PAR DICTIONS ET PAR SYLLABES
Je t'ay requis pour tes fourets; Jette rects qui porte fou rets.
Teuds-les affiu contre lé monstre Tant laid, affin qu'on te le monstre Pris et enferré par ta chasse.
Prisé en seras : pourtant chasse :
Sathan à Ion nom deschasser S'attend. Hastons-nous de chasser Sa lute, pour à loz entendre.
Salut t'en pourra lors attendre.
BIOGRAPHIE. Ôô']
Or est sus toy assortie tant ; Or t'essuis-toy , et sors de tant Decoulpes et pollutions, De coulpes es poilus syons L'amour de toy tant curieulx.
Las ! munde-toy : tes cuer et yeulx Anime des boutons meschans.
Amy né déboutons mes chants; Ensuyvons à ces lettres bonnes.
Ainsi vont aux célestes bonnes Les glorîeulx et pardurables Les gloires veoir et paix durables.
Il serait peut-être assez difficile de comprendre ce langage sans la ponctuation que j'y ai ajoutée, et qui manque dans l'imprimé gothique.
Quant aux traductions de Michel , quoiqu'il soit impossible de les lire aujourd'hui , du moins doit-on convenir qu'elles avaient alors leur utilité , puisque ses originaux n'avaient pas encore été publiés en langue vulgaire.
Voici la liste de ses ouvrages : i° La Forêt de Conscience, contenant la Chasse des Princes spirituelle (en vers, suivie de l'ante nouvelle de Salut , en prose) ; Paris , Michel Lenoir, i5i6 et i5ao, in-8, goth., fig. cm bois. Cet ouvrage est recherché des curieux, surtout l'édition de i5ao. 2° Le Siècle doré , contenant le temps de Paix, Amour et Concorde, en ryme; Paris, Lefèvre, i52i,in-4 goth. Livre assez rare et recherché. 3° Élégies, Thrênes et Complaintes sur la mort de Madame (Claude) en son vivant reine de France; in-8 goth. Fort rare. 4° Le Penser de royale mémoire, auquel sont contenues les épîtres envoyées par le royal prophète David au très-chrestien roy de France François I* , avec aucuns man démens et autres choses convenables à l'exhortation du soutiennement et entreliennement de la saincte foy catholique; Paris, Jehan de la Garde , i5i8, in-4 goth.; 5° de la Justice et de ses Espèces , livre très— profitable pour tous ceux qui désirent connaître le moyen de vivre heureusement 4. • . 22
et paisiblement entre les hômmcs; revu, prélu et corrigé depuis, par Guillaume Aubert, avocat ; Paris , Jacques Kcr— ver, i556, in-8. Ce titre indique qu'il y en avait eu précédemment une ou plusieurs éditions.
Le surplus de ses écrits consiste en des tranductions : 6° les Bucoliques de Virgile Maron avec cinq autres livres par lui composés; c'est àscavoir : Virgile, du Vcrgier* et de la lectre de Pythagorasj-grecwm ; de l'Invention des Muses ; du Chant des Seraines et de la Rose, tons par rvmc, translatées de latin en François , avec l'exposition et» pros* ; Paris , Jehan de la Garde, i5i6, in*4 gotb.; *)* les Géorgiques de Virgile Maron , translatées de latin en françois et moralisées ; Paris, Durand Gerlier, t5i9, in-8 goth. Ces traductions réunies à celle de i'Énéide par Octavien de Saint-Gelais , furent réimprimées à Paris par Nicolas Coûtean, i52g, in-fol. Les exemplaires sur vélin de cette édition avec trente-une miniatures sont très-précieux. 8° Lu ci us Àpuleius de l'As ne doré, autrement dit de la couronne de Cérès, translaté de latin en françois; Paris, veuve Jehan Jebanaot, 1 5 1 7 , in-4 goth., et Galliot Dupré , i5i8, in-fol. goth.; 90 les trois livres de Polydorc Virgile , des inventeurs des choses; Paris, Pierre Le Brodeur, i520, in-8; 10" Eutropiuset Paulus Diaoonus, des Fnicts des rpys et empereurs romains et des consuls de Rome, pareillement des roys d'Italie; Paris, Micbel Lenoir, i52i, in-fol.; n° l'Épi tome de Valère-le- Grand, intitulé le Flora lier, premièrement recueilli par Robert de Valle et translaté par G. Michel; Paris, Pierre Le Brodeur, i524, in-4 goth.; 12° les OEuvrcs de Justin vrai historiographe, et gestes de Troge-Pompée , contenant XLivtiv., traduits de latin en françois; Paris, M. Lenoir, i526, in-8; i3*la Très-Illustre et Mémorable Vie, faicts et gestes des douze Césars en douze livres , distinguée et réduyete par le très-scientifique orateur romain Suétone Tranquille composée , nouvellement translatée de latin en françois; Paris, Jeban Petit, i53o, in-fol., min. goth. Chaque paragraphe commence par les premiers mois latins du texte ;
i4° Josephe juif et bébrieu historiographe grec de 1'autiquité judaïque, nouveUcment translaté d© latin de Ruflfto Aquilcian eu vulgaire françois; Paris, le vingt-cinquième jour du mois d'avril i534, Nie. Couteau, in-fol. goth, *, ibid. , i53q, Vinc. Sertenas, in-fol. de a5o feuilles; 1 V )a Pandore de Janus Olivier, père spirituel et éveque d'Angers, translatée des vers latins du dit Olivier, en rime franeoise ; Paris , Arnoult et Charles Langelier , l54* , in-8.
Guillaume Michel n'ayant rien fait imprimer depuis i542, on présume qu'il ne vécut pas très-long-temps après cette époque. ^ ,
MILON DE MESME ( Alexandre) , seigneur de Varenue, Lerné , Boisbonard , docteur de Sorbonne , évèque de Valence , né à Tours vers 1688. U commença sa carrière ecclésiastique par être prieur de ViHers-Saint-Sépulchre et prévôt dans l'église de Saint-Martin de Tours ; ensuite il fut nommé aumônier du roi en 1716. Ce fut en cette qualité que, le 2 octobre 17 17, il baptisa, dans la chapelle des Tuileries, le comte de Clermont qui avait le roi pour parrain et la duchesse de Bcrri pour marraine. En 1722, il assista au sacre de Louis XV , et étant aumônier de jour , il en 6t les fonc-* tions comme éveque do Valence, évêché qu'il obtint effectif vement le 4 niai 1725. Sa province le députa à l'assemblée générale du clergé tenue aux Augustins dans cette même année, et ce fut lui qui fut chargé de prononcer la harangue de clôture à Versailles le 1 4 septembre. Le rot le gratifia peu de temps après de l'abbaye de Léoncel , et, en 1742, de celle de Saint-Benoît-sur-Loire.
Ce prélat se distingua par la sagesse et l'éloquence de ses instructions pastorales, et surtout par un très-beau mandementdu 8 janvier 1767 , sur l'assassinat de Louis XV par Damiens. U est mort en 1772.
Son grand oncle, Louis Milon , également né à Tours en i645, d'une ancienne famille de robe, d'abord chanoine de Saint-Martin , prieur de Saint-Marcel et des Doux Jumeaux, fut nommé à l'évêché de Condom en 1693. Ce pieux éveque
3/jO HISTOIRE DE TOURAINE.
y fonda un hôpital, dont il confia la direction aux Filles de la Foi, rétablit les églises de Mouchcnit et de Puge, qui étaient rcstéesen ruines depuis leur destruction par les protestans, et mourut en faisant la visite de son diocèse, au commencement de 1724» âge de soixante-dix-neuf ans.
MONDION (Jacques de) , curé de la paroisse de Saché en Touraine, sa patrie, né vers i58o. On rapporte qu'à l'époque du jubile de 1625, il prêcha avec tant d'onction et de ferveur que la jeune Marguerite de Rouxclley , fille du seigneur de Saché, l'une des plus belles personnes de son temps, fut tellement touchée de son éloquence, que décidée tout à coup à renoncer au monde, elle voulut se retirer au couvent des carmélites de Tours , mais ses parens s'y étant constamment opposés , elle en suivit intérieurement la règle dans la maison paternelle, où elle vécut saintement et mourut trois ans après, âgée 'de vingt-un ans. 1
Le curé de Saché, dont cette conversion était l'ouvrage, publia un traité des vertus de la bienheureuse Marguerite de Rouxelley de Saché ; Angers, i63o, in-12. Peu de temps après il en composa un antre sur le même sujet qui a pour titre : la Vie , la Mort et les Miracles de Marguerite Rouxelley de Saché, également imprimé à Angers, i63o, in-12.
MONSNYER (Raoul), docteur de Sorbonne, chanoine de Saint-Martin de Tours, né en Touraine vers les commcnccmens du dix-septième siècle. Il était très-versé dans l'histoire ^ecclésiastique et profane. Le chapitre, qui savait apprécier son mérite, l'engagea à écrire l'histoire de l'église de Saint- Martin. Il entreprit cet ouvrage qui, d'après son plan, exigeait de très-grandes recherches, et il le termina en i665. L'impression en était commencée lorsque les prévôts de cette église prétendirent qu'ils n'y étaient pas traités assez favorablement, et eurent le crédit de faire suspendre cette impression , qui s'arrêta à la page 207. C'est tout ce qui en a paru, car les feuilles n'en furent point supprimées.
Monsnyer précédemment avait défendu avec chaleur les privilèges de son chapitre qui avaient été attaqués par le ce-
lèbre docteur Delà u no v , surnommé le Dénicheur de sainte, dans son livre intitule : Examen de certains privilèges et autres pièces du procès entre I* archevêque de Tours et le chapitre de Saint-Martin; Paris , Martin , 1696, in-4- Monsnyer y répondit par le livre qui a pour titre : Celeberrimae sancti Martini turonensis ecclesiœ jura propugnata contra Launoium; Parisiis, Pépingué , i663, iu-8. \ Les curieux ont conservé les 207 premières pages de son, histoire de l'église de Saint-Martin, intitulée : Historia celebris ecclcsiaî sancti Martini turonensis autore Kadulpho Monsnyer doctore theologo-sorbonico et canonico ejusdem ecclesia? (Turoninus, Flosseau, 1666), mais sans date et sans nom d'imprimeur. On a encore de lui un recueil de pièces sur le monastère de Marmoutier , 1 vol. in-fol.
La date de sa mort n'est pas connue. , r
MORE AU (Pierre), en latin Morellus, né à Loches dans le commencement du quinzième siècle. Il était très-savant dans les langues grecque et latine. François Feu-Ardent, qui le connaissait particulièrement, dit qu'il n'avait pas moins de probité que de savoir. Ce fut à la sollicitation de Jean de Saint André, , doyen de Carcassonne, ainsi qu'il nous l'apprend lui-môme dans la lettre qu'il lui écrit, qu'en i56o il . entreprit de traduire du grec en latin le Trésor de la Foi orthodoxe de Nicetas Acominat, dit Choniates. En i56i , il acheva la traduction de la Monodic ou éloge funèbre de ce même Nicetas, par Michel son frère, ainsi que les premiers livres du Trésor , ce qu'il appelle son coup d'essai dans l'art de traduire le grec. Il promet dans la même lettre de mettre successivement au jour l'ouvrage entier; cependant il n'en a jamais paru que les cinq premiers livres , encore ne fut-ce qu'en i58o. Il est vrai que dans cet intervalle il en fit paraître quelques fragmensj mais on voit qu'en diverses rencontres il se plaint du dérangement qu'apportaient à ses travaux et les troubles continuels du royaume, et le temps qu'il lui fallait perdre à déchiffrer le manuscrit de son auteur qui était fort endommagé.
34» HISTOIRE DE TOUHAINE.
Ce fut sans doute pour se délasser de ce travail ingrat qu'il publia , eu i56S , sa traduction latine de la grande Catéchèse de saint Grégoire de îtysse , et qu'il acheva, au mois de décembre 1 5^2, celle du Dialogue de Psellus sur l'opération des démons, qu'il commença par écrire en français.
Lesdilférens ouvrages de Pierre Moreau sont : r Nicetœ Chouiatœ magni logothetae secretorum, inspectons et judicis Veli > prœfecti sacri cubili , Thesauri orthodoxe fidei libri V ptiores quorum i°, 2° , 3' , jactis christianismi fundameotis , f\a anteariana 44 ha&reses, quintoqucarianorumeteunomianor*im deliria confutat. Ex bibliotheca cl. viri D. Joannis à S. Andréa; Parisiis, Guill. Chaudière* i58o, in-8; 2° diviGregorii wysseoi episcopi qui catccbiticus inscribilur, hoc est fidei christiana? institutio ex graecis noudum in vulgus emissis, latinitate donatus, PetroMorelIo turonensi interprète ex fcibï. C. V. D. Joannis a S. Andrca.
Accesscrunt nulïa. et ipsa recens e greecis latine facta , scilicet; D. Nicetae colossènsis vita , cum ejusdem in suuin orthodoxiac Thesaurum indice, fragmenloque libri 20 de ritu squi tutoc observatur cum quis a Saracenismo ad christianism m ru se recipit.
DD. Pétri laodicensis et Germani patriarchae const. cxpositioneS in oratiotaem dominicain.
Ejusdem D. Germani versus de crucc D. N. J. Ch.
Oratio alphabetica Grœcorum ad sacra m -synaxim convenientium ; Parisiis, G. Chaudière, i568, in-8 de 200 pag. La traduction de Grégoire de Nysse est dédiée au pape Pie V, et celle des autres traités à Si 1 no n de Maillé , archevêque de Tours. 3° Traité par dialogue de l'Énergie ou opération des diables , traduit eu francois du grec de Michel Psellus ; Paris, <k Chaudière, 1678, in-8; 4» Michaelis Pselii de Euergia scu operatione Damonornm , e gracco translatus ; Parisiis, G. -Ghaudière, 1^77, in-^8. Cette traduction latine est insérée dans Pédition donnée par Gaulmin. 5° Paternelles remontrances et Exhortations à bien vivre et bien mourir, de Pasile Macedon, empereur de Constantinoplc, à kéon-le-Sage , son
fils , par forme acrostiche, avec les cantiques de Pâques dudit Léon et de Constantin son fils et eonsort audit empire , traduites de l'exemplaire grec de la Librairie du R oi et de celle de M. de Saint-André, chanoine de la cathédrale de Paris; Paris, G. Chaudière, i58o, in-8.
On présume que Pierre Moreau était ecclésiastique. La date de sa mort n'est pas plus connue que cl Ile de sa nais- 1 sance.
MORILLON (Dom Julien Gatien de), religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, né à Tours en i63i, fit profession à Rennes , le 3 août i65a, à l'abbaye de Saiute- Melaine, à l'âge de dix-neuf ans. Il avait un goût trèsprononcé pour la poésie française , et il composait les vers avec une telle facilité, qu'on lui en vit faire plusieurs fois jusqu'à soixante de suite sans hésiter; mais ce fut sans doute cette prodigieuse facilité qui nuisit à la perfection de ses ouvrages, ou, pour mieux dire, qui l'éloigna toujours de la perfection. Il y a dans sa poésie une sorte d'abandon qui tient autant de la faiblesse que de la douceur. Il ne s'élève presque jamais, rampe très-souvent, manque fréquemment de goût et soigne trop peu son style.
L'ouvrage par lequel il s'est principalement fait connaître est son poème intitulé : Joseph ou l'Esclave fidèle (en 6 livres); Turin (Tours), Benoît Fleury , 1679, ,n"I2« Quelques passages de ce poème, assez innocens d'ailleurs , excitèrent les scrupules des supérieurs de sa congrégation, qui ne prononcèrent pas sa suppression , mais qui en retirèrent avec soin le plus d'exemplaires qu'il leur fut possible d'en recueillir. C'est ce qui l'a rendu assez rare, quoiqu'on assure qu'il en ait été fait à Bréda, en 1705, une édition que je n*ai rencontrée nulle part.
Plusieurs passages croisés sur un exemplaire de la bibliothèque de Marmoutier semblent indiquer que c'étaient ceux contre lesquels s'était dirigée la censure de Tordre. Ils se trouvent au troisième chant. Voici le premier , pag. 64.
344 HISTOIRE DE TOURAWE.
Tous veulent acheter un captif si bieu fait ;
Mais un prix excessif rend ces vœux sans effet.
Enfin de Pharaon un ministre fidèle ,
Le fameux Putiphar entend cette nouvelle ;
Il se rend à la place, et commît que son cœur
De ce jeune captif fait déjà son vainqueur.
En effet, dans ses yeux une molle tendresse
Ne découvre que trop sa honteuse fojblesse :
Mais le Dieu que Joseph a soin de réclamer
L'exemptera d'un mal que je n'ose nommer.
Le More glorieux de sa bonne fortune ,
En rend grâce au soleil, en rend grâce à la lune,
Encense tous ses dieux pour un bienfait si grand;
Sans disputer de prix, paye au mot le marchand,
Et retourne chez lui suivi de sa conquête,
Plus gay qu'un jeune époux qui revient d'une fête.
La première déclaration d'amour $e la femme de Putiphar est également raturée , aiusi que sa seconde qui est faite en termes moins équivoques, pag. 77.
Trop aimable insensible, il n'est plus temps de feindre: Tout est calme, tout rit : vous n'avez rien à craindre. Je parle à découvert ; voici l'heureux moment Que vous ménagerez , si vous êtes amant. Quand on s'est expliqué d'une manière tendre , Tous avez cru pour lors qu'on vouloit vous surprendre : Mais votre cœur timide en a juge trop tôt. On vous disoit tout bas ce qu'on vous dit tout haut. Je vous aime, cher hôte, et mes yeux trop fidèles Vous en ont dit cent fois d'assez tendres nouvelles. Il falloit écouter leur langage secret : On ne plaît pas toujours quand on est si discret. A votre âge il sied mal de paraître trop sage; L'enjoûment et l'amour nous charment davantage. Avouez votre faute, et pour la réparer, Mettez fin aux langueurs que vous faites durer. Souffrez, cher étranger , que je vous persuade : Pour mieux y réussir j'ai feint d'être malade.
Que dis -je ? hélas! mon cœur est malade à mourir; • Mais il ne tient qu'à vous , cruel , de le guérir. Là ses yeux languissans et son air peu modeste A1 défaut de sa langue achevèrent le reste.
Enfui, comme on peut le penser, on n#a pas oublié les situations difficiles où deux fois Joseph se trouve obligé de résister à la violence des désirs d'Osirie.
Je me suis borné à ces citations pour montrer qu'elles auraient à peine fixé l'attention si elles étaient sorties de toute autre plume que de celle d'un religieux. Ces détails étaient d'ailleurs indispensables, puisqu'ils font un des objets principaux du poème, et quoique les tableaux de Bitaubé aient une teinte plus voluptueuse , personne n'a songé à lui en faire un reproche. Un poète ne peut pas, comme la Genèse , se borner au dormi mecum. Celui-ci seulement aurait pu se montrer moins fidèle aux mœurs orientales en supprimant les désirs de Putiphar, dont ne parle point le trente-neuvième chapitre de la Genèse.
Les autres poésies de D. Morillon sont : 2° Paraphrase du livre de Job; Paris, Billaine, 1668, in-8; 3° Paraphrase du livre àe l'Ecclcsiaste ; Paris, Billaine, 1670, in-8; 4° Paraphrase du livre de Tobie ; Orléans, 1674, in-8; 5° nouveau recueil de Poésies; Turin (Tours), Benoît Fleury, 1696, in-8. Ce dernier recueil, imprimé après sa mort, est un mélange de pièces sacrées et de pièces badines dont nulle n'a le ton qui lui est propre.
Quant aux paraphrases des livres sacrés, elles manquent de chaleur et d'élévation. On y rencontre même quelquefois de ces expressions triviales qui dépareraient les meilleurs morceaux ; témoin la fin de cette strophe :
Et dans cette maison, comme en un jour de fête, Ces mechans, pour montrer leur vain contentement, Y chantent tous à pleine tête.
Le P. Morillon n'était qu'un versificateur et n'avait ni le
feu ni l'imagination qui constituent essentiellement la poésie. C'était au surplus un homme intelligent et habile dans la direction des affaires de son ordre, qui le choisit pour être procureur général des monastères de la Bretagne. La poésie le consolait des dégoûts de la chicane et des procédures qu'en qualité de procureur il était obligé de suivre devant lês tribunaux. Il présenta même un jour au parlement de Rennes une requête en vers qui, par la nouveauté du fait, lui fit obtenir l'objet de sa demande. •
11 mourut à Rennes le i4 janvier 1694, âge de soixantetrois ans. D. René-Prosper Raffin a donné sur son confrère une notice historique qui se trouve dans l'Histoire littéraire delà congrégation de Saint-Maur, pag. i5o.
MORNAC (Antoine), né en i554 en Touraine, à quelques lieues de Palluau , où son père Thibault et son aïeul Antoine Mornac avaient exercé la profession d'avocat. Il fut reçu luimême en cette qualité au parlement de Paris, en i5^9, et en peu de temps il s'y lit connaître comme l'un des plussavans jurisconsultes de son siècle. Il revint dans sa patrie en 1589, étant resté attaché au parlement que le roi Henri III venait de transférer à Tours. En 1 593 , il plaida avec beaucoup d'éclat aux grands jours d'Auvergne qui avaient été assemblés à Clermont.
Aux talens de l'éloquence il joignait une profonde connaissance des lois romaines qu'il avait entrepris de conférer avec le droit français; mais il mourut avant que d'avoir pu terminer ce grand ouvrage.
Il n'était pas seulement grand jurisconsulte , il était encore assez bon poète latin, ainsi qu'on en peut juger par ses Feriœ forenses. Les troubles civils dont il avait été témoin lui inspirèrent l'idée (Fun poëme épique en neuf livres qu'il conduisit jusqu'à la fin, mais qui n'a point été imprime.
Après avoir joui pendant quarante ans au barreau de la plus haute réputation de talens et de probité, Mornac mourut à Paris en 1 < > 1 g , âgé de soixante-cinq ans.
Il nous a laissé î «'De fa Isa regni Yvetoti narration e , ex
majoribus commentariis fragment um ; Parisiis, Martin, i6t5, in-8 de ^4 pages seulement ; 2* Antonii Mornaci parisiensis jurisconsuhi Feriae forenses, et Elogiocillustriura togatorum Gallia» ab anno i5oo ; Parisiis, Buon,i6i9, in-8. Ces éloges ne regardent pas seulement les jurisconsultes, mais encore les poètes et les savans. Ils étaient le délassement de l'auteur pendant les vacances, et c'est ce qui leur a fait donner le titre de Feriœ forenses. 3° Observationes in xxiv priores libros Digesti et in iv priores libros Godicis edente Fr. Pinssonio ; accedunt Feriae forenses et Elogia illustrtum togatoruin Galliœ ab annoi5oo j Paris, Sommaville, i654 , in-fol., 2 vol. Ces commentaires ont moins pour objet d'expliquer les lois romaines, que de les conférer avec le droit français. 4 De Bello civili , poema epicum seu de sceleruin miseriarumque portentis Galliae. Ce poëme , ainsi qu'on Ta vu plus haut est resté manuscrit. C'est, il est vrai, moins un poëme épique qu'une histoire en vers dénuée de merveilleux , sans épisodes, et dont la longueur en eût rendu la lecture fatigante • malgré quelques détails heureux qui n'auraient pu dédommager de l'ennui que neuf livres de faits et de récits historiques ne pouvaient manquer de produire.
Le passage suivant est tiré de la description du combat singulier du brave Marolles avec Marivaut.
Congrediamur, ait; prime social a juventae Hœc fuit in nostris Turonum collusio caropis. Ncve putes vilem, qui eut» décernera ferru Expetis : ortus ego série Marollus avorum Nobilium , bel lisque fuit mea cognita virtus. Ipse etiam tibi sum Marivaltus. Regius infît Aller eques , factis ego Belga superbus avitis Uaud fuerim, proprias raalo mihi quaerere latiros.
Clangor utriDque ferox : metuit palronus utrinque. Ardct adiré virum Marivallus , et emicat armis , Seque fore En tel lu m minitatur uterque Dareti. Heu ! galeam, Marivùltc , cave, passim agmina damant
348 HISTOIRE DE TOtJRAINE.
Rcgia! te feret hostis atrox; tu verlice fixo Laberis, atque Uiœ ouuc est meta ultima ûlœ t V Cassidis m ténor quœ pars tegat ora dehiscit,
Lethiferaeque tenet meluenda foramina cratis : Fata, patronc, mone, malus hic te respicil error: Dividemartigenas, tantum ut mutetur hiulca Buccula : sed sérum est ; etc.
Toutes les œuvres de Mornac sur la jurisprudence ont été imprimées à Paris en 4 vol. in-fol., 1721 — 1724.
I, MOTERON (René), peintre, né à Tours, florissait vers la fin du quinzième siècle. Il paraît qu'il réussissait particulièrement dans le paysage, et que Ton faisait assez de cas de ses tableaux en ce genre.
IT. MOTERON (Étienne), religieux feuillant, de la même famille que le précédent, connu en religion sous le nom de frère Etienne de Saint-Jean, naquit à Tours vers la fin du seizième siècle. Tous les loisirs de sa vie solitaire fu- * rent occupés à l'art de la tapisserie qu'il porta au plus haut degré de perfection. Il excellait surtout dans les ouvrages de petit point; mais il n'employait guère ses talens que pour faire des ornemens d'église, et très-peu de personnes eurent sur lui . le crédit d'obtenir quelqu'un de ses ouvrages. Le père Pierre de Saint-Romuald , religieux du même ordre, assure, dans sa continuation de la chronique d'Adémar, que \e frère Etienne de Saint-Jean mariait avec tant d'art et d'industrie les fils d'or et d'argent avec la soie et les plumes des divers oiseaux , que ses ouvrages imitaient la peinture et formaient autant de tableaux du fini le plus précieux.
On ignore l'époque de sa mort ainsi que celle de sa naissance. Il ne reste plus aucune trace de ses ouvrages.
NÉOMAYE (Sainte), née en Touraine sur les confins du Loudunois, et selon quelques autres dans la commune même
qui porte son nom. On tient par tradition qu'elle était de l'ancienne famille de Baucay, qui fut alliée à la maison royale. Ce qu'il y a de certain c'est que de tout temps les Baucay l'ont reconnue pour leur patrone, et qu'ils ne firent jamais bâtir d'église sans y fonder une chapelle en son honneur. Ils ont été long-temps seigneurs de la paroisse de Sainte-Néoraaye, jusqu'au i5 août i385 que le roi Charles VI acheta la terre de Baucay pour Catherine de France sa sœur , un an avant son mariage avec Jean de Berri comte de Montpensier.
Malgré l'éclat de sa naissance, sainte Néomaye, par humilité et à l'exemple de sainte Géncviève , ne voulut point d'autre condition que celle de garder les troupeaux de son père , pouvant dans cet emploi vaquer sans distraction à la méditation et à la prière. Elle mourut saintement au lieu de sa naissance, et fut enterrée dans l'église paroissiale qui porte aujourd'hui son nom. On y célèbre sa fête le 14 janvier.
NUBLÉ (Louis), avocat, né à Amboise au mois de janvier ]6o4- Quoiqu'il n'ait rien publié, les éloges que tous les savans de son temps se sont plu à lui donner prouvent qu'il occupait un rang très-distingué parmi eux. Ménage , dans ses Juris civilis Amœnitates , dit qu'il l'aima aussitôt qu'il l'eut connu , non-seulement à cause de sa vaste érudition et de la solidité de son jugement, mais encore pour sa probité et sa rare modestie. Hadrien de Valois en fait le même éloge, et ajoute qu'il n'était pas seulement savant , mais chéri de tous les savans. En effet, nous voyons qu'il était en liaison intime avec le P. Sirmod, les frères Dupuy, Gassendi , Fabrot, Kacan et Montmor, maître des requêtes. Plusieurs même lui ont dédié leurs ouvrages, tels que Pinsson , ses notes sur la coutume de Bourgogne; Ménage, ses Aménités du Droit civil ; Hadrien de Valois, la Vie de Henri son frère, et Launoy son Apologie pour Nefingus évêque d'Angers.
En 1657, il fut agrégé d'honneur parmi les docteurs de droit en considération de son mérite. 11 mourut à Paris le 1 { juillet 1686, âgé de quatre-vingt-deux an9 et demi, et fut
35o HISTOIJRE DE TOUR AINE,
enterré dans l'église de Saint-Nicolas-des-Champs , où Péliason , Ménage et mademoiselle de Scudéry lui firent ériger un monument. M. Buignon, conseiller d'état , fit son éloge.
Il avait composé plusieurs ouvrages d'érudition que son extrême modestie l'empêcha de publier, L'auteor de ïa Nouvelle Bibliothèque de droit parle d'un traité qu'il avait fait pour prouver que Je péculat n'était pas puni de mort, et d'une dissertation par laquelle il démontre que les juges ne pouvaient jamais prononcer la peine capitale dans tous les cas ou elle n'est pas ordonnée par nos rois. Quelque temps avant sa mort il avait achevé un traité de la Transsnbstantation qu'on avait promis de rendre public, mais ce projet n'a pas été exécuté.
NEURÉ (Mathurin). Voy. Mesme (Laurent).
ODESPUNG DE LA MESCHINIÈRE ( Louis ) , né à Chinon en 1697, de Pierre Odespung, maître des requêtes, conseiller ordinaire de M. le duc d'Orléans frère unique du roi, et d'Anne Delanoue. Ayant embrassé l'état ecclésiastique il obtint un canonicat dans la cathédrale de Rennes, et y exerça en outre, pendant près de quinze ans, la charge d'official métropolitain de Bretagne. Il fut employé par les états de cette province dans les affaires les plus importantes, et nommé agent du clergé de France par l'assemblée générale de la province ecclésiastique tenue à Tours au mois de mai i63o. Mais quoiqu'il eût réuni les trois quarts des suffrages, Farchevêque de Tours , de son autorité privée , reçut le serment de son concurrent Bernard de Sariac, abbé de Paimpont. Odespung réclama contre cette violation des formes et des principes, et publia à ce sujet une petite brochure intitulée : Raisons de Louis Odespung de la Meschinière, élu agent général du clergé de France, contre l'opposition formée à son élection par le sieur de Sariac, abbé de Paimpont; Tours, i63o, in-8. On la trouve 'au tom. xvi du Mercure français,
pag. 5g3. Ce différent fut enfin terminé dans «ne assemblée d'évéques à Paris, par la voie du sort qui favorisa l'abbé de Paimpont,et donna l'exclusion a celui qui avait été légalement élu , à la condition cependant qu'il le serait de droit après les cinq ans d'exercice du premier*
En i(>38, il publia un recueil en cinq livres det actes des assemblées du clergé. Ce travail , quelque imparfait qu'il fût , le fit choisir par l'archevêque des Reims , l'évèque de Saiut-Brieuc et l'abbé de Saint-Venant pour rédiger les mémoires du clergé de France. L'assemblée générale tenue en i645 lui témoigna la même confiance , en l'invitant pareil-! lement à se charger de ce soin. Il le fit , mais avec beaucoup trop de précipitation , puisque dès l'année suivante l'ouvrage parut sous ce titre î Actes , Titres et Mémoires concernant les affaires du clergé de France , recueillis et imprimés par le commandement de l'assemblée générale tenue en 1645 ; Paris, Vitré, 1646, in-fol. , » vol. Le premier contient les harangues, les remontrances faites au roi, les dons gratuits, les pensions, etc. On trouve dans le second les édite , ordonnances, lettres patentes, cahiers, et ce qui concerne U police de l'Église, les bénéfices, l'administration du temporel, les privilèges et franchises , etc. Ce premier recueil fut suivi d'un second intitule t Actes, Titres et Mémoires concernant les affaires du clergé de France, contenant tout ce qui s'est passé depuis l'assemblée tenue en i65o et l65i ; Paris, Vitri, i65a, in-4- C'est la continuation de l'ouvrage précédent. Il pèche comme lui par le défaut d'ordre dans la classification des matières.
Odespung,étonné qu'on n'eût pas recueilli tous les conciles tenus en France avec autant de .soin et de recherches qu'on en avait mis à rassembler les conciles étrangers , entreprit de réparer cette omission ou cette différence; mais s'apercevant bientôt que ce travail devait le conduire trop loin, il se borna à réunir ceux qui se tinrent en France depuis le concile de Trente. A l'exception de celui d'Embrun qu'il ne put jamais se procurer, on les trouve tous dans sa collection intitulée :
35a HISTOIRE DE TOUR AINE.
Concilia novissima Galliac a terapore conrilii tridentini cele-, l»ra ta, édita pcr Lud. Odespung de la Meschirçière ; Parisiis, Béchet, 1646, in -fol. Ce volume sert ordinairement de suite aux trois publiés par le P. Sirmond et à celui de Pierre Delalande.
L'abbé de Marolles dit; dans le dénombrement de ceux qui l'ont honoré de leur3 livres : « J'eus encore de lui ce qu'il « composa des ordres de chevalerie , et les discours qu'il mit « au jour, touchant les recueils d'estampes qu'il avait faits « en plusieurs volumes, lesquels n'ont pas conservé toute « l'estime que son travail avait mérité. » On ne peut douter d'après cela que ces ouvrages ont été imprimés, mais je n'ai pu en retrouver aucune trace. La date de sa mort est également restée inconnue. Son portrait a été gravé par Balthasar Moncornet.
ODON (Saiict), second abbé de Cluni , né en Touraine en 879 ; quelques-uns ont dit dans le Maine , mais c'est sans aucun fondement. Abbon son père, favori de Guillaume Fierà-Bras , duc d'Aquitaine et comte de Poitou , résidait le plus habituellement à Tours. Odon commença et finit ses études aux écoles de l'église de Saint-Martin, où Foulques-le-Bon, comte d'Anjou, lui fit obtenir un canonicat dès l'âge de dix-neuf ans, et l'on sait qu'alors il fallait nécessairement être né en Touraine pour pouvoir posséder ces sortes de bénéfices. Si l'on en croit une lettre que lui écrivait le comte Foulques, il aurait été son frère de lait ; mais cette lettre n'est rien moins qu'authentique, puisqu'elle précède le Traité de la réversion de Saint-Martin, qui, suivant toute apparence n'est pas de saint Odon.
Aux vertus de son état il joignait des talens éminens comme orateur, historien, théologien et même comme poète. Sigebert nous apprend qu'il était très-grand musicien et qu'il avait composé plusieurs hymnes en l'honneur des saints. Son mérite ne tarda pas à l'élever aux dignités d'écolâtre, de prévôt et de grand chantre de son église ; mais son extrême piété le désabusa bientôt du prestige des honneurs tempo-
rels. A l'âge de trente ans il abdiqua tous ses bénéfices , et embrassa la vie monastique à Beaume dans le diocèse de Besançon.
Sa réputation s'était déjà tellement répandue que Rernon , premier abbé de Cluni, jugeant qu'il était seul capable de rétablir dans l'ordre l'ancienne discipline , le désigna pour son successeur. En etfet, cet abbé. étant mort, il fut unanimement élu par tous les religieux, et sacré en 926 ou 927 par Bernoin évêque de Besançon. Il parvint en peu de temps à remettre la règle de saint Benoit dans sa première vigueur, et rendit l'abbaye de Cluni si célèbre, qu'il en fit une congrégation particulière d'où sortirent des papes , des cardinaux et plusieurs écrivains renommés. Les donations qu'il lui procura furent en si grand nombre que , dans les derniers temps il en restait encore cent quatre-vin&t-huit Chartres.
Son zèle ne se borna pas à sa seule abbaye , il s'étendit en même temps sur toute la Frauce et même sur l'Italie. Plusieurs abbayes réclamèrent ses soins pour y opérer la réforme ; elles le consultaient comme leur maître, et la plupart le considéraient comme leur abbé dont elles se plaisaient à lui donner le titre. C'est pour cela qu'il est souvent nommé abbé de Fleury, de Sajnt-Pierre-le-Vif, de Dole et de plusieurs autres monastères , quoiqu'il ne le fût réellement que de Cluni.
i Son mérite était si généralement reconnu, que les papes Léon VIIetÉtienne VIII l'appelèrent auprès d'eux t tant pour porter la réforme dans les monastères de Saint-Benoît , que pour concilier entre eux le patrice de Rome Albéric et Hugues, roi d'Italie, dont les dissensions et les guerres désolaient également l'Italie et la capitale du monde chrétien. Il rétablit la bonne harmonie entre les deux princes, et termina leurs querelles, en g36, par le mariage d'Albéric avec la fille de Hugues. La guerre s'étant rallumée entre eux, il fit une seconde fois le voyage de Rome en 938, et enfin une troisième fois en 9 1
A son retour en France, il vint dans sa patrie, aux vœux
354 HISTOIRE m TOTJRA.INE.
de «on ami Théotolon, archevêque de Tours, qui depuis long-temps l'atlendait pour reconstituer l'abbaye de Saint- Julu n que ce prélat avait fait rebâtir. Il y arriva le jour de la Saint-Martin, et l'auteut de sa Vie dit qiie ce fut une double fête pour les habilans de Tours, fiers de compter un si grand personnage au nombre de leurs concitoyens ; mais leur joîë ne tarda pas à être changée en tristesse , car huit jours après, e'esl-à-dire le 18 novembre 94^, il mourut âgé de soixantetrois ans. Il fut enterré dans un caveau voûté au-dessous du grand-autel. Il y a été longtemps en grande vénération^ et l'on venait de fort loin visiter son tombeau. Ses reliques furent placées depuis dans une châsse d'argon t , où el les étaient encore en 1457 , ainsi qu'on le voit par un procès^verbal du i4 janvier fait par Jean Bernard, archevêque de Tours, èri présence de Marie, reine de Fraticê, femme de Charles VII , de Madelaine de France sa fille, de Jean duc de Bourbon , de Jacques comte de la Marche, et de plusieurs autres selgneurs. * »
On célèbre la fête de saint Odon le 19 novembre au lieu du 18, à cause de l'octave de saint Martin.
Les soins qu'Odon avait donnés h l'agrandissement et au perfectionnement de sou ordre ne l'empêchèrent point de se livrer à l'élude et de cultiver les lettres. Étant éeblâtre de Saint-Martin, il avait enseigné publiquement l'Écriture sainte, écrit un abrégé des morales de saint Grégoire, et composé plusieurs hymnes en. l'honneur de saint Martin. Lorsqu'il fut abbé, il soutint par de nouveaux écrits la réputation qu'il s'était acquise. Tous ses ouvrages otït été réunis dans la Bibliothèque de Cluni par D. Marrier et André Dû— chesne , ainsi que dans le dix-septième volume de la Bibliothèque des Pères , édition de Lyon. On y trouve : i° l'Abrégé des morales de saint Grégoire pape, sur le livre de Job; a* trois livre* de Remarques sur le prophète Jérémie j 3° unpoème sur l'Euchariste, dédié à Odon, abbé de Cambray ; 4° un livre du Mépris du Monde ; 5° la vie de saint Géraud oU Gérard , comte d'AùrillaC ; 6° un Petit traité de la parité
de saint Martin avec les apôtres ; 7 ° un Traité de la translation de saint Benoît; 8° un livre d'Homélies et de Sermons à ses confrères : le quatrième de ces sermons roule sur l'incendie de l'église de Saint-Martin ; gT un livre des louanges de saint Martin ; io- des Hymnes et des Cantiques en l'honneur des saints ; 1 1° plusieurs sermons sur les fêtes de saint Pierre, delà Madelaine et de saint Benoît; 12° le Traité de la Reversion de saint Martin, qui lui est généralement attribué, mais que l'abbé des Thuilleries, Charles du Mol i net, prétend , d'après des raisons assez solides , n'être pas de lui. Ce traité est inséré dans le chapitre 3 des Gestes des comtes d'Anjou, ainsi que dans les différentes Vies de saint Martin recueillies par Chlictove ; Paris , Petit , i5u ; mais cette édition est très-incorrecte.
Le moine anonyme de Marmootier , dans la préface de ces Gestes, dit que l'abbé Odon avait fait une chronique qui fut augmentée par Thomas Paccius de Loches. C'est probablement Celle qui est conservée en manuscrit au collège de Saint- Benoît de Cambrige et qui est intitulée : Chronicon ab exor^ dio mundi usque ad annum Christi 937.
Le moine Jean, son disciple, qui voyageait habituellement avec lui, a écrit sa vie qui se trouve également dans la Biblioth èque de Cluni, dans Surius au 18 novembre, et dans le tome 7 des Saints de l'ordre de Saint-Benoît par D. Mabillon. Il y est dit qu'Odon avait fait des remarques sur la Vie ^e saint Martin par Sulfuce Sévère ; mais cet ouvrage n'est pas venu jusqu'à nous. La vie d'Odon a encore été écrite en français par Giry, Baillet et D. Antoine Rivet, tome 7 de son Histoire littéraire de la France.
I. OUVRARD (René), chanoine de l'église de Tours, né à Chinon le 16 juin 1624. Quoiqu'il eût embrassé l'état ecclésiastique, il cultiva particulièrement la musique, dont on peut dire qu'il fit sa profession, puisqu'il fut successivement maître de chapelle des cathédrales de Bordeaux et de Narbonne et ensuite de la Sainte-Chapelle de Paris , qui lui valut le canonicat de Saint-Gatien.
356 v HISTOIRE DE TOURAINE.
Ce genre d'occupation ne l'empêcha pas de cultiver la poésie latine ; mais malheureusement il ne fit usage de ses talens et de sa facilité en ce genre que pour des matières sèches ou abstraites auxquelles on peut bien adapter le mètre et la quantité, mais qu'on ne peut jamais revêtir des couleurs de la poésie. Il était d'ailleurs extrêmement laborieux, et à l'exception du service du chœur, dont il ne se dispensait sous aucun prétexte , tous ses momens étaient consacrés à l'étude dans laquelle il était secondé par une mémoire si heureuse qu'il n'oubliait rien de ce qu'il avait lu, jusqu'à citer les pages et les chapitres.
Il fut chargé, avec deux de ses confrères, de la correction du Bréviaire de Tours, et il y travailla pendant deux ans ; remit les homélies à leurs places , selon le propre des saints, rectifia les hymnes et en rétablit la mesure» Cette reforma— tion ayant donné lieu à quelques critiques, il y répondit victorieusement, et son travail lut adopté.
De tous les ouvrages sortis de sa plume, il n'en est aucun qu'il affectionnât autant que son Histoire de la musique an— cienne et moderne, à laquelle il avait employé plus de vingt années , et l'on ne conçoit pas encore comment, d'après cette prédilection, il ne l'a pas rendue publique, puisqu'il paraît que dès le 4 mars 1677 il en avait obtenu le privilège, qui est enregistré sur le livre de la communauté des libraires et imprimeurs de Paris à la date du 22 du même mois. Cette eircqnstance indique qu'à cette époque l'ouvrage était terminé , ayant dû passer à la censure préalablement à l'obtention de ce privilège. L'étude particulière qu'il avait faite de cet art, jointe à son érudition et à la connaissance des langues mortes et vivantes; la correspondance qu'il entretenait avec les plus habiles maîtres de l'Italie; les dépenses qu'il avait faites pour se procurer les meilleurs livres , ou pour la copie des anciens manuscrits, promettaient au moins des recherches utiles et savantes, lors même que sa théorie eût été défectueuse. L'ouvrage n'ayantpoint été imprimé, j'eu donnerai une analyse succincte.
Il divise son Histoire en trois parties. La première , qu'il nomme Prcnotions harmoniques , contient une idée gè* nérale de la musique; l'explication de tous les termes tant anciens que nouveaux dans un lexique grec, latin et français; un abrégé de quelques sciences dont la connais— sance est nécessaire à la musique, comme l'arithmétique , l'acoustique, le système de l'ame et des passions; diverses questions sur la musique des anciens, un extrait de tout ce qu'ils ont su en ce genre ; quel usage les Hébreux , les Grecs, les Latins, en faisaient dans leurs temples, leurs festins , leurs spectacles, leurs funérailles; un traité de leurs instrumens, de leur poésie et de leurs danses. Il la termine par le plan d'une académie ou conservatoire. Le deuxième partie , qu'il intitule : Bibliothèque harmonique , offre une chronologie de tous les auteurs qui ont écrit sur la musique ; leurs ouvrages entiers ou par extrait, avec leur éloge ou leur critique. Les passages de ceux qui n'en ont parlé qu'accidentellement, tels que Platon et Aristote. Enfin la troisième partie est consacrée à l'enseignement du chant et des règles de la composition , ainsi que de tout ce qui appartient à la pratique.
Comme on le voit, le plan de l'auteur n'est pas circonscrit dans des bornes étroites. « Je prétends, dit-il dans sa préci face, faire l'histoire de la musique depuis son origine jus- « qu'à notre temps; rapporter ici toutes les pièces de cette « histoire, rechercher ainsi soigneusement et représenter « exactement tout ce qu'on a jamais fait , dit, ou su de rau- « si que. (^'est en ce peu de mots que consiste toute l'étendue de « mon dessein ; mais ce peu de mots renferme une vaste ma- « tière. >» Elle était assez vaste en effet pour que l'auteur pût se dispenser de l'étendre encore en donnant les règles et les principes élémentaires d'un art dont il se proposait seulement d'écrire l'histoire. Du moins Montucla et Bailli n'ontils point commencé ou fini leurs histoires l'un par un cours de mathématiques, l'autre par un cours d'astronomie.
Ouvrard nous apprend lui-même que le cardinal Bona ,
pour l'encourager dans son entreprise, lui avait envoyé, écrit de sa main , le catalogue de tous les manuscrits du Vatican sur la musique , en lui offrant de lui communiquer tous ceux qui lui seraient utiles.
Giuseppe Zarlino en Italie, et le P. Mersenne en France, avaient déjà exécuté avec beaucoup de succès une partie du. plan d'Ouvrard.
Il suspendit quelquefois ses travaux scientifiques pour s'occuper de controverse ; mais malgré son zèle pour la conver-, sion des protestans , on parlerait peu de lui aujourd'hui s'il n'eût écrit qu'en ce genre. Du reste sa piété fut toujours douce et tolérante.
, II est mort à Tours le 19 juillet 1694 , âgé de soixante-dix ans et un mois. Pendant sa maladie il composa ces deux vers , qui, d'après ses intentions, furent gravés sur sa tombe :
Dum vixi , diviaa mîhi laus unica cura :
Post obitum , ait laus divina mihi unica raerces.
Mon soin fut ici-bas de louer le Seigneur ;
Que ce soin dans le ciel fasse tout mon bonheur.
Les ouvrages imprimés de René Ouvrard sont : i° Secret pour composer en musique par un art nouveau ; Paris, veuve Alliot, 1660, in-8; 2° Studiosis sanctarum scripturarum Biblia sacra ad lëctiones in singulos dies per legem , prophetas et evangelium distribula , et quingentis vigenti novem carminibus mnemonicis comprehensa, Lutet. Paris., Carolus Savreux, 1668, in- 12. Ce sont ces vers techniques qui auront probablement inspiré au P. Buffier l'idée de sa Mémoire artificielle pour la chronologie , l'histoire et la géographie. Morcri dit que les vers latins d'Ouvrard parurent en français l'année suivante , maïs il aurait pu ajouter qu'il n'en était pas l'auteur. 3P Motifs de réunion à l'Église catholique, présentés à ceux de la religion prétendue réformée de France, avec un avertissement sur la réponse d'un ministre (Claude) à l'office du Saint-Sacrement ; Paris , Ch. Savreux,
1668, in-12; 4° les Motifs de la Conversion du comte de Lorgcs-Montgonimeri , dédié au roi'; Paris , Gervais Clousier, 1670, in-12; 5° Défense de l'ancienne tradition des Églises de France, sur la mission des premiers prédicateurs évangéliquesdansles Gaules, du temps des apôtres ou de leurs disciples immédiats ; Paris, Rouland, 1678, in-8. Ce livre annonce beaucoup d'érudition; mais, au résultat, le point que l'auteur dispute est loin d'être éclair ci. 6° L'Art cl la Science des nombres, en français et en latin , ou l'Arithmétique pratique et spéculative en vers latins , avec une préface de l'excellence de l'arithmétique ; Paris, Lamb. Roulland et Christ. Ballard, 1677, inr4»
C'est une idée assez singulière que celle d'avoir mis en vers les principes arides de l'arithmétique et de l'algèbre. Ce travail a dû être très-pénible pour l'auteur, sans que le lecteur y puisse trouver de l'agrément ou de l'utilité. Voici quelques vers tirés de l'Arithmétique harmonique. Je les choisis comme les meilleurs j
Musica cantandi ars , compouendique magistra , Harmnnice Graecis, modula ta scion lia nobis, Singula pro cantu pendit momenta soaorum , Edere quos vox huma □ a instrumen laque possunt. * Giauduntur quicumque soni s patio octo soaorum ; Ultra hos , quot quot si ut, horum repetitio tan tu ni : Dicitur hoc spatium oc ta va , aut grœce diapason. Cùmque si t ipse soni octavus repetitio primi , Omnibus his septem tantummodo nomina dantur, Queis afâguntur claves, seu grammala septem , ( Est alibi penitus diversa acceptio cla vis. ) Ex quibus harmonica- scala; dédit ultima nomen , Nomen famosum, Graecorum gamma vocatum.
Ces détails didactiques ne sont pas hors du domaine de la poésie ; mais lorsqu'on veut y faire entrer l'arithmétique , il en doit résulter des vers tels que ceux-ci ;
3ÔO HISTOIRE DE TOURAWE.
Si plurcs cupias fractoê roinimos minimorum
Pluribus ex minimis minimorum subtrahere, omnes
Susdequc in socios duo, ut sit fractio bina :
U traque adducta nomenclatore sub uno ;
Tune, ut praeceptum , numerantem hune subtrahe ab illo.
Partitio ad minimos , si opus est , alterna reducet.
La prose au moins a l'avantage d'être plus simple et plus claire. 70 Càlendarium novuia perpetuum et immutabile; Parisiis, 1682, in-12; 8° Breviarum turonense renovatum et in melius restitutum; Parisiis, 1 685, 4 vol in-8; 9* lettres sur l'Architecture harmonique ; Paris , Roulland , 1679, iQ-12.
, Les manuscrits qui étaient conservés parmi ceux de la cathédrale de Tours sont : i° La Musique rétablie, depuis son origine, et l'histoire des divers progrès qui s'y sont faits jusqu'à notre temps, avec l'explication de tous les auteurs grecs et latins, français, italiens, allemands, espagnols et anglais qui en ont écrit à dessciu ou par occasion : ainsi dans ce seul livre les musiciens auront tous les autres livres qui ont traité de la musique et toute sa théorie et pratique , eu français et en latin ; 2° les Disputes de la religion chrétienne réduite à ses premiers principes , avec les preuves réciproques de la vérité de la foi catholique par les preuves de la divinité de J.-C. et de la divinité de J.-C. par les vérités catholiques. Ce traité est divisé en deux parties , et chaque partie en huit chapitres. 3° Avis aux catholiques, aux calvinistes et aux nouveaux convertis sur le? prédictions des ministres calvinistes touchaut le règne de l'ante-chrisl et le rétablissement de la religion prétendue réformée en France. Celui-ci est di- , visé en onze chapitres. Ces deux ouvrages de controverse , aujourd'hui sans intérêt, n'ont pas plus de 100 pages chacun, petit in-4. 4° Les Définitions, divisions et axiomes de la Géométrie en vers latins. C'est le complément de sa Science des nombres, qui traite de l'arithmétique et de l'algèbre. 5# Raisons de la disposition du bréviaire de Tours renou—
BIOGRAPHIE. , 36 î
velé en Tannée i685, avec les avantages qu'on en peut tirer. t
On a dit qu'il avait fait un commentaire sur l'ouvrage de Vossius : De poematum cantu et viribus rjthmi; mais il ne s'en est trouvé aucune trace parmi ses manuscrits.
II. OUVRARD (Guillaume), rel igicux minime , frère du précédent , né à Chinon en 1628. Il suivit l'exemple de son frère, et comme lui se livra à la composition des vers mnémoniques ou techniques; mais il choisit une matière peut-être plus ingrate encore. Il a mis en vers de cette nature la Somme de saint Thomas, distribuée par positions en forme de thèses , imprimée à Bourges en 1678.
Il avait laissé, dit-on , plusieurs ouvrages manuscrits ; mais il paraît qu'on n'en a pas même conservé le titre. Dans une ode latine qu'il adresse à son frère au sujet de son livre sur ïa science des nombres , il décrit ainsi les attributions des neuf muses :
Nos solum docuit numen Apollinis, Aut gestis sériera temporis addere;
Aut beroica carmina; Aut cœlestia, siderumque motus Vel describere, vel referre cantu , Et superum celebrare laudes;
Aut versu tragico tristia fundere ; Aut mores hominum ludere comice ;
Aut flatum calamis dare ; Aut pulsare fides ; movere plectra ; Metiri choreas, quibus libetve Organicis copulare voces.
René Ouvrard ne parle de lui dans aucun de ses ouvrages. La date de sa mort ne nous est pas connue.
36» HISTOIRE DE TOUBAINE.
PACCIPS pu PAjGTIUS (Thomas) , prieur de la collégiale de Loches , ce qui le fajt nommer assez ordinairement Thomas de Loches. Il est auteur d'une chronique intitulée : Gesta comituro andegavensium ab anno 843 ad annum 1 169 , auc-, tore Tpom^ Pactfo Lophiensi. Ce manuscrit était conservé dans la bibliothèque àp Saint-Victor. Quelques-uns ont cru que cette chronique était la même que celle du moine de Marmoutitr , Insérée par P. Luc d'Achery dans le tome 3 de son Spicilège in-foj. j mais il suffit de lire la préface de cejierçi ppur se convaincre du contraire : « Jaî premier au- « teur, y esfcj|djt, es^ Thomas de Loches. Il a retrouvé la « chronique qui porte h nom d'Qdon, et y a ajouté, ainsi que « je le lui ai entendu dire , beaucoup d'autres choses qu'il « avait apprises de la renommée. » D'ailleurs ce que Bcsly en cite dans son Histoire de Poitou, fait voir assez clairement que ce sont deux ouvrages différens, et pour s'en convaincre davantage on peut consulter un manuscrit de la Bibliothèque du Roi qui a pour titre : Histoire lochoise des antiquités des villes de Loches, Amboise , Beaulieu, Montrichard, et incidemment des premiers comtes d'Anjou, paraphrasée en français par Hervé de La Queue, extraits la plupart du latin de Thomas Paccio prieur de l'église collégiale c|e Loches. J'en ai vu un double qui existait à Saint-florentin d' Amboise , et ce qu'Hervé de La Queue a extrait dePaccius, relativement aux comtes d'Anjou, ne ressemble point à l'ouvrage du moine de Marmoutier.
Il y avait autrefois dans le chartrier de Loches une Bible écrite tout entière de la main de Thomas Paccius ; elle était passée dans la bibliothèque de Sainte-Geneviève.
Il vivait encore en 1180, puisque c'est en cette même année qu'il fit en grande partie reconstruire l'église de sa collégiale qui tombait en ruines, quoiqu'elle n'eût pas plus de deux siècles.
JUOÇRAPHIE. 363
I. PALLU (Étienne), sieur de Perriers, né à Tours ën i588 d'Etienne Fallu , sieur de Vaux et du Ruau Percil , fut d'abord conseiller» ensuite avocat du roi §u présidial de Tours en i6i3, et élu maire de cette ville au mois de novembre 1629. Son commentaire sur la coutume de Touraine, attendu depuis long-temps, obtint, lorsqu'il parut, un* succès que le temps et Pexpérience ne firent qu'accroître encore. La clarté, la solidité de ses observations qu'il appuie toujours de décisions respectables , ne tardèrent pas à donner à son ouvrage un caractère d'autorité qui forma en quelque façon la jurisprudence des trilftinaux de la province. C'est l'effet ordinaire des bons livres en ce genre. Son travail avait été précédé à la vérité de celui de trois autres jurisconsultes estimables, Jean Sainxon, Jean Brècbe et René Boullay ; mais le premier ne s'était attaché qu'aux questions de droit , négligeant assez souvent l'objet essentiel , c'est-à-dire le soin d'éclaircir les difficultés coutumières, et les deux autres n'avaient fait paraître que des notes succinctes extraites d'un travail plus étendu, mais qui n'a jamais été mis au jour. Ainsi Pallu eut véritablement l'honneur d'avoir le premier défriché ce champ aride, et d'avoir donné un livre devenu classique. Il ne le publia , il est vrai, qu'après quarante ans d'observation , d'étude et de pratique dans les affaires les plus importantes de la province, et c'est ce qui contribua à en assurer le succès. Il n'y en a cependant jamais eu qu'une édition sous ce titre : Coutumes du duché et bailliage de Touraine , anciens ressorts et enclaves d'icelui ; ensuite sont quelques arrêts intervenus sur l'interprétation d'aucuns articles delà coutume; Tours, Étienne La tour , 1661 , in-4- Aussi ce commentaire était-il devenu fort rare , et la contrefaction qui en fut faite versi 778 n'en diminua point la valeur. Pallu avait eu le projet d'en donner de son vivant une deuxième édition augmentée des notes qu'il avait rassemblées depuis 1661 , mais il ne l'exécuta point, et ces notes restèrent entre les mains de ses héritiers.
Ce magistrat, qui n'était pas moins recommandable par
ses vertus que par son savoir, mourut à Tours en 1670, âgé de quatre-vingt-deux ans. Il laissa, de son mariage avec N. Gaultier , six garçons et deux filles : Etienne , trésorier de France; Bertrand, conseiller auprésidial; Jacques et César, jésuites; François, évêque d'Héliopolis, et Charles, chanoine de Saint-Martin. De ses deux filles, l'une épousa Jacques de Brussî, conseiller au même siège, et l'autre Alexandre Milon, secrétaire du roi. Une chose qui pourra paraître digne de remarque, c'est qu'en tête de l'édition de la Coutume de Toùrs, on voit sept pièces de vers latins composées par cinq de ses enfans et ses deux gendres, Pévêque d'Héliopolis e'tant le seul qui ait offert à son père un hommage en prose. Parmi ces pièces on doit distinguer l'ode en six strophes de Jacques Pallu, écrite avec autant de pureté que d'élégance.
II. PALLU (François), fils du précédent, né à Tours en 1625, fut d'abord chanoine de Saint-Martin; mais son zèle l'ayant porté e travailler à la conversion des infidèles , il quitta ses bénéfices avec la résolution d'aller porter la foi dans les pays les plus éloignés. Il se retira à cet effet au séminaire des Missions étrangères à Paris. Il fut nommé évêque d'Héliopolis, ensuite vicaire apostolique de la province de Fo-Kien dans la Chine , et administrateur général des missions de ce vaste empire.
Parti avec le corps des missions étrangères vers 1667, il arriva à Siam où il établit un séminaire. Mais sans cesse contrarié dans ses travaux apostoliques par les intrigues des jésuites , déjà mnîtres du terrain et se livrant, comme partout ailleurs, à un trafic scandaleux , il repassa en Europe pour informer la cour de Rome des obstacles que la propagation du christianisme rencontrait dans les compagnons de Jésus. Après avoir obtenu du pape Clément IX une bulle qui rappelait ces religieux commerçons au but unique de leur mission , il revint à Siam d'où il s'embarqua bientôt pour se rendre au Tonquin. Mais malheureusement le gros temps le jeta sur la côte de Manille, dans les iles Philippines. Les jésuites qui y dominaient s'emparèrent de lui et le resserrè-
rent si étroitement qu'il ne put communiquer avec personne. Il resta six mois dans cette espèce de captivité , enfin on l'embarqua pour l'Espagne en juin 1675, sous prétexte que les griefs qu'on lui imputait étaient déférés au conseil souverain des Indes à Madrid, où il arriva en janvier 1676. Sa conduite y fut pleinement approuvée; mais il avait affaire à des ennemis accoutumés à braver les décisions des souverains, et même de la cour de Rome. Aussi resta-t-ilen France l'espace d'environ sept ans.
Il s'embarqua de nouveau le 26 juin i683 , alla d'abord à Siam, et entra dans le royaume de la Chine le i5 juin 1G84 , malgré les difficultés sans nombre qu'il eut à surmonter; mais il n'eut pas le loisir d'y exercer long-temps son ministère , il tomba malade peu de temps après son arrivée. Cependant il ne cessa point de remplir les devoirs de sa place avec autant de zèle que s'il eût été en parfaite santé, et ce fut peut-être ce qui contribua à abréger ses jours. Il mourut à Mogany dans la province de Fo-Kien , le dimanche 29 octobre 1684.
Nous avons de lui l'histoire des missions entreprises par les évèques in parlibus qui avaient été envoyés dans ces contrées. Il la publia sous ce titre : Relation abrégée des Missions et des voyages des évêques français envoyés aux royaumes de la Chine, Cochinchine, Tonquin et Siam ; Paris, 1668 ou 1682, in-8. On trouve aussi à la fin du tome vn de la Morale pratique des jésuites, par Ànt. Arnaud, sous le titre de Mémoriaux de M. Pallu évêque d'Héliopolis , des détails relatifs à sa mission.
L'illustre Fénélon prononça son oraison funèbre aux Missions étrangères, le jour des rois 1702.
III. PALLU (Victor), seigneur du Ruau en Touraine, docteur de la faculté de médecine de Paris , oncle du précédent, né à Tours en 1 ho {. Ayant fait avec succès ses humanités et sa philosophie à Tours , il alla étudier la médecine a Paris, où il fut reçu docteur au mois d'août i63o. Les registres de la Faculté font mention qu'en 1628 un bachelier
nommé Claude Martin tenta de frapper Pallu d'un coup de poignard , sans qu'on connût le motif de cet excès de vengeance ou de frénésie. Ce Martin , très-ignorant d'ailleurs , fut chassé des bancs le 28 décembre de la même année.
Poilu, après avoir exercé quelque temps sa profession dans sa patrie , consentit à s'attacher en qualité de médecin au comte de Soissons , fils de Charles de Bourbon et petit-fils de Louis Iw prince de Gondé. Mais le comte ayant été tué le 6 juillet 1641 , à la bataille de la Marfée auprès de Sedan, sans qu'on ait su précisément par qui et de quelle manière, Pallu, frappé dé cette mort inattendue , forma le projet de se retirer du monde. Il revint d'abord à Tours, où l'accueil qu'il reçut dans la société sembla ébranler un instant sa résolution ; mais il y fut raffermi par son parent Jean-Baptiste Gault qui venait d'être nommé à l'évêché de Marseille. Il se retira à Port-Royal en i643, et consigna les motifs de sa retraite dans une lettre qu'il publia le i" novembre de cette même année.
Le 21 mai i65o, il mourut dans cette solitude d'une fièvre lente qui depuis quelques années le minait insensiblement.
Ses ouvrages sont : i° Stadium medicum ad lauream schola; Parisiensis emensum ; Parisiis, Joa. Camusat, i63o, in-8. C'est une espèce de cours de médecine contenant ses exercices, ses thèses, ses discours, tandis qu'il étudiait aux écoles de Paris; 2° Quaestiones medica? très : prima an epicraseos lrx a Galeno lata excludat omnem omnino phlebotomiam et catharsin? Seconda, an dentram dolori tabacum? Tertia , an risus vitam producat? Sequitur panegy riens funebris Dom. Claudii Caroli olim professons regii parisiensis et scholae medicae doctoris ; Turonibus, Jac. Poinsot, 1642, in-8. J'ai parlé à l'article de Laurent Feau de la dispute qui s'éleva entre Pallu et lui au sujet de la saignée. 3° Lettre de M. Victor Pallu à un de ses amis sur la manière dont Dieu l'a touché et lui a inspiré l'amour de la retraite ; Paris, 1643, in-12. On la trouve aussi à la page 180 de l'ouvrage intitulé: Recueil de plusieurs pièces pour servir à l'histoire de Port-
Royal 1 Utrecht , 1 -j4o , in-i 2 ; 4° un poème latin qui & pouf titre : Pale Mundo , qu'il composa darts sà retraite. Il est inséré dans le Supplément du Nécrologe de Port-Royâl , avec deux traductions françaises, l'dne en prose* et l'âfirtre en vérs; Paris, 1735 , in-4.
IV. PALtU (Martin), né à Tours en i68i, de la même f*miïlé que les précécïetfs. Il eiitra chez les jésuites, ott H fit profession en i6^(jf. Les supérieurs dé cette trop célébré ctrtripagnie , qui se trompaient rarémeirt sur le gènrè de taflent propre à chacun de ceux qu'ils y admettaient , le destinèrént à la prédication. Il né tarda pas en effet à s'y distinguer par des sermons 6x1 règne cette simplicité noble , ce ton de doueèut ét de persuasion dont les effets sont quelquefois plus sûrs que ceux d'une éloquence plus vive ét plus brillantè. En 1 706, ayant ptêché l'Avent èn présence de Louis XIV, ce prince en fut si satisfait qu'il le riomfria pouf prêché* un Carême; mais la faiblesse de sa santé et leS infirmité* o;ui en furent la suite ne lui permirent pas d'exercer long-temps le ministère de la chaire auquel il fut obligé de rénoncer tôutà-fmt en 17Ï1. II employa les tnomens qu'il pouvait éonsacref au travail à recueillir et à revoir ses sermons, qùi cependant ne furent publiés qu'après sa mort par le P. Se£aud, son Côrifrère, sôùs ce titre : i6 Sermons du P. Maïtiri Pallu sur l'aveirf , ïé carême , les mystères, avec les panégyriques; Paris, Chardon , 1 ^44 > ^ vol» in-12; 2° nous avôns encore * de lui une traduction de F Imita lion de J.-C. ; Paris, Bôrdelet, tjSS, in-12; 3° Traité du sâint et fréquent usage des Sacremens de pénitence et d'eucharistie; Paris, Bordelet, ïjSç, in-12.
Le P. Pallu est mort à Paris en 1742, âgé de qûafrevmgf-un ans.
PALME (Pierre de), en latin Petrus de Palrfia, né à Tours ou il professait la théologie au commencement du quatorzième siècle. Il a laissé sur les quatre évangélistés un cômïriéntdire qui se fait remarquer par la précision , la clarté et l'érudition. C'est un volume iù-8 qui se trouve au nombre
368 HfSTOIRE DE TOTJRÀINE.
des manuscrits de la bibliothèque de la cathédrale, sous le n° 216. Il est intitulé : Pétri de Palma moralitates in quatuor evangelia. Mais comme il n'a jamais été imprimé, l'auteur n'a point été compris jusqu'ici au nombre des écrivains ecclésiastiques.
PAPION ( PrERRE— Antoine-Claude ) , né à Tours le 16 janvier 1713, de Pierre Papion et de Catherine Taboureau. Il commença par suivre la carrière des finances ; mais la manufacture de damas et de velours , façon de Gènes , que l'intendant du commerce Fagon avait fait établir à Tours n'ayant point prospéré entre les mains de M. Hardi on , et MM. Soulas qui lui avaient succédé se trouvant eux-mêmes sur le point d'y renoncer , Papion , gendre de l'un d'eux, qui avait déjà avancé des sommes assez considérables, se chargea seul de la manufacture en 1^56, et parvint en peu de temps à l'élever jusqu'à cent quarante métiers au lieu de vingt-quatre qu'elle avait seulement dans son origine. Il porta la fabrication et l'élégance des dessins à un tel degré de perfection que la France ne tarda pas à s'enrichir d'une branche d'industrie pour laquelle elle avait été jusque-là tributaire envers l'Italie, et dont elle rendit tributaires à son tour les autres nations de l'Europe.
Papion , malgré les soins et les détails qu'exige uu grand établissement, n'en cultivait pas moins les belles-lettres et même les sciences exactes; mais il n'en fit qu'un délassement sans prétendre ni à la réputation d'homme de lettres ni à 1 celle de savant. Nous avons de lui : i° Solution des trois fameux problèmes de géométrie; Paris, Cellot, 1787, in-8, avec 4 planches. Ces trois problèmes, comme on s'en doute bien, sont la trisection de l'angle, la quadrature du cercle et la duplication du cube, que l'auteur n'a pas plus résolus que tous ceux qui ont traité le même sujet. 2° La Recherche de la Vérité dans soi-même ; Rome, 1778, in-8 de io3 pages seulement; 3° Histoire du prince Bazile, traduite d'un manuscrit trouvé dans l'antre de la Sibylle; Naples, 1779, in-12. C'est un roman allégorique sur la politique et la re-
ligion, auquel l'auteur a ajouté une clef imprimée séparément en une feuille in* 12. Sans elle il serait assez difficile de saisir l'allégorie, qui n'a pas toujours la clarté qu'exigent ces sortes d'ouvrages. 4° Filio meo , cantus, in-8, sans frontispice. Poème qui est plutôt une espèce d'épître en 556 vers élégiaques, assez faible d'invention et de poésie. En voici un passage où l'auteur décrit quelques effets physiques. Il dit en parlant de la raison ou plutôt de l'intelligence :
Edocet haec homines diversis sensibus uti
Gignere quos sensus motio grata queat.
Iridis explanat septenos inde colores
Quos vario confert cum modulante tono.
Noscitur obsequium ferri magnete jubeute
Quod naves nostras dirigit an te polos. Noscimus ex illâ legem quà for til us arbor
Et foiia et flores , denique poma refert. Millia naturae tandem sécréta resolvit
Abdita quœ fuerant, mine reserata sophis.
Il était devenu aveugle sur la fin de sa carrière , qu'il termina à Tours le 1 3 juillet 1789, âgé de soixante-seize ans.
Il a laissé deux fils, nés à Paris. L'aîné , mort en , s'est uniquement occupé du commerce et des finances, sur lesquels il a publié plusieurs écrits : i° Mémoire sur le Crédit public; Tours, Billault, 1808, in-8; 2° Mémoire sur l'administration générale du commerce; Tours, Marne, i8i4> in-8; 3° Plan pour le rétablissement des finances; Tours, Legier, 1816, in-8; 4° Mémoire sur la révision des titres hypothécaires, faisant suite au Plan des finances ; Tours, Létourmy, 1816, in-8; 5° Observations et réflexions sur le projet de Budget de 181 7 ; Tours, Létourmy, 1817, in-8; 6° Opinion sur l'atermoiement de la dette exigible et de la dette constituée; Tours, Létourmy, 181 7, in-4 ; et enfin quelques autres écrits du même genre.
Le second de ses fils, Jacques François Papion Duchâteau, mort à Tours en 1791* «gé de trente-neuf ans, a publié :
10 Aphorismes philosophiques; Paris, Bailly, petit in-18 de 88 pag., 1788. Ce «qu'il a laissé en manuscrit augmenterait au moins du double cet opuscule. 2° Éloge de Louis XU ; Paris, Demonville, 1788, in-8. L'auteur l'avait envoyé au concours de l'Académie française, mais il observe qu'il ne croit pas qu'il y ail été admis, parce qu'il ignorait qu'il fût nécessaire qu'il fût revêtu de l'approbation d'un docteur de Sorboane. 3° Sur le Crédit public ; Paris , L. Potier de Lille, 1790, in-8; 4° Motion Patriotique (sans frontispice), 1790, in-8. Cet écrit est relatif aux finances. 5° Mémoire sur la Mendicité; Paris, Cussac, 1791 , in-8.
PAPILLON (Marc), gentilhomme tourangeau, surnommé le capitaine Lasphrise , du nom d'un fief qui dépendait de la terre de Vauberault, naquît à Araboise en i536, de Pierre Papillon , grand réformateur des eaux et forêts de Touraine. Il entra au service dès l'âge de douze ans, et ne le quitta que quand ses blessures et ses infirmités ne lui permirent plus de le continuer. Il prenait la qualité de capitaine, parce qu'il était parvenu au grade de commandant. Pendant les loisirs que lui laissait le métier de6 armes , il cultiva la poésie avec quelque succès. En 1597 , il obtint un privilège pour faire imprimer ses œuvres, qui ne parurent cependant que deux ans après sous ce titre : Les premières œuvres poétiques du capitaine Lasphrise, revues et augmentées par l'auteur ; Paris, Jean Gessclin , M. D. IC. ( 1599) , in-12. Il paraît d'après cela qu'il y en avait eu une édition antérieure dont je n'ai trouvé aucunes traces. Celle-ci contient viugt livres de poésies , savoir : i* les Amours de Théophile ; 2* l'Amour passionnée deNoéinie; 3* la Délice d'Amour; 4* la Nouvelle Inconnue ; 5° les Énigmes; 6* l'Allusion; 7# diverses stances d'Amour; 8° le Fléau féminin ; 90 diverses poésies ; 1 o* stances de Bacchus «t de Caresme-Prenant avec cinq sonnets de même subject; 1 1° Nouvelle tragi-comique ; 1 2° Élégies au Roy ; 1 3° le Cantique de la vierge Marie et une paraphrase sur celui des trois saints Eufans, avec quelques sonnets et oraisons chrétiennes; i4° plus, d'augmentation
nouvelle , plusieurs Sonnets ; i5° Épigrarames; 16° le Bouquet; l*f le Désaveu du Fléau féminin; i8°les Regrets de Philasser; 19* Élégies; 200 paraphrase sur l'Oraison dominicale. Le.neuvicme livre, intitulé Diverses Poésies, contient cent soixante-cinq sonnets , où l'auteur se plaint beaucoup des rigueurs d'une inhumaine; mais ce n'est point ici une fiction poétique : étant en garnison au Mans, il y devint àmcureux de Renée Le Poulchre ; après trois ans de soins , il se vit tout à coup déchu de ses espérances par la mort du frère de Renée, Claude Le Poulchre de Senones, qui lui était favorable, mais qui fut empoisonné à Aml>oise en 1672, époque où la cour s'y trouvait.
La pièce la plus importante de ce recueil est la Nouvelle tragi-comique, qui est véritablement une comédie, en cinq actes et en vers, mais sans divisions de scènes. On y remarque de l'intention comique, quelques situations plaisantes, et par-ci par-là des vers assez heureux. Furcifer tue un fermier et lui vole 6000 livres qu'il apportait à son seigneur. Le valet qui accompagnait ce fermier se sauve, et vient rendre compte de ce désastre à son maître. Celui-ci désolé fait venir son avocat et l'envoie, un peu malgré lui, consulter Magis le devin, qui indique à l'avocat Griffon l'endroit où il trouvera le voleur couché avec une femme qu'il connaît. Griffon, accompagné de gens de justice, se rend au lieu désigné. Ou frappe à la porte de la chambre, et la femme qui y était couchée entend la voix de l'avocat sou mari ; elle croit qu'il n'y est venu qu'à cause d'elle, et presse Furcifer de ne point ouvrir ; mais on brise la porte. Alors la femme tout en désordre se jette aux genoux de son mari. Pendant ce temps Furcifer descend de la chambre , monte sur le cheval de l'avocat, et va à son tour chercher des sergens qui mènent le pauvre mari en prison. La femme se retire chez ses parens, qui font courir le bruit que Griffon est ainsi traité parce qu'il battait sa femme. Enfin il recouvre sa liberté en faisant serment qu'il ne la battra plus; il fait de nouvelles noces, et traite sa femme mieux que jamais. Je citerai quelques vt-rs
pour donner une idée de la manière dont la pièce est écrite :
Si jamais on a veu une ame perturbée , Il falloit voir Griffon sans combat combattu Voyant sa femme nue auprès l'huis abattu , Qui toute décoiffée à cause des délices Qu'elle avoit pris la nuit en si doux exercices; A genoux , jointes mains , elle a lors supplié Son badaud de mari qu'il print d'elle pitié, Qui, tremblant, interdit , de l'horrible infamie, Ne savoit s'il étoit ou en mort ou en vie; L'œil baissé, taciturne, on eût dit à le voir D'une idole sans poux qui ne peut se mouvoir, etc.
Griffon demande ensuite au voleur.
Pourquoi ravissez-vous le cher honneur des dames ?
fcrcifxr.
Griffon , pour mon argent je fay l'amour aux femmes.
Je ne les prends à force , et si ne m'enquiers pas
Si sont femmes d'huissiers , ou femmes d'avocats ,
Fût-ce une grand' princesse où la grâce s'expose,
Que l'or tout-puissant vainc , puisqu'il vainc toute chose.
Qui plus en a , plus est : c'est l'astre de la cour.
Tel est le style de cette pièce , dont la fable, comme on voit, n'est pas extrêmement morale.
On croit que Papillon mourut peu de temps après la publication du recueil de. ses poésies, c'est-à-dire vers i5g9 ou 1600.
On ne doit pas le confondre avec Almaque Papillon, ami de Clément Marot, et poète assez renommé. Celui-ci quoique originaire de Touraine, et très-probablement de la même famille que Marc , était né en Bourgogne.
Thomas Papillon , seigneur de Vaubrault , parent du capitaine Lasphrise, et comme lui né à Amboise, était savant dans les langues grecque et latine, selon le témoignage de
l'abbé de Marolles dans ses notes sur l'Histoire du château
d' A m boise. Il reste de lui quelques vers français , entre autres ceux qu'il composa sur la mort de Richard Legras, médecin de Rouen. Ces vers sont imprimés dans le 'Tombeau de ce docteur; Paris, i586,,in-i2.
Thomas Papillon mourut en 161 5.
PAVILLON (Nicolas), avocat au parlement de Paris, était né à Tours en i532, et fut le premier de sa famille qui se transporta de la Touraine dans la capitale ; ce qui a fait présumer à quelques-uns qu'il y était né. Il exerça avec beaucoup de distinction la profession d'avocat, et se fit de même un nom dans la poésie pour laquelle il ne manquait pas de talent. Nous avons de lui : i° les Sentences de Théognis, poète grec, traduites en français; Paris, Guill. Julien, 1578, in-8; 2° Discours sur l'histoire des Polonais et l'élection du duc d'Anjou, avec une épître au roi de Pologne sur sa bienvenue à Paris; Paris , i5"j3, in-8.
Il fait mention dans sa préface de Théognis de deux traductions plus considérables qu'il avait entreprises, savoir celle du grand commentaire d'Eustathe, sur Homère, et celle du géographe Denys d'Alexandrie. Mais ces deux ouvrages n'ont jamais paru, et probablement n'ont jamais été achevés. Il est à regretter surtout qu'il n'ait pas mis la dernière main au commentaire d'Eustathe dont il n'existe pas même de traduction latine. Il devait également faire imprimer un recueil d'épitaphes en diverses langues , sous le titre de : Tombeau de Louis d'Amboise , seigneur de Bussy ; mais je ne sache pas que cet ouvrage ait jamais paru.
Nicolas Pavillon , évêque d'Aleth , et Étienne Pavillon de l'académie française, étaient, l'un son petit-fils, et l'autre son arrière-petit-fils.
PÉRÉGRIN ou PELLERIN , en latin Peregrinus, né en Touraine dans le douzième siècle. En 11 70, il prit l'habit monastique dans l'abbaye de Fontaines, appelée depuis Fontaines-les-Blanches, de l'ordre de Cîteaux, et eo 1189 il en fut le septième abbé* Il a écrît.PHistoire de cette abbaye depuis sa fondation en 1 134 jusqu'à l'an 120a. Cet opuscule
est divisé en deux parties dont la première contient, en treize chapitres, l'histoire proprement dite , et la seconde les privilèges et les chartres. L'abbé de Marolles en ayant trouvé le manuscrit le communiqua à D. Luc d'Achery , qui l'a fait imprimer dans le deuxième volume de son .Spicilège in-fol. , pag. 573, sous ce titre : Historia praelatorum et possessionum ecclesiae B. Mariae de Fontanis, à Peregrino ejus ecclesiae abbate. Je l'ai traduite en français,
PENYSSEAU (François), né à Loches vers la fin du seizième siècle. Il occupait dans cette ville la charge de procureur du roi , mais il ne nous reste aucuns détails sur ce qui le concerne persoftnellement. Tout ce qu'on sait de lui c'est qu'il a extrait des cinq livres de saint Isidore de Peluse les épîtres les plus courtes, qu'il a traduites en français et qu'il fit imprimer au nombre de cent avec la version latine.
I. PERION (Joachim), religieux bénédictin, docteur de Sorbonne , interprète du roi pour les langues hébraïque et grecque, naquit à Preuilly en 1498. Il était fort jeune encore lorsqu'il fut envoyé au monastère de Cormeri pour y faire ses études ; mais ses parens, quoique d'une famille noble de Tonraine, étant très-peu fortunés, Denis Briçonnet, qui était alors abbé de Cormeri , voulut se charger de pourvoir aux frais de son éducation. L'aptitude que Périon montra pour les sciences, et ses premiers succès, ne firent qu'accroître encore l'intérêt que lui portait ce bienfaiteur, et Périon ne fut point ingrat. Il fit profession le 22 août 1 5i 7 dans l'abbaye même de .Cormeri, dont il devint aumônier et ensùite prieur claustral. Il y est mort le 18 juillet i55^, assez jeune , encore , n'étant alors âgé que de cinquante-neuf ans, et fut enterré dans la chapelle de Saint-Jean où on lisait son épi— taphe : Die 18 juin an. Dn. i557 , e vivis excessit, etc.
L'espèce de barbarie qui régnait alors cbms le style des théologiens fit ressortir davantage la pureté et même l'élégance que Périon s'étudiait à mettre dans le sien. Sa grande ambition était de passer pour cicéronien , ce qui le fit tomber dans l'affectatio^n Cependant sa traduction d'Aristote lui attira
beaucoup d'éloges, et surtout ceux des deux plus célèbres médecins de son temps. On fit même à ce sujet ce distique après sa mort :
Primas Aristotelem qui verbt latioa toquentem - Indûxit, situs hic ecce Periooius.
Quelques savnns blâmèrent la méthode de Périon et prétendirent qu'en s'attachant trop à la phrase il finissait par altérer la pensée. Nicolas Grouchyfut de ce nombre , et refit la traduction de la Logique et de la Physique. Mais Caelius Seeundus Curio entreprit la défense de Périon, et soutint que personne jusque-là n'avait expliqué le philosophe grec avec plus de clarté , d'élégance et de fidélité ; il ajouta même des notes à la Dialectique, exemple qui fut suivi par d'autres savans, de manière à donner plus d'intérêt et de prix aux différons traités traduits par Périon.
Le célèbre Ramus ayant dans ses écrits attaqué Àristote et Cicéron , l'université par un décret exprès chargea Périon „ d'entreprendre leur défense, et il est vrai de dire qu'il remplit cette tâche avec assez de succès , malgré la grande réputation de son adversaire.
Quoiqu'il n'ait pas fourni une longue carrière, ses ouvrages sont assez nombreux. Quelques-uns n'ont paru qu'après sa mort, par les soins de François Périon l'un de ses neveux. Nous avons de lui quelques éditions d'auteurs anciens qu'il & données avec des notes critiques qui sont loin d'approcher de celles dites J^ariorum. Ses écrits sont : i°T. Livii Conciones cum argumentis et annotatiouibus; Parisiis, i532, in-8, id. Basile», i545, in-8; 2* de Laudibus Dionysîi Briconeti episcopi macloviensis ; Parisiis, i536, in-8, et 1620, in-4; 3* de Optimo génère interpretandi in decem Aristotelis Ethicorum libros, Basileae, i5^o, in-8; Parisiis, Colinaeus, i54o, in-8; 4° pro Aristotele in Ramum orationes 11 , idem de Dialeclica ; Parisiis, Tiletanus , 1 5 j 3 , in-8; 5* sancti Basilii , sancti démentis opéra aliquot, etc. ; Basi-
leac, '549» "1-8; 6° ^e Gestis Apostolorum liber; Parisiis, Perrier, i55i , in-16. Celte histoire des apôtres renferme beaucoup de fables qui décèlent peu de critique de la part de l'auteur. 70 Harmonia quatuor Evangeliorum in vitam J.-C.; Parisiis, i553, in-8; 8° Abdiae Babilonici hisloria. — Commentaria in libros Job. — Demosthcnis et jEsclnnis contra Ctesiphonem orationes, etc.; Parisiis, 1 554 » in — 8 ; 90 sancti Dionysii Areopagita; opéra, accessit ejusdem vita cum notis et observation ibus ; Parisiis, Mich. Vascosan, i556, in- fol. ; io° Oratio contra Nicolai Groscii (Grouchy ) calumnias ; Parisiis, i554, in-8; 1 1° de Vitis et rébus gestis prophetarum Dei etsanctarum mulierum Veleris Testamenti lib. 11 ; Parisiis, Vascosan, i555et i565, in-8; 12° Dialogi de lingua? gallica: origine, ejusque cum graeca cognatione; Parisiis, Seb. Nivelle, i555, in-8. Quoique le savant Lamonnoye ait prétendu que ce livre ait été l'un des plus mauvais de ceux qui parurent dans son temps, il n'en est pas moins vrai qu'il jouit encore de certaine estime parmi les savans, et qu'il la mérite, quoiqu'il soit loin d'être un ouvrage parfait en ce genre. C'est au surplus le meilleur de ceux qui sont sortis de la plume de l'auteur. 1 3° Sancti Jnstini philosopbi et marlyri opéra cum notis et observationibus ; Colonia?, i555, in-8; i4° lîbri duo Topicorum theologicorum ; Parisiis, i556, in-8; i5° sancti Ignatii opéra, et sancti Polycarpii epistolœ; Colonise, i55*y ; Parisiis, 1 585 , in-8 ; 160 de Romanorum et Graecorum Magistralibus libri m; Parisiis, Perrier, i56o, in-4; Argentorati , i568, in-4; 17° sancti Pétri bistoria latine facta ; Colonise, 1569 , in-8 ; 18° de vitis Jesu Christi , beatae Mariae virginis, sancti Joannis et 12 apostolorum; Parisiis, 1569, in-8; ibid. , 1571, in-8; 19° de Viri probi officia ; Antuerpiae, 161 1 , in-8. 2.00 II a en outre laisse en manuscrit l'histoire de l'abbaye de Cormery, écrite en latin. Maan etD. Mabillon en parlent comme l'ayanteucen leur possession ; mais on ignore aujourd'hui ce que ce manuscrit est devenu.