosne. De là il fit une seconde fois le voyage de la Terre-Sainte, pieds nus, et eu revint de même pour se renfermer de nouveau dans sa solitude. Cependant les fléaux de la guerre et de la famine s'étant fait sentir dans le pays de Mantille , les habitans en attribuèrent la cause à l'éloignement de saint Firmat. Deux des principaux d'entre eux furent donc chargés d'aller à sa recherche, et, étant parvenus à le trouver, ils obtinrent de lui, à force de supplications, qu'il reviendrait avec eux.

Quelques années après Guillaume se trouvant à Mortain, au diocèse d'Avranches, où il allait souvent faire ses prières , il y tomba malade et y mourut le 8 des calendes de mai ou 24 avril iio3, sous le règne de Philippe Ier. Il fut enterré solennellement dans l'église de Saint-Évront. La translation de son corps se lit en 1 1 »j5 , par Hugues, archevêque de Rouen, assisté dans cette cérémonie de Piotrou, évèque d'Évreux, de Richard, évèque de Coutances, et d'Herbert, évêque d'Àvrauches, qui lui firent élever un mausolée dont on voyait encore des vestiges dans ces derniers temps. Éticnne de Fougères, évèque de Rennes, a écrit sa vie, qui se trouve dans le Bollundus, à la date du 24 avril.

FLORENT (Saint ) , né à Tours. On juge par ses liaisons avec saint Avit qu'il vivait au commencement du quatrième siècle. Cependant Grégoire de Tours, qui parle de cet évêque de Vienne, ne fait aucune mention de saint Florent, dont les actions sont rapportées au tom. I de l'Italia sacra, ainsi qu'au tom. II de la Gallia christiana.

Après avoir fait ses études aux écoles de Tours, où il reçut le sacerdoce , et avoir vécu quelque temps dans une solitude où il s'était retiré , il entreprit le voyage de Rome. Eu revenant en France, il s'arrêta à Orange, où son savoir et sa piété le firent bientôt connaître. L'évèque de cette ville étant mort pendant le séjour qu'il y fit , il fut élu pour lui succéder par le vœu unanime de tous les citoyens.

Il assista au concile de Parme en 5 1 7 , et mourut à Orange en 520. Sa réputation de sainteté s'était déjà répandue dans toute l'Italie. A la nouvelle de sa mort, le seigneur d'une petite ville du diocèse de Plaisance , dont il avait, dit-on , ressuscité la fille , ayant obtenu ses reliques , fil bâtir une église en son honneur, et voulut que cette ville portât désormais le nom de Saint-Florent. C'est celle que l'on nomme aujourd'hui Fiorenzuola, en latin Florentiola , au duché de Parme, à treize milles de Plaisance. Cette église devint par la suite si célèbre , et attira une telle afûuence de peuples de tous les pays voisins, qu'on fut bientôt obligé d'en construire une plus vaste. La fête de ce saint Florent s'y célèbre le 17 octobre, et celle de sa translation le 18 mars.

On ne doit pas le confondre avec saint Florent, prêtre du Poitou, mort au commencement du cinquième siècle.

FONTEN A I LLES (Voyez PIERRES).

I. FORGET (Jean), baron de Mafléc , président à mortier * au parlement de Paris, né en Touraine , en i53g , de Pierre Forget et de Françoise de Forlia, l'une des dames de la reine.

Reçu d'abord conseiller en i56y t il fut président des enquêtes en 1674» et enfin nommé président à mortier en i5go. Il resta constamment attaché à la cause de Henri III,

qui l'employa dans les négociations les plus difficiles de son temps. Cette confiance, due à son zèle et à sa fidélité, lui attira la haine du parti de la Ligue, qui le fit enfermer à la Bastille ainsi que plusieurs autres magistrats. Cependant le duc de Mayenne eut la générosité, ou plutôt la politique, de les en faire sortir le 18 mars 1589.

Après la mort de Henri ITI , son successeur lui accorda la mème»confiance, et l'établit chef du conseil du duc de Vendôme ainsi que des autres enfans qu'il avait eus de Gabrielle d'Estrées.

Il était d'une probité très-sévère. Un conseiller de la grand-chambre ayant voulu faire juger une seconde fois un procès perdu sur son rapport, et dont il empêchait que l'arrêt fût expédié, le président Forget l'en réprimanda en pleine audience, et lui dit: «Monsieur, souvenez-vous de « Poisle ; il en cuida perdre la vie : vous en perdrez l'hon- •< neur. »

Ce magistrat, ami des lettres, l'était également des pauvres, et légua en mourant cent mille livres à l'Hôtel- Dieu de Paris. Il termina sa carrière le 19 janvier l6lt9 âgé de soixante-douze ans , regretté comme bon justicier, homme de bien et docte. Il eut sa sépulture dans l'église de Saint-Eustache.

Ce fut en sa considération que Henri IV érigea en haronnie la terre de Maflée. Il ne laissa point d'enfans d'Anne Leclerc , sou épouse.

II. FORGET (Pierre), parent du précédent,, de la troisième branche , baron de Verets et du Fau, sieur de Fresne, né auprès de Tours en i5J\i, de Jean Forget S' de la Tortinière , et de Jeanne Baret.

Après avoir exercé l'emploi de secrétaire des finances, il fut nommé par Henri III, en 1577, secrétaire d'état; mais il n'en prêta le serment qu'en 1 589, époque où il fut envoyé ambassadeur en Espagne. A son retour, après la fin funeste de Henri III , il ne se vit pas moins bien accueilli par Henri IV, qui eut plusieurs fois l'occasion d'employer ses

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